CHAPITRE IX
De la température locale de l'atmosphère j ou des climats
physiques.
Aucuns partie de la géographie-physique n'a ëtë fàvs généralement livrée à l'empire de la routine et des pféjogés, que celle oii Ton traite des causes d^s climats physiques. On a long-temp$ considéré le soleil comme la source unique de la température que nous éprouvons dans les diverses régions de la terre*, les influences qu^on accordait aux vents n'ont été déterminées qu'après quelques ofascf^ vatîons locales, faites par Hippocrate, en Grèce on dans les contrées voisines. Pour que cette partie de la physique terrestre ait pu être approfondie , il a fallu que des na> tions civilisées , non - seulement eussent envoyé des voyageurs près des pôles et sous l'équateur, mais encore qu elles y eussent formé des établissemens stables. C'est es réunissant sous des points de vue généraux les résultai» des observations locales réservées pour nos descriptioDs spéciales, que nous essaierons de tracer ici une esqnise de climatologie conforme à l'état actuel des sciences.
Le climat physique comprend la chaleur, le froid, b sécheresse, l'humidité et la salubrité dont jouit nn endroit quelconque sur le globe. Ces climats, bien différens de climats astronomiques, sont des parties de la terre, rarement des zones terrestres, dans lesquelles régnent une égale chaleur et des phénomènes atmosphériques à peu près semblables.
Les causes du climat physique sont au nombre de neu/*, les voici : i^ Faction du soleil sur l'atmosphère; 99 la température propre du globe; 3^ l'élévation du terrain aodessus du niveau de l'Océan *, 4^ la pente générale du ter-
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rain et ses expositions locales; 5^ la position de ses montagnes relativement aux points cardinaux ; 6^ le voisinage des grandes mers et leur situation relative; 70 la nature géologique du sol; 8<> le degrë de culture et de popu* lation auquel un pays est parvenu; 90 les vents qui y régnent.
Ces causes agissent plusieurs ensemble ou séparëment, et déterminent les caractères qui constituent les climats chauds et humides, chauds et secs, tempérés et humides, tempérés et secs, froids et humides, froids et secs, etc., etc. Le soleil , dit Lamouroux , doit être regardé , avec ratson , comme la cause la plus puissante des différences que présentent les climats; ils lui sont tellement subordonnés, qu'il semble les entraîner avec lui d'un hémisphère vers Tauti^e hémisphère ; son action dépend de la direction de ses rayons, qui nous arrivent d'une manière plus ou moins oblique , ainsi que de la densité de l'atmosphère. Dans- un air très-rare, comme sur les plus hautes montagnes et sur les plateaux les plus élevés, et encore plus dans des positions isolées et très-éloignées du niveau des mers, comme dans les aérostats, la chaleur est nulle ou à peine sen->
sible.
Il parait démontré, d'après des faits observés depuis long-temps, et des expériences récentes faites parMM.Trébra et Arago, que la chaleur propre de la terre augmente d*un degré centésimal pour un enfoncement (i) de 1 00 pieds.
Si la température de notre planète croît dans la même progression , elle doit être excessive à la profondeur de 3oo,ooo pieds, et surtout au centre de la terre. La chaleur
(i.) Il parait, d'après un mémoire la par UL Cosdier k l'Académie des iciences, sar ce sujet intéressant, et qui présente le résultat des calculs faits par ce savant sur les obseryations de ses prédécesseurs et celles qui lui sont propres, que la moyenne d'accroissement de chaleur est i« par 35 mètres. Cet accroissement varie d'ailleurs selon les localités. Dana cjneJqaea oon* xées, 1 3 mètres suffisent pour obtenir un degré.
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y est supérieure à celle des métaux eu fusion p même 3 celle des plus rëfractaires, tels que le fer ou le platine. I^ température constante des eaux thermales , les volcans d leurs nombreux phénomènes^ les trembiemens de terre, peuvent s'expliquer maintenant a^ec la flus grande facilité, puisqu'à 12 ou 1 5 lieues de profondeur la masse de la terre présente déjà la température del*incandescence.
U faut distinguer deux mouvemens de la chaleur dans la masse du globe : le premier, périodique, cortical, s*avançant de la surface au centre, est produit par le soleil: il oscille dans Tenveloppe extérieure, suivant les saisons, les jours, etc.
Le deuxième, uniforme, d'une lenteur extrême, est dà également au soleil, dont la chaleur, se propageant d^ puis un grand nombre de siècles dans la partie intérieort du globe, principalement dans les zones équtnoxiales. forme un flux continuel de calorique qui traverse la massf de la terre de Tun et de Tautre c6té du plan de Féquateur, et qui se perd à travers les régions polaires* Les excellentes observations que depuis long-temps on fait dam les caves de l'Observatoire de Paris, démontrent la lenteur immense de ce mouvement de la chaleur. Le thermomètrr. placé à 87 pieds sous terre, n'a pas, de 1787 i 1819. donné ~ de degré de différence entre les ét^ les ptm chauds et les hivers les plus froids.
Avec YéléiHgiion du terrain , le froid augmente dans une progression très-rapide. Il est superflu d'en citer des exemples. Qui ne sait pas que l'hiver règne encore sur les Alp6 et les Pyrénées, quand les fleurs du printemps couvrent les plaines de la France septentrionale? Cette dïqiosition bienfaisante de la nature étend considérablement le nombre des pays habitables dans la zone torride. U est proba> ble que derrière les plages brûlantes du Congo, il existe au centre de rAfrique Australe des contrées qui jouisscct d'une température heureuse; comme on voit la TaU«% printaoière de Quito , située sous la même latitude q» ces funestes côtes de la Guyane française, où la chalein
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liumide entretient Téternel germe des maladies. D*an autre côte , c'est Télévation continuelle du terrain qui, dans l'A* sie Centrale, étend la région froide jusqu'au !i7« parallèle de latitude-, de s^orte qu'en montant des plaines de l'Inde aux vallées de l'Himalaya et du Tibet, on se croit en peu de jours ti^ansporté de l'équateur sous le pôle.
ij exposition générale doit être distinguée de l'exposition locale. La France occidentale, par exemple, a l'exposition générale vers le coucher d'équinoxe ; et cepen- . dant la vallée de l'Allier est exposée au nord ; celle de la Mayenne au sud; celle de l'Oust en Bretagne, au sud*es(t. Ainsi, la pente générale d'une grande contrée n'exclut aucune des pentes locales les plus opposées. Cependant on peut admettre comme un principe général, que la somme positive de toutes les expositions locales est dans le même sens que l'exposition générale. Ce principe ne peut «'appliquer qu'à de grandes étendues, comme, par exemple, au bassin total d'une rivière.
Tout le monde sait de quel effet, pour la température, est l'exposition d'un terrain relativement au soleil. Un coteau incliné de 4^^ vers le midi^ le soleil étant élevé de 45<», reçoit les rayons solaires perpendiculairement; tan^ dis que, sur une plaine, ces mêmes rayons frappent le sol sous un angle de 4^^; c'est^è-dire avec un quart de moins d'énergie; et le coteau incliné ^u nord de 45<> seulement, sera frappé des rayons solaires dans une diredtton horizontale qm le fait glisser le iong de la sulhface. Si le terrain est encore plus incliné au nord, il ne recevra aucun rayon, et restera constamment dans f ombre. Ces différences, déjà sensibles dans les pays de collines, deviennent énormes dans les contrées couvertes de hautes montagnes. Cest ainsi que, dans le Valais, on voit les Alpes d'un côté couvertes de glaces étemelles, tandis que les vignobles et les vergers ornent les coteaux opposés de tous les charmes de la fécondité.
Il y a encore une atftre circonstance à observer. L'angle d*incidence des rajrons solaires est bien déterminé, pour
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un moment donné du jour, par Texposition d*un terra in : mais il varie aussi avec la marche diurne du sol. Le coteau qui, le matin , recevait les rayons solaires ^ous un angle direct, les reçoit déjà plus obliquement à midi; et peutêtre les rayons de l'après-midi ne feront^ils que glisser sur la surface de ce terrain. Il arrive précisément le contraire avec les coteaux exposés au couchant. Ceci a des conséquences très* remarquables, que nous allons indiquer.
Toute exposition occidentale (depuis sud-ouest à nord*
ouest) doit être plus chaude que l'exposition orientale correspondante, toutes autres choses étant ^ales; car les rayons du matin , qui frappent directement les coteaux exposés au levant, ont à combattre le froid qui s'y est rassemblé pendant la nuit. Lorsque l'atmosphère, dansFaprè»midi, sera à son plus grand degré d'échauffement, le rayon solaire ne viendra plus concentrer cette masse de chaleur sur les terrains en exposition orientale; car il n*y tombera qu'obliquement. Au contraire, les coteaux qui penchent vers le couchant se sont déjà pourvus de chaleur pendant toute la matinée; et lorsque le rayon solaire viendra les frapper directement, en y rassemblant tout le calorique de l'atmosphère, il n'y trouvera aucun obstacle; tontes choses, au contraire, seront disposées en faveui^ de son action. En vertu de ce principe, les expositions sud-sud^uest ^sudrouest sont les plus chaudes de toutes, tandis que, par contre-coup ,^elles de nord^est sont les plus froides. On entend bien qu'il n'est question ici que de Vhémisphirt boréal f et qu'on fait toujours abstraction d*une foole de circonstances locales et temporaires.
La position des montagnes n'est pas toujours essentiel* lement liée aux pentes du terrain , puisqu'il y a des plateaux montagneux qui (à la vérité dans une petite partie de leur étendue) n'ont aucune pente générale, comme dans la Mongolie, dans le Tibet ; et que, d'autre part, on trouve des pays qui se penchent de plusieurs côtés, sans que leur partie la plus élevée soit garnie de véritable»
montagnes, comme, par exemple, le centre de la Russie d* Europe.
Les montagnes agissent sur les climats de deux manières : elles attirent les vapeurs suspendues dans Tair; ces vapeurs, en se condensant, produisent les nuages, les brouillards, qui ordinairement dérobent à notre vue les cimes des montagnes. Souvent aussi ces assemblages de matières aqueuses que les vents poussent çà et là sont arrêtées dans leur marche vagabonde par les chaînes de montagnes, où ils s'accumulent dans les hautes vallées. Ces elFets sont encore plus sensibles lorsqu'une chaîne de montagnes est couronnée de forêts que respecta la hache destructive. Elles augmentent l'élévation de la montagne ; elles en ressentent les passages; elles fournissent surtout un aliment inépuisable aux eaux courantes. La destruction des forêts peut quelquefois être un bienfait pour un pays, en lui procurant une circulation d'air plus libre; mais, poussée trop loin, c'est un fléau qui ravage des contrées entières. On en a vu des exemples funestes dans les îles du Cap Vert, sans en citer beaucoup d'autres d'une moindre évidence. C'est la destruction des forêts, et non pas un prétendu refroidissement du globe, qui a rendu la partie méridionale de l'Islande plus accessible au froid épouvantable que trop souvent les glaces flottantes lui apportent en s'arrétant sur ses cotes septentrionales. Quoique les mon-r tagnes ne puissent empédier les mouvemens généraux de l'atmosphère d'avoir lieu, elles peuvent cependant, en les arrêtant en partie, rendre certains vents plus ou moins fréquens pour une certaine étendue de terrain. On ne doute point que les Alpes ne concourent à garantir à la belle Italie son heureux climat, son printemps éternel et ses doubles moissons.
Les exemples des Climats rendus plus froids par la position des montagnes ne manquent pas. Si la Russie cen-* traie et la Russie méridionale sont exposées à des froids disproportionnés à leur latitude et à leur exposition, qui, en grande partie, est méridionale, c'est, entre autres causes.
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parce qu^elIes n*ont pas aa nord une chaîne de montagnet qui puisse aflfaiblir Taction des vents glacés qui vienncnl de la mer Blanche et des monta Uraliena. La Sibérie est dans un cas différent, et encore plus défavcu^able : elle «si inclinée au nord, par conséquent ouverte aux vents de la mer Glaciale; en même temps, sa pente immense est, aa sud, couronnée par les monts Altaï, qui empêchent lei Tents froids de s*en aller plus loin, et qui interceptent ceux de l'Asie Méridionale.
L'abri que donnent les montagnes contre les vents, peut quelquefois devenir nuisible par excès. Âinsi^ on voit la chaleur devenir quelquefois insupportable dans les vallées qui concentrent et réfléchissent virement, en ëlé, les rayons du soleil.
Le voisinage de la mer modère les températures excessives. Dans des climats ardens, les contrées maritimes sont moins chaudes que le milieu des plaines. Dans les latitudes élevées , les côtes et les îles sont moins froides que Tintérieur des continens. Dans les montagnes de la N orwége , on a vu une armée suédoise périr de froid ; gn en trouva les cadavres encore rangés en files ; cependant , Ici o6l»s de ce pays jouissent d'un climat très-^doux, le port de Berghen ne gèle pas aussi souvent que la Seine. Toia un exemple encore plus près de nous, hes lauriers, ftguiers, myrtes, grenadiers, qui ne peuvent si^b^ister ea l^eine terre au centre de la France, croissent naturelle* ment et très-bien à Brest.
Le voisinage de la mer rapproche aussi les tempërataro des saisons. L'on voit à Plymoutb que, quoique la chaleur moyenne de l'année soit, en totalité, un peu moindre que celle de Paris, les mois d'hiver sont bien moins froids qac dans cette dernière ville : le thermomètre n'est famais desceadtt , du temps d'Huxham, plus bas que — lo, et n a pas été plus haut que + a i,a.
La nature intrinsèque du sol doit influer sur le climat de plusieurs manières. Tous les terrains ne s'échanfiènt pas avec le même degré de promptitude; tel sol perd vile
DE GÉOGRAPHIE. aSo
' la chaleur acquise, tel autre la conserve long-temp». Les ' exhalaisons, qui diflïtrent selon la nature au sol, s'éjèvent dans l'atmosphère et s'identiHent avec elle. Les terrains argileux, et ceux qui sont imprégnés de sel, refroidissent 1 atmosphère; les amas de sables, lorsqu'ils sont à sec augmentent la chalem-. On croit, par exemple, que le grand froid et l'air malsain qui régnent dans les gouvernemens d'Astiacan et d'Orenbourg sont en partie dus la nature saline du sol; tandis que plusieurs provinces la France doivent, en partie, leur température sèche «. salubre à ce que leur sol est sablonneux, calcaire, et en général léger. Les terrains rocailleux et arides fournissent le moins de vapeurs. Le contraire doit se dire des terrains marécageux; ces terrains, et même les sables imprégnés d'humidité, diminuent la chaleur; et comme les eaux y sont, pour la plupart, stagnantes, la durée des gelées s'y prolonge, sans que pour cela elles amènent un ciel serein et exempt de brouillards insalubres. Voilà pourquoi l'hiver de la Hollande, sous 52** de latitude, est souvent plus désagréable que celui des îles danoises, sous le 55e parallèle. L'eflTet des marécages, dans les régions chaudes, est encore plus funeste : ils y fermentent, et il s'en élève une quantité de miasmes putrides ; c'est à eux que les côtes orientales de l'Afrique et quelques parties de l'Amérique doivent leur climat pestilentiel.
L'homme influe lentement, maispuissamipent, sur la température de l'air. Sans la culture, il y aurait peu de climats salubres et agréables. Contemplons un pays déserties rivières, abandonnées à leur fougue, s'engorgent et se débordent; leurs eaux ne servent qu'à former de tristes marais; un labyrinthe de buissons et de ronces couvre les plus fertiles coteaux ; dans les prés, le hideux champi-non et la mousse inutile étouffent les herbes nutritives; 1^ forêts deviennent impénétrables aux rayons solaires ;' aucun vent ne vient disperser les putrides exhalaisons des arbres qui ont succombé sous le poids des siècles; le sol, privé de la bienfaisante chaleur atmosphérique, n'exhale que deff
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poisons; le souffle de la mort plaoesur cette contrée. Mais le courage et Hodustrie viennent-ils y aborder ; les nurais sont desséchés y les rivières coulent dans leurs lits déblayés » la hache et la flamme éclaircissent les foréis; la terre^ sillonnée par la charrue, s'ouvre aux rayons du |our, au souffle des vents; Tair, le sol et les eaux prennent peo à peu up caractère de salubrité, et la nature vaincoe cède son empire à Vhomme qui s*est créé une patrie.
Cependant la culture d*un pays nouveau csl sonveot accompagnée de conséquences désasU^euses qui ne doivent pas toujours être attribuées à l'imprévoyance des colons. Le sol nouveau , au premier moment oà la cbarmc rouvre , et où les rayons solaires y pénètrent, doit nécessairement subir une forte évaporation; et ses exhalaisms» qui ne sont pas toujours d'une nature innocente^ à peîoe élevées dans l'air , s'y condensent par le froid encore tmvif, surtout pendant les nuits. De là ces maladies épidëmi* ques qui ravagent les colonies nouvellement fondées. La destruction des forêts , poussée trop loin , amène surtoot des suites funestes. Dans les iles du Cap-Vert, c'eci Tipcciidie des forêts qui a desséché les sources ci ratiiiosphère. La Perse, l'Italie, la Grèce, et bien d'autres conirées ont perdu de cette manière leur heureuse température. La coupe des forêts qui couvraient les Pyrénées a renda Yvr malsain dans la vallée d'Azun , département des F jrâ)éei> Orientales, parce que l'absence de cet obstacle penoci aujourd'hui un libre passage aux vents du sud. On fonae des plaintes semblables dans la CastiUe et dans rAragoo.
Les vents régnons de chaque contrée modifient diBénastment l'influence réunie de tous les élémens qui cosuth tuent le climat physique, et que nous venons d'examiner. Mais la nature, la direction çt l'intensité des veots, drpendent de l'exposition générale et locale, du voisina^ des mers, de l'élévation des montagnes, et d'autres GÎrcoe* stances. Ainsi , les causes du climat forment entre elles us cercle dont on ne peut indiquer ni le premier chaînon m le dernier.
DB GÉOGRàPfllE. Sgi
Or ne doit point caractériser la natare physique des vents d*ane manière générale , d'après les points du compas d'où ils viennent. Hippocrate s'est servi de cette méthode, mais en se bornant à une petite partie du globe. Qu'on ne fasse point à la gloire de ce grand homme l'injure de vouloir ériger ses maximes locales en règles universelles.
Toutes les variations des vents dépendent de l'équilibre le Tatmosphère. Il s'ensuit que la chaleur d'un climat , et [e froid d'un autre , ont une influence continuelle l'une >ur l'autre. Les parties septentrionales d'un grand contir nent enverront quelquefois leur air froid vers les parties méridionales; et de même elles en recevront quelquefois ies souffles échauffans. La grande mobilité de l'atmosphère ne permet pas qu'on borne ces faits à des localités; toute la masse de chaleur et de froid qui entoure le globe est dans un flux et reflux continuel et universel. Ainsi , l'on peut poser les principes suivans : La chaleur de la zone torride et le froid polaire se balancent mutuellement, et de la fluctuation de leur équilibre dépendent les variations du froid et du chaud qu'on ressent dans les zones tempérées. Tout vent, dans la zone tempérée, venant du pôle i^oisin, est froid; et tout vent équatorial est chaud, sauf les exceptions dues à des localités. Ainsi le vent du sud rafraîchit les environs du cap de Bonne-Espérance, tandis ]ue le vent du nord a le même effet pour l'Europe. Un 7ent de terre , s'il vient pardessus des plaines très-élevées ît ouvertes, est presque toujours froid et ^ec dans les '.ones tempérées. Mais entre les tropiques , s'il passe par ies plaines peu élevées, couvertes de sables brûlans, il loit être sec et chaud. Les vents qui prennent naissance (ur les montagnes ne se plient pas non plus à une règle générale ; car il y a des montagnes couvertes de glaces , Tautres où il règne une humidité singulière; les vents y prennent donc des caractères dilTérens. Quant aux vents le mer , ils sont , presque sans exception , humides, chargés de brouillards et de vapeurs salines; comme l'air qu'ils
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amènent est presque toujours ou plus chaud ou plus froid que Fair de terre , ils occasionent constamment cette sorte de décomposition de vapeurs atmosphériques qui nous procure de la pluie.
- U s*eDSuit que tout pays de la zone tempérée qui n'est séparé de Téquateur que par une grande étendue de pays contigus, a nécessairement Fair plus habituellement chaud que tel pays qui voit entre lui et la zone torride de vastes mers. Par contre-coup, les p^ys des zones. tempérées qui ont entre eux et le pôle voisin beaucoup de terres^ et qui sont séparés de Téquateur par des mers, auront le climat habituellement plus froid que d'autres pays sous la même latitude, mais sous une autre combinaison de localités.
. Si nous appliquons ces divers principes à la partie septentrionale de r Ancien Continent, nous verrons que la diminution énorme de chaleur qu on observe en s'avançant vers Test, sous les mêmes latitudes, est due en grande partie à la forme et à la position de cette masse de ten*e. La partie occidentale est échauffée par le voiânage de r Afrique, qui, semblable à une immense fournaise, distribue sa chaleur à TÂrabie, à la Turquie d'Asie, à TEarope. Au contraire, TAsie, dans ses extrémités de nord-est, éprouve des froids extrêmes; c'est, en partie, parce que, d«* ce côté, elle n'a point de terres qui s'étendent vers l'équiteur. Si le Groenland , déjà sous le 60^ parallèle , malpr son exposition méridionale et le voisinage des mers, a no climat plus rigoureux que la Laponie sous le 7a* parallèle , dans une exposition septentrionale, quelle aiitre-r?> son peut-on assigner à ce phénomène , que la séparation de la Laponie d'avec les Terres Arctiques au moyen cf use vaste mer, tandis que le Groenland s'étend prc^ablemect en s'élargissant vers le pôle, ou du moins vers le 8a« drçrc de latitude? L'Amérique Septentrionale a peu de tort* situées dans la zone torride; elle a peu de commonîcitionavec l'Amérique Méridionale; enfin, la disposition li ses montagnes la laissant ouverte aux vents froids polaire^, ceux-ci la balayent d'un bout à l'autre, et rendent sa tem-
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pérature beaucoup plus froide que celle des conti*ées placées à des latitudes égales dans la partie occidentale de l'Ancien Continent,
Il résulte encore dé nos principes une conséquence générale pour les contrées de la zone torride. Les vents alizés, en soufflant continuellement de Test par-dessus la mer, contribuent à rendre toutes les côtes maritimes orientales plus froides que ne^le sont les côtes exposées au couchaùt. D'un autre côté, plus un continent est large d'est à l'ouest, plus ces vents s'écLauflfent en passant pardessus des terres bradées par le soleil. Voici pourquoi les îles Antilles jouissent d'une température modérée, tandis que la Sénégambie et la Guinée sont tourmentées par la plus excessive chaleur dont on ait exemple. Le Congo est plus chaud que Zanguebar.Si les montagnes du Pérou ont le climat plus froid que le Brésil , c'est que l'élévation du terrain, ou toute autre circonstance locale, peut souVent avoir assez d'influence pour anéantir reflet d'une cause générale.
Jetons un coup d'œil sur les diverses températul*es des cinq zones dans lesquelles on a Thabitude de diviser le globe.
La zone torride n'éprouve que deux saisons, Tune sèche et l'autre pluvieuse, La première est regardée comme l'été, et l'autre comme l'hiver de ces climats; mais ils sont en opposition directe avec l'été et l'hiver célestes; cai* la pluie accompagne toujours le soleil; de sorte que, lorsque cet astre se trouve dans les signes septentrionaux, les contrées ^u nord delà ligne ont leur saison pluvieuse. Il paratt que la présence du soleil au zénith d'une contrée y échaufie et raréfie continuellement l'atmosphère; l'équilibre est rompu à chaque moment; l'air froid des contrées plus voisines des pôles y est à chaque instant attiré; il y condense les vapeurs suspendues dans l'atmosphère; donc il y existe des pluies presque continuelles. Les contrées de la zone torride où il ne s'élève point de vapeurs ne connaissent point de saison pluvieuse.
294 TRAITÉ ÉLéMENTAlRE
Les localités^ surtout les hautes chaînes de montagoes qui arrêtent ou détournent les moussons et les vents , influent tellement sur les saisons physiques de la zone tor* ride y que souvent l'intervalle de quelques lieues sépare IVte' de l'hiver. En d'autres endroits» il y a deux saison» pluvieuses et deux saisons sèches ^ qu'on distingue par les dénominations de grande et petite.
La chaleur est presque toujours la même à lo ou à iS degrés de la ligne équinoxiale. Mais, vers les tropiques, on ressent déjà une différence entre la iempârature qui règne au moment oh le soleil est au zénith, et celle qui a lieu lorsque, dans le solstice opposé , les rayons de Fastre du jour tombent sous un angle qui est plus obtus de 4? degrés. Aussi on pourrait, avec Polybe, diviser la zone torride en trois autres; la zone équatoréaley proprement dite y est tempérée, si on la compare à la zone du indique du Cancer, composée des contrées les plus chaudes et les moins habitables de la terre. La zone du trcpiifue du Capricorne contient peu de terres; mais il paraît ({nette éprouve des chaleurs momentanées extrêmes.
La plupart des anciens, méconnaissant l'observation de Polybe, crurent que la chaleur allait en augmentant du tropique vers l'équateur. Us en condurent que le mibeo de la zone torride était inhabitable. On sait anjounThni que plusieurs circonstances concoiurent à y âablir une température supportable. Les nuages, les grandes ploies^ les nuits naturellement très^fratches, leur durée âant égale à celle des jours; une forte évaporation, la vatfe étendue. des mers, la proximité de montagnes trèsJiant& et couvertes de neiges étemelles, les vents alizés et les inondations périodiques, contribuent également à dîmi* nuer la chaleur. Voilà pourquoi, dans la zone torride» on rencontre toutes sortes de climats. Les plaines sont brù* lées des feux du soleil. Toutes les côtes orientales des grands continens, battues par les vents alizés, îoniaseot d'une tempâ'ature douce; les contrées élevées sont même froides; un étemel printemps règne dans la vafiée dt
DE GiOOBAPHIE. SqS
Quito; et peut-^étre que rintérieur de 1* Afrique renferme plus d'une contrée douée du même avantage.
Rien n'égale la beauté majestueuse de Tété dans la zone torride. Le soleil s'élève horizontalement } il traverse, en un instant, les nuages brùlans de l'orient, et remplit la vofkte des cieux d'une lumière éblouissante dont aucune trace d'ombre n'interrompt la splendeur. La lune brille ici d^on éclat moins pâle ; les rayons de Vénus sont plus yi& et plus purs, la voie lactée répand une clarté plus scintillante. A oette pompe des cieux il faut ajouter la sérénité de l'air, le calme des flots, le luxe delà végétation, les formes gigantesques des plantes et des animaux, toute la nature plus grande, [plus animée, et cependant moins inconstante et moins mobile.
Les zones tempérées sont dédommagées par les charmes doux et variés du printemps et de l'automne, par les chaleurs modérées de l'été et les rigueurs salutaires de l'hiver $ cette succession de quatre saisons n'est point connue audelà du tropique, ni vers les pôles. Même la partie de la zone tempérée boréale qui s'étend entre le tropique et le 35* degré de latitude, ressemble, en beaucoup d'endroits, à la zone torride. Jusque vers le 4o* degré, la gelée, dans les plaines, n'est ni forte, ni de longue durée; il est également rare d'y voir tomber de la neige. Les contrées éle*^ vées ressentent toute la rigueur de l'hiver; et lés arbres, même dans la plaine, perdent leur feuillage, et restent dépouillés de verdure dans les mois de novembre et dé* cembre.
C'est depuis le 4o* jusqu'au 60* degré que la succession des quati^e saisons se montre la plus régulière et la plus sensible, sans cependant exposer la santé de l'homme. C'est aussi entre ces latitudes qu'habitent aujourd'hui les peuples les plus instruits, les plus civilisés, et ceux qui montrent le plus de courage sur mer et sur terre. Il semble que dans les pays o& l'on n'a point d'été, les habitans manquent de génie, ou du moins d'esprit et de goût; tandis que là où il n y a point d'hiver, on ne connaît guère
la vraie bravoure, la constance, la loyauté, et les aBtres vertus civiles et militaires. Mais rappelons-nous que c*cst riiomme lui-même qui a cre'ë en grande partie ces <:liinats saiubres; la France, T Allemagne et FÂn^eterre ressemblaient, il n*y a que vingt siècles, au Canada et à la Tartane chinoise, contrées situées, aussi bien que notre EUirope, aune distance moyenne entre Téquateur et le pôle. Au-delà du 60^ degré, et jusqu'au 78* (qui parait être le terme des terrains habitables dans Thémisphère boréal), on ne connaît, en général, que deux saisons : on éprouve un long et rigoureux hiver, auquel succèdent brusquement quelquefois des chaleurs însuppoitables. L*actioD des rayons solaires, faible en raison de Tobliquité de leur direction, s'accumule pendant les jours extrêmement longi^ et produit des effets auxquels on ne s'attendrait que dam la zone torride.U y a eu des exemples que les forêts se sont embrasées, et que le goudron s'est fondu sur les flancs des vaisseaux. Dans l'hiver, au contraire, on voit les eaux-^devie se congeler dans des chambres chauffées, et une croûte de glace couvrir jusqu'aux draps de lit. On a trouvé la terre gelée à 100 pieds de profondeur. Le mercure, figé dans le thermomètre, laisse le degré de froid indâerminé. On parle ici des extrêmes , et de la zone glaciale en général. Les expositions méridionales , ou le voisinage de la grande mer, adoucissent le climat jusqu'à un degré qui paraîtra incroyable aux esprits prévenus. Bergen^ en Norvirége, et toute la côte de ce pays, entre 60 et 6ao de latitude, a l'hiver très-pluvieux, mais rarement de la neige on des gelées; cette saison est moins rigoureuse, et on y use moins de combustible qu'à Cracoyie, à Prague, à Vienne en Autriche, sous 5o à 48^ de latitude. La zone fi*oide jouit d'un calme atmosphérique qui est inconnu dans la région tempérée; point d'orage, point de grêle, rarement une tempête; l'éclat des aurores boréales, ré* fléchi par la neige^ dissipe les ténèbres de la nnit polaire; les jours de plusieurs mois , quoique d'une magnificence monotone, accélèrent d une manière étonnante le jen dt*
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la végétation; en trois fois vingt -quatre heures la neige est fondue et les fleurs s'épanouissent.
MaiS; a&n de compléter Taperçu que nous venons de donner sur la théorie des climats physiques, qui sont d^une si grande importance pour le géographe, nous empruntons au célèbre baron de Humboldt les résultats de son beau travail sur la distribution de la chaleur sur le globe. Il offrira à nos lecteurs les moyens de comparer entre eux tous les pays de la terre d'après les faits les plus positifs recueillis par la météorologie. Dans le tableau ci-après, que M. de Humboldt nomme Tableau des bandes isothermes, ce savant a calculé les températures moyennes des saisons, de manière que celles des mois de décembre, janvier et février^ forment la température moyenne de Thiver. Il a donné le signe * aux endroits dont les températui-es moyennes ont été déterminées avec le plus de précision, , ordinairement par des moyennes de 8,000 observations/
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TRAITÉ éUBMEHTAïaE Tableau des Bandes isothermes.