‹ Traité élémentaire de géographie, contenant un abrégé méthodique de Précis de la géographie universelle en huit volumes ... précédé d'une introduction historique, et suivi d'un aperçu de la géographie ancienne, sacrée et profane;Chapitre 3 sur 142 · DE L'ORIGINE ET DES FROGBÈS · texte numérisé non relu

DE L'ORIGINE ET DES FROGBÈS

L'origine de la géographie est contemporaine des premiers développemens du commerce et de l'agriculture; mais ses progrès ne datent que du jour où les relations de contrée à contrée devinrent assez fréquentes pour que les hommes eussent intérêt à connaître l'ensemble des lieux déjà parcourus y leurs positions réciproques, leurs pro« duits d'échanges , et les routes à suivre pour y parvenir*

Au berceau de la civilisation , quand les rapports des nations ou des tribus entre elles étaient entourés d'obstacles, la géographie, comme l'histoire, devint le dépôt commun de toutes les traditions fabuleuses et populaires. La vive et énergique imagination des premiers âges de l'état social couvrit toutes les connaissances d'un vernis poétique. Le caprice ou le hasard imposèrent des noms; la vanité créa des monumens imaginaires; et l^ignorance supposa des zones enflammées, des gouffres sans fond, et des fleuves sans limites. On attribuait à une puissance surnaturelle ce qu'on ne pouvait expliquer. On se faisait honneur de dangers chimériques. Partout le merveilleux remplaçait la vérité.

Pendant cette époque ténébreuse et incertaine, les systèmes primitifs se ressentirent des préjugés des siècles qui les virent naître, et se ressemblèrent tous. Chaque peuple se crut naturellement placé au milieu du monde. Les Indous firent du mont Mérou ou Meros le centre de la terre, comme les Grecs, du mont Olympe. On croyait cette terre

a TRAITÉ ÉLÉMEKTAIKfi

inconnue un vaste disque, borné de tous côtés [)ar un océan inaccessible; et Ton plaçait aux extrémités de ce inonde imaginaire des îles fortunées , des géans et des py gmées. Quelques montagnes énormes et de mystérieuses colonnes soutenaient la voûte du cieL

Les peuples agricoles et sédentaires, antipathiques au commerce et à la natigaUob , n^ont rien à nous apprendre des premiers elTorts de la géographie. Les Phéniciens, dont les flottes parcouraient la Méditerranée et atteignaient quelquefois la haute mer, savaient quelque chose llh monde ancien. Mais ces discrets navigateurs, dirigâ par une politique mercantile et jalouse, cadiaient avec soin leurs découvertes, leurs entreprises et leure colonies.

U semUe que les Hébreux aient été placés dans Tancien monde pour en révéler les dioses mystérieuses. Ce sont eux encore qui nous ont conservé les plus anciennes notions géographiques des Égyptiens, des Âéniciens, des Arabes et des peuples voisins. Toutefois, dans les livres de Moïse et <k ses successeurs, il ne faut chercher que des indications sur le si^e primitif des nations de FAsie ocddentale. Moïse et les écrivains postérieurs, que nous ne séparerons pas , placent dans les branches du Taurus répandues en Arménie et dans le Kourdistan, pays le plus central de toutes les contrées anciennement peuplées, le second berceau du genre humain. Ils ramènent à trois familles toutes les nations de l'Asie occidentale. Us nous montrent les fils de Sem sous la tente des pasteurs; ceux de Cham livrés à Tindustrie et au commerce ; et, au nord de ces deux races, les belliqueux empires des enfans de Juphtt. La géographie hébraïque indique l'identité d^origine de presque tous les anciens peuples des bords de TEuphrate, d'une partie de 1* Asie-Mineure, de la Syrie et de rArabie : elle nous fait entrevoir dans Jai^ùn et Mor dm le père des Ioniens et des Mèdes; elle nous parle des anciens empires des Assyriens et des Chaldéens, dont le souvenir ne nous est conservé que par les peuples qu'ils ont soumis; elle nomme leurs immenses capitides Baby-

lone etNinive, qui recevaient déjà dans leurs murailles les princes captifs, les hommes distingués, et les nom-* breuses caravanes des contrées orientales; elle nous indique au midi de ces empires plusieurs peuples amis de la liberté, allant de contrée en contrée au gré de leur bu* meur inquiète; elle distingue les Édomites , connus des Grecs sous le nom dlduméens; les Madianites^ très-anciennement adonnés au commerce; les Nabaioths, ou Nabatbéens des Grecs et des Romains, qui faisaient remonter leur origine à Ismael ; les Homérites, dont Tempire heureux et puissant fleurit long-temps dans ITémen; enfin les Hébreux, en parenté avec tous ces peuples, comme eux riches en troupeaux , rois de leurs déserts, pères de nombreuses familles , n*enviant rien aux monarques de la terre, et ne demandant au ciel qu'un peu d'ombrage , une fontaine et de la verdure.

Les écrits de ces mêmes Hébreux nous parlent de TE-» gypte Chamia, et des côtes africaines du golfe Arabique. Ils répandent de vives lumières sur l'ancien état de la Palestine, théâtre d'une des plus anciennes révolutions physiques consacrées par l'histoire. Dans cette contrée et dans la Syrie, Damas, Hémath, Hébron, Jéricho, toutes villes murées, florissaient long-temps avant Athènes. Là, des traces d'une ancienne civilisation se rencontraient de tou* tes parts; Tyr, la reine des mers, nommée par les écrivains hébreirx du temps de David, avait dû préparer pendant plusieurs siècles cette grandeur industrielle, dont le prophète Ézéchiel trace le tableau , à une époque où Rome sous le premier des Tarquins changeait ses chaumières en maisons.

Associés aux entreprises commerciales des Tyriens, les Hébreux furent introduits dans les colonies de Carthage et d'Utique; et l'alliance de Salomon avec la reine de Saba ou de Hff éroé les mit à même de s'instruire dé l'Afrique centrale, dont Méroé recevait les caravanes. Toutefois, le plus ancien monument de la Judée garde le silence sur

cette vaste contrée que nous Connaissons mal encore.

4 TRAITÉ ÉLÉMENTAIIIE

Nous devons donc restreindre la sphère positive de la géographie hébraïque à des limites qui ne dépassent pas le Caucase au nord, l'Archipel de la Grèce à Fouest, la Ferse occidentale à l'est , et l'embouchure du golfe Axabique au midi.

Les écrits des Babyloniens, des Égyptiens, des Phéniciens et des Carthaginois', ne sont pas parvenus |usqu a nous. Les Romains et les Grecs seuls nous ont transmis leui^s découvertes. Franchissons donc les neuf siècles d'intervalle qui séparent Moïse d'Homère , et prenons sur le bouclier d'Achille, comme sur la plus ancienne des cartes, l'idée mère de la géographie de ces siècles reculés.

Le fleuve Océan y entoure le disque de la terre, couveit d'une voûte solide , d'un firmament sous lequel les astres du jour et de la nuit roulent sur des chars port& par les nuages. Le rond de cette terre homérique est partagé par le Pont-Euxin, la mer Egée et la Méditerranée, en deux parties, l'une septentrionale , l'autre méridionale, auxquelles plus tard Anaximandre appliqua les noms d'Europe et ^Asie. La Grèce et les îles occupent le milieu du globe; et le mont Olympe, le centre de la Grèce. Le Pénée, aux flots argentins, borne au nord les nations grecques. La plaine des Pélasges semble remplir ce qui plus tard reçut le nom de Thessalie. A l'occident, TEtolie, sous le nom de Caljrdon, est connue du poète, ainsi que le royaume du prudent Ulysse, Céphalenie, Ithaque, Zacynthe. L'île Schéria, le séjour des voluptueux Phéaciens, est déjà hors de la Grèce. Le poète la fait presque voisine de l'Océan. Au sud il indique les nombreuses tribus de Béotie et l'Attique, sous le nom d'^ihenes; et peut-être le Péloponèse sous celui d*Argos, Il nomme le petit État de Pylus, gouverné par le sage Nestor, la ville de Lacédémone ou Sparte, et la plupart des lies de l'Archipel. Au nord il nous montre les vastes régions de la Thrace; mais il n'a aucune idée du Danube, indiqué un siècle plus tard par Hésiode, sous le nom d'Ister. Les côtes méridionales de l'Italie lui apparaissent

dans un lointain obscur. H peuple la Sicile de merYttlies; et cependant on s^aperçoit que les rivages de cette grande i]e ne lui sont pas entièrement inconnus , quoiqu'il les di* rige assez mal. « La Sicile> dans son système, touràait » une de ses trois pointes vers le nord , Tautre vers Fo* » rient, et la troisième vers le midi; de sorte que sa côte » septentrionale devenait occidentale. Ce déplacement du » triangle de la Sicile se retrouve précisément dans tous 31 les systèmes des géographes grecs , et forme une des ba<- » ses élémentaires sans lesquelles on ne comprend pas du s» tout la géographie ancienne (i). »

La partie occidentale de ta mappemonde homérique n'appartient point au monde réel. C est là que le père des fables indique Tîle flottante d'ÉoIe et les iles enchantées de Circé, de Galypso; c'est là qu'il place, près' de l'en* trée de l'Océan, le séjour des malheureux Gimmériens qui vivent au milieu d'épaisses ténèbres; et dans l'Océan même l'Elysium, asile d'une éternelle félicité. Ces aimables mensonges, embellis des couleurs d'une poésie harmonieuse, ont puissamment influé sur la marclie de la géographie. Ils furent long-temps respectés. À. mesure que l'occident se découvrait, on cherchait à identifier avec les terres imaginaires du chantre d'Achile, les contrées nouvellement visitées. Deux siècles après lui, on crut avoir re* trouvé sa Circé, soit dans les rivages de Tartessus, soit dans ceux des Thyrrènes, visités par Colœus de Samos. Les voyageurs rçmains, bieaplus tard encore, crurent reconnaître VEljsium d'Homère dans les îles Canaries; quant aux Cimmériens, comipe on ne rencontrait ni à Touest ni au midi ces hommes infortunés privés de Téclat du jour, plutôt que d'accuser Homère d'erreur, on prit le parti' de les repoiler vers le norc|. L'habitude d'arranger les indications des premiers âges avec les connaissances postérie;ures est évidemment née du besoin de justifier le grand poète.

(i) GoMclin, Géographie des Grecs, analysée. ^

b TRAITE ELBMENTAIRE

GeEt sur le théâtre des combats de L'Iliade qu^il abandonne le merveilleux géographique, pour la scrupuleuse exactitude de lliistorien. Les explorateurs modernes Tont justifié par leurs recherches. Il décrit avec une rigoureuse précision la ville d'Ilion, le mont Ida, le SimoSs, le royaume de Troie, avec ses neuf provinces, dans lesquelles il comprend les Lyciens, les Dardaniens, les Leléges et les Cîliciens, vassaux de Priam. S'il ne nomme pas le Pont-Euxin, il en décrit les rivages; mais à Textrémité de la mer Noire, il retombe dans le pays des fables. La Golchide pour lui se montre dans un vague lointain, oJk il place le palais du soleil et le théâtre des amoui^ de ce dieu avec une fille de FOcéan. Au midi de Troie, il se retrouve sur son terrain, et nomme plusieurs nations de TAsie-Mineure, parmi lesquelles les Pélasges, les Méoniens et les Phrygiens se font remarquer. On voit que les Phéniciens, dont Sidon était la ville principale, ne lui «ont pas inconnus, tant il décrit avec exactitude leur industrie et leur esprit mercantile. Les hommes de la vieille Egypte passent à ses yeux pour des enfans d'Esculape qui guérissent même les maladies de Tâme, avec un suc qui endort les couleurs. Il sait qull existe une Thhbes aux cent portes et un grand fleuve {le Nil) qu'il nomme Egypios. De l'Egypte jusqu'au détroit des Colonnes, la distance dans son système n'est pas grande; il n'y a place à peine que pour le golfe Syrtique, que le poète connaît sous le nom de £ti^e. Enfin, aux deux extrémités orientale et occidentale de sa mappemonde, il place les Éthiopiens en société avec les Pygmées. Dans la suite on comprit sous ce nom d'Ethiopiens, les Perses, les Bactriens et les Indiens, et tous les peuples qu'on découvrit à Torient et au midi. Ainsi pendant des siècles les erreurs se succédèrent. Le fiaoneux itinéraire des argonautes ne fut autre que la mise en action des idées d'Homère sur la communication du Phasis avec l'Océan. Toutefois leur route de voyage, chez les poètes, changea avec les progrès de la géographie. Ils furent lents; et la cosmographie d'Homère, qui parait

fiB GÉOGRAPHIE. ^

n'avoir été autre que oéUe des Greœ de som âee, aurait régoé plua longtemps, sans les guerres intestines et le mouvement commercial qui déplacèrent les générations suivantes. Les bords de la mer Noire furent connus par les colonies des Mégaréens et des Milésiens; la Sicile et la grande Grèce virent les hommes de Gorinthe peupler leurs terres fertiles. Les Phocéens parcoururent les o6tes de la Sardaigne, de la Corse et de la Gaule , et s'établirent à Marseille. Colœus franchit le détroit des Colonnes, et fit connaître uoe partie de l^pagne méridionale. Les Grecs dérobèrent aux Phéniciens quelques-unes de leurs cartes nautiques; et ce fut peut-être à Taide de tels documens qu'AneximandrCy disciple de Thaïes, traça la première mappemonde connue, sur laquelle, si l'on en croit Plutarque, il représentait la terre comme un cylindre. D'autres philosophes lui donnaient, ou la forme d'un tambour, ou celle d'un bateau ; d'autres encore préféraient la forme cubique, ou se la figuraient comme une haute montagne, dont la base s^étendait à l'infini, tandis que les astres en éclairaient les différentes parties^n circulant autour d'elle. Au milieu de ces tàtonnemens des philosophes ioniens, dont les cartes reproduisaient sans doute des connaissances dénaturées d'un peuple pfus savant, parut un de ces hommes extraordinaires qui donnent aux sciences une direction nouvelle en appuyant lemis progrès sur l'observation. Hérodote d'Hahcar nasse, citoyen distingué d'une petite république commerçante, et probablement négociant lui-même , fut cet homme supérieur à ses contemporains. Il naquit cinq siècles environ après Homère, et voyagea dans les trois parties du monde connues de son temps. Il pénétra ches les Péoniens ( les Servions actuels), visita la Grèce et les colonies grecques du Pont-Euxin ; mesura l'étendue parcourut ks contrées atteignit à l'orient Babylone et Suza, et vit une grande partie de la Perse. Au midi , ses courses le conduisârent aux extrémités de l'Egypte; puis il virîta la colonie de

de cette mer du Bosphore au Phasisj itrées entre le Borysthène et l'Hypahis ;

Cyrène; enfin il termina sa caixière dans Fltalie méridionale^ où il acheva probablement son admirable histoire, dans laquelle il a fait entrer les notions géographiques qu'il avait pu se procurer sur les contrées lointaines.Vers l'est elles s'arrêtaient à Tlndus; vers le nord-est, aux monts Himalaya y et comprenaient la petite Boukhane; au nord, elles s'étendaient jusqu'aux steppes desKirghiz et jusqu*au pays de l'ambre jaune, à l'embouchure de la Vistule; au nord-ouest, jusqu'aux tles Sorlingues ou les Cassitérides, et à la côte méridionale d'Albion; à l'ouest, jusqu'au cap Sacré ou cap Saint- Vincent en Ibérie, et jusqu'au cap Soloe ou cap Spartel en Afrique; et enfin au midi, fus» qu'aux montagnes d'Abyssinie et au désert de Sahara. En rappelant ici les principales notions géographiques d'Hérodote, il ne faut pas en conclure qu'il avait sur toutes ces contrées des idées justes et précises. Les erreurs dominaient encore dans cette masse nouvelle de connaissances. Hérodote ne savait que les noms et les situations respectives de l'Arabie, de l'Ibérie, de là Celtique ou Gaule, des tles d'Albion et des Cassitérides. U avait des idées non moins incertaines sur les autres contrées septentrionales de l'Europe. Il mentionne vaguement l'Illyrie, et JRome lui est encore inconnue.

Hérodote n'a point eu la prétention de faire un système de ses propres découvertes et des renseignemens quMl recueillit; il se moque à la vérité du Jleuue Océan d'Homère ; mais il n'en reste pas moins sous l'influence des idées du poète, lorsqu'il veut donner quelques aperçus positift et généraux. Il admet en hésitant trois parties du monde; il croit TEurope plus longue que l'Asie et la Libye ou l'Afrique prises ensemble. Il s'imagine que cette dernière s'étend dans la même direction c|ue l'Asie, c'està-dire qu*elle se termine bien au nord de l'équateur. La terre, d'après l'exposé d'Hérodote, parait, non phis comme un disque rond , mais comme une plaine indéterminée.

Toutefois, si le tracé de cette terre s'éloigne infiniment

de sa véritable figure, la vérité se montre tout entière dans un grand nombre de détails. Hérodote a singulièrement avancé la géographie des bords de Flster, du Borysthène et du Tanaïs, et des contrées au nord-est et au sudest du Pont-Ëuxin. On voit qu'il a reçu d'exactes .informations sur les pays de l'Indus, du Cachemire et de la Baotriane ; et que de nombreux rappoits commerciaux existaient entre eux et les marchands des colonies grecques du Pont-Euxin, réputés pour leur activité , leur esprit entreprenant et leur persévérance.

Ce fut sans doute à des caravanes indiennes qu'il dut ses idées justes et précises sur la mer Caspienne , et les mesures qu'il donne de son étendue , mesures dont l'exactitude a été démontrée par le savant Gosselin. Il décrit l'Egypte avec une clarté parfaite ; hors de là, il parle d'après les prêtres égyptiens ou d'après les indications des caravanes. Les connaissances qu'il recueillit suivent trois lignes de direction : l'une longe le Nil, et atteint peut* être jusqu'au ii^de latitude; l'autre, en partant du temple d'Ammon, va se perdre dans le grand désert; la troisième s'avance le long des côtes de la Médite'n^anée, jusqu'aux environs de Carthage; mais aucune d'elles n'arrive jusqu'au Dialiba des modernes. Il serait même téméraire d'étendre les connaissances d'Héiodote trop à l'ouest du Fezzan.

Nous ne nous arrêterons pas sur les prétendus voyages des navigateurs phéniciens, ordonnés par Nécos^ roi d'Egypte , et sur ceux des cinq jeunes Nasamons dans l'intérieur de l'Afrique; les uns et les autres peuvent être, à la rigueur, des traditions défigurées de quelques entre* prises d'un âge antérieur; mais, tels qu'ils sont présentés par Hérodote, ils ne soutiennent pas l'examen de la critique. Il n'en est pas ainsi du voyage de Hannon, à peu près contemporain d'Hérodote, entrepris par ordre de Carthage, aux plus beaux joui^s de sa puissance commer* ciale. Il avait pour but principal de fonder des colonies au*delà du détroit des Colonnes. M. Gosselin, en s'ap-

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payant de qudques mesures itinéraires données par Polybe y a borné les courses des navigateurs carthaginois aux environs du cap Non , au sud des États de Maroc* Cette opinion, fondée snr un examen savant du texte appliqué aux localité y nous semble devQir être adoptée comme la plus judicieuse.

Ce n*étaient pas , vers cette même époque , les seuls hommes de Carthage qui marchassent dans la route des découvertes. Le recueil de Scylax fait foi que les Grecs s'y présentaient aussi. Us explorèrent les cîtes du Pont* Euxin, de la Méditerranée et de l'Afrique occidentale, jusqu'à rtle de Cerné. Eudoxus de Cnide composait de son coté un Itinéraire wiwersel du monde. Ephorus de Cumes entremêlait ses ouvrages historiques de détails de . géographie, et divisait le premier le genre humain en quatre races : Indiens, au levant d'hiver; Éthiopiens^ au couchant d'hiver; Celtes, au couchant d'été; et Scjrthes, au levant d'été. Avant ces écrivains, l'immortel Hippo^ croie, qui avait voyagé dans la Scythie, la Thessalie, la Colchide, l' Asie-Mineure , et peut-être l'Egypte, composa le plus ancien ouvrage de géographie physique qui soit parvenu jusqu'à nous. Dans son Traité des Airs, des Eaux et des lieux, le savant médecin divise le monde en deux parties, et oppose toujours l'Europe à l'Asie, en comprenant dans cette dernière l'Egypte et la Libye. Cest encore le système homérique. Les livres seuls n'éclairaient pas le monde. Xénophon, reconduisant dans leur patrie ses dix mille frères d'armes, procura aux Grecs des aper* fus nouveaux sur les pays qui composent aujourd'hui le Kourdistan et l'Arménie. Cependant les spéculations des philosophes de la Grèce embrouillaient les notions acquises. Elles eussent été probablement dénaturées , sous les tristes efforts de l'esprit systématique, sans l'heureuse influence des écrits âiAristote, qui reconnaît probable* ment, d'après Eudoxus, la forme sphérique de la terre, sa courbure et sa circonférence , évaluée à 4oO)00o sta^des.Il crut avant Colomb que les rivages de l'Espagoe n'é*

DE OEO(»lAPHIE. II

aient pas très-éloignës de ceux de l'Inde. Les détails de ses connaissances montrent Terreur à côte de la véiîtë. Sa mappemonde se termine vers Torient à Tlndus; et à Tocoidenty au fleuve Tartessus ou Gnadalquivir. Les monts Ripfaëens bornent le monde au nord et la Libye au sud.

Ses disciples héritèrent de son goût : Dicéarque décrivit la Grèce; il en mesura les montagnes, et fut le premier qui traita de Forologie, comme d'une des branches distinctes de la science. Théophraste avança la géographie physique. Enfin l'élève royal d'Âristote, Alexandre le Grand y porta jusqu'aux bords de Yffjrphasis cet amour des connaissances positives , que son maître lui avait inspiré. Ses conquêtes donnèrent aux Grecs une connaissance plus exacte des parties orientales de l'Asie. Il se fit accompagner par des ingénieurs qui furent chargés de mesurer exactement les marches de son armée. Les chefs de ces ingénieurs , Diognhtes et Béton, publièrent les résultats de ce grand travail; et leur ouvrage fut la source où puisèrent depuis tous les géographes qui voulurent déterminer l'étendue de ces contrées, les positions et les distances respectives des lieux. Une flotte, commandée par Néarque^ Onésierite, explore les côtes du Mekran et du golfe Persîque.

Après la mort du héros macédonien , Séleucus Nîcanor parvint jusqu'aux bords du Gange. L'amiral Patrocles navigua sur l'Océan indien et sur la mer Caspienne. Les Grecs devinrent entreprenans : ils ajoutèrent le génie du commerce à leurs autres supériorités; ils pénétrèrent dans les parties méridionales de l'Hindoustan. Les flottes de Ptolémée complétèrent la reconnaissance des côtes de cette péninsule. On eut connais^nce de la grande île de jTaprobane ou de Geylan, avec laquelle les rois grecs d'Egypte ouvrirent un commerce direct par les poits de Myoshormos et de Bérénice. Les notions géographiques abondaient de toutes parts à la cour de Ptolémée Ev^ergetes.Xin homme de Cyrène les recueillit, s6o ans avant Jésos-Çhrist. A l'aide de tels secours , le grand Eratos-

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thènes créa enfîn un système complet de géographie. Les limites du monde alors connu du bibliothécaire d'Alexandrie étaient probablement Thinœ ou Tenasséritn à Torient; mais ses connaissances positives s'arrêtaient à Fembouchure du Gange. Il paratt avoir eu sur les sources du Nil des renseignemens aussi exacts que les modernes. A Toccident et au nord, il savait ce que savait Pythéas. Sur la côte occidentale d'Afrique , il suivait Hérodote. Sa carte des Côtes de l'Arabie, de la paitie gangétique de rinde, de Ftle dAlbion et Thulé, du cours supérieur du Nil, attestent les grands progrès géogiaphiques des Grecs, depuis Hérodote.

Ces progrès ne se bornaient pas à la navigation des côtes de rinde. Le commerce s'était déjà ouvert une route à travers l'Asie centrale ; il pénéti^ait par le nord de la Perse dans le nord de l'Inde, et gagnait Palibothra, en descendant le Gange ; d'autres caitivanes tournaient les monts Imaus ou Belour, pour se rendre dans la Serique. On doit regretter que les ouvi^ages di Agatharchides de Cnide ne soient pas parvenus en entier jusqu'à nous. Il paraît avoir visité les établissemens grecs sur les côtes de l'Ethio* pie et de l'Arabie *, et si Diodore lui dut de curieux détails sur Méroé, Hipparque, i4o ans avant Jésus-Christ, puisa peut-être dans ses écrits l'idée d'une grande terre australe qui devait joindre l'Afrique orientale à l'Inde. Nous devons à cet illustre savant de l'école d'Alexandrie les premiers fondemens d'une géographie purement astronomique , et peut-être l'idée première des projections géographiques; mais les observations célestes étaient rares alors; et en remplissant les lacunes par des hypothèses, Hipparque ajouta des erreui^ à la carte d'Ératosthènes, qu'il avait voulu rectifier. Cinquante ans avant lui , les voyages de Poljhe, retenu en otage par les Romains, firent mieux connaitre à ces derniers une pailie de leurs conquêtes. Homme positif, il nia les découvertes de Pythéas, par cela seul que le récit en était plein de contradictions. Il réfuta l'erreur de ceux qui croyaient que la zone tor-

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ride était inhabitable ; mais il restreignit beaucoup trop les limites du monde connu. Deux siècles de guerres et de victoires en Macédoine, en Syrie, en Numidie, en Arabie, dans la Mauritanie, dans la Bretagne, dans les Gaules, étendirent considérablement le cercle des découvertes géographiques, et confirmèrent ou perfectionnèrent un grand nombre de celles que Polybe avait rejetées. On connut de nouveau THibernie ou Tlrlande, dont Pythéas, Erathostènes, Polybe et Hipparque n'avaient pas admis l'existence , quoiqu'elle eût été constatée plusieui^ siècles auparavant par les navigateurs carthaginois. A Taide de ces nouveaux documens et de ses propres observations, l'astronome Possidonius crut pouvoir rectifier le système d'Eratosthènes. Il commit de plus fortes erreurs. Il renferma le monde habitable dans une ellipse très-alongée et pointue aux deux bouts, qu'il comparait pour la forme à une fronde. U crut probablement, d'après la relation d'Ëudoxe de Cyzique, à la possibilité d'exécuter la circonnavigation de l'Afrique , et rejeta l'idée d'Hipparque qui faisait de la mer des Indes une mer intérieure.

Cependant Jules César avait éclairé la géographie des Gaules, et commencé la découverte de la Germanie et des côtes des îles des Bretons. Au siècle d'Auguste , Germanicus visita en vainqueur la Dalmatie, la Bosnie, la Servie et la Bulgarie, qui n'avaient jamais été bien connues des Grecs. L'aigle romaine atteignit les bords de l'Elbe. .\^

La description du grand empire fut terminée par Agrippaj dont la carte exposée sous le Portique en développait l'immense étendue.

A la même époque, Strabon composait sa Géographie, vaste dépôt des connaissances de ses prédécesseurs et de ses propres observations.

On voit qu'il a soigneusement consulté Dicéarque, Polybe, Eratosthènes, Hipparque, Possidonius; et qu'il a extrait ou commenté un grand nombre d'autres auteurs.Son ouvrage présente tout à la fois une description très-détail*

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main. De là des erreurs sans nombre; erreurs que son dé^ faut de critique augmente encore. Mais au milieu d'elles, i que de notions précieuses réunies pour la première fois!

Sous la plume élégante de Pomponius Mêla, qui vivait i à peu près à la même époque, la géographie n*est ni plus \ exacte ni plus positive. Gomme Pline, il ne compare i point; il confond les vieilles et les nouvelles relations. Il reproduit le système d>Eratosthènes et les doutes de la communication de la Caspienne avec FOcéan. Son cours de rOxus est assez bien tracé; il sait que les Sarmates ont étendu leurs possessions jusqu'à la Baltique, et que la Scandinavie est séparée des îles voisines. Hérodote est son guide à Tégard de Tlnde et de la Scythie : c'est dire assez qu'il est loin des connaissances de son époque. Il suit, mais en copiste infidèle, le périple d'Hannon, pour les côtes d'Afrique. Il admet comme probable la jonction du Niger et du Nil; mais il rejette l'hypothèse de sa marche souterraine, si bizarre dans la description du naturaliste latin. Il place la source de son Niger ou iVuchul, dans l'Ethiopie, et ajoute cette importante observation : ce Tandis que les autres fleuves coulent du côté de rOcéan, celui-ci se dirige vers l'est et lecientre du continent, où il se perd, sans qu'on sache où il termine son cours. » Ne dirait-on pas que Mêla devinait, il y a dix-huit siècles, l'état de nos connaissances sur le Dialîba?

Au premier siècle de l'ère chrétienne appartient probablement encore cet itinéraire nautique et commercial^ connu sous le titre de périple de la mer Érythérée^ et l'Abrégé géographique de Denys le Périégète, en beaux vers grecs respirant la lecture d'Homère. Un autre itinéraire, par Isidore de Charax, apprend beaucoup de dé* tails géogi^aphiques sur l'empire des Parthes. Vers la fin du même siècle, les besoins du luxe conduisirent le commerce dans la haute Asie et jusque dans la Serique^ sur laquelle un marchand, nommé TitUmus, publia de^ puis des notions imparfaites. On sut par de nouvelles expéditions romaines que l'Afrique s'étendait vers le sud.

plos loin qu^OD ne le supposait g^énéralement. Mtirin de Tyr compulsa les auteurs qui avaient écrit avant lui^ et forma un corps complet de géographie , dans lequel les nouvelles cartes qu'il avait construites se trouvaient dis*^ cutées. Nous ne connaissons ëes ouvrages que par les extraits de Ptolémée.

Au commencement du second siècle, les conquêtes de Trajan, en agrandissant Tempire, étendirent également les bornés de la géographie. La Dacie et la Mésopotamie furent bien connues. A cette même époque se rattache To* rigine de quelques-uns de ces Itinéraires célèbres que le^ maîtres du monde faisaient composer pour diriger la mar<> che des armées, et dont la possession était pour un particulier un crime de lèse-majesté. Ultinéraire de Tempe* reur Antonin, attribué sans preuves à Étbicus, paraît une réunion d'anciens et de nouveaux tableaux de route. Ultinerarium hi^rosofymitanam semble une feuille rou^ tière donnée à quelque fonctionnaire impérial. Le frag^ ment que nous en possédons indique dans le plus grand détail la route de Bordeaux à Jérusalem. Enfin, la Table de Peuiinger, bien plus considérable que les deux premiers, et qui remonte, selon Mannert, au règne de Veïû^ pereur Sévère, comprend dans son tracé bizarre, nonseulement Tempiro romain, mais les dernières limites de^ terres alors connues, surtout vers l'orient. On y voit le pays des Sères, l'embouchure du Gange, Tîle de Ceylan, et des routes même tracées dans le cœur de l'Inde.

Non» arrivons enfin k Vépoque où la géogiaphie des anciens dierche à s'appuyer sur des bases scientifiques. Elle est aux mains de Ptolémée, qui l'élève à la hauteur d'une science mathématique. L'ouvrage de cet homme célèbre n'est qu'un tableau élémentaire et géométrique, cil la figure et la grandeur de la ten^e et la position des lieux sont déterminées. La division des pays n'est qu'indiquée^ et l'auteur ajoute rarement une note historique. Son texte, tel qu'il nous est parvenu , parait avoir été souvent défiguré par la néglig^ce des copistes et des

l8 TAAITE ÉLÉMEMTAUUS

éditeurs. Mais, tout en leur imputant plusieurs grades erreurs y il en est encore un grand nombre qui appar* tiennent bien réellement au géographe; celles-ci semblent avoir leur origine dans les mesures qu'il emploie. On yoit qu il a méconnu Tétendue qu'il devait donner aux longitudes, en les corrompant de f. Cest l'opinion du savant Gosselin, qui l'établit par la puissance irréû^ible du calcul.

Toutefois, avec ses défauts, l'ouvrage de Ptolémée s'élève comme un brillant fanal au milieu de la nuit des temps. Il nous montre en détail des contrées qui n'ont pas vu les aigles de Rome, et dont on n'a parlé pendant plus de dix siècles que sur la foi de ses descriptions. En le dépouillant de ses erreurs, il offre l'ensemble des connaissances géographiques au deuxièmesièclederère chrétienne.

Si nous commençons leur exposé par l'Afrique, nous voyons que la forme de cette partie du monde est totalement changée par Ptolémée. Il n'admet point, comme Pline et Sli*abon, la communication de TOcéau Atlantique avec la mer Erythérée; il pense que la côte occidentale de ce continent, après avoir formé un golfe médiocrement enfoncé, s'étend indéfiniment entre le sud et l'ouest, tandis que l'orientale, après le cap Prasum, va rejoindre la côte de l'Asie au midi de Catigara. L'intérieur de son Afrique présente une grande masse de notions confuses , au milieu de quelques«vérités nouvelles et de quelques nouveaux renseignemens parvenus à Alexandrie , siège alors des grands travaux géographiques. Ptolémée est le premier qui ait annoncé avec certitude l'existence du fleuve Niger; il rejette toute hypothèse d'identité entre ce fleuve et le Nil, et place sur ses bords Tucabath Nigira, la métropole de Ta Gana et de Panagra, dans lesquelles on a cru retrouver quelques-unes des villes de la Nigritie actuelle , conjectures que M. Gosselin a rejetées, en soutenant que Ptolémée ne connut jamais cette dernière contrée; ce que nous ne pouvons admettre en totalité, n nous paraît seulement bien prouvé que ses

DE GÉOGKAPHIE. 19

connaissances n'allaient pas au-delà de uotceDialiBa^ et qu'il confondait) à l'exemple de ses prédécesseurs, les rivières qui sortent de YAtlas^ avec les contrées voisines de son Niger» C'était une des conséquences de son faux système sur Tétendue de rÂ^frique, du sud au nord.

L'Asie de Ptolémée offre trois points principaux •: les côtes de Flnde, en deçà et au-delà du G ange; la route de la Sérique , et la forme de la mer Caspienne. On voitqu'i^ connaît beaucoup de provinces, de villes, de montagnes en deçà du Gange; au^elà, son tracé annonce un vague tâtonnement. Il donne à Flnde une configuration bizaixe ; elle n a plus rien de péninsulaire. Sa Taprobane, ou Cejr* lan, est d'une étendue démesurée; sa Chersonèse d'or est caractérisée par un grand fleuve qui vient s'y diviser en trois branches avant de se jeter dans la mer; son fleuve Senus, dans le pays des Sines, est parfaitement représenté par le cours de la rivière Tenasserim ; son autre fleuve Serus répond à celui de Pegou; et son magnus Sinus se reconnaît dans le golfe de Martaban. Il sait que la Cas-» pienne n'est pas un golfe de l'Océan septentrional , qu elle en est même très - loin ; mais il lui donne une forme très-erronée. La position de sa Sérique est évidemment au nord de l'Inde, et on peut l'identifier avec le Tibet, une. partie de la petite Boukharie, le cachemire, et quelques autres vallées des pays montagneux où naissent V Indus et le Gange. Son Europe diffère certainement de celle que nous connaissons aujourd'hui; mais elle est beaucoup plus étendue que le même continent de ses prédécesseurs. Elle comprend l'Espagne, la Gaule, l'Irlande, la Bretagne ou Albion, les îles occidentales d'Ecosse; au nord, les îles Schetland, dont la principale , Main Land, est peut-être la Thulé de Ptolémée et de tous les auteurs romains. Au nord il s'arrête à la Chersonèse Cimbrique (le Jutland); il place à l'est quatre îles, sous le nom de Scandiœ insulœ; l'une desquelles semble représenter la Scanie ou l'île de Funen, peut-être la Basilia de Pytheas; la Scandinavie du moyen âge, la Suède et la Norwége , ne furent découvertes que

ao TRAITÉ BLÉUENTAIIIE

loag^temps api'ès Ptbiémëe. Le plateaa de la Russie , alon couvert de forets, et qui renferme les sources du Wolga, du Dou ou TanaïSy jusqu'aux sources de la Kama; pois le mont Algydin, qui fournit les sources de TOby^ continuaient à forient du cap Perrispa les limites du monde 'comiu des anciens. Dans cette partie , Ptolëmée élonoe par une description exacte du cours du Wolga. Les Hjperboréens lui paraissent trop ciflèbres pour les efiaco* entièrement ; il les place au hasard au milieu de la Russie» 11 bannit toutefois de son Europe le nom de la Scythie; mais il étend la Sarmatie depuis le Tanaïs jusqu'à la Vis» tule et aux monts Carpathes, sans regarder comme Sotmates tous les peuples qui habitaient ce vaste espace. Ea général les nations Slavonnes sont obscurément indiquées par le géographe; mais il décrit la Dacie avec plus de dé taxis que ses prédécesseurs. On en peut dire autant de TAih gleterre, des côtes occidentales de la Gaule ^ et du nord de TEspagne. Toutefois, à cette époque, par une bizarrerie inexplicable , la géographie de ces contrées éloignées de Rome semble avoir fait plus de progrès que celle de ritalie même; sa forme bizarre chez Ptolémée prouve que la science a ses caprices, et que des causes inconnues bâtent sa marche, là où elle devait i*ester stationnaire.

Après la publication de Touvrage de Ptolémée, les guerres des peuples barbares contre les Romains, tant en orient qu'en occident, donnèrent quelques nouvelles no* tions sur les parties septentrionales de l'Europe. Les marches de Septime Sévèi^, des bords de TEuphrate et du Tigre , jusque dans les montagnes de la Galédonie ou de FEcosse, où il pénétra le premier. Tan 209 de Tère chrétienne, ajoutèrent aux lumières acquises sur Torient et sur le nord. Une paitîe de ces nouvelles notions, échappées à Tinjuce des siècles, se trouvent consignées dans les Itinéraires dont nous avons parlé, et dans les histoires d*^mpuen Marcellin et de Procope. Le premier nous donne 4ur les nations de la Germanie et de la Sarmatie des dë^ tails^que nous cherchons en .vain chez Tacite, Pline ou

DE GâOGRlPHIS.. SI-

Ptolémée; et Procope nous fournît, sur les peuples de la i mer Noire et des environs du Caucase , des renseîgnemens d^autant plus précieux qu'il les avait recueillis sur les lieux mêmes. Au sixième siècle, le nord de l'Europe s'agrandit. . La Suède et la Norwége sont révëMes à l'occident. Ces progrès sont les derniers de l'ancienne géographie; nous n'avons plus rien à lui demander. L'empire romain s*écroule sous les coups des baiiiares du nord et de l'est* L'ancienne civilisation disparaît par degrés au milieu des ténèbrei da moyen âge, la géographie jette encore de temps en temps quelques lueurs incertaines et trompeuses. Elle prend les couleurs de l'ignorance. Les idées de Cosmos j écrivain du sixième siècle, sont encore plus bizarres que celles d'Homère. Son système diffère de celui du poète grec, par la figure carrée qu'il assigne à la terre, dont il fait iiné surface plane entourée d'une muraille. Cette cosmogra*^ phie, adoptée par beaucoup d'écrivains chrétiens, est un monument de la grande influence que la géographie poéti«^ que d'Homère exerçait sur les systèmes des générations les plas éloignées. Acette période appartiennent les faiseors d'à* brégés. C'est 'Martien dHiraclép et Agnihemhre qui nous conservent des fragmens d'ouvrages perdus du pi^emier et du deuxième siècle. C'est Festus ji\nenus, froid imitatéUi* des beaux vers de Denys le Périégète, qui rend sans y pen^ ser un éminent service à l'histoire critique de la géogras pbie^ en insérant dans son Ora mariiima, quoique d'une manière confuse, les traditions des Carthaginois sur lesvoyages que leurs navigateurs avaient exécutés le lone des câk tes d'Espagne, d'Albion et des Gaules. Nous recueiuons encore d'utiles renseîgnemens dans la géographie d^Ethicus, conservée par Oro5iu5; dans diverses notices dèsprou(nces,A dans les dictionnaires géographiques de Fïiius Setjuester^ pour le monde romain, et SEushbe, pour les lieux nommés dans les saintes Écritures. Jomandes nous a transmis quelques renseîgnemens précieux sur les migrations des Gotbs et desHuns, et des détailssur la géographie du nord et de l'est de rEurope,au sixième siècle. Au huîtièflïe^uti Goth

a a TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE

dont oo a toujours ignore le nom, et qu'on appelle com munément le géographe de Rayenne^ nous donne une àes cription du monde connu de son temps ^ et Ton s^étonoe en le lisant , du grand nombre de géographies perdues pou nous y dont il invoque le témoignage.

Cependant, dès le septième siècle, les pèlerinages de chrétiens commencent à ressusciter l'esprit d'observation. Les ouvrages des Pères de TÉglise mentionnent une foule 4q pieux voyageurs. C'est une mine qu'on n'a pas asseï fouillée, et qui, sous le seul rapport de la géographie et de l'histoire des peuples , renferme des trésors.

Dès le quatrième siècle saint Jérôme assure qu*il venait à Jérusalem des pèlerins de VInde, de YEÛiiopie, de U Bretagne et de ïffibernie. Plus tara Adaman compoa une description des lieux saints, d'après ce que lui raconta saint Ârculfe. Les relations des pèlerinages de Willibald ( ^So) et de Bernard , moine français ( 870 ), au saint Sépulcre, sont encore des monumens géographiques ds moyen âge, ainsi que le voyage de Baie à Constantinople. dllaiton. On cite même des cartes de ces temps de barbarie. Saint Gai, fondateur de la célèbre abbaye qui porte son nom et qui vivait dans le septième siècle, en possédai une qu'un historien du couvent appelle Mappant subtih opère j carte d'un dessin élégant. On connaît les trois tables d'argent de Charlemagne, sur lesquelles étaient représentées la terre entière et les villes de Rome et de Cens* tantinoplej et Sprengel cite même un manuscrit de là bibliothèque de Turin , composé en 787, qui renferme une carte d'autant plus précieuse qu'elle com|)rend tout le monde alors connu, et peut servir à l'intelligence du géographe de Ravenne.

Quittons un moment les hommes de l'occident, courbé sous le joug de l'ignorance, et adressons-nous à ce peuple dont le génie éveillé par Mahomet ralluma le flambeati des sciences et des lettres dans l'antique Asie, berceau ib, la civilisation, et le fit luire également sur ces teires d'A«i frique devenues depuis le siège de la barbarie.

DE GÉOGRAJPHIE. ^3

La géographie doit aux Arabes une impulsion nouvelle et de nouvelles découvertes. Dès leurs premières conquêtes 1 es califes ordonnèrent à leurs généraux de faire la description des pays soumis. En 833, le calife Mamoun fit mesurer par les trois frères Ben Schizker un degré de la* titude dans le désert de Sandgiar, entre Racca etPalmyre. Cette mesure , répétée pi*ès de la ville de Kufa, sei^it à déterminer la grandeur de la terre. Sans nous arrêter au voyage des huit Arabes de Lisbonne, connus sous le nom ^almagrurim ou errons^ voyage dont le résultat, est au moins incertain, nous remarquons dès le neuvième siècle , parmi les sectateurs de Fislamisme, le goût des courtes aventureuses et la passion des découveites. Alors deux observateurs zélés, JVahad et Abuzeid, parcoururent et décrivirent y depuis 85i jusqu'en 877 , les pays les plus re* culés de TAsie, qui avaient échappé à la connaissance des anciens. La relation de leur voyage y traduite en français par Renaudot, a trouvé des incrédules jusqu'au moment oiX de Guignes en a parfaitement démontré Tauthenticité. Malheureusement le laps de temps, Tignorance de la lan* gue et mille autres circonstances nous ont fait perdre la plupart des monumens géographiques des Arabes; un grand nombre d'entre eux ne nous sont connus que par ceux mêmes qui les mirent à profit. Toutefois quelques-uns de leurs écrivains sont arrivés jusqu'à nous,, ou par exti*aits, ou en entier. Nous remarquons que le dixième siède vit natti^e les ouvrages de Massoudi, pleins de détails curieux sut l'Afrique, l'ItideetFAsiemoyenne', qu£57t jSTauAra/ traçait dans le même siècle des tableaux aussi instructifs qu'in* téressans de toutes les contrées soumises à la religion du prophète, et traitait superficiellement les pays habités par les Nazaréens ou chrétiens, parce que son amour pour la sagesse et les gouvernemens réguliers ne lui laissait rien a louer ni à citer chez ces nations. Le douzième siède nous^ montre VEdrisi:, appelé communément le géographe de Nubie, possesseur de toute la science de ses compatriotes^ et des connaissances de l'occident, réunies à la cour de Ro-

s4 TRAltÉ ÉLÉMEMTAIHE

^etf roi de Sicile. Le treizième siècle s'enrichit de la P^rU merveilleuse, d'Ebn al Ouardi, ouvrage plein de détails curieax sur Thistoire naturelle , sur la géographie de TAfrique, de l'Arabie et de la Syrie; mais très-succinct sur l'Europe, l'Inde et le nord de l'Asie. D'autres noms célè* hres se présentent dans le quatorzième siècle, c'est Aboul* Feda, plus méthodique que ses prédécesseurs, et qui, loin de les imiter en procédant simplement et confusém^it de l'occident à l'orient, décrit chaque contrée dans uq chapitre séparé, donne la longitude et la latitude des lieux dans des tables rangées suivant les climats, s'étend sur la géographie math^aatique, les mers, les rivières et les montagnes les plus considérables du monde , et citeses autorités.

C'est El Bàkoui qui ^ en publiant les Merveilles de la touêe-puissance sur la terre, se platt à décrire les lieux témoins de la gloire des fidèles croyans, les villes célèbres par les monumens de leur génie et par leurs écoles savantes. C'est Ein Batouta, intrépide voyageur, qui traversa deux fois l'Afrique dans deux sens difl'éreos, du ncMrd au sud et de l'est au nord-ouest; qui visita la mystérieuse Tombouctou et le pays de MelUj et dont les notions s'accordent sur presque tous les points avec les relations les }dus récentes des voyageurs modernes.

Cette liste de géographes ou voyageurs arabes, sur laquelle nous n'inscrivons qi|e les plus célèbres et les plus importans, se termine dans le quinzième siècle par Léon^ dont la description de l'Afrique, mine inépuisable de ren* seignemens curieux, lie en quelque sorte la géographie du moyen âge à la géographie moderne.

En réunissant l'ensemble des connaissances des Arabes, nous remarquons qu'elles n'étaient réellement importantes que pour les contrées musulmanes, visitées par leurs commerçans, ou vaincues par leurs armes. En Asie elles font sortir l'Arabie de son obscurité, elles ajoutent de nouvelles notions à celles qai existaient sur U Syrie et la Perse ; dles sont détailla sur les contrées au nord de l'Inde, et les seules que nous ayons long-temps possédées sur l'ao^

DE OéOGRAPHlE. 2&

eiat)D6 Bactriane, la TransQxiane ou le Mavarelnahr, l'état arabe le plus reeulé vers le nord; elles révèlent la véritable figure et Tétendue de la Caspienne du sud au nord 2 elles s'étendent sur la plupart des provinces qui l'environnent; tracent une ligne commerciale de Samarcande jusqu'à Carfou dans la Chine antique; comprennent encore presque toutes les côtes méridionales du go(fe Persiçue du Malabar, et les iles Maldives, Madagascar, Geylan , Java , Sumatra et les Moluques ; deviennent vagues et incertaines au-delà du Gange, et sont nulles au nord de l'Asie, dans ces froides contrées où les grands fleuves de l'Oby, de Jenisea, de Lepa, aiTOsent les déserts des Tonguses.

L'Europe fut beaucoup moins connue des Arabes; hors les Espagnes, les tles de la Méditerranée et les parties de l'Italie où ils avaient planté leur drapeau , ils n'eurent que des notions morcelées. Toutefois on a peine à concevoir comment ils étaient parvenus à réunir des renseignemens précis sur l'Irlande, Paris, l'Angleterre, le duché de Schleswig, une partie de la Russie, etc., etc.; tandis qu'ils se montraient complètement ignorans des contrées voisines.

C'est en Afrique que lepr géographie a une véritable importance* I*es Arabes s'étendirent de l'Egypte au détroit de Gibraltar, et dépassèrent à l'ouest le cap Bojador qui arrêta si long«temps les Portugais, Dès le dixième siècle, ils fréquentèrent l'Afrique orientale, depuis l'Egypte jusqu^au cap Corientes. Melinde, Mombaze et Sofala*florissaîent dès le douzième siècle. La géographie moderne n'offre guère derenseignemens postérieurs à ceux que donnent les Arabes sur l'Afrique intérieure. Ils connaissent le grand Jleuue de la Nigritie, qu'ik identifient presque tous avec le Nil, mais seulement à sa source ; et dans la première partie de son cours, ils le dirigent vers l'buest, et placent assez généralement son embouchure dans une mer ou dans FOcéan , à une journée de distance d'une certaine tle à'Oulil qui joue im grand rôle dans leur système. La source de notre Dialiba eu DiùUba parait leur avoir été inconnue ; elle est tout*à-

a6 TRAITÉ ÉLÉMËIfTAIRE

fait hors de leurs excursions au sud-ouest, qu*on ne doit guère étendre au-delà de Djioné. A. l'occident proprement dit, Edrisi nomme lesZanhagi, tribu qui a donné son nom au fleuve Sénéga ou Sénégal. Le Rio do Ouro, sous le nom arabe de Wadimel, et la contrée Meczara ou Maghzara, avec la ville ou l'ile d'Oulily terminent la géographie arabe à l'ouest , comme le pays de Lamlan ou Lamlen au midi.

Dans l'intérieur du Soudan , elle nous indique les villes de Tocrour, célèbre par ses mines d'or; Sallah, Berassa, peuplées de noirs pleins de bravoure; Ganah etTombouctou, riches et puissantes par leur commerce, A l'est de cette dernière ville, elle s'étend jusqu'au Bornou ; au sud, elle atteint le pays de Melli , et de ce côté les montagnes de Kong, le Dahoméet quelques autres points de la Guinée maritime. Rien n'indique que les côtes de Sierra-Leone, le Kouranko, le Soulimana , le Kissi et le Sangara aient été visités par les voyageurs arabes. Leurs écrivains sont silencieux sur ces contrées.

U est fâcheux qu'en agrandissant de toutes parts le monde connu des anciens, les Arabes n'aient pas mis dans leurs écrits cette clarté et cette précision dont les Grecs et les Romains leur avaient fourai des modèles. Le despotisme politique et religieux arrêta chez eux l'essor de la pensée et l'esprit d'examen. Ils traduisirent Ptolémée, dont leurs découvertes faisaient sentir l'insuffisance. Là oii ces découvertes ne les éclairaient pas, ils prirent pour guides Strabon et Pomponius Mêla, et s'égarèrent. Leurs observations astronomiques n'étaient point assez précises pour réformer le système géographique des hommes de l'école d'AJexandrie. Us s'efforcèrent de déterminer les latitudes des lieux, par ladurée des plus grands jours ; ils divisèrent en climatsle monde connu de leur temps, et chaque climat en un certain nombre de régions. Les itinéraires seuls leur servirent à fixer les distances respectives : leurs cartes ne forent assujéties à aucune projection. Entre leurs mains la géographie positive fit peu de progrès. Leurs brillantes en*

DE GÊOCUAPKie. 27

tr^pnseSy lears coarses aventareuses semblaient promettre des résultats plus étendus.

Cependant il nous faut quitter les camps arabes , les belles régions de l'orient, et porter nos regards vers des contrées moins favorisées du ciel. Un peuple tout aussi fanatique et non moins brave que les apôtres armés du prophète, le peuple d'Odin reparaît sur la scène, sous les noms de Normans, de Waregues et d'Ostmen; il prend la mer pour le théâtre de ses exploits, et sur les barques des pirates scandinavies se placent des navigateurs instruits et des voyageurs avides de découvertes. La mémoire des services qu'ils ont rendus à la géographie nous a été conservée par le roi Alfred, par Adam de Brème, par ïHeimS'Kringlay ouvrage historique de Snorro, écrit dans le douzième siècle; par diverses autres chroniques islandaises, et par la carte des deux frères Zeni. Uoccident prend connaissance des régions du nord dans l'extrait clair et précis de deux relations Scandinaves qu'Alfred le Grand inséra dans sa traduction anglosaxonne diOrosius. La première montre le Nonvégien Other retraçant ses voyages depuis le Halogaland en Norvrége, jusqu'à la Biarmie à l'est de la mer Blanche, et d'un autre côté le long des côtes norvégiennes et danoises, par le Sund, jusqu'à la ville de Hœthum ou Sleswick. L'autre relation était celle du Danois TFulfstanj depuis Sleswick jusqu'à Truso,ville commerçante dans le pays d'Estum ou la Prusse.

Alfred comprend dans la Scandinavie les pays suivans : la Biarmie, la Finnmai^kie, le Queenland, la Gothie, la Suède, la Norwége et le Danemark. Le nom le plus ancien pour désigner toutes les contrées de la Scandinavie habitée par des Goths, paratt avoir été celui de Manna^ heim{ patrie des hommes), nom que le latin du moyen âge traduit énergiquement par l'équivalent de ces mots, fabrique du genre humain.

JjSl description de la Baltique par Wulfstan , publiée .par Alfred, est beaucoup plus complète que celle d'Egin*

a8 TRAITÉ ÉLÉMfiNTAUUS

hard, qui n'en connaissait pas Vextrémité orientale^ Wulfi^ tan mentionne aussi la Prusse^ sous le nom de WitUmJU Le même voyageur^ comme ses compatriotes ^ donnait Tépithète d'Estiens à tous les peuples qui babitaiebt à Test de la Vistule. Les Scandinaves décrivent aussi la Pologne, qui porte le nom de PouUna'-Land dans les Sagas. Cest le Wùlaltmd d*Alfred, ou pays de la Vistule.

Depuis le neuvième siècle, les côtes les plus reculées de la mer du Nord furent visitées par les Normans. Quoique éloignée de leur patrie, ils visitèrent Tlrlande de trà&bonne heure, peut-être dès le septième siècle. Ils y fondè^ rent les royaumes de Dublin, d'UIster et de Connaugbt, long- temps leurs tributaires; ils firent connaître plus exactement et les Orcades et les Shetland. Us se fixèrent dans la province de Caithness, la plus septentrionale de TEcosse. Us conquirent en 893 les Hebudes des anciens^ situées le long des eûtes occidentales de TEcosse, et qui dépendirent de la Norwëge jusqu'en 1266. L'audace ou le hasard les conduisit en 86 x aux Ues Feroer, archipel lointain qui semblait annoncer d'autres terres. Vers la même époque , l'Islande fut abordée par leurs navigateurs, et, ce qui semble assez extraordinaire, ils en indiquèrent la vraie circonférence d'une manière conforme aux observations modernes des astronomes français. Marins infatigables, ils ne s'arrêtèrent pas, ils abordèrent aux rivages du Groenland vers 98a. On a soutenu que ce pays, ainsi que l'Islande , était connu avant cette époque, rien n'est plus incertain et moins appuyé de preuves : ce qui paraît hors de doute, c'est qu'il fut peuplé par les Scandinaves Islandais; que leurs établissemens étaient précaires; qu'en y avait bâti deux villes^ Garda et Hraitalid; que la partie la plus orientale et la plus méridionale de la côte ouest du Groenland mérite seule par sa brillante verdure d'été, ses bosquets de bou«leaux et le parfum de ses fleurs, le nom de Terre-^Ferte qu'elle reçut des Islandais. Cest là par conséquent qu'on doit {dacer l'une des deux anciennes colonies Scandinaves. On doit chercher l'autre au nord du cap de Désolation.

Des ruines de bameaax et d'églises viennent encore appuyer la probabilité de ces deux identités.

Ici se présente une question d'une toute autre importance : lès Normans ont- ils découvert F Amérique avant Colomb 7

Les histoires de Snorro, celles deTorfœus et de Jonas Arngrimy les vieilles annales d'Islande, par Hauk, et les <li8sertatioDS de Suhm , ont conservé la mémoire des dé^ couvertes de Leif) fils d'Eric Rauda, et de l'Islandais Biorn. L'an X 00 1 , ce demier, cherchant son père au Groenland, est poussé par une tempête fort loin au sud^uest, oh il aperçoit un pays plat tout couvert de bois et assez fertile. U revient; Leif se joini: a lui , et les hardis aventuriers retrouvent la côte aperçue. L'air y était doux pour des Groenlandais, le soleil restait huit heures sur l'horizon dans le jour le plus court , ce qui suppose à peu près 49 degrés de latitude. Cette terre, oii croissait la vigne sauvage, fut nommée Fïn^ land ou pays du vin. Des établissemens s'y formèrent; rien n'indique qu'ils aient été stables; toutefois ils existaient encore dansla première moitié du douzième siècle, époque où un évéque, Eric, se rendait au Vinland pour convertir au christiaiûsme ses compatriotes encore païens.

Où chercherons-nous maintenant cette contrée de yinr land} les récits des vieux historiens que nous venons d'in* diquer semblent nous la montrer sur les côtes de VAmé^ rique septenirhnale. C'est aux relations des deux Zeni et à la carte de leurs navigations à donner La solution de cette question difficile.

Les nobles Vénitiens dont il s'agit ici visitèrent de nouveau, soit en. i3Ôo, soit de iSgi à iSga, les pays découverts par les Scandinaves, ou du moins en recueillirent une description qui semble, à travers beaucoup d'obscurités, confirmer les relations islandaises. Leur Frislandcj, d'après les recherches savantes de MM. Buacfae et Eggers, doit s'identifier avec i*arcbipel des tics Feroer. Les terres qui portent chez les Zeni les noms & Engroneland et de GroUmdia peuvent s'appliquer à la côte sud -est du

3 a TRAITÉ ÉLÉMESTAIRE

A celte obscure période appartient Tonvra^ de Z>îeuil, moine irlandais. Il contient Teâctrait des mesures de Vemptre romain, prises sons Thëodose^ et quelques traits particuliers sur le Nil et sur les lies de l'Ecosse. Ce livre, publié pour la première fois par M. Walckenaer, a obtenu rhonneur d'être révisé et commenté par M. Letrcmne.

Cependant le clergé, mattre de l'instruction publique, et les rois des siècles féodaux encourageaient les étudiss géo« graphiques ; Guillaume de Wykeham était un de ces prolecteurs de la science au beix:eau. Wartou nous a conservé les dispositions suivantes , inscrites par le bon prélat dans ses lettres de fondation d'un nouveau collège à Oxfiird : « Lorsqu'en hiver, à l'occasion de la fête du seigneur^ on » de sa mère, ou de quelque saint, on fait du feu dans h » grande salle pour les confrères, lesdits confrères et les j» écoliei^ peuvent à l'issue du diner et do souper s'amuser n d'une manière convenable, par le chant des cantiques et » autres passe-temps honnêtes, comme aussi, et s'entre* 9 tenant tranquillement de la poésie des chroniques des » di%fers royaumes des merveilles de ce monde, et de » tout ce qui fait l'ornement du clergé. » On sait avec quelle admiration fut reçue la lecture publique, trois fois répétée , du tableau de l'Irlande de Girand. On connatt également le soin tout particulier que Guillaume apporta à la description de sa conquête. Le Doomsdaybook , la plus ancienne des statistiques, en est la preuve : c^est l'eut circonstancié du sol et des hommes d'Angleterre , de ses produits et de ses forces, de sa ricbesse et de son industrie, à la fin du onzième siècle (io8o«— io83) (i). La description de la Marche de Brandebourg, faite de 1 1(7 5 à 1)77, par Tordre de l'empereur Charles IV, est le pendant do cadastre de Guillaume. Toutefois il est probable que la géographie eût long-temps langui , cîrconscrke aux contrées de notre Eurc^, sans les grandes révolutions de

(1) A resception de la priDcipauté de Galles cl des proTinces de Nor- Uinmberlandy Cimibcrkuid, Vfeatmorland elDarliaiii.

TAsie, qui , en produisant sur la scène une foule de peuples jusqu'alors inconnus^ les mirent en rapport avec les hom-* mes derOccidenty et poitèrent ceux-ci à visiter la Tartarie et la Chine. Leur attention fut surtout attirée par les conquêtes des Mongols, qui s'avancèrent jusqu'en Pologne, en Silësie, en Hongrie. D'un autre côté les puissances chrétiennes avaient dissipé d'immenses richesses et consumé de nombreuses armées dans leurs sanglantes croisades. Elles se voyaient sur le point de perdre entièrement le fruit de tantde sacrifices et d'être expalsées de Jérusalem. Ces longues guerres leur avaient procuré de nouvelle^ connaissances sur les contrées orientales. Elles conçurent l'espoir de trouver dans Genghiz - Khan un appui contre les Turcs et les Arabes, et de l'éloigner ainsi de l'Europe, qui ti'emblait au bxxiit de ses victoires et de ses ravages; tels furent les prindpaux motifs des missions confiées par les rois et les souverains pontifes aux Carptn, aux Ruysbroeck ou Rubruquis, aux u^^cefiii.On intéressa leur zèle et leur piété par l'image de la religion éplorée , et c'était pour obéir à la voix de cette fille du Ciel que ces pieux voyageurs, aussi dignes que les savans modernes de la reconnaissance des géographes, traversaient sans armes les pays deivingt peuples barbares, et se présentaient sans peur devant un conquérant féroce qui ensanglantait à la fois les bords du Hoangbo et ceux de la Vistuie* >

Leurs voyages n'ont pas tous également enrichi la géographie. Celui d'Ascelin ( xsi45) n'a rien fait pour elle. Le moine dominicain, dont la relation ne nous est pas parvenue en totalité, est à peu près silencieux sur la Syrie, la Mésopotamie^ la Perse et le Chowarezm, qu'il a traversés. 11 parle à peine de la rive orientale de la Caspienne, terme de sa course hardie^ et les détails de son séjour parm^ lès Mongols n'ont qu'un faible intérêt. 11 n'en est pas ainsi des récits de Çarpin et de Rubruquis, que nous possédons en entier, et qui nous tracent un tableau fidèle des mœurs mongoles. Ce que les Arabes et les^auteurs byzantins avaient écrit avant eux sur les contrées qu'ils

visitèrent, n*était point alors connu de FEorope occi» dentale. Ils restent les premiers qui lui aient appris qaeU que chose d'une partie de TÂsie moyenne jusqu'aux confins de la Chine. Carpin entre dans quelques détails sur l'ancienne Cumarde^ partie sud*est de la Russie le long de la mer Noire; il place sur les côtes orientales de la Caspienne une nation à laquelle il donne le nom de Bisermines, nom probablement qui ne signifie autre diose que Musulmans. On ne sait trop la position précise de ses Naymansj peuple mongol que les voyageurs chrétiens postérieurs prétendaient gouverné parle prêtre Jean. Carpin est le premier qui parle de son empire. Le même voyageur mentionne le KithM noir^ le Kachgar tributaire, et donne les noms de plusieurs tribus mongoles, noms qui ne s'accordent pas avec les dénominations d'Haïton , ce qui ne prouve pascomplètementcontreCarpin : il paraît seulement qu'il prenait des hordes particulières pour des tribus principales. Ses B4istarcas,vomn% de la Russie, sont évidemment les Baskirs, et ses KergiSy les Circassiens; il faut chercher sesChazares ou Gbazari dans la Russie méridionale on la Crimée; il donne aux Géorgiens leur ancieh nom d'Ibériens;* il parle de l'Arménie, il mentionne les Cotes et plusieurs autres peuplades du C«aucase. Mais oii rencon* trer les Parossitesy voisins des Samojèdes, et peu éloigna des Russes, ces pauvres Parossites qui, ne pouvant rien manger à cause delà petitesse de leur bouche et dé leur estomac , étaient réduits à vivre de la fumée des mets qu'ils préparaient?

L'itinéraire de Rubruquis ( c 2 53) se confond sur plusieurs points avec celui de Carpin. Mais les pays visités par le moine ambassadeur de saint Louis sont plte nombreux et ses observations beaucoup plus importantes. Il |H*end sa route par la Crimée, où il découvre lès restes des anciens Goths qui parlaient allemand; il visite les provinces russes le long du Volga et de la mer Caspienne, alors dévastées par les Mongols; il s'avance 'dans les déserts entre le Don et le Fblga^ où il trouve les Morduines^ qu'il

appelle Moxels et qu*il dépeint comme païens. S*il est à peu près impossible d'identifier ses courses dans les contrées arrosées par le Sir-Deria , il Test également de dé* terminer la véritable position du pays àiOrganonj que M. Malte-Brun propose de placer dans une vallée près du lac Balcati.iTaraArorum^la célèbre capitale du Cathaj, et dont le nom seul effrayait FÂsie, fut le terme du voyage de Rubruquis. Il revint en Europe par le chemin qu'il avait parcouru en allant , c'est-à-dire par les contrées voisines de la Caspienne et l'Arménie.

De tous les voyageurs du moyen âge Rubruquis est celui qui fournît les plus amples détails sur le prêtre Jean. Il donne ce nom au prince Unkchan , chrétien nestorien, qui résidait à Karakorum et régnait sur les tribus mongoles de Merkit et deKeraït; mais ce qui rendit sa relation précieuse pour l'Europe du moyen âge, ce fut la masse de connais* sances nouvelles qu'elle mit en circulation. Elle fit voir que des peuples nombreux et de grands pays occupaient cette partie du globe que les géographes anciens avaient couverte des eaux de l'océan. UEoûSy cette mer fabuleuse de l'antiquité 9 disparut pour toujours. La Caspiesne parut comme un grand lac isolé. L'obseiTation des mœurs et des usages fut sans cesse présente à sa pensée. Il apprit le pre« mier que les khans mongols tiraient un produit considé^ rable des lacs salés de la Crimée; que le koumis, boisson favorite de leurs sujets, se préparait en faisant fermenter le lait de jument. Il connut avant Marc Polo l'eau -de-vie de riz ou aiTak; il décrivit les bœufs grognans du pays de Tangut, et les ânes sauvages, si légers à la course, des environs de Karakorum , avec l'exactitude d'un naturaliste moderne. Il remarqua dans la Caramanie , près d'Ico* nium, les alunières qui ont approvisioné l'Europe jus* qu*au XT* siècle. Et le premier, depuis Ammien Marcellin, il signala la rhubarbe comme remède.

Mais de tous les voyageurs du moyen âge , le plus célèbre est Marco Polo. C'est à lui que la géographie moderne de l'Asie doit sa naissance, et après six siècles c'est

36 TRAITÉ ÉLÉHBKTàlRE

encore à lui qtfelle emprunte plus d'un de ses chapitres* Marco Polo est un témoin authentique de cette famease nation des Mongols, alors maîtresse du monde, et de cette Chine, berceau long-temps ignoré d'une civilisation tièsavancée. Observateur judicieux, quoique égaré par les idées de son siècle , il nous a légué un grand nombre de faits d'histoire naturelle et morale, empreints d'un caractère de vérité auquel nos connaissances rendent chaque jour hommage. Naïf et sincère comme Hérodote, il cache souvent sous des récits fabuleux des vérités déguisées. Enfin les découvertes de cet illustre Vénitien, en reculant •vers l'orient les bornes de l'àsie, excitèrent le génie de Christophe Colomb et Tentratuèrent dans des routes inconnues où l'attendait un nouveau monde.

Les voyages de Marco Polo embrassent une période de vingt-six années, depuis 1271 jusqu'en 1297. Il les entreprit après l'élection de Grégoire X, dans la compagnie de son père et de son oncle. Ces derniers avaient déjà vécu dans l'Orient pendant plusieurs années, s'occupant d'affaires commerciales. Ils avaient visité les bords du Volga, Sarai, Bolghar, séjour d'un des petits-fils de Genghiz-Khan, la grande ville de Bokhara, et s'étaient avancés au-delà des extrémités connues de l'orient jusqu'à la résidence de Koublaï, empereur des Tartares, d'oil ils étaient retournés en Europe par la petite Arménie. Ils avaient promis à Koublaï de revenir à sa cour; ils tinrent parole et se mirent en route en 1^71, avec le jeune Polo , fils de Nicolo, alors âgé de dix>neuf ans. L'itinéraire de ce second voyage est d'une haute importance géographique. Il nous montre une ligne immense , parcourue dans l'intérieur, dans l'est et dans le sud de l'Asie, ainsi que sur les mers qui baignent les cdtes méridionales de ce grand continent. Cette ligne embrasse les pays entre la mer Noire et la Caspienne, la Perse, les terres des TurcomanSy la Boukharie, le Badakhchan, lès monts Belour, Kaschgar, les déserts de Lop et de Kobi, Pékin, la Chine orientale et méridionale, une partie des tles de la Sonde ^

la navigation de leurs parages, celle des nijers au-^delà du Gange y du golfe du Bengale, des côtes du Malabar et du golfe Persique, etc«

Le récit de Marco Polo est génëralement le résultat de robservatioQ personnelle. Toutefois il y a des ouï-dire intercalés dans le texte et télleinent confondus qu il est souvent difficile de distinguer ce qui appartient au voya-r geur de ce qui lui a été raconté. De là l'incertitude qui règne sur quelques parties de sa route et sur plusi^urs points visita par lui. Mais tel qu'il est ce texte rc^ste une mine abondante de renseignemens. Marco Polo nous mon^ trela riche industrie de Bagdad, de la Géorgie, de Tauris et de la Perse , et s'émerveille de leurs étoffes de soie« Dans le Badakbchan, dont le climat salubre guérit les voyageurs malades, il signala les.beaux,troupeaux de mou^ tons sauvages, les chevaux agiles et les 'mines de pieires précieuses qui fournissent les rubis balais, le lapis lazuli et d'autres minéraux. Physicien sur les monts Belour, il observe que le feu, dans cette atmosphère raréfiée , brûlait avec moins xle vivacité et de force. Il déorit exactement l'animal porte musc et le grand faisan. Ses détails sur la Soukharie et la Chine sont d'un géographe. U avait parcouru la plMS grande partie des provinces de ce vaste em^ pire; il ne les décrit pas toutes, mais il nous trace. ui\ rapide tableau de ses villes les plus importantes, de Combabê ou Pékin, de Nankin et de la ville de Quinsaif 1^ plus grande du monde, et.dont les innombrables habitans consomment par jour quatre-vingt-quatorze quintaux de poivre. U mentionne le commerce de Canfu avec les Indes et les îles k épiceries. II ne dit rien du thé et n'oublie pas la porcelaine : il donne ce nom aux cauris des Maldives; il s'étonne de la rareté de l'argent à la Chine et de son haut; prix comparé à celui de l'or. Il- parle du papier mon-r naie et de la cherté des fourrures; et le charbon de terre ou la pierre noire, comme il l'appelle, n'échappe pas à son observation.

Le voyageur vénitien a consigné sur le nord de; l'Asie

quelques ddtails curieux. On lui a dit que le sol de ces contrées septentrionales, composé de marais , restait ense* veli sous les neiges et les glaces la plus grande partie de Tannée; qu'au lieu de chariots les habitans se servent de petits traîneaux tirés par des rennes, et qu'enfin les précieuses fourrures s'y trouvent en abondance. Â ces traits on reconnaît la Sibérie.

Marco Polo est le premier qui ait parlé du Bengale aux JËuropéens; mais, tout en faisant l'éloge de sa fertilité , de la beauté de ses cotons , de son sucre et de ses récoltes de riz et d'indigo y il semble le confondre, ainsi que lePégu, avec les provinces du Gathai. Il décrit les villes des côtes orientales et occidentales de l'Inde , mais il se tait sur celles de l'intérieur; ce qui peut passer pour un oubli volontaire, car il sait beaucoup de choses de ces contrées; il n^ignore ni les castes de Tlnde, ni l'aversion des Hindous pour la mer, ni la manière de voyager en palanquin, ni les danses voluptueuses des courtisannes, ni la rareté des chevaux dans ces contrées. Il nomme le Japon Cipangu, d'après la dénomination chinoise Schilyn. Il place sept mille quatre cents tles dans la mer de Cin ; il sait aussi quelque chose parles rapports qu'on lui a faits de la grande Java (peut-être l'île de Bornéo), abondante en épiceries que les Chinois venaient acheter. Sa petite Java, où il demeura cinq mois, est bien certainement l'ile de Sumatra, sur laquelle il fournit des renseignemens assez étendus. La mention qu'il fait de l'tle de Malaiur et de la ville de ce nom prouve qu'il avait entendu parler de ce peuple fameux qui s'était tant répandu au-delà de Malacca. Sa navigation dans les mers de l'Inde paraît l'avoir conduit aux îles de Nicobar et d'Andaman, dont il signale les habitans comme cruels envers les étrangers et anthropophages. Il cite encore Ceyian et n'oublie pas la pèche des perles; quant à Madagascar et aux côtes orientales de l'Afrique, il ne les connaît que d'après les écrivains arabes, dont il se plaît à répéter les récits fabuleux.

Si même aujourd'hui les voyages du noble Vénitien

donnent les hommes courageux et entreprenans, quels sentimens d'admiration ne durent-ils pas inspirer à une époque oii les communications étaient si difficiles ^ Leur importance justifie les détails dans lesquels nous sommes entrés, détails d'autant plus nécessaires que la relation de ces courses lointaines renferme une grande partie des connaissances géographiques ;du moyen âge. Marco Polo est le Humboldt du zm* siècle. < <"

Sur les traces de cet intrépide voyageur et des mission*, naires qui l'avaient précédé, se pressèrent d'autres mar->. chauds italiens, parmi lesquels Pegoletti (i345) mérite d'être cité; son itinéraire est curieux comme route com* merdale; il nous indique la ligne qu'on suivait alors lors* qu'on se rendait avec des marchandises d'Azof à la Chine- Cette ligne traverse la partie moyenne et orientale de l'A* sie, Âzof, Astrakhan, Saracanco ou Saratschick en Tartarie; Ourghenz, dans le Kharizm; Otrar,dansle voisinage de Bokhara; Almalekh (Al Malik), dans la petite Boukharie; Khami (Kan-Tcheou), près de la grande muraille de la Chine, et Cassai, peut-être Quin-Say, aujourd'hui Hang-Tcheou. Le terme du voyage de Pegoletti dans l'est paraît avoir été Cambalu ou Pékin, nommé Gamaleccù dans l'itinéraire. Sa route de retour, qu'il décrit égale** ment, indique celle que les caravanes de son temps suivaient en revenant des Indes pour gagner les bords de la Méditerranée.

La religion, la politique et le commerce, ces trois grands mobiles de toutes les grandes entreprises, continuèrent pendant lesxiv^ et XV* siècles à diriger l'attention vers l'Asie centrale. Parmi les voyageurs et les géographes de la première partie de cette période , nous distinguerons Haïton, Oderic de Portenau et Mandeville , qui ont ajouté peu de vérités et beaucoup d'erreurs aux notions recueillies par Marco Polo«

JJHistoire orientale du premier renferme une géographie générale des principaux états de l'Asie, à l'exception de la presqu'île au-delà du Gange et des lies voisines j;^

4o TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE

comme Mandeville il place un certain royaume de Tarse, entre la Chine et le Turkestan ; il donne le nom SIgours à fies habitans, parmi lesquels on rencontrait des dire*tiens qui se servaient de lettres particulières. Son tableau du Turkestan est plein de vërité; ce qu^il dit des mœurs chinoises est également exact : on voit qu*il a mis à contribution Rubruquis et les autres moines voyageurs, et qu'il a profité des écrits des auteurs mongols.

Mu par un zèle ardent et se dévouant aux travaux des missions lointaines , Oderic de Portenau se dirigea vers FAsie; arrivé à Constantinople, il traverse la mer Noire, prend terre à Trébisonde, marche sur Ormus et s'embarque *dans ce port pour la côte du Malabar, oiï il séjourna quelque temps. Les ties de Ceylan, de Sumatra, de Java et de Bornéo virent successivement Tinfatigable mission* naire; il aborde sur les côtes méridionales de la Chine, et traverse ce vaste empire du sud au nord pour arriver à Kambaleth (Pékin). Sa route de retour fut à peu près celle que Marco Polo avait prise en allant. Il est a$se« difficile de le suivre dans cette partie de son voyage qui se termine au Tibet et n'ajoute presque rien aux connais* sances précédemment acquises. Quelques détails neufs sur la côte du Malabar, la culture du poivre, l'usage antique des femmes de l'Inde de se brûler avec le corps de leurs maris, sur les pratiques religieuses des Hindous et les pénitences de leurs faquirs , voilà tout ce qui paratt digne d'être recueilli de son ennuyeuse relation. Un trait lui est particulier, c'est que très-souvent il affirme par serment la vérité de plusieurs de ses récits, qui n'en paraissent pas moins incroyables.

Mandeville, chevalier anglais, parcourut l'Asie dans le même temps quOderic, et la conformité de leurs relations ferait supposer que l'un a copié l'autre, ou qu'ils ont puisé tous deux dans une source commune. Il n*âait bruit alors que des merveilles de l'Orient. Mandeville voulut les connaître, il quitta l'Angleterre en i3a7, tra-versa la France et se rendit à la Terre-Sainte; loin d'y

guerroyer en bon chevalier contre les infidèles, il servit le Soudan d'Egypte et suivit le grand khan du Gathai dans ses guerres contre le roi de Manci (la Chine méridionale). Son itinéraire est le même que celui d'Oderic; il met également à contribution la géographie d'Haïton, et transcrit des morceaux entiers des vieilles chroniques du temps. On a accusé les moines contemporains de quelquesunes de ces additions; peut-être Mandeviile lui-même vou-^ lut-il renchérir sur ses prédécesseiu^. Il prend ses monstres dans Pline y ses miracles dans la Légende. Ses récits offrent des tles habitées par des géans qui ont cinquante pieds de haut, des diables qui du sommet des montagnes vomissent des flammes sur les pauvres voyageurs, et un certain agneau de Tartarie engendré par un melon. Il place son prêtre Jean dans la ville de Suze, et Thistoire qu'il en rapporte semble être mêlée de quelques traditions indiennes; son voyage n'a rien de géographique, si ce n'est quelques détails nouveaux sur l'Egypte et la Palestine.

Si le goût des fables règne dans presque toutes les relations du xxy^ siècle , celles du xv* commencent à se dégager des couleurs du merveilleux. Gonzalez de Cla* vijo paraît à cette époque comme un voyageur instruit et véridique. Envoyé en ambassade à Tamerlan, par Henri III, roi de Castille, il s'embarqua le ai mars i4o3 pour Constantinople , d'oil il se rendit par la mer Noire à Trébisonde, l'Arménie, le nord de la Perse et le Khoraçan, dans la ville de Samarcand, près de laquelle campait Tameilan. Il décrit avec pompe les fêtes qui lui furent données par le conquérant, et ce tableau peut servir à prendre une idée du luxe et de l'industrie orientale à celte époque. On trouve dans Qavijo des détails trèscurieux sur le commerce de l'Orient. Celui de Samarcand était florissant , les Russes et les Tartares venaient y échanger leurs cuirs, leurs pelleteries et leurs toiles contre les étoffes de soie, le musc, les pierres précieuses et la rhubaibe du Cathai. Tauris, alors riche et active, recevait aussi les mêmes articles et les échangeait avec les pro^

4^ TRAlTi ÉLÉMENTAIRE

duits d'Europe apporta par les Génois. Suhania était encore un marché considérable , c'était le grand entrepôt de la Perse et des Indes; les caravanes de cette dernière contrée y arrivaient dans les mois de juin, juillet et aoûU Yezd et Sei*pi y en envoyaient également; le Kboraçan y faisait parvenir ses toiles de coton et ses colons filés; Or* mus, ses perles; et les marchands du Cathai, leurs pierres précieuses et leurs beaux rubis. Clavi jo est le premier qui nous fasse connaître cette route commerciale entre riude et l'Europe. C'est aussi le premier des voyageurs du moyen âge qui ait rejeté les prodiges de sa relation ; elle contient sur quelques lieux de l'Asie les seuls documens que nous possédions encore.

Celle de l'Allemand Schildberger, qui suivit Tamerlan dans ses conquêtes, trop vague et trop incoirecte, n*oflre pas de grandes lumières à la géographie. On trouve plus d'instruction dans les Voyages de JosaphatBarbaro, noble Vénitien, envoyé par sa république à Tana, en i436, et en Perse auprès du roi Ussum^Cassam, en 147 3. Il parcourut une grande partie de la Tartarie pendant sa première absence, qui dura seize années; plus tard il visita les principales villes de la Perse, telles que Schiras, qui comptait alors deux cent mille habitans; Yezd, riche par ses manufactures de soie; Strava ou Estrava (FÂstrabad de nos jours), active , commerçante et populeuse. Se$ détails sur la Russie ne manquent pas d'intérêt. Le duché de ce nom était alors sans force et mal peuplé, et Moscou renfermait de vastes espaces couverts de bois. Il nous montre la Géorgie déchue de son ancienne civilisation , et n'en conservant d'autres indices que des mœurs corrompues. Ce qu'il dit des peuplades du Caucase est inintelligible; les noms sont trop défigurés dans cette partie de sa relation pour qu'on puisse la mettre à profit.

Barbaro termine cette longue suite de voyageurs qui ^ depuis le xiu* siècle jusqu'à la fin du xv* y parcoum* rent l'intérieur de l'Asie. C'est en réunissant leurs découvertes partielles et leurs difTérens itinéraires, que les

DE GÉOGRAPHIS. 4^

géographes de ces diverses époques essayèrent de tracer l'ensemble de la terre. Cest à Taide de ces matériaux incomplets que les Mailin Sanudo, les Pietro Visconti, les frères Piziganî, les Giroldîs, les Pareto, les Bianco, les BedraziOylesBenincasa, les Martin Brazl, les F. Mauro, les' auteurs de la Carte des voyages des frères Zeni et de Marco Polo^ et quelques autres géographes dont les noms sont inconnus, dessinent ces cartes grossières , sur lesquelles on trouve réunies et les indications récentes et les idées des anciens, dénaturées par l'ignorance et accommodées au besoin de remplir des lacunes ou de servir des hypothèses bizarres. Dans plusieurs de ces cartes on voit l'Europe, l'Asie et l'Afrique représentées comme une grande tle, et l'Afrique terminée au nord de l'équateur et baignée de ce câté par la mer, comme l'avaient cru ErîEttosthènes et Strabon, dont les idées s'étaient maintenues dans l'Europe occidentale.

Les cartes de Sanudo et de Bianco indiquent la plupart des états de l'Europe , et tracent les trois états du nord qui tiennent à la Russie par une langue de terre très* étroite. La figure de l'Asie méiidionale y est tout-à-fait informe, et les Tartares occupent le nord de cette partie du monde. On trouve sur d'autres cartes de Fépoquedont nous nous occupons quelques vagues indications de découvertes faites à l'ouest de FEurope et de TAfrique dans les xic, XII* et xni© siècles. La mention d'une île Jlntilia^ placée à l'ouest des Canaries, existe sur plusieurs de ces cartes, et notamment sur celles de Bianco, de Bedrazio et de Pareto. Le savant Buache a cherché à prouver que cette Antilia n'était autre qu'une des îles Açores; et il se fonde en partie sur ce qu'elle est très-rapprochée de ces dernières. La carte de Bianco a pu motiver cette opinion, qui semble détruite par l'inspection de la carte de Pareto, que le géographe français ne connaissait pas. Sur cette dernière, X Antilia se trouve à une distance très-considérable de l'ancien monde, et tout à l'occident de l'Océan Atlantique. De là l'hypothèse soutenue par quelques hom-

mes instruits y que la connaissance de cette Antiliu, vrai< ou fabuleuse y parvenue à Christophe Colomb , avait pu déterminer son immortelle entreprise. Nous dirons dans un moment quelle idée il se faisait de cette terre lointaine, et à quelle contrée du globe il la rattachait.

On voit aussi sur les cartes du xnr* siècle un tracé des côtes occidentales de TÂfrique , avant les découvertes de Portugais, qui pourrait faire supposer que ces hardis navigateurs, en doublant le cap Nun ou Non, et en s^avasçant au sud, ne faisaient que sillonner une mer déjà j'isitée. Une carte de x 346 , écrite en castillan , présente le cap Bojador comme un point connu, et que les navigateurs avaient doublé. Un manuscrit existant à Gènes conserve le souvenir d'une expédition partie de Majorque vers le même temps, pour se rendre à Tembouchure d'uo fleuve nommé ^'4Miame2ouJ?itt-/aura^ probablement Rio* do-Ouro. Les tles Canaries paraissent sur cette carte de i346, probablement d'après les descriptions des Arabes; et nie de Madère même se montre sur une autre carte de 1 384> sous le nom d'Isala di legname, Ttle aux forêts, vtf* ritable sens du nom qu'elle porte aujourd'hui, t

Mais il est temps de quitter les travaux mal connus da moyen âge et l'époque des découvertes incertaines; il est temps d'adresser un dernier tribut d'hommages aux infortunés précurseurs des Gama et des Colomb, engloutis dam les vagues de l'Océan, ou naufragés sur quelques plages désertes. Une nouvelle carrière va s'ouvrir à nos regards ; une ère nouvelle va commencer pour la géographie. A la voix du prince Henri, les vainqueurs de Ceuta, la boussole à la main, s'élancent sur les flots de l'Atlantique. Depuis long-temps en contact avec les Maures et familien avec la langue arabe i les Portugais s'étaient instruits sur l'Afrique dans les ouvrages des géographes de cette nation; ils savaient quelque chose des tles Canaries et de plusieurs points de la côte occidentale; ils ayaient une vague con* naissance des mines d'or de la Guinée. Les Arabes et la marchands juifs leur avaient fourni des renseignemens sar

lUntërieur des pays dont ils vantaient les richesses. Cepen* iant il lear était impossible de pénétrer au travers du continent. Les populations maures, exaspérées contre les chrétiens victorieux, leur fermaient le passage; mais l'esprit chevaleresque et aventureux, répandu dans toutes les classes, depuis Théritier du trône jusqu'aux hommes sans nooi, ne pouvait reculer contre un tel obstacle. Les marins du prince Henri résolurent d'amver au pays de Tor et des épices, en longeant les côtes de FOcéan.

Le cap Non avait été jusqu'alors le terme des navigations. La tradition annonçait d'affreux malheurs à qui tenterait de le doubler. Le prestige s'évanouit en i433 devant les efforts de GUianez* Vers le même temps ^ les tempêtes poussèrent /eo/i Gonzales Zarco et Tristan Vaz sur les rivages de Porto Santo et de Madère. Celle-ci vit bientôt s'éleVer les premières colonies des Portugais, et croître, sur les débris de ses vieilles forêts, la canne à sucre de Sicile et les vignes de Chypre. D'autres navigateurs découvrirent les Açores, qu'on prit d*abord pour les Antilles des cartes des cosmographes; ce qui détermina même Martin Behaimà placer sur sa mappemondeleCathai à leur couchant-, leur découverte ne fut complétée qu'^p i45o. Cest à peu près vers la même époque que le Sénégal fut abordé peut-être pour la seconde fois. Cinq ans après, les tles du cap Vert devinrent une des conquêtes de Cada Mosto, dont les voyages ont un véritable intérêt scientifique, tant ses descriptions sont claires et précises, tant il met d'exactitude à décrire l'apparence des côtes, la profondeur de la mer, et tout ce qui peut être utile à la navigation. Nous lui devons également le récit de quelquesunes des découvertes de son temps, parmi lesquelles on remarque celles de Pietï'o de Cintra, qui poursuivit la reconnaissance des côtes d'Afrique , atteignit le premier les rivages de la Guinée, et alla au sud de Sierra-Leone jusqu'au cap Mesurado. La mort du prince Henri n*arrêta pas le mouvement qu'il avait imprimé. Son esprit ne cessa d'animer les Portugais : la route était tracée. Pour arriver

au but, il ne fallait plus qu'une constance ordinaire. Cha que année amenait la connaissance d'une terre nouvelle Des navigateurs y dont les noms sont oubliés , abordèrent en 1472 auxtles du Prince, de Saint-Thomc etd'^nobon, situées sous la ligne. Un an auparavant, la côte d'Or avait été visitée par Jean de Santarem et Pierre Escobar ; ver^ la même époque, Diego Cam parvint à l'embouchure du Zaïre; et Alfonso d'Aveiro débarqua sur les terres da Bénin , d'où il apporta le piment à Lisbonne, qui le connaissait depuis long-temps. Enfin , Barthélemi Diaz atteignit en i486 l'extrémité méridionale du continent africain; il la nomma cap des Tourmentes; mais le génie du roi Jean y vit le cap de Bonne-Espérance ; il le dota de ce nom d'heureux augure, et bientôt l'on ne douta plus de la pos* sibilité de faire le tour de l'Afrique par mer.

Les premiers navigateurs qui abordèrent au Bénin avaient appris des habitans qu'à a5o milles à l'est de leur pays résidait un prince qui adorait la croix. Il n'en fallut pas davantage pour faire supposer que se trouvait ea Afrique le royaume du prêtre Jean, depuis si ]ong*temp$ j cherché. Sur la foi d'une telle indication, le roi de Portu- | gai envoya successivement deux moines à Jérusalem, et ' Coi^ilham et Alfonse de Païra à Alexandrie, pour prendre j des informations sur ce prince chrétien. Covilham, après plusieurs voyages en Egypte, aux mines d'or de Sofala, à Calicut , et dans plusieurs villes commerçantes des Iodes , transmit à Lisbonne quelques renseignemens , non sur le prêtre Jean, mais, ce qui valait mieux , sur les riches contrées de l'Orient. Ses dépêches furent long-tempi en route; et avant qu'elles parvinssent, deux |ui6 por«' tugais, qui avaient long^temps résidé à Ormus et à Calicot , donnèrent au roi , sur les Indes et les royaumes qui en dépendent, les détails les plus circonstanciés. Ces documens, réunis au récit de Barthélemi Diaz, déterminent l'expédition de Fasco de Gama, envoyé en i497 ^ la re* cherche des Indes. Le cap de Bonne-^Espâ'ance est doubléi Le génie des tempêtes est vaincu; on entre dans une mef

DE GÉOGKAPHIE. 4?

inconniie ; le monde des anciens est entièrement détruit; bientôt cent royaumes civilisés, arabes ou indiens, maiiométans ou idolâtres ; des iles embaumées, des aromates précieux, vont être révélés ; une nature toute nouvelle va paraître; et c'est un petit peuple enfermé dans un cercle de montagnes, à l'extrémité occidentale de TEurope, qui va se frayer le chemin qui mène à la patrie du soleil.

Après avoir dépassé la pointe d'Afrique , Gama tourna ses voiles vers les côtes orientales. Elles n'étaient connues que des Arabes. Elles se déployèrent pour la première fois aux regards des Européens. L'amiral visita une partie des rivages de la Gafrerie, auxquels il donna le nom de terre de Natal; il découvrit Mozambique, prit terre à Mombaze, ville de commerce, et visita le royaume de Mélinde, où pour la première fois des banians indiens se montrèrent à ses regards.

Les flottes qui le suivirent achevèrent successivement la découverte de l'Afrique orientale jusqu'à la mer Bouge. Cette pâîode est féconde en conquêtes géographiques et en prodiges de valeur. C'est pendant ce siècle de travaux héroïques que Cabrai arrive à Quiloa; qu'Albuquerque le Grand découvre File de Zanzibar; qu'il expulse les Arabes d'Aden; qu'il ouvre la mer Rouge aux Portugais et leur procure la connaissance exacte de ses ports et de ses rivages. C'est pendant le même temps que Tristan d'Acunha visite en détail l'tle de Saint-Laurent ou Madagascar; que d'autres navigateurs abordent la côte d'Ajan , nom sous lequel les Arabes comprenaient tous les pays entre le fleuve Quil* mance et le cap Guardafui ; que Lopez de Segueira paraît sur les côtes de l'Abyssinie, et que François Alvarez fait mieux connaître cette contrée par la relation de son ambassade.

La rapidité des conquêtes des Portugais en Asie ne

fut pas moins merveilleuse. Calicut vit aborder Gama en

x49^- Depuis cette année remarquable jusqu'en i5i6,

jpeodant moins de vingt années, ses intrépides compatriotes

se répandent depuis les états du Zamorin jusqu'à la Chine ;

48 TRAITÉ ÉLÉMERTAIKE

ils visitent en conquërans et dëcrivent souvent avec exactitude quelques-uns des royaumes maritimes du Malabar, des côtes de Coromandel, du golfe du Bengale, de la presqu Ue de Malacca ; ils s'établissent à Ceylan » aux Ankedives, aux Maldives, et font connaître Java, Sumatra, Bornéo, la plupart des Moluques, ainsi qu une partie de la Nouvelle-Guinée; ils parcourent les mers de la Chine ^ découvrent les iles de Lieou Kieou, et sont poussés par les orages jusque sur les côtes du Japon.

Tels furent les résultats de cet esprit entreprenant, de ce mépris du danger, de cette ardeur de la gloire qui animaient les descendahs des hommes formés à Fécole du prince Henri et conduits par les Gama , les Albuquerqne, les Ferez , les Segueira , les Castro , les Silveira , les d' Aadrade, les Âlmeida, et tant d'autres capitaines qui oot porté rhonneur du nom portugais jusqu'aux lieux où rimmense Océan oriental semble avoir brisé en mille ilt^ la vaste masse de TAsie. .-

Pendant qu'ils poursuivaient vers l'orient le chemin dt la renommée et de la fortune , l'Espagne fut entratnéf malgré elle dans les vastes projets de Christophe Colomb.

Si le cadre dans lequel nous sommes circonscrits noos permettait une excursion , justifiée par l'édat d'une hauU célébrité, nous nous arrêterions un moment sur la vie de l'iUustre Génois; nous présenterions cette vie, pleine dV gitations, de gloire et d'ameiiume, comme le lien qiî unit l'histoire de l'ancien monde à celle du nouveau; comme le plus intéressant fragment des annales de l'espèci humaine ; nous nous plairions à retracer les merveilles ds génie ; l'audace réfléchie , aux prises avec les préjugés de l'ignorance ; les grands services payés de toute l'ingratitude des grands de la terre. Dans ce récit se presseraieiil des considérations de l'ordre le plus élevé. Nous auriod à parler d'un monde ignoré paraissant tout*à«coup et àé rangeant les combinaisons politiques et tout le systèol commercial et financier de l'ancien continent; donuaii

une nouvelle impulsion aux mouvemens de la civilisation; créant à l'Europe de nouvelles jouissances et de nouveaux besoins y et transformant son esprit chevaleresque en une aventureuse cupidité. Mais Texamen de si grands objets nous est interdit; et dans la mémorable entreprise de Colomb^ les seuls progrès de la géographie doivent nous occuper^

D'aveugles panégyristes ont cru ajoutei' quelque chose à la gloire de l'illustre navigateur, en le présentant comme un magicien qui avait deviné l'Amérique. La connaissance des documens géographiques du temps suffirait seule pour éloigner une telle supposition. Colomb, comme nous Tavons déjà dit, n'eut ni ne pouvait avoir une telle pensée : il sut tout ce que savaient de son temps les hommes les plus habiles* U jugea comme Aristote, Marin de Tyr, Ptolémée et quelques anciens, que les rivages de llnde devaient être assez rapprochés des côtes d'Espagne. Les cosmographes du moyen âge suivaient cette opinion dans leurs tracés défectueux ; et, dominés par une autre idée bizarre, qu'il devait exister des terres dans la partie op* posée du globe, pour servir de contre-poids aux continens connus, ils inscrivirent au hasard sur leurs cartes, dans l'ouest de l'Atlantique, des terres ou tles imaginaires auxquelles ils donnèrent le nom SAnle Insulœ. Une d'elles porte celui ^ArUilia^ d'oiï dérive la dénomination française d'Antilles. Ces lies n'indiquaient pas un nouveau monde, mais le commencement de l'Asie. Toscanelli ne les croyait séparées du Japon, ou de CipangOy que par un espace de aa5 lieues; et dans sa pensée comme dans celle de Colomb, des terres étrangères ne s'interposaient point entre l'Europe et l'extrémité du continent asiatique : l'Océan seul remplissait cet immense intervalle.

C'étaient ces flots inconnus qu'il se proposait de franchir. Cette généreuse résolution naissait d'une conviction profonde. Colomb croyait à la sphéricité de la terre, et à la vérité des renseignemensde Marco Polo. Dès i474y ce Paul ; Toscanelli , dont nous venons de parler, conseillait au roi L 4

5o TRAITÉ ÉLéHEKTAIRB

de Portugal de tenter la route de Touest pour arriver aux pays des épices, conseil qu'il appuyait d'une carte indiquant par cette Toie les distances probables , mais trèserronée, entre les côtes d'Europe, les provinces de la Chine méridionale et les Indes. Les suffrages d'un tel cosmographe enflamment Colomb d'une nouvelle ardeur. Mais ce que son génie lui présente comme une vérité démontrée, . parait le rave d'un insensé aux chefs des gouvememens contemporains. Gènes, sa patrie, et Venise repoussent le don qu'il veut leur faire de terres nouvelles et d'immenses richesse». Le roi de Portugal s'efforce de le retenir dans l'inaction et de tromper sa confiance. Six années de refus l'atlendent en Espagne. La stupide ignorance des ministres et des courtisans de Ferdinand est plus forte que leur cupidité. Enfin son étoile l'emporte : un prêtre qui possède la confiance d'Isabelle devient son protecteur. La reine comprend sa pensée; et dans les foies de la prise de Grenade et de l'expulsion des Maures, oa l'appelle à la cour; on marchande ses services; on lui confère le titre d'amiral ; et trois fr^es barques avec quatre-vingt-dix hommes sont mises à sa disposition.'Qui ne sait qu'après avoir lutté contre un équipage révolté et près de retourner en Europe, une petite lumière aperpue la nuit indique à l'illustre navigateur un nouvel univers; que de 1493 à 1498} il découvre l'archipel des Antilles; que dans cette dernière année il pénètre jusqu'aux cAtes de la Terre-Ferme et à l'embouchure de rOrinoco ; et qu'en x5oa il reconnaît la côte du continent, depuis le cap Gracias a Dios jusqu'au havre de Porto-Bello? Le monde entier sait encore que Colomb épuisa toute la coupe de l'ingratitude. Le nouveau continent ne poiia pas son nom; et le grand homme ftit le premier Européen qui traversa, chargé de chaînes, cet Océan dent il avait le premier mesuré les flots.

A la nouvelle de cette grande découverte, toutes les ambitions s'éveillèrent. L'Amérique se montra comme une riche proie^ conune la terre de l'or et le théâtre de la re-

DE GÉOGRÂPHnC* 5c

nommëe. Les compagnons de Colomb, d^autres naviga^ leurs et une foule d'intrépides et de cruels aT^ituriers s*y précipitèrent Nous ne les suivrons pas sm* la scène de leurs exploits et de leurs brigandages^ nous devons nous borner à constater sommairement le résultat de leurs travaux géographiques.

Ojeda y qui avait accompagné Colomb dans son second voyage, revient en i499 ^^^ AméricoYespucd, Florentin habile dans la navigation; ils visitent la côte de k Guyane et de la Terre-Ferme, dont ils font la recotmaissancè exacte. A son retour, Americo publie la première relation du nouveau continent; et les injustices de la capricieuse renommée lui assurent un honneur qui dépasse les prétentions des plus fameux conquérans, celui d'attacher son nom à une vaste portion de la terre. Quant aux droits d*Americo à la découverte du Brésil^ soutenus par Malte-Brun, il faut reconnaître encore qu'ils ne sont pas fondés. Lerparties de la côte voisines du cap Saint - Augustin ne furent visitées par lui qu'eu i5ox^ lorsqu'il était au service du Portugal ; et dès 1 5oo, Pinson et Cabrai étaient parvenus sur les rivages de cette grande contrée , qui depuis reçut le nom de Brâil.

Cependant d'autres côtes américaines sont abordées à de grands intervalles. Mais ce fut moins alors des terres qu'on cherchait, qu'un passage pour se rendi'e aux Indes. C'était pour y parvenir que Pinson passait la ligne et se portait vers le sud jusque! bien au-delà du golfe de Paria; que Giovanni Gaboto, Vénitien, s'élevait dans le nord, oil il découvrait un vaste pays, que ses matelots nommèrent Terre-Neuve, et parcourait les côtes d'Amérique jusqu'à la Virginie.

Ce fut encore dans le môme dessein que Corte de Real , capitaine portugais, se dirigea en i5oo vers les rivages explorés par les Cabot. U visite Terre-Neuve, examine le fleuve Saint-Laurent, côtoie le continent, qu'il appelle terre de Labrador ou des Agriculteurs, jusqu'au détroit qui porte aujourd'hui le nom de Hudson, et auquel il im-

5 a TllAITÉ ÉLEHEIf TAIRE

posa celui d'Anianj détroit que les géographes du siècle regardaient comme devant conduire dans le grand Océan, et dont la recherche a déterminé un grand nombre d'expéditions, et puissamment contribué aux progrès de la géographie des côtes de F Amérique du nord ; mais à Tépoque dont nous nous occupons, ce n'était pas par U nord seul qu'on essayait d'arriver aux Indes; l'espoir d'aborder à ces tles, que parfument le cànnellier et le muscadier, déterminèrent les Espagnols à chercher un passage au midi du nouveau continent. Solis périt dans tiae entreprise de ce genre, après avoir fait connaître Rio de la Plata. Magellan, plus heureux, plus habile, ou mieux informé, découvre le redoutable détroit qui a reçu son nom, et conduit le premier un bâtiment européen dans cette i vaste mer, qu'il appela fort mal à propos Océan pacifique. On le connaissait déjà, y asco Nugnez de Balboa l'avak aperçu en 1 5 1 3, de la cime des montagnes de Panama. Sacrifiant il la manie du temps, il s'avance jusqu'à la ceiih ture au milieu de ces vagues nouvelles; et, l'épée nue, 2 crut prendre possession, pour le roi d'Espagne, de cett« mer qui occupe une moitié du globe. Cette découverte acheva de démontrer que l'Amérique ne touchait point à l'Asie.

Vingt*six années s'étaient écoulées depuis le voyage de €olomb, lorsque de vagues récits de la grandeur et de l'opulence du* Mexique vinrent exciter la cupidité des Espagnols. Grijalva , chargé de reconnaître le Tucatao, avait découvert en 1 5x 8 une partie des côtes orientales de la Nouvelle-Espagne. Cortex se prépare à envahir cette grande contrée. En trois années elle devient sa conquête, et la géographie l'inscrit sur ses cartes. Quinze ans {Jq> tard, le Pérou, couvert de cadavres et de ruines, est livre par Pizarre à l'insatiable ambition de ses matties et aux regards de la science. Cortez possédait des qualités brillantes ; son esprit élevé était ouvert aux inspirations généreuses; il mit beaucoup de zèle à rechercher un passage au nord de l'Amérique, semblable à celui que Magellan

DE GÉOaaAPHIE. 53

venait de découvrir au midi. Il n'y réussit point; mais la découverte de la Californie et de la mer Vermeille est encore un de ses titres aux yeux de la postérité. On sut dès lors que la Californie était une grande péninsule , connaissance positive qui n'empêcha pas quelques géographes systématiques du xvii^ siècle d'en faire une île.

La recherche du détroit supposé fut poursuivie avec ardeur; elle valut quelques découvertes réelles : Rodriguez CabrillOy Portugais au service d'Espagne , remonta jusqu'au ^' degré, et nomma le cap Mendocino. Francisco Galli s'avança jusqu'au 4?^ degré io', et fit connaître une partie des côtes qui portent chez les Anglais, de nos jours, les noms de Nouvelle-Géorgie et de Nouveau-Cornou ailles. Ces mêmes Anglais entrèrent dans la carrière et dé^ butèrent par un grand succès. Il n'a rien d'étonnant : l'intrépide Drake , marin consommé , était chargé de faire une renommée à leur pavillon. En 1578 il le déploya tout-à-coup sur ces rivages que les Espagnols croyaient posséder avant de les bien connaitre.Drake traverse, le détroit de Magellan; ballotté par les tempêtes, il est jeté vers le sud, où des terres inconnues se montrent à ses regards. Il découvre, sous le nom d'iles Elisabéthidps, la partie occidentale de l'archipel delà Terre de Feu; peut-être atteint-il même l'extrémité australe de l'Amérique, à laquelle plus tard des navigateurs hollandais donnèrent un nom* Les vents cessent de le retenir dans des parages qu'il n'avait pas l'intention d'explorer; il remonte au nord et visite les côtes déjà reconnues par Galli et Cabrillo; qu'il se permet d'appeler Nouvelle- Albion. Un savant fra^içais Ta dépouillé d'une gloire usurpée, en lui donnant en compensation celle qui lui appartient • en propre. C'était servir sa mémoire. Il est fâcheux qu'un pareil examen n'ait point été fait par les anciens géographes. La Nouvelle- Albion n'e&t point paru sur les cgrb^ avec un nom qu'elle ne doit pas porter. Les tles Elisfibéthijdes, cherchées en vain hors de leur position, n'eussent pas été regardées comme fabuleuses ; et la fausse opinion que ces terres fai-

saient partie d*un continent austral, D*eÀt point été pendant de longues années une des erreui^ de la science.

Vingt ans après, les côtes, jusqu'au cap Saint-Sébastien (4^* degré), sont reconnues par Sébastien Viscayno, qui découvre le port de Monterey.TJn des bâtimens de son escadre, commandé par Flores, pairient au 43* degré, à Tembouchure d'un fleuve ou d'une ouverture. Plus tard, on en fit un détroit, qui reçut le nom d'entrée de Martin d'Âguilar; mais ni l'entrée, ni le fleuve, ni l'ouvcrtore n*ont été retrouvés.

Telles sont, à l'égard de la côte nord-ouest de l'Amérique, les seules découvertes bistoriquement prouvées qui aient été faites dans les xyi^ et xvu* siècles. Passons sur la côte opposée, et suivons-y les progrès de la géographie pendant la même période.

Nous avons déjà parlé du voyage des Cabot et de Corte de Real. D'autres navigateurs les suivirent; et si leurs tentatives furent également infructueuses, elles eurent aussi pour résultat d'agrandir le domaine de la géographie. Ponce de Léon découvrit la Floride; Jean Denis et Ces* toaft levèrent la carte de Terre-Neuve ; Thomas Aubed ramena les premiers sauvages du Canada; Verazzani, au service de François I**, navigua sur les côtes de cette même contrée, atteignit le 5o* degré, et revînt sans y établir de colonie. Jacques Cartier explora le premier le golfe Saint- Laurent, remonta le fleuve jusqu'à trois cents lieues de son embouchure, donna au pays le nom de Nouvelle- France, et fit le tour de Terre-Neuve.

On éUit alors à Tannée t^Hf ^t le détroit cTAnian échappait toujours aux recherches. Elles furent inlerrompues pendant quelque temps ; mais la croyance de son existence restait profondément enracinée dans la pensée des navigateurs. Ceux d'Angleterre rentrèrent dans la carrière. Frobisher, en 1677, en cherchant ce passage tant désiré, retrouve les parties méridionales du Groenland, qu'il appelle Westfrieseland, et passe par un détroit situe par les 64^ de latitude entre quelques tics de la baie de

Hadson^ détroit qui a été faussement transporté au Groenland. Ses compatriotes poursuivent la même ligne. Sir Humpbrey Gilbert arrive dans le havre de Saint-Jean (île de Terre-Neuve) y et se livre à Tezamen du pays qui s'étend au sud. L'infortuné Walter Raleîgh parvient à la Caroline du nord^ que la reine Elisabeth dota du nom de Virginie, nom qui s'étendit ensuite à tous les établissemens anglais de l' Amépque septentrionale. D'autres navigateurs de la ^éme nation s'élèvent bien au-delà de ces latitudes. Parmi les plus heureux et les plus intrépides ^ se distingue John Davis ^ qui visite la côte occidentale du Groenland, et continue les travaux de Frobisher ( 1 585- 1587). Dans son premier voyage il Vélève jusqu'au 66® degré 4o'; visite la partie occidentale du Groenland, et découvre un bras de mer improprement appelé détroit de Davis , puisqu'il est aussi lai^e que la Baltique. Dans un autre voyage il s'avance jusqu'à rtle de Disko, et trouve à l'ouest le détroit de Cumberland. Les glaces l'arrêtèrent entre l'Islande et le Groenland ; et le point le plus avancé qu'il ait reconnu, parait être Sunderson Hope, vers le 77* degré de latitude. Vingt ans après, un des plus célèbres marins des temps modernes, Hudson, paraît dans Ces mers glacées et continue les travaux de ses prédécesseurs. D'heureux résultats récompensent ses efforts. Dans son premier voyage il augmente les connaissances que l'on avait déjà de la côte orientale du Groenland, qu'il visite jusqu'au 8o« degré. En 1609, il découvre le fleuve qui porte son nom; et l'année suivante, la baie de Hudson, véritable mer intérieure, à laquelle le nom de baie ne convient pas du tout, et que la puissance de l'habitude peut seule maintenir. On sait que Hudson fut abandonné par son équipage sur une côte inconnue , et que Thomas Button fut chargé d'aller à sa recherche. Le journal de ce navigateur n'a pas été publié. Il parait toutefois qu'il reconnut une partie de la mer de Hudson; qu'il découvrit la rivière Nelson, et fit sur les marées d'importantes observations^ Cette mer fut explorée en i6i 5 par Bylot. Il y retourna

56 TRAITÉ ÉLÉMEMTAinE

Tannée suivante à la recherche du passage nord-ou est. Guillaume Baffin raccompagnait comme pilote. Ce voyage est Tundespliis remarquables que présente Thistoirede la géographie. Bylot et Baffin s'avancèrent au'-delà du détroit de Davis. Ils longèrent la côte en se dirigeant au nord^ trouvèrent le détroit de Horn, le cap Dudley Diggs, Tile d*Hakluyty le détroit de sir Thomas Smith, les tles Cary, les détroits d'Alderman Jones et de sir James Lancaster; ces navigateurs s'étaient avancés jusqu'au 78* degré. On mit leurs découvertes en doute. Il était réservé, deux siècles après, aux capitaines Ross et Parry d'en démontrer l'exactitude. Celles qui suivirent sont d'une faible importance. Les navigations de Fox n'ajoutent presque rien aux travaux précédens. Le voyage de Jean Munk, Danois, fait connaître un golfe nouveau , qu'il appelle mare Christior neum, et une côte qu'il nomme Nouveau-Danemark. Cest dans la baie Welcome qu'il faut chercher ses découvertes.

Pendant cette époque ( 1608), Samuel Champlain fonde la colonie française du Canada. Soixante ans après s'établit la compagnie anglaise de la baie de Hudson.

Le désir de trouver une route plus courte pour arriver aux Indes avait déterminé les tentatives que nous venons d'exposer. Ce fut encore dans la même pensée et dans le même but qu'on tenta d'autres essais par le nord-est de l'Europe. On crut arriver promptement par ces hautes kiitudes dans les mers de la Chine, et abréger ainsi la route des tles à épiceries. A l'exécution de cette idée haixlie et des courses audacieuses qu'elle détermina, se rattachent, pendant les xvi* et xvu* siècles, les noms de Hugues Willoughby, de Richard Chancellor, d'Etienne de Burough, d'Âithur Pet, de Charles Jackman, de Barentz, de Hemskerk, de Comelissen, d'Ysbrantz, de Bennet, de Jonas Poole , etc.

Si les glaces repoussèrent les efforts de ces intrépides marins, elles ne purent les empêcher de pénétrer dans l'étemel séjour de l'hiver. La mer Blanche, mise en oubli depuis les voyages d'Other, vit leurs voiles déployées; ils

DE GÉQORAPBIE. 5^

ouvrirent une nouvelle route commerciale entre Ârchangel, l'Angleterre et la Hollande. Les côtes septentrionales de la Nouvelle-Zemble furent découvertes' et visitées; le détroit de Yaigatz exploré; et le Spitzberg, la dernière teiTe connue vers le nord , parut sur les cartes de la mer polaire.

Quittons ces froides régions que la vie semble avoir abandonnées. L'immense Océan qui s'étend entre l'Amérique et l'Asie nous appelle. Il paraissait désert et solitaire au milieu du xvi^ siècle, et cependant une cinquième partie du monde était éparse au milieu de ses flots. Voyonsla se découvrir successivement aux regards des navigateui^.

Nous avons déjà dit que Cortez avait essayé de trouver un passage sur les côtes nord-ouest; il paraît; que dans le même temps il eut encore la pensée de faire explorer le grand Océan; du moins le second voyage de Grijalva, entrepris par ses ordres, semble avoir eu cette destination. Le résultat en est mal connu. On a cru qu'il découvrit une partie de la terre des Papous, comme on suppose que Saavedra trouva la Nouvelle-Guinée. Le voyage de Magellan avait démontré qu'on pouvait naviguer des côtes américaines aux côtes orientales de l'Asie. On s'imaginait que dans l'ouest de cette vaste étendue de mer existaient des îles riches en or, et qu'au sud se développait une grande terre australe, que l'on faisait plus ou moins avancer vers l'équateur, selon le système du dessinateur géographe.

L'expédition commandée par Mendana, partie du Callao de Lima, le lo janvier i568, eut moins pour objet de vérifier ces conjectures, que de gagner les Moluques par la voie la plus courte. Mendana prit son essor à travers le grand Océan. Nous ne le suivrons pas dans sa course, qu'il estimait à i45o lieues; la découverte de plusieurs îles récompensa sa persévérance. Dans ce groupe, qu'il place entre le septième et le douzième parallèle sud, la terre ou l'ile de Guadalcanal et les lies Saint-

58 TltàlTÉ ÉLÉMENTAIRE

Christophe et Isabelle sont paiticolièreinent distinguées. Ce fut sur cette dernière terre qu*on célébra la première messe qui ait été dite dans les lies de la mer du Sud. Ce Tojage , le plus important de ceux que les Espagnols eussent entrepris depuis la découverte du Nouveau-Monde , donna naissance à la plupart des fables dont leurs histo* riens entretinrent l'Europe pendant plus d*un siècle : îL n'oublièrent pas d'identifier ces îles nouvelles avec les iles d'or dont ils avaient rêvé l'existence; elles reçurent le nom iiUesde Salomon, et leur position fut long-temps un des points les plus incertains et les plus obscurs de la géo« graphie. De Brosses , Pingre, Dalrymple ont fait voyagei cet archipel depuis la terre du Saint-Esprit jusqu'à la Nou^ velle-Bretagne, avec laquelle le savant Anglais le croil identique. On sait maintenant, grâce aux travaux de Bua« che et de Fleurieu, que les iles de Salomon ne sont autres que la terre des Arsacides de Surville, ou la Nouvelle-* Géorgie deShortland , dont un Français, l'amiral d'Entrecasteauxy a complété la reconnaissance. Le second voyage de Mendana avait pour but d'établir une colonie sur les iles Salomon. Mais l'art de déterminer les longitudes et les latitudes était encore tellement dans l'enfance que le navigateur espagnol ne put retrouver ses propres découvertes. Il en fît de nouvelles. Il eut l'honneur de nommer le premier les Marquises de Mendoce ; il visita les iles iS<z/i- Bemardo^ qu'il a plu à Byron, en 1767, d'appeler iles du Danger; il découvrit encore l'ile de Santa-Crux, à laquelle Garterety sans le moindre droit, a appliqué le nom d'ile d'Egmonty la principale de ^'archipel de la reine Charlotte.

Ce fut dans ce dernier voyage que Quiros, l'ami et le compagnon de Mendana, ajouta foi à l'idée d'un continent austral, idée, comme nous l'avons vu, restée vague chez les géographes du temps. Ni Magellan, ni Gallego n'avaient soupçonné ce continent dans cette partie du monde ; sa recherche n'avait encore été l'objet spécial d'aucun voyage; mais la découverte de Santa-Grux fît croire à Quiros qu*ou

DE GÉOCRAFRIB, Sg

arat eaSn trouvé cette terre inconnne. Cest dans les deux fliénoires 4ju*îl présenta alors à D. L. dé Yelasco , qu'on reoiarqiie poar la première fois une discussion scientifique et approfondie sur celte grande question , qui n*en est plat ime depuis les voyages de Cook^de Surville et de Weddel. !La géographie dut à celui de Quiros la découverte iFan grand nombre d'iles. L'Océan pacifique ne parut plas un désert immense. Encouragé et soutenu par un goavemement épris de la véritable gloire et moins avide d'or, Quiros eût été le Christophe Colomb de TOcéanie. On a rscoonu la plupart des terres aperçues ou visitées par cet habile navigateur; sa Dezana s'est retrouvée dans lYkiasbnigh deWallis, ou le Boudoir de Bougainville, ou la Maitea de Cook; son tle Sagitaria répond à la Taïti de Bougainville et de Wallis ; sa Nuestra Senora de la Luz, ao Pic de FEtoile de Bougainville, et sa terra austral del Erpiritu santo est la même que les nouvelles Hébrides de Cook.

A oe voyage de Quiros se rattache celui de LouisYaez de TorrèSy l'un des capitaines de sa flotte. Séparé de Tamiral par une tempête, en quittant la terre australe il suivit la route de Touest, et, longeant ensuite la côte sud d*aoe grande terre l'espace de huit cents lieues j il parvint aux Philippines y où il rendit compte de ses découvertes. CommeTorrès dans cette navigation ne put longer d'autres c6tes au sadj l'espace de huit cents lieues , que la partie méridionale de la Nouvelle-Guinée, il en résulte qu'il tra« versa le premier le détroit que Cook n'avait pas le droit de nommer détroit de rEndeavour.

Tels furent les derniers efforts de l'Espagne pour agrandir le monde. Mendana, Quiros et Torrès terminent la liste de ces navigateurs intrépides^ aux beaux jours de sa puissance.

Déj^ le Hollandais patient, infatigable et froidement audacieux y s*était essayé dans les glaces du Nord. Set voiles couvraient déjà les mers de l'Orient , et dans les Indes, dans les lies de la Sonde et dans les Moluques, il

6o TKAITÉ ÉLÉMENTAIRE

avait établi de nombreux comptoirs. Ce mot de comptoirs dit assez que c'était moins le génie de la science que celui du commerce qui dirigeait ses entreprises. Ce fut dans le même esprit qu'il poursuivit les découvertes des Espagnols dans le grand Océan. Le besoin d'arriver aux Moluques sans doubler le cap de Bonne^Espérance détermina le célèbre voyage autour du monde de Le Maire et Schouten (i6i5). Pour la première fois l'extrémité méridionale de l'Amérique est contournée, le cap Horn devient le pendant du cap de Bonne-Espérance. La terre des Etats est découverte, et Le Maii^e obtient l'honneur de donner son nom au détroit qui sépare cette terre du coa* tioent. La route qui mène le plus promptement et le plus sûrement dans la mer du Sud est trouvée; les voyages autour du monde ont perdu leur danger. La navigation de Le Maire dans le grand Océan fit connaître cette mer semée d'tlots et d'écueils, nommée la mer Mauvaise , voi* sine de l'archipel Dangereux de Bougainville. 11 y découvrit dans la partie nord les tles Sans-Fond, Waterland et des Mouches* Sa route le conduisit ensuite entre l'archipel des Amis et celui des Navigateu», où quatre petites iles conservent encore les noms qui leur furent aloi^ donna pour la première fois; ce sont les tles des Traîtres, de Good-Hope, des Cocos et de Hoom. On doit regretter qu'en s'écartantde la ligne jusqu'alors suivie, et en s'élevaut au nord , la prudence de Schouten l'ait emporté sur le zèle de Le Maire; s'ils fussent restés dans les mêmes latitudes, l'honneur de retrouver les terres de Quiros et d'aborder la c6te orientale de la Nouvelle-Hollande , eût récompensé leur persévérance,

La route de leur compatriote Tasman (1JS42) fut beaucoup mieux choisie. Ce grand navigateur, chargé de reconnaître l'étendue du continent austral, dont les Portugais et quelques Hollandais avaient déjà visité différentes pai ties, justifia par de nombreuses découvertes la confiance qu'on mettait dans ses talens. Il agrandit le domaine de la géographie^ de la terre Yan-Diemen du nord, de la terre

DE géoghaphie. 6i

y an-Diemen du sud , ou Tîle de Yan-Diemen ^ de la côte occidentale de la Nouvelle-Zélande, qu'il nomma terre des Etats; de l'archipel des Amis, d'un groupe des lies Fidji, et de plusieurs autres îles. Il donna le nom de Nouvelle-Hollande à la partie nord-ouest de ce continent, qu'il avait vue le premier; il commença la reconnaissance des côtes est, nord, nord-ouest et ouest de cette grande terre. H contribua par son premier voyage à faire disparaître l'opinioa qui en prolongeait indéfiniment au sud et à l'est les parties que Edel, Leeuvin, Carsten, Nuyts et de Witt avaient trouvées précédemment. Dans sa seconde expédition, il détermina l'étendue méridionale du grand golfe de Carpentarie, qu'il avait exploré h partir de la baie yai>-Diemen. Nous verrons bientôt que ces principales découvertes ont été complétées par Cook et d'Entrecasteaux, et que tous les navigateurs qui ont marché sur ses traces ont rendu hommage à son exactitude, .aux sages directions qu'il suivit, et à ses profondes études de l'art nautique.

Le nom de Yan-Diemen , que Tasman fit porter à quelques-unes de ses découvertes, était celui du gouverneur de Batavia. Cet homme d'état méritait un tel honneur. U se montrait animé du désir d'étendre les possessions et le commerce de la compagnie; et la géograpliie le compte au nombre de ses protecteurs. Ce fut lui qui , après le premier retour de Tasman ( i643), dirigea vers le nord du Japon les capitaines de Vries et Schaep, avec ordre d'explorer ces mers orageuses et d'y tenter des découvertes. Avant ce voyage, les géographes dessinaient de fantaisie la fameuse terre de Jesso : on en faisait un continent ou une grande île entre l'Asie et l'Amérique; on la joignait même à ce qu'on appelait alors Tartarie russe. Cependant, vers 1620, des missionnaires de la Chine avaient donné quelques détails sur l'île Seghalien et sur l'existence d'un détroit appelé TessoL Le P. des Anges nous avait appris quç la terre opposée à l'île Seghalien se nommait^la terre des j4ino Moxori, et qu'elle était séparée du Japon; mais il resta des doutes sur la jonction du Jesso avec l'île Seg-

6a TRUTÉ ÉtÉMElITÀIRE

halien. Nous verrons plus tard La Përouse les faire disparaître, et Broughton déterminer le détroit de Sangaar, tel que nous le connaissons.

La découverte de quelques-unes des Kouriles 'inàîdionales appartient encore à Fezpédition du capitaine de Yries*

Entre cette dernière et les premiers voyages des Espagnols aux tles Garolines , auxquels on fit peu d*atten* lion, on compte quarante-trois années stériles en découvertes. Le xvn* siècle allait s'éteindre dans cette inaction, lorsque Dampier parut sur la $cène, joignant Vaudace d*un flibustier à la science d*un géographe. On doit à ce célèbre Navigateur la première connaissance des Iles Ba* Sdii f dont il a donné une description complète* Il décou* vrit en 1699 et 1700, à la Nouvelle-Hollande, la baie des Chiens-Marins ; il visita dans une étendue de trois cents lieues la partie nord-ouest de cette côte du même continent, qui depuis a été parcourue par les vaisseaux fiançais le Géographe et le Naturalùfie, et visitée de nouTean par le capitaine King. Il traversa le premier le détroit qui porte son nom et sépare la Nouvelle-Bretagne de la Nouvelle-Guinée. Il avança beaucoup la reconnaissance de cette grande lie, dont il prolongeaJa côte septentrionale; fit quelques autres découvertes dans ces parages et sur les rivages de la Nouvelle-Irlande. Il aborda à Céram par une route jusqu'alors inconnue* Tel est l'aperçu de ses travaux.

Pendant les xvi^ et xvu* siècles les peuples de TEor<^ occidentale ne furent pas les seuls à la recherche de terres nouvelles. L'esprit aventureux vint animer aussi les hommes de la mer glaciale. On vit en i636 des bâtimens russes descendre la Lena et côtoyer les bords du terrible Océan du nord. Les rivages de l'Océan oriental furent atteints en iGSg par Dimitri Kopilow; et en 1646 et 1648, Bomyschlan et Deschnew, allant de Kowyma h Anadyr, doublèrent le cap Tchoukotskoi. Ces courses hardies furent alors mal connues; et de longues années s'é-

DE GÉOGRAPRXE. 63

coulèrent avant que Ton mît à profit les dëeouvertes maritimes des Russes.

Rappelons maintenant en peu de mots les noms et les travaux généraux des géographes de Tépoque qui vient de nous occuper.

Les idées des Grecs et des Romains sur la configuration de la terre avaient disparu^ du jour oh Colomb découvrit un nouveau monde, oii Gama franchit les bornes qui avaient arrêté le génie des anciens, où Magellan eut achevé de convaincre la multitude que la terre était un globe. Qn sentit alors la nécessité d'abandonner la méthode vague des auteurs des premiers planisphères, et de déterminer la position des lieux , en fixant leur distance à réquateur ou au premier méridien; mais on manquait d'observations précises pour exécuter un tel plan.

Le système de Ptolémée était trop enraciné pour tomber tout-à-coup* On tâcha d'abord de Taccommoder aux nouvelles acquisitions* On se servit des portulans , dressés par les pilotes et les hydrographes qui accompagnèrent les premiers navigateurs; mais on s'en servit mal : on n'avait pas la science nécessaire pour coordonner des observa*tions partielles; et ces mêmes observations exactes, prises isolément, devinrent des bévues dans des cartes générales. Les mappemondes des frères Appian^ de Ribeiro et de Gemma Frisius représentèrent les premiers l'hémisphère nouvellement découvert. Sébastien Munster réunit dans son atlas les découvertes de son temps, et reçut de ses cozh temporains le nom de Strabon, qu'il ne méritait certes pas. Ortélius mit enfin un peu d'ordre dans la géographie. Le premier il sépara la géographie ancienne de la géogra* phie moderne. Il fit beaucoup pour toutes deux, et porta l'érudition jusque dans la cartographie. «La mappemonde qu'il a mise en tête de son Theatrum orbis terrarum pré» sente déjà un système différent de celui de Ptolémée. Mercator, bien moins érudit que lui , mais meilleur mathématicien , se servit avec plus de hardiesse du petit nombre d'observations faites de son temps. C'est le véritable fonda-

64 I>E GEOGRAPHJt.

teur de la géographie positive chez les modernes. Il commença Vëdifice sur des bases solides et le laissa aux mains des Cluuet, des RiccioU, des Varenius. Grâce k ces hommes célèbres, Térudition , l'astronomie et la haute physique devinrent les auxiliaires de la géographie. On vit dès lors ce qu'elle pourrait être, le jour où, riche de faits et de renseignemens précis^ elle sortirait de la voie des conjectures. Les Sanson^ les Blaeuj les Burœus suivirent avec succès la route tracée par leurs maîtres, et commen* cèrent à soigner les détails des cartes géographiques^ dovk l'extérieur devint moins bizarre. Une branche secondaire de la science, la statistique, dont nous avons rappelé le début dans le moyen âge, se développa sous la plume des Sansoyino, Botero et J9ai^%r. L'Allemagne ne tarda pas i y montrer $a supériorité. Gonring, l'un de ses professeurs, fit plus et mieux que ses prédécesseurs. Les républiques elzéviriennes , échantillon des travaux statistiques de cet âge , prouvent que les limites du genre étaient aussi incertaines qu'incomplètes.

Revenons à l'histoire des découvertes. Le xvm * siède commence : la géographie va devoir ses progrès à ua zèle pur de toutes pensées de conquêtes, de toutes coih sidérations mercantiles. De nobles et périlleuses entreprises seront tentées sans autre but que d'accroître la masse des connaissances acquises, et de porter à des peuples inconnus les bienfaits de nos arts et de notre industrie. L'esprit de doute et d'examen et le génie de la civilisation vont présider aux recherches et les éclairer de leur flambeau.

Vers 1 722, la croyance aux terres australes, encore dans toute sa force, détermina le voyage de Roggeween. 11 crut les avoir trouvées dans sa Nouvelle-*Bretagne antarc* tique, qui n'était qu'une des Malouines*, il s'imagina que les glaces qu'il rencontrait par les 62^ appartenaient à un continent; seconde erreur, que Debrosses adopta plus lard. Roggeween nomma l'tle de Pâques que l'on suppose la terre vue par Davis. C'est l'opinion de Gook et de

Dalrymple, que Fleurieu ne partage pas. Sa n)Avîgation dans la mer Mauvaise fit connaître un groupe dlies, partie des îles Paliser, de Cook , et ne produisit ensuite <{ue la découverte peu importante desilesBauman^Roggeween, Tienhoven et Groningue, dont la position est incertaine, et que Fleurieu place entre le 8* et le i5* parallèle sud , et les i58 et i6o longitude occidentale du méridien de Paris.

La route de Roggeween fut mal choisie ; il croisa celle de Quiros, et suivit à peu près celle de Schouten. C'était prendre le plus mauvais parti. C'est un reproche qu'on peut adresser à quelques-uns des navigateurs qui vinrent après lui. Il semble qu'en quittant la ligne de l'oaesti et s'élevant brusquement au nord, ils aient pris plaisir à évi-* ter la Nouvelle-Hollande.

Cependant, les temps marqués pour les grandes découvertes dans l'océan Pacifique sont accomplis. Des terres sans nombre vont successivement apparaître comme un archipel brisé entre l'Asie et l'Amérique. Byron, Wallis , Carteret se succèdent dans la carrière. La reconnaissance des Malouines et la découverte de petites îles, telles que celles du Danger et du Désappointement, sont les seuls résultats des travaux du premier. Le second et le troisième occupent une place plus importante dans les annales de la science. Wallis retrouve, dans la belle Taïti, la Sagitaria de Quiros, et fait connaître la chaîne méridionale de l'archipel Dangereux. Carteret touche à l'île Santa-Crux de Mendana, s'approche des fameuses îles Salomon, et passe le premier par le canal Saint-Georges, entre la Nouvelle- Bretagne de Dampier et la tare qui reçut dès lors le nom de Nouvelle-Irlande.

- Dans le temps même où ces heureux navigateurs nommaient des terres inconnues et ouvraient une route nouvelle aux vaisseaux d'Europe, Bougainville, qui avait passé la première partie de sa vie dans les camps, et qui consacrait l'autre à s'illustrer sur les mers, parcourait l'archipel Dangereux de Wallis et abordait sur les rivages de L 5

66 TRA1¥É ËLÉMBNTAIRE

cette Taïtt, dont il se croyait le premier explorateur. Ce n*eàt été qu nn succès de plus ^ assez d'autres suflGisent à sa gloire et Itii méritenl la reconnaissance de sa patrie. C'est le premier Français qui^ en faisant le tour du monde , ait enrichi la science d'importantes découvertes, n fit connaître et nomma pour la première fois le bel archipel des Navigateurs, les terres de la Louisiade, la côte nord -ouest et la pointe nord de Tarchipel des Ârsacides ou Salomon; et retrouva, dans ses grandes Cyûlades, une partie des terres australes du Saint-Esprit de

Quiros.

Il est assez bizarre que Tidée d*une tle imaginaire, voisine de r Amérique et riche en métaux précieux , se soit reproduite à deux siècles d'intervalle, et ait déterminé Texpédition de Surville en 1769, comme elle avait donné naissance au voyage de Mendana en 1 569 ; et c'est encore un des caprices de la fortune, que la même erreur ait conduit ces deux navigateurs vers les mêmes terres. L'identité de l'archipel des iles Salomon et des Arsacides parait à peu |H*ès démontrée. Cest en 1 769 que SurviDe fit la découverte de la plus grande partie de la ligne sudest , est et nord-est de ces terres dont le lieutenant Shortlanddécouvrit les côtes opposées en 1788. .^

Le premier navigateur du xyin* siècle, celui dont la renommée est toute populaire, Cook, a d^à paru daos le grand Océan , oti le destin lui réserve l'honneur d'achever à peu près l'exploration de la cinquième partie do monde. Ses travaux sont immenses , et leurs r&ultats sont d*un haut intérêt scientifique; mais il est juste d'ajouter qu il fit moins de découvertes, dans le sens absolu de ce mot , que de reconnaissances perfectionnées.

Son premier voyage fit connaître la Nouvelle-Zélandfi sous son véritable aspect ; il prouva qu'elle était compo* aée de deux lies, et donna son nom au canal qui les se* pare. Il découvrit en partie et visita avec soin la plupart des oôtes orientales de la Nouvelle-HoUande, k partir dé la pointe nord de l'entrée du déti*oit qui la divise de Hit

iE>B GÉOOAAPHtR. 67

de Vaft Diemen^ non encore aperçue^ jusqu'à rextcémitë nord de cette longue suite de côtes qui reçut alors ]e nom de Nouvelle-Galles du Sud.

Son second voyage j entrepris pour vérifier Fexistence des terres australes ^ résolut à peu près cette question controversée depuis deux siècles. II demeura certain qu'il n'existait aucune terre de quelque étendue en deçà des ré^ gions oh il s'était élevé à soixante et onze degrés et quelques minutes de latitude sud. Daùs ce mémorable voyage, il fit la reconnaissance de plusieurs parties delà Nouvelle^ Zélande et de l'archipel du Saint-Esprit de Quiros, il revit avec soin les tles de la Société et des Amis, et décou-* vrit la Nouvelle-Calédonie; dont il reconiiut la côte orientale.

Sa troisième expédition eut encore pour objet de déci*' der de grandes questions géographiques. Les voyages de» Espagnols au nord de la Californie > et des Anglais dans la baie de Hudson , laissaient toujours dans Tobscurité les extrémités septentrionales de l'Amérique. On n'était pas non plus informé de la véritable situation des extrémités de l'Asie, là où elle se rapproche du Nouveau-Monde. La possibilité de pénétrer dans le grand Océan par la baie de Iludson et l'existence d^un passage par le nord de l'Asie restaient donc à examiner. Les Russes, dont nous avons rappelé les travaux dans les xvi* et xvii^ siècles, tentèrent à la véi^ité de résoudre une partie du problème. Ils avaient, dans les premières années du xvra* siècle, continué leurs navigations sur les côtes nord de la Sibérie , et aperçu une grande terre polaire (1724). Cependant, sur les cartes d'Isbrand Ides (1693) et de Strahlenberg (1786), leurs découvertes étaient mal tracées.

Bering (1728), après avoir reconnu tontes les côtes septentrionales du Kamtchatka, avait fourni les premières notions de la séparation desdeux contiiiens.Son second voyage ( 1741) le conduisit beaucoup trop au sud, sur les côtes américaines , oïl il découvrit le cap Sainte-Elîe; toutefois, les mêmes incertitudes subsistèrent sin- retendue de

mer qui les séparait de YXsie. On ignorait même si les terres opposées au Kamtchatka , dont on avait une vague connaissance 9 faisaient partie de rAmérique, ou si elles n'étaient que des iles intermédiaires entre les deux c<XDtînens. Telle était en Europe l'état de la question , lorsque Cook s'offrit lui-même pour la résoudre. Sa navigation le long des c6tes nord-ouest^ à partir de 3^ ^ dans le nord du cap MendocinOy jusqu'au détroit de Bering , ne fut pas assez suivie pour décider que l'Amérique offrait de ce côté un continent non interrompu ; mais s'il ne le prouva pas, il le devina, comme je l'ai dit ailleurs. Dans sa route au milieu du détroit de Bering , il ne perdit pas de vue la côte d'Amérique; et sans les glaceç qui l'arrêtèrent à 70> 44' d® latitude , et qui l'empêchèrent de se frayer un passage vers le nord, il eût exploré la mer polaire, et déterminé le mouvement de la côte septentrionale du Nouveau-Monde.

Ce dernier voyage du grand navigateur accrut sous d^antrès rapports la masse des connaissances géographiques. Cook reprit l'exploration de la Nouvelle-Zélande, des iles de la Société et des Amis; il fit mieux connaître la paitie méridionale de la presqu'île d'Alaska ou AJachka, et celle des lies Aleoutiennes, nommées pour la première fois par Novozilzoff en 174s* H découvrit la partie occidentale de l'archipel des Sandwich 5 il se félicitait surtout de ce dernier succès; il se plaisait à retracer dans son journal la beauté de ces îles et les avantages qu'elles promettaient aux navigateurs. Il était loin de prévoir qu*il faisait l'éloge de son tombeau, et>qu'il devait périr sous les coups de ceux-là même qui le révéraient comme un dieu. Le monde entier donna des larmes à sa fin tragique.

Loin d'éteindre le zèle des hommes de mer, elle Tenflamma de nouveau; et se faire un nom par des découvertes maritimes, devint l'ambition des peuples éclairés du continent. Louis XYI, qui voulait du bonheur et de la gloire pom* son peuple, et dont les connaissances en géographie étaient aussi vastes que profondes, r^olut Texpé-

DE CBOGRAPHK. 69

dîtioD de La Përouse) dont lui-méme traça le plan. Quelques-uns' de ses pé^ultats scientifiques sont connus*. Mais la fin du navigateur français et de ses intrépides compa^ gnons reste un des mystères du tombèaU. Quelle ten*e a mu leur naufrage, leur agonie, et leur mort?... La Provi^ dence seule le sait.

Les travaux de La Pérouse sur la côte noï*d-ouest (i ^^6) ont ajoiite' de nouvelles lumières à celles qu^Ayala , la Bodega y Quadra et le capitaine Gook avaient procurées. Cette cète, depuis le montSâint-Élie, par le 6o*'degré environ de latitude , fut prolongée en allant du nord an sud jusqu'à Monterey . Un port, qui avait échappé au capitaine Cooky reçut le nom de port des Français; et plusieurs parties, qui n'avaient été vues qu imparfaitement jusqu'alors, furent relevées avec exactitude. Le second point important de la campagne de La Pérouse (1787) était la reconnaissance des mers du Japon , qui comprend celle des tles de ce nom et les côtes de la Tartàrie orientale. C'était là qu'il devait bien mériter de la science. Les doutes, les incertitudes qui régnaient sûr cette partie du globe furent à peu près éclaircies. Les mers entre la Tartarie et le Ja{K)n se trouvèrent parcourues jusqu'au 5i* degré 7 latitude^ La séparation de Itle Saghalien de la côte de la Tartàrie, par un canal qui devient plus étroit et moins profond -k mesure qu'on avance vers le nord, fut enfin déterminée. La découverte du détroit de La Pérouse au sud de l'tle Saghalien acheva de démontrer que le Jesso était une tle séparée du Japon au midi par te détroit de Sangaar, que l'on connaissait depuis longtemps. Grâce à ses recherches , la côte septentrionale du Japon reprit sa véritable position en latitude.

Ces parages ont été explorés de nouveau par Krusenstern et Broughton*. Ca dernier (1797) traversa et détermina le débroit de Sangaar, dont il releva les côtes, qu'il traça telles que nous les connaissons aujourd'hui; iP remonta de quelques lieues de plus au nord que La Pé^ rouse , fournit aux géographes une ample matière à dis*

pute^ en soutenant que le détroit entre la Mantobottrie ci hle Saghalien n'existe point, et que cette terre n*eat qu'une presqu'île. M* de Krusenstern ne s'approcha pas de ce canal; mais il visita celui qui est au nord de Temboachure du fleuve Saghalien, il reconnut avec soin les câus sud-est et nord de la terre de ce nom et les côtes oocideDtaies de File de Jesso, que les navigateurs précédens n'avaient pas visitées. >

Ce que La Pérouse avait encore à faire pour remplir toutes ses instructions, d'Entrecasteaux l'exécuta en allant à la recherche de spn infortuné compatriote. Ressente par l'espace, il ne nous est pas permis de nous arrêter sur les détails de cette mémorable campagne , qui a été racontée avec un admirable talent par M. de Rossel , capitaine de pavillon d'Entrecasteaux.

Ce navigateur célèbre reconnut en entier les côles ooâ dentales de la Nouvelle-Calédonie et de l'tle BougainviUe; la partie nord de l'archipel de la Louisiade, et près de trois cents lieues de rivages aid sud-ouest de la Nouvelle- Hollande , c'est-à-dire toute la terre de Leeuvrin el la presque totalité de celle de Nuitz. Il découvrit au sud de U , terre de Diemen une suite de canaux, de rades et de ports. Il constata l'identité des tles de Salomon ou de Mendana, avec les terres vues par Surville et le lieutenant Shortland, identité soupçonnée par Buache et indiquée par Fleurieu.

Pendant qu'il exécutait ce grand voyage, le commerce, de son côté, s'honorait par d'utiles ti*avaux , et ne n^ligeait pas la gloire en poursuivant la fortune. De 1785^ 179a, Hanna, Lowrie et Guise, Meares et Tipping, Portlock et Dixon, Barklaj, Colnett et Duncan, Anglab, Grey, Américain , et Etienne Marchand, Français, attirés à la côte nord-ouest d'Amérique par le commerce des pelleteries, y faisaient des découvertes. Mardiand ne se bornait point à cette reconnaissance, il ajoutait qudqnes lies au groupe des Marquises, et visitait avec sain le Sandwidi et les Mariannes. Pendant la même période,

BilUogs et^aritcbeff^ Bustajonanté, Galiauo, Martinez et Haro, Espagnols, visiUioat aussi les aiéaies côtes américaîne^ jus^'au 60* degrés Malaspioa en relevait diverses parties depuis &7^ i' jusqu'à 59<> 34'i et déterminait plusî^m^ positions dans les. environs de Noutka. Ces reconnaissances ((parsei et moiiicelées enridbissaient la géographie sans résoudre complètement la question de la continuité du continent. Le destin réservait cette faveur au zèle persévérant de Vancouver.

Cet habile marin, compagnon de Cook dans ses deu x dernières campagnes, réleva avec le plus grand soin toute la côte nord-ou^t, d^piiis la mission de Santo-Domingo^, sur la côte, de la Califoruiei jusqu'à l'extrémité intérieure de l'eabrée de CçiQk> 61^ ag' nord, eit an® ij est. II constata qu'au nord du 49* degré ^ toute la côte es| bordée d'îles noa»breu3e» plus ou moins considérables^ et que rentrée de Jean de Foca n'aboutit qu'il un détroit qui conduit au grand Ooéaii. En passant le long de Hle Quadra ft Vancouver ^ il s'assura qu'au sUd de Monterey le pay^oifre »ne doublé chaîne de montagnes, dont la plus vQÎaîne de la met: est là plus basse. Il explora avec un soin mifi|iti,eu}c. l'archipel du Roi Georges et du Prince de Galles^, )es ties de l'A^mirauté, etc. etc. Ce voyage^ auqu^ prit part T^pag^ol Quadra, démontra que l'opinion d'an, passage nprd - ouest était une chimère ; qu'il n'existait point de communication possible pour des vaiss^ttx ^Qlre le gp^and Océan et l'intérieur du continent^ ^i dç. icaoan^ praticable entre cette mer et l'Atlantique. La soluUon négative de ce problème n'est pas le seul r^ul^^ ,4^ ces c^mpagiies : l'exploration de la Nouvelle* Hollande sw une ligne à peu près aussi, étendue que celle d'Entrecasteaux ; la découverte du port du Roi Georges, de file d'Oparo, dont les Jb^bitans ressemblent à ceux de l'andùifj^l des Amis ^ la reconnaissance nouvelle des Sandwich, >ont encore des twfwt qui suffiraient à la renommée d*un. navigateur dhws célèbre que Vancouv^«

Le voyage de Kolzebue». dans îun de ses résultats les

7 2 TRMTÉ ÉLIËBfENTAlIlE

plus importans, se lie à celte dernière expédidoh. Liia* bile officier de la marine russe conduit le Rurik' par le détroit d^ Bering, et trouve à Test, sous le 67e paraître, une baie qui sMtend au sud du 66*. On lyii doit aussi la découverte des îles Radak, qui forment rextrëmité nord-est des MulgraveSy chaîne qui lie les Carolines avec les ties de la Polynésie australe ^ et qui n'avait été jusqu'alors aperçue qu'en passant.

Abandonnons des rivages connus et déterminés, le xèle des navigateurs demande d'autres explorations. C*est sur le littoral de la Nouvelle-Hollande que nous allons suivre lesprogrèsde la géographie. Bass et Flinders, aDimés d^une même ardeur pour accroître la masse des connaissances, y parurent à la fin du xvui* siècle. Fumaux, compagnon de Cooky avait vu sans s'en douter le large détroit qui sépare nie Van Diemen du continent. Bass le découvrit seul en 1798. Flinders et lui réunirent tous les matériaux nécessaires pour dresser la carte de ce nouveau canal, et re* levèrent les c6tes de Van Diemen. Tous deux avaient déjà visité une partie du cours de la rivière du Roi Georges » dont ils avaient dressé le plan. L'exploration des baia d'Hervey et de Glass-House^ et, dans les années iSot^ 1801 et i8o3, des côtes méridionales de la Nouvelle^HolIande, du détroit de Torrès et du golfe de Carpentaiie, placent Flinders au nombre des meilleurs marins du siècle et des hydrographes les plus distingués.

Pendant qu'il exécutait avec autant d'habileté qne de bonheur les opérations dont il était chargé, le Géogntpke et le Naturaliste^ commandés par Baudin , et sur lesquels se trouvaient M. de Freycinet et Pérou , parcouraient les mêmes rivages et s'honoraient par des reconnaissances non moins difficiles et non moins bien faites : l'examen du golfe Spencer y doté par les Français , avant i8i4> ^*un nom autrement illustre, répondit à celui du golfe de Carpen* tarie, et trompa l'espérance des savans, qui croyaient ce vaste continent divisé par un bras de mer.

Cest sur les cAtes ouest et nord-ouest de la Nouvelle-

Hollande qu*il faut chercher les grands travaux de Texpé* dition française, ceux-là surtout ^ont la jalousie ne peut pas lui disputer le mérite et rantérlorité. Uexamen de la côte sud-ouest lui donna droit à de nombreuses découvertes partielles, mêlées à la vérité à quelques points justement réclamés par Flinders et les navigateurs anglais. Ce voyage des Français enrichit toutes les branches de riiistoire naturelle d'un nombre presque incroyable d'in* dividus nouveaux dans les trois règnes. La géographie de Timor et de quelques autres ties voisines lui dut encore des progrès.

Il était réservé au capitaine King de faire pour la Nonvelle-Hdllande ce que Vancouver avait fait pour les côtes nord-ouest d'Amérique. Pendant quatre années (i8i8 à 1822) on Ta vu poursuivre ses pénibles et laborieuses investigations. Il a tracé une ligne de route sûre et facile dans le détroit de Torrès, et déterminé une suite de côtes deOgo milles entre le cap Hillsborough et le cap York. La géographie de la côte nord et d'une partie de la côte nordouest a été faite depuis les lies Wessel jusqû^au port Georges IV, au-delà du cap Villaret jusqu*au port Georges IV. il a signalé une longue suite d*archipels en avant du con-» tinent; et ses observations sur les marrées dans cette partie, l'ont conduit à conjecturer que dans cette ligne de 5 10 milles, presque inconniie et derrière ces âix^hipels, de-, vaient se rencontrer de grandes ouvertures. Ajoutons que la carie du capitaine King donne sur la partie orientale de la Nouvelle-Holldnde , entre 3 lo de latitude et le cap York, des détails neufs <]ui ne se trouvent ni chez Cook ni chez Flinders. Ce dernier avait fait la géographie entre le cap York et les ttesdu Crocodile. King a conservé sur sa c^ite le tracé de cet habile marin, et a peu ajouté entre ces iles et le I f 9e degré de longitude est de Paris, aux cartes de M. deFreycinet.

Au voyage de ce dernier (18 18-1820) se rattachent les progrès de la géographie des Mariannes, de Timor, de Céram , des Moluques et des Garolines. Plusieui-s tIes de cet

^4 TRAITÉ ÉtÉMENTAIRE

archipel y non indiquées sur la carte , furent visitéa par l'Uranie. Une tle nouvelle, entourée de rëcift daqg«-eux, fut découverte dans Test de Tonga et un grand noaibre de positions rectifiées, entre autres ceUes des tles du Danger» Pjlstart et Howe.

L'expédition du capitaine Duperrey ( 1 8aa*i SsiS ) se lie au voyage précédent , dont il est en quelque sorte la continuation. Les résultats obtenus dans cette nouvelle cam* pagne ont une égale importance scientifique. Si Ai Co- 4fmllej comme TUranie, n*a point fait de ces grandes découvertes, heureux partage des navigateurs du XYiue siide, c*e^ que la cfaal^c^ de rencontrer dcis terres noavdie» diminue tous les jours. Les grands traits dn mpnde sont conpus; les détails seuls sont laissés à notre persévérance. Nous sommes dans Tàge des reconnaissances perxectioo* nées. C'est donc sur Te^cellence de nos méthodes et de no^ înstrumens d'observation que nos A^arins du xxf^ aîèck doivent fonder leur renommée.

La navig^tioo de la Coquille a cependant enrichi do» cartes de quelques terres nouvelles. Les tles Duperrey, nie d'UrviUe, dans le voisinage des Ueâ M*askill , ^ File de Clermont - Tonnerre, dans la partie la plus orientale de Tarchipel Dangereux, spnt nomiHées pour la premi^^ fois. Les reconnaissances sont nombreuses et rectifient an grand nombre de points dans différentes parties du globe On doit signaler parmi les plus imporitaptes celles dïes lia Séries, de Tatphipel Dangereux.; Ine, Vayag, Syang et Waigieou, de raixhipel des Papous; Joyi et-Guéhë, de l'archipel des Moluques; Dog, du Volcan, Weter, Babi» Cambi, Omb^i et Penter, appartenant anx tles Timo- Hennés; et de Tile Barabora et de quelques aiutres poinb des tles de la Société. Dans cett£ expédition , la géographie des Caro^iies est faite avec soin ; Tîle Strong oa Oualan, aperçue parle capitaine américainCro^er, est abordée pour la [Nremière fois par des vaisseaux d'Europe , et le canal SaintrGeorges compris entre la Nouvelle Irlande ei la Nouvelle-Bretagne, ainsi que la partie nord-eit de l*a

1>E GÉOGKAPUIB. 7 5

Nouvelle-Zélande, sont examinés et déterminég avec précision. Telle est la sèche nomenclature de quelqnes-uns des principaux résultats du voyage du capitaine Duperrey.

Pendant que les deux navigateurs français parcouraient rOcéanie et les îles de TAsie orientale, un capitaine de la marine marchande anglaise, 6. Smith, s'avançait jusqu'au 6ae degré 3o' sad, et découvrait sons le 621^ de longitude occidentale un groupe d'îles qu'il nommait le ShetLand méridional , archipel sans habitans , presque sans végéta * tion , et qu'on peut regarder comme les dernières limites au sud de la nature animée.

Le point où le capitaine Smith était parvenu fiit bien^ tôt dépassé. Le capitaine Weddel, qui avait déjà parcouru les niers australes, reconnut d'abord le Sh^and méridtonal,découvrit è l'est l'île desOrkneys; puis, navigant entre des îles de glace, arriva, sous 74^ i5' de latitude sud, et 35^ %o de longitude ouest, à une mer ouverte, ob il vit beaucoup de baleines et une quantité innombrable d'oi^ seaux de mer. ,

En racontant les travaux d'un siècle qui ne connut pas de limites è ses investigations, les transitions doivent être rapides comme la marche de la science et brusques comme le àéskv de tout embrasser. Courons donc des mers aus*trales aux mers polaires, oik de courageux e0bris vont se succéder sans relâche. Nommer les Bering, déjà cité, les Morovief, les Off^in, lesKoskelef, les Feodor Menin, les Prontschistschef , les Schalauroff, c'est indiquer d^jà la part prise par la Russie, pendant une grande partie du xym* siècle, à l'exploration des côtes nord et nord-est de la Sibérie et des îles qui les avoisinent. Les travaux de ces différens marins embrassent une période de quarante années depuis 17^^ jusque vers 1770. Il est à remarquer que de toutes les tentatives faites par ceux que nous ve«nonsde mentionner poui* doubler le cap Tdioukotskoi, aucune n^ait réussi depuis le voyage du Cosaque Descimeff , en 1648. Toutefois, ces efforts répétés eurent pour résultat

de rectifier de graves erreurs dans le tracé des rivages de la Sibérie. Une foule de points intermédiaires entre le dt> troit de Waigatz et le cap Schelatskoi furent mieux déterminés par ces périlleuses et difficiles navigatioDSw

Mais les hommes de TEurope occidentale ne peuventils donc aborder le détroit de Bering que par le gi^nd Océan y et le passage tant cherché par les Corté de Rëa]. les Hudson , les Baffin , est donc introuvable? Les décoih vertes de ces demiei^s sont-elles imaginaires? Où s*arreteDt celles de Hudson au nord et à Touest? Est-ce avec raison que certains géographes ont effacé de leurs cartes les c6t& de la mer dont Baffin avait reconnu les limites? Quelles sont celles des côtes orientales du Groenland ; vont - elles en s'alongeant vers le pôle, ou, se courbant à Touest, peuvent-elles être contournées? Telles étaient les principales questions agitées chez les nations maritimes de IHEurope depuis les premières années du xviii* siècle.

En cherchant à les résoudre , Knight, Barlow, Vain ghan (1719-1722) disparaissent sans laisser de traces. Middleton (i 741-1 74^) s*avance jusqu'au 66* degré i4' latitude nord par les 86^ degré a8' longitude ouest, et n*est pas plus heureux ; ce voyage toutefois fait mieux connaître le nord de la haie Hudson , et surtout cette anse profonde depuis le cap Dobbs jusqu'au cap Hope. L'examen des mêmes points par les capitaines Moor et Smith (1746 est le seul résultat de leur navigation, qui aurait pu devenir utile pour la science, si, dirigée plus au nord, elle eftt atteint le détroit glacé de Middleton, reconnu depub pour être la baie Repuise de nos cartes. A ces tentatives se réunissent celles de Hearne et de Mackenzie , dont les voyages, bien qu'entrepris par terre, avaient en réalité une reconnaissance maritime pour objet. Les courageux explorateurs placèrent à 6g^ deux jalons sur les rivages hyperboréaux de l'Amérique; mais quelles immenses lacunes intermédiaires entre le cap glacé de Cook, la rivière de Mackenzie, celle de Hearne, et les derniers points déterminés de la baie Repube!

. Si nous écrivions un aride catalogue^ d'autres noms se présenteraient encore ; mais ici les tentatives sans résultat doivent être passées sous silence. Bornons-nous à reconnaître que les voyages du capitaine Phipps et des Danois Lowenorn, Egède et Rothé, ont établi qu un mur de glace flanque les côtes orientales du Groenland, et que Téternel hiver en défend l'approche, y > '^

II semble qu'un aussi grand nombre d'efforts infructueux aurait dû faire reléguer le passage nord-ouest au rang des spéculations impraticables. Cependant l'espoir de pénétrer dans les mers polaires par la baie de Baffin se conservait en Angleterre, et comptait autant de partisans parmi \e& géographes que parmi les marins expérimentés. Le gouvernement céda au désir des uns et des autres en ordonnant la première expédition des capitaines Ross et Parry. La reconnaissance des côtes de la baie de Baffin, telles que ce grand homme de 'mer les avait décrites, en fut le résuItaL Ross pénétra dans le détroit de sir James Lancaster; mais à peine s'y était-il avancé de dix lieues, qu'il crut voir à l'occident des terres qui lui barraient le passage. Il n'alla pas en avant. Cette opinion d'un officier de mérite avait trouvé des incrédules sur son bord, elle ne fit pas fortune en Angleterre. Parry fut expédié pour décider qui de l'opinion publique ou de Ross avait raison. Il entre dans cette baie de Lancaster inexplorée, qu'il reconnaît bientôt pour un détroit ouvert directen^ent à l'ouest. Il passe dans celui de Barrow, prolongemenï^du premier; il découvre le goulet du Prince Régent, y pénètre jusqu'au 72^ degré de latitude, puis revient au nord, et navigue dans une mer polaire où les îles Cornwallis, Batburst, Melville et quelques autres terres se pr&entent successivement à sa vue; les glaces l'arrêtent au 1 16^ méridien et le forcent au retour. Le but n'est pas encore atteint; mais la géographie de ces hautes latitudes est entièrement changée. Toute la région au nord du détroit de Lancastre et au sud jusqu'au Labrador se montre coupée d'tleset de canaux, et le Groenland se détache du continent de l'Amérique.

^8 TRAITÉ ÉLÉMEIlTAniE

La science attendait encore d^autres services de Parry. Il quitte une troisième fois l'Angleterre (18211); il parait dans la mer d*Hudson , pénètre dans le détroit glacé de Middleton , et jusque dans la baie Repuise; il entre le premier dans le détroit de Lyon , bras de mer étroit qai s'enfonce dans le continent et se termine par la baie de Ross. L'hiver Tarréte huit mois dans un havre de Ftle Winter ; il le quitte pour s'élever au nord. La pointe de la presqulle Melville est doublée, et le détroit de VHécla et de la Furie coupé par le 70e degré, et qui communique à la mer polaire, reçoit les vaisseaux de Parry. Le 85« degré de longitude est le terme de son audacieuse navigation ; elle eut pour résultat la reconnaissance exacte des anciennes découvertes de Bylot, de BafEn , de Middleton et de Fox» ainsi que de la partie nord'-est de la presqu'île Melville. La découverte du détroit de l'Hécla et de la Furie, et l'impossibilité de le franchir, à raison des courans qui viennent de l'ouest et accumulent de ce côté d'énormes masses de glace, achèvent de démontrer que le passage nord-ouest n'est plus un problème comme fait absolu, mais reste sans utilité pom* la navigation, soit qu'on se porte sur les côtes nord d'Amérique, en passant entre la presqutle MelviDe et l'île Cockburn, soit qu'on s'y rende par l'entrée du Prince Régent, soit enfin qu'on les atteigne par cfautres passes existantes à l'ouest et au sud de Tlle Melville.

On sait que dans le quatrième voyage de Parry le génie des naufrages triompha du génie des découvertes , et que dernièrement l'espoir d'atteindre le pôle sur une glace solide ne s'est point réalisé. Revenons aux tentatives henren* ses. Il s'agit de celles de Franklin.

Dépéché en Amérique (1819) ponr seconder par terre les efforts de Parry, Franklin place son centre d'opération dans les points reconnus par Héame. Il descendit la rivière de la Mine de Cuivre , entra dans la mer polaire et s*avança à l'est jusqu'au golfe du Couronnement de Georges IV; c'est le nom qu'il donne à cette mer étroite placée à peu près à la hauteur de Repulsebay, et qui semble se

courber au sud-esl, comme pour aller gagner rentrée de Ghesterfield. Sa seconde expédition (i8a5) embrasse un double objet. Parvenu à la rivière Mackenzie , il fait re-^ connaître par la moitié de son monde sous les ordres de Richardson la côte intermédiaire entre cette rivière et celle de Héame, et se réserve l'examen des rivages entre la Mackenzie et le cap de glace de Cook. Un succès complet couronne la première partie de cette double exploration. Lui-même est prêt d'atteindre le dernier point visité par Ck>ok, lorsque la rigueur de ses instructions le force à s'arrêter au 1 5o® méridien et an 7 o^ degré 3o' de latitude nord 9 À 100 environ du cap de Glace (80 à go lieues), et plus près encore de la passe de Kotzebne.

Les deux voyages de Franklin ont tellement avancé la géographie des c6tes septentrionales de l'Amérique, que, malgré les lacunes qui existent à l'est entre la baie du Couronnement de Georges IV et le commencement de la presqu'île Mélvilte , et à l'ouest entre le cap de Glace et le 1 5o6 méridien^, on peut dire dès anjotôrd'hui que la configuratîonr extérieure du nouveau continent est enfin tracée. Dans ce travail de trois siècles , Franklin et Ri«cbardson réclament pour leur part une ligne non interrompue de 4^ degrés environ.

Nous avons essayé de rappeler dans ce précis aussi rapide qu'incomplet les principaux explorateurs des rivages de la teire. D'autres encore en ont récemment visité quelques parties mal déterminées. Le capitaine King, continuant les travaux de Weddel, a fait la reconnaissance du détroit de Magdlan et continué celle de la terre de Feu. Le capitaine Roussin a levé toute la c6te de l'Amérique méridionale entre l'tle Santa-Catbarina et celle de Maranbao , et les points remarquables en ont été liés par des relèvemens et embrassés dans un réseau continu de triangles, en même temps qu'assujétis aux meiUeures observations astronomiques. Le capitaine Owen a complété l'examen des côtes africaines tant au sud qu'au sud-est et au sudouest. Le capitaine Beechey a déterminé dans le nord le

8o TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE

tracé des rivages du même continent. La géographie de la Méditerrannée a été faite avec soin par le capitaine Smilh» et par quelques autres officiers français et anglais. Les rivages de FAracan ont été tracés à Taide des instrumens dt la science; et le littoral de la Sibérie , grâce aux exploratiens récentes des Russes, a pris sur leurs cartes une forme nouvelle. Quelques-unes des côtes de cette froide r^ion ont été re jetées de plus d'un degré vers le sud.

Nous sommes loin cependant d*avoir fait connaître tous ceux qui se sont illustrés par des découvertes partielles on par des travaux bydrogiaphiques : les énumérer tous sortait des limites d'un abrégé. Nous avons dû nous borner à choisir et à n'oublier aucun des grands traits de Tbistoire de la géogragbie. Un jour, en racontant méthodiquement ses progrès, nous ferons la part de tous les travaux scientifiques. Consacrons aujourd'hui le peu de pages qui noo^ restent à rappeler les noms des voyageurs qui ont pénétré dans les contrées intérieures du globe. Je n*ai pas besoin d'ajouter que les seuls noms célèbres doivent trouver place dans cette nomenclature. Cest en décriTant chique pays en particulier'que nous y suivrons en détail les progrès de la science.

L'Asie se présente la première : commençons par le nord. La Sibérie et le Kamtchatka restent long «temps ignorés du reste de l'Europe ; Bergen et Brandt commeocent à les décrire; Krascheninnikof, Steller, Gmelin et Muller (1733^-1743) fournissent les premiers reoseignemens exacts. De 1 760 à 1773, Chappe d'Autei*oche, Pieisner, S. Gmelin, Guldenstadt, Lepechin, Georgi, Laxman, en visitent différentes parties. Patria (1781}, Sivers (x 787), voyagent dans les monts Altaï. Lesseps traverse ces deux contrées, et, de 1775 à i8a5, Billings, Knisenstera, Golovrnin, Wrangel, Anjou, Litke, etc., etc., conUibaoït à faire connaître les côtes et l'intérieur de ces froides régions, sur lesquelles le grand ouvrage de Witsen doit être consulté.

La. steppe des Kirghiz est parcourue par Goielin et

X>K GBOGBAPHIE« 8l

Pallas, ei,ée 1771 à iSao, par Bjrtsehow, Bardaned, le docteur Sava - BaJochi , Mouraviev et Meyeadorff. Let nomB de Gmeliiiy de Guldenstadt, de Jules Klaproth (1807), de Paroty d'Engelfaardt, de FreygaDgy de Mas** choff (i8i6)y de Dominer t, de Si^fried, d'Eichwald (1894)9 figurent honorablement dans Tfaistoire des explo^ rations du Caucase, comme le nom de M. de Gamba ( i8ao-a4) parmi les examinateurs des contrées entre les mers Noire et Caspienne.

L'Asie moyenne a vu peu d'Européens, et sa gëo^phie est mal connue. Jenkinson en iSyS, Blankennagd en 1794, Monrayievet Meyendorff en 1820, et Moorcroft de i8»i à iSaS, voyagent en BoakhArie ^t dans le kha*nat de Kbiva. Bergman, en i8oa-3, fait un tableau aissez complet des Kalmouks. Benott Goes en 1606^ et dans le xvui« siècle Bell , Pallas , Rehman , Macartney, Timr kofiki^ parcourent et décrivent qudques parties de la Mongolie*

Aux travaux des missionnaires sur la Chine, consignés dans le grand ouvrage de Duhalde et dans les Lettres édifiâmes, il faut ajduter les relations de Lange, de Leim«beckoven, de de Guignes, et celles des anciennes ambasr sades faoUandaises (x656)) rasses (1692^1719), de Macar^ tney (i793'^4)9 d'4<nherst (1816), et deTilnkoski (i6aoa I ). Les récits du P. de Mailla , de Pierre Nuits , de Valeatyn, de M. Klaproth, de Henii Hamel, de Purefoy et de Basile Hall sont la source de nos connai^nces sur la Corée, Formose, Hainan, etc., et quelques autres contrées tributaires de la Chine.

Nos rensetgnemens sur le Japon proviennent d'un petit ncyœbre d'obeervateurs : notla les devons aux voyages de Garon vers i63o, de Kœmp£n* (1690-16911), de Thuai>erQ{t^^o^9)^ <ï« Haxmann (179a)', de Golovnin (1811i3), de Sivert-^LevseD, Danois (iSao-^ii).

Taehard en ï686 et «4gf , Van-^Vielt en 169» y et La Loubère en 1714, visitent le toyailtme de Siam. Alex, de Rhodes (16117-46) &it Phiétoire d«l Tonkiny dans lequel

8a TRAITÉ élémektaihe

pénètrent depuis le missionnaire Saint-Phalte, F Anglais Baron et le navigateur Dampier. Le P. Bon, Valerius, éyèque de Munden, Poivre, et Rochon, précèdent le iroyageur Barrow {^^9^) dans la Cochinchine, où së)oume Purefoy (1800-7), où se rendent Roberts (i8o4)y Finlayson en 18^2, White en i8a3, Gravirfurd et Bamej en 1826.

Le major Symes (1795), Cox, Franklin, Judson (i8i3 et suiv.) font connaître les Birmans en général, et le Lassin de rirraouaddy è partir de Rangoun jusqu'à Umerapoora. Depuis 18249 White, Snodograss, Edouard Âlexaiider, Trant, etc., etc., ajoutent quelques nouveaux détails à ceux que Fon possédait déjà sur cette contrée extrà-gaiH

gétique.

Les progrès de la géographie de Fintérieur de la Noovelle-HoUande , dans les dix dernières années, sont des aux explorations successives des Qxley, des Hiltoii4Iowel, des H. Hume, des Danger, des Cunningham et des Ja* misons

Les lettres de Wurmb et de Wolzogen, la rdation de Thunberg et celle de Stavorinus (1767), répandent de nouvelles lumières sur la grande lie de Java. Son histoire naturelle est redevable aux travaux de Leschenault, de La- J tour (i8o3) et de Blume (1825); Baffles, dans son grand ouvrage, la décrit dans toutes ses parties; il fait pour elle ce que Marsden a tenté pour Sumatra, ce que Crawfurd a exécuté pour l'archipel indien, et Van* Wurmb et Radermacher pour Ttle de Bornéo.

Cest de rétablissement de la puissance anglaise dam rinde que datent nos connaissances positives sur cette vaste contrée. Dans le xvu^ siècle, Thévenot, Delloo et Bernier ; plus tard, NieuboiT, Schouten, Langhans^ Graaf^ y voyagent en observateurs instruits. Valentyn rëonit pi de faits à lui seul que tous ses prédécesseurs ensemU Quelques centaines de voyageurs ont écrit sur THi tan, le Malabar, le Decan, les contrées supérieures de 1 Presqujtle^ elc Mais c'tnt surtout daas les eufrages d*

DE GÉOGKAPHlEk 83

qûetil-Duperron, de Tiefenthalery de Walili de Hodges, de Legentil, de Paulin , de Saint-Barthélémy, de Legoux, de Fiaix , de Sonnerat , de Orme , de SaiQte>Croix , de Fr. Buchanan, de lord Y alentia , de Fitz- Clarence, de madame Graham, de Tabbé Dubois , de Franklin ^ de Pappi, de Malcolm et de Tévéque Héber, qu'on trouve les renseignemens les plus exacts ou les plus récens. Le travail de Reonel reste comme un monument de ce qu'on savait à son époque* La dernière édition d'Hamikon renferme ce qu'on sait aujourd'hui.

Depuis le commencement du xix* siècle, Webb, Moor-* crofl et Frazer ont reconnu les sources du Gange. On recherche dans ce moment celles du Bourampoutre ; et FAssam conquise voit les Burltûn, les Bedford, les NeufviUe, poursuivre avec persévérance cette tâche pénible^

La ahatne immense de l'Himalaya, franchie en x 6a4 P^r le P. Andrada, et depuis par Bogie et Forster, restait en* core inconnue il y a moins de trente ans. Depuis i8i 5, nous avons vu les Herbeit, les Hodgson , les Webb, les Hearsayi les Frazer, les Crawfurd , les Moorcroft, et sur* tout les deux Gérard, mesurer ses pics orgueilleux , points les plus élevés du globe, et indiquer les dernières limites de la végétation. Leurs travaux sont consignés dans le&savans mémoires des Colebrooke^ des Hnmboldt, des Govan, etc., etc., etc.

Une partie du Tibet est visitée par Andrada en i6a4» plus tard par Gerbillon et Desidery. Bogie (1774) pénètre dans cette haute région. Turner, en 1784, décrit le Boutan, et se rend dans le Tibet méridional. Kirkpatrick (179^) et Hamilton (i8osi-i8i4) ^^^^ introduisent dans le Népal, et les détails recueillis en i8ai sur le Silhet, par M. Duvaucel, peuvent servir à décrire ce pays pittoresque «t infréquenté.

Le Cachemyr nous fut connu dès le xvn* siècle par le voyage de Bemier. La route suivie par Forster (178a) le conduisit dans cette belle vallée et dans l'Afghanistan*

84 TKÀlTé ÉléÉMENTAmE

Long-temps après (iSio), Elphinstone livre au géographe les élémeDS d^une description du Caboul.

La Perse y tant de fois visitée , n'est cependant pas bics connue dans son ensemble : le tiord de ce royaume resU long-temps sans observateurs. Parmi ceux du xvn* siècle, Pietro délia Valle (i6ï8), Herbert vei^ ï63o, et Tavernier, sVtaient fait lire avec intérêt avant la relation de Chardin qui les éclipse tous. Â cette période se rattacbeot encore les voyages de Kœmpfer, de Fryer et de F Allemanii Schillinger. Le xyiu" siècle compte un bien plus graod nombre de voyageur^ : Hanway, Otter, Bruguière , Ch. Hamilton , Beaucbamp vers 1 7 8 2 , W. Franklin ( 1 78 7 -86X Olivier, visitent ce royaume. Napoléon fait recoonaitre par des officiers français la ligne qui conduit aux Indes, el le gouvernement de Calcuta, dans l'intérêt de la défense, confie à sir John Malcolm l'examen des contrées qui virent la marche d'Alexandre et de Nadir. Les officiers qui l'accompagnaient se portent sur plusieurs points : le capitaine Grant se rend dans le Mekran et le Kerman, Pottinger dans le Belloudiistan ; le capitaine Christie pénètre jusqu'à Hàrat dans le Khoraçan ; Grant et Fotheriih gham reconnaissent' la route de Bagdad à Shouster; é Frederik et Macdonald Kinneir explorent la partie d« frontières de l'ouest du c&é de Kermanshah et dUamidan , ligne mieux observée: depuis par le général Makolm lui-même. Aces voyages ajoutons ceux de Ker Porter, d'à* médée Jaubert, de W. Ouseley, de Dupré, de Drouville» de Morier,^ de Frazer, de Keppel, d'Alexander, etc., et nous aurons une idée des principales autoiîtés qui peavent être mises h contribution pour tracer le tableau de la Perse.

La plupart des voyageurs que nous venons de citer se retrouvent dans les Arables, la Palestine, la Sjrrîe, la Mésopotamie. Quelques-unes des contrées de l'Asie mineure sont parcourues par Rauv^olf (i54o), Olearius (1647), ^^^ Roque (1668), Maundrell (1696), Tourne^ fort, ShaWy Drumond, Russel, Hasselquist, etc.; l'Âsit

Ottomane 9 celle qui vit les grands jours de Troie, de Palmyre et de Balbeçk, reçoit les Wood, les Oankins, les Cbandler, les Lecbevalier, les Richter, les Sonnini, les Scholz, les Olivier, les Leake, les Spencer Stanbope, les Hamilton, les Bocchi, etc. Le sol et les hommes de TArabie sont décrits par Niebuhr, Seetaen, Burckhardt; le site de la ville de Sémiramis et la terre des patriarches attirent les regards curieux de Rich, d^Edouard Fréde'rick, de Keppel, de Buckingbam ; Yolney visite la Syrie en observateur philosophe; Chateaubriand va 'chercher dans la Palestine des souvenirs et des couleurs pour Tadmirable poème des Martyrs; Buckingbam y recueille encore des faits nouveaux , et peint avec talent les populations vagabondes du désert; Beaufort et Gautier contribuent, par leurs travaux, à déterminer mathématiquement les côtes de la Garamanie, de la mer Noire et de l'Archipel. Tels sont, depuis trois siècles, les principaux explorateurs de rAsie.

L'Afrique s'est plus lentement développée aux regardsde l'observateur. Sur ce continent barbare , le fanatisme musulman, le soleil du désert, la perfidie des Maures et l'aridité des vastes solitudes, mettent sans cesse l'Européen aux prises avec la mort. Les régions de l'Atlas j défendues par rintolérance de leurs habitans et le despotisme sanguinaire de leurs maîtres , n'ont été abordées qu'à de longs intervalles. Quelques captifs, et des religieux venus pour les consoler ou les racheter, ont décrit les premiers, entre les chrétiens, ces terres de servitude. Depuis 17ÎO, Mouette, Windhus, Shaw, Lamprière, Poiret, Desfontaines, Jackson, Keating, Aly-Bey (Badia), Maggil, Blaquierre, Tully, Della-CeUa, Minutoli, M. Pacho, le capitaine Becchey, ont successivement fait connaître une grande partie des contrées comprises entre le désert Libyque, l'Atlas, la Méditerranée, le détroit des Colonnes» et l'Egypte.

Cette dernière contrée, berceau de la plus ancienne civilisation africaine, est devenue de bonne heure, pour les

86 TRAITÉ ÉLéMENTAJRE

hommes éclairés , Tobjet d^un savant pèlerinage; on y trouve 9 dans le xyn* et le xvin* siècles, Greave, Lebrun, Sbaw, Niebnhr, Maillet, Wansleb, Norden, Bruce ^ Volney, Olivier, Sonnini , Browne, Hornemann, etc., etc., etc. Mais un grand projet y conduit d*autres voyageurs : ceuxlà font pairie de cette expédition célèbre qui portait à h fois les hommes de la guerre charge de conquérir, et les hommes de la science chargés de civiliser. L'Egypte est parcourue dans tous les sens, jusqu'à Tîle de Philœ, examinée sous tous les rapports, et mesurée les armes à h main. La grande description de cette terre antique est donnée en présent au monde civilisé ; la relation de Denon et Fatïas qui l'accompagne se rattachent au beau travail des savans français. D'autres voyageurs vienneot glaner après eux, ou étendre le cercle des découverte?. Hamilton (1801) visite les antiquités de la haute Egypte; Legh (181 3) pénètre au-delà des cataractes; Light (i8i4> ne dépasse pas le même point; Burckhardt (i8i3 et suiv/ examine la Nubie ; Belzoni contribue à faire mieux connaître ses antiquités; Edmonstone décrit deux oasis delà haute Egypte. Dei8i5ài8i8, Caillaud dirige ses pas à l'orient , à l'occident du Nil , et parvient à l'oasis de Thèbes: de 1819 à 1822, il voit cinq autres oasis, Méroé, le fleuve Blanc et le midi du royaume de Sennaar, où Ru[^ll se trouvait en 1827,

Des jésuites portugais et allemands visitent l'Abyssinie dans le xvi« et le xvii* siècles. Dans le xviii®, le médecin Poncct, l'Allemand Hegling et l'Anglais Bruce, et dans le xixc Sait et lord Valentia l'ont observée de nouveau et décrite avec plus de précision.

Les relations de Kolben, de Lacaille et de Henri Hopp. qui n'avaient à peu près que le Cap pour objet, ont éie suivies des observations scientifiques de Sparmann , Valterson et Thunberg; celles-ci embrassent quelques-ur. des contrées à l'est et au nord du Cap. Levaillant, moi consciencieux, crut peut-être que la géographie pouvait avoir aussi ses romans historiques. Depuis 1797^ Barrou

a pénétré josqu à la rivière Orange, à 3qp de latitude sud. Trutter et Sommerville (i8oa) ont atteint Lkakouy capitale des Bouchounas , et Percival, Lichtensteio (iBoS-è), Latrobe (iSoS), Gampbeii (iBia-ai), BurcheU (x8i3)» Alberti (1814)9 Thompson, etc., ont jetë un jour nouveau sur Tintérieur de cette partie de TAfrique australe.

Les contrées occidentales du même continent, en remontant vers le nord, ont été plus souvent abordées par les marchands d'hommes que par les voyageurs de la science* Le Congo, exploré d'abord par les Portugais, nous est imparfaitement connu par les descriptions de Lopez, de Battel, de Garli, de Bruno, de Visconti, de Cavazzi, et par les relations de M. de Grandpré (1786- 87) et de Tuckey (1816).

Les voyages de Gotard Arthos, de Barbot, de Grasilhier, de Laodolphe, de M. de Flotte, de Palissot de Beauvois, d'Henri NichoUs, nous apprennent une grande partie de ce que noutf savons sur le Bénin, comme la géographie de la Guinée et de la Côte-d'Or doit ses progrès aux relations de Desmarchais, de Loyer, d'Mkins, de Bosman, de Barbot, deSnelgrave, de Meredith, de Dalzel, de Smith, de Wadstrom, disert, de Bowdidi, deHutton, de Mattew et de Beaver.

Les parties de la Sénégambie les plus rapprochées de rOcéan ont vu les Brue, les Adanson, les Saugniei*, les Lajaille, les Durand, les Golberry, et dernièrement les MoUien, lesBeaufort, les Roger, explorer les contrées voisines du fleuve et quelques parties de Tintérieur, et c est en échouant sur les côtes arides et inhospitalières du Sahara que FoUie, Brisson , Saugnier, Padock , Adams, Riley, Cochelet, nous ont introduits dans la région occidentale du désert jusqu'aux confins de l'Atlas, et au milieu des Maures cruels qui errent dans ces vastes solitudes.

Mais une grande lacune resterait dans cette liste de voyageurs, si nous passions sous silence ceux qui ont le mieux mérité de la science en se dévouant à Texamen de Tintérieur de l'Afrique.

88 TlUlTÉ ÉLlblBIfTAlRB

Les Portugais , si Toii en croit leurs (ioniques , ai^ raient eu^ avant la fin du xv^ siècle, des rapports avec Tombouctoii^ elles parlent d'une ambassade envoyée en i53o vers le roi de cette contrée. Toutefois, leurs connaissances positives ne paraissent pas avoir dépassé Dfinné. Dans le xvu^ siècle, les Anglais essaient de pénétrer dans ce même pay^ de Tombouctou : Thompson et Jobson ne peuvent y réussir; ce dernier ne parvient que jusqu'il Jerakonda. De Brue» trompé sur les distances, s'avance, eo 1698, jusqu'au royaume de Galam, an confluent de la Falemé et du Sénégal. Un grand nombre d'antres essais demeurent sans résultat. Avec l'institution de la société africaine de Londres commencent les entreprises coœbi* nées dans l'intérêt de la géographie. C'est pai^ le nord que Ledyard et Lucas, ses premiers voyageurs (1788), essaient de gagner l'intérieur; ils meurent au début de leur voyage* Houghton ( 1791 ), dirigé par la route de l'ouest y périt dans le Ludamar^ Watt et Winterbottoa (1794) veulent atteindre le Dialiba à sa source, et ne s'a* vancent pas au-delà de Timbou.Munga«Park(i795) aper» çoit à Sego ce même Dialiba large comme la Tamise, et roulant ses (lots de l'occident à l'orient. Browne (1793-^) porte ses pas vers le Dar-Four, et le fait connaître. Hornemann (1797-98) reçoit l'honorable mission d'explorer le Fezzan , et s'en acquitte avec succès. A ces deux do^ nières contiées se rattachent. les renseignemens communiqués par Seetzen, et qu'il recueillit au Caire, comme les notions obtenues par M. Jackson se lient aux progrès de la géographie de l'intérieur du Soudan* Le second voyage de Pavk (180 5), si malheureusement terminé , ne laisse plus de doute sur l'existence du lac Dibbie , et fait connaître une route plus directe entre Pisania et le Dia^ liba.

Adams, matelot américain (18 10), fait le récit de son voyage à Tombouctou, et Riley 08x5) insère dans sa relation des détails sur cette ville, obtenus du Maure Sidi- Hamet qui lui raconte ce qu'il a vu. L'idée que le Dialiba

DE GÉOGKAPHtE. 89

s^écoulait p9r k rivière du Congo détermina Tififortané voyage de Tuckey. Dans le même temps, le major Peddie et le capitaine Gam[rf)el meurent à Kacnndy^ en essayant de remonter le Rio-Nunez et de visiter les sources des grands conrans de la Sënégambie. Les tentatives de Gray et de Dochard n'ont d'autre résultat que d'améliorer la topographie du Bondou. Bowdicb consigne dans sa relation quelqties renseignemens curieux sur le nom et la direction des fleuves du Soudan. M. Mollien (18 18) voyage dans le Fouta-Torro, le Bondou et le Foota-Diallon^.iBt ne peut franciiir les hautes montagnes qui séparent le bassin du Sénégal de celui du Dialiba : les renseignemens qu'il obtient mettent sur la voie de la véritable position des sources de ce dernier fleuve; le major Laing (1822) s'en approche ) et aperçoit le sommet du Loma, au pied duquel le pcétendu Niger commence à couler : la géographie du Tîmanni, du Soulimana et du Kouranko est due à cet important voyage. Burckhardt et Hitchie expirent, l'un au Caire, l'autre à Moursouk, au moment même où ils se proposaient, le premier de se mettre en route, le se* cond d'explorer l'intérieur. M. Lyon continue la reconnaissance des parties méridionales du Fezsan, et parvient à son extrême frdntièi^e sud. Il a l'honneur d'indiquer la véritable voie k ses heureux successeurs.

Us ne se font pas attendre. Le major Denham, le lieutenant Clapperton et le docteur Qudney, sont chargés de poursuivre les découvertes, et de brillans succès couronnent leurs efforts. Le Bomou est atteint, sa position dé«> terminée ; le grand lac central, le Tchad, en partie contourné et ses afflnens indiqués. Clapperton pénètre dans la capitale des Fellata, et apprend à Sakatou , qu'après de longs détours, le fleuve de Tombouctou se rend dans le golfe du Bénin. La question relative à la jonction des eaux du Tchad avec le Nil d'Egypte est résolue négativement. Tels sont les principaux résultats de cette mémorable expédition. Les dernières tentatives de Clapperton et du major Laing en promettaient encore de plus importans. La

go TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE

moit, en frappant ces intrépides explorateurs ^ a d^bnif nos espérances.

Les progrès de la géographie du Nouveau-Monde Toot terminer cet aperçu. Nous devons aux voyages de Cartier, de Champlain, de Lescarbot, de Lasalle , du père Hennépin^ etc. y les premières découvertes dans le Canada, U Louisiane, et dans une partie du bassin du Mîssissipi. Cette première période embrasse les xvi* et xvne siède». Charlevoix résume dans son Histoire de la Nouvelle* France toutes les connaissances antérieurement acquises sur les mêmes contrées. Weld , Gray, Harrîs, Hall, es 1816, et Howison en i8ai, visitent et décrivent aussi k Canada. Dans la Floride voyagent, à de longs intervalles, Stork, Roberts, Romans, Catesby,. et dernièrement Jobo Lee Williams et M. Wliite. Mais qui pourrait dire les noms de tous les observateurs attirés sur la terre de Franklin et de Washington? Là se succèdent, dans les temps rapprocha de nous, les Alexander Henry, les Carver, les Beckmaii, les Smith, les Brissot, les Bartram, les Cfaastelux, les La Rochefoucanlt, les Chateaubriand, eU Crèvecœur peint admirablement Thomme sauvage, et. sans sortir de la vérité, répand'sur ses récits Tintérét des fictions romanesques. L'illustre Jefferson (1782), dans S6 Notes sur la Virginie, la montre telle qu*elLe était alors, et fait entrevoir ce qu'elle doit devenir. Makensie le jxtmier traverse l'Amérique du Nord de Test à Touest, e: atteint le grand Océan. L'année précédente, la Colombie avait été découverte par le capitaine Robert Gray. Léwi^ et Clarke (i8o5-i8o6) voyagent dans la partie occideotaie des montagnes Rocheuses, aux sources du Missouri H à l'embouchure de la Colombia. Hunt et Crooks y ^n* vent par une route nouvelle. Stewart, en i8ia, remooi? la Colombie et touche les affluens supérieurs da Coli<>rado. Michaux (1801) examine en naturaliste les mont' Alleghany» Brackenbridge, en 181 1, donne de nouveaux détaik sur les contrées qui bordent le Missouri. Les dcni voyages de Pike ( 1805-1807) le conduisent vers lessouro>

DE GÉOGRAPHIE. Ql

du Mississipi à Fouest de la Louisiane; aux sources de TArkansa, du Kansès, de la Platte, de la rivière Jaune^ et dans une partie de la Nouvelle-Espagne, comme les deux voyages de Long (i8i8 et i8a3) lui font parcourir les monts Rocheux et nous font connaître les sources de la rivière Saint-Pierre et les lacs Winnepeek et des Bois, etc. Nuttal ( 1 8 1 9) décrit l'Arkansa et quelques autres points des Etats- Unis.Toute la grande chaîne des lacs américains, les sources et les parties centrales du bassin du Mississipi sont vues par Schoolcraft en 1820. Plus tard Beltrami croit avoir découvert les véritables sources du grand fleuve, et affirme qu'avant lui personne n'a passé au-delà du lac du Cèdre- Rouge. Heckwelder s'occupe de l'origine des tribus américaines, et les anciens monumens de l'Ohîo trouvent un historien dans Galeb Atwater. Volney s'attache particulièrement au sol et au climat des États-Unis; M ellish les parcourt presque entièrement.Douglas visite avec soin les contrées voisines de la Colombia; et M.Wardenfait connaître dans leur ensemble, tous les états de l'Union. Dans le xvii® siècle les noms de quelques Jésuites, et de nos jours ceux de Dumont, de Lepage du Pratz , de Forster, de Baudry de Lozières, de Du Vallon, de Périn du Lac, de Timothée Flint, se lient à Thistoire de nos connaissances sur la Louisiane.

C'est dans les écrits des Espagnols qu'il faut d'abord aller chercher des notions sur le Mexique. Les anciens historiadores offrent le tableau de ce pays à l'époque de la conquête. Deux siècles plus tard (1746)7 Villa Senor y Sanchez, dans son ITieatro Americano, lève le voile qui dérobait la Nouvelle - Espagne à l'Europe. Lorenzano en décrit avec soin la topographie et Fétat politique; et Clavigero, les antiquités. A ces sources nationales , d'autres viennent se réunir. Les côtes du Mexique sont tracées par les voyages de Dampier et de Wafer. Thomas Gage visite quelques-unes des provinces de l'intérieur; ses excursions dans lesGualanès font connaître ces hautes montagnes; et le tableau qu'il trace de Guatimala révèle toute la richesse agricole du pays. Chappe d'Auteroche trace de Mexico un

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portraU fidèle ei piquant. Un autre Français ^ amr de la science et de sa patrie , Thiëry de Mononville enlève au sol américain des plants de nopal chargés de semence de cochenille , et procure de nouveaux renseigneaxens sur la contrée d'Oaxaca, sur la plaine de Théguacan y et sur la botanique des provinces qu'il avait traversées. Des métallurgistes allemands, paruiî lesquels nous distinguons Sod* nenschmidt y envoyés par la cour de Madrid , publient des détaib curieux sur les richesses minérales du pays. Mais le Mexique, pour être connu de TEurope, attendait le» regards de M. de Humboldt, Son Essai sur la Nouvelle- Espagne, tableau le plus complet qui en ait été tracé, n'a presque rien laissé à ajouter à ses successeurs. ToutefoU BuUock, Poinsett, Lyon et Ward ont glané avec bonbeur dans un champ amplement moissonné, et nous ont montré le Mexique indépendant* et libre, mais non encore heureux, riche et tranquille.

Henry May, Newport, Dudley, Rochefort, etc., avaient voyagé dans ce qu'on appelait les Indes occidentales, lorsr que le P. Dutertre écrivit son Histoire des Antilles françaises, modèle d'exactitude, et qui se recommande encore parla grâce et la naïveté du style. Â.u commencement do xix^ siècle, Bryan Edward a publié Thistoire de tout cet archipel, y compris les Lucayes. Cbarlevoix, et sur la fin du XYiu* siècle, Malouet etJVforeau deSaint'-Méry, trac^* rent le tableau de Saint-Domingue. Labat sMtait plus particulièrement occupé de la Guadeloupe et de la Martinique, que Chanvalon, et de nos )ours Happel-Lachesnaye et Moreau deJonnès ont aussi visitées et beaucoup mieux fait connaître. Dauxion Lavaysse et M. Cullum procurent de nouveaux renseignemens sur la Trinité, Tabago et Sainte- Marguerite; Trophane dans le xvn® siècle, Long, Brown et Beckfoi*t dans le xym^. Dallas et Robert Renny dans le xix^, décrivent la Jamaïque sous ses rapports civils et naturels. Catesby, Marter, Shop, Mackinnen , voyagent dan> les Bahama,dont ils font la géographie. Cuba, sur laquelle le Fîagero umversal renferme de curieuses notices, n a

{dus rieD à désirer pour son illustration : M. de Humboldt en a pi*ésenté un tableau complet ; à quoi servirait d^ citer, api es un tel observateur, deux ou trois voyageurs estima*blés, qui n'apprennent rien de plus que lui et qui ne l'apprennent pas aussi bien?

La géographie savante d'une grande partie de l'Amérique méridionale, surtout de la Colombie et du Pérou,>iate du célèbre voyage de l'illustre observateur que nous venons de nommer (1799-1804). Mœurs, langues, antiquités, géologie, histoire naturelle, topographie, géographie astronomique, tout fut embrassé par MM. de Humboldt et Bonpland. Reprenons l'ordre chronologique.

Les histoires de Driedo, de Caulin, de Gumilla, de Gillius, etc., étaient, avant le voyage de Dépens (i8oi-i8o4), la source de nos connaissances sur la partie orientale de la Terre-Ferme, comprise dans la Colombie depuis la révolution américaine. Dans ces demieiis temps, cette nouvelle république a vu plusieurs voyageurs européens. M« MoUien en a visité quelques provinces et a décrit les rivages de la Magdalena. Le colonel Fr. Hall* a suivi les routes de Varinas à Valencia et d'Âraure à Barquesimento. Celle de Caracas à Bogota a été parcourue par un voyageur d'une maison de commerce anglaise, chargé d'une missio^ financière. On doit à sir Ch. Stuait Cochrane ( 1 8s3 ) le joomal intéressant de deux années de ré* sidence dans cette contrée; et au colonel Hamîlton, une relation curieuse sous le rapport de l'histoire naturelle. Ces detix derniers ont visité avec soin la vallée du Gauca et tme partie du Choco.

Le ^érou ne nous est scientifiquement connu que depuis les voyages de UUoa, La Condamine, Bouguer et Jussieu (1^35-1736), Helm( 1^88), et les P.Sobrevicla et Barcelo (i 791- 1794). Hanke (1794), Steventon,Hebras, Proctor (i823-i8a4)> parcourent la même contrée, sur laquelle le Mercure péruvien (1791 et suiv.) renferme de nombreuses notices géographiques.

Ovalle, Yidaure, Havestad et M<^ina se sont occupés du

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Chili y qu'ils ont peÎDt beaucoup trop en beau. L'histoire uaturelle de Molina suilout est pleine de fails hasardés et d'exagérations. C'est dans les voyages de Frezier^ de Helms, de Hebras, de Hall, de Stevenson, de Caldcleugb^ de madame Graham, de Scbmidtnxeyer, de Miers et de Head, etc., qo'il faut chercher les élémens d'une bonne géographie du Chili ; nous pouvons ajouter et de la plaine des Pampas et de la république de Buénos-Ayres. On trouîe des détails très-curieux sur les naturels de la Pahagonie e! de l'Araucanie, dans la description de Falkner^ dans les voyages de Byron , de UUoa, de Weddel , etc., çt dans U Relaciofkdel uliimo viage al estrecho de MagaUanes,

L'Histoire de Chaflevoix réunit tous les renseignemens obtenus de son temps sur l'ensemble du Paraguay, et mérite encore d'être consultée. La description d'Azara , firuit de vingt années de séjour (1781-1801), fournit à la géographie positive et naturelle une assez grande quantité de faits nouveaux.

Le grand empire de l'Amérique du Sud^ le Brésil, fat d'abord décrit par l'Alleraand Staden et le Français Leiy. Au XVI* siècle appartiennent encore les voyages de Hatkins, Reniger, Forest, Pudsey, Hare, Lancaster, etc. Daos le xvu^, Barlœus, Pison, MargralT, Knivet, Vasconcellos* Britto-Freyre, écrivent sur le Brésil, dont ils présentent le tableau à diverses époques , soit sous le gouvernement du comte Maurice de Nassau , soit sous la dominatioa portugaise. L'Histoire de Rocca Pitta, composée d'après les chroniques des jésuites, renfeime trop d'erreurs pour pouvoir être consultée avec confiance. Il faut arriver aux voyages de Barrow et de Lindley pour trouver de renseignemens et des détails plus positifs. Le Mémoire publié par l'auteur du Précis de la géographie uni%^€rselle contient tout ce qu'on savait en 1 806 sur cette colonie portugaise; mais les véritables progrès de sa géographie ne datent que du jour où son indépendance lut proclamée, où elle se mit en communication avec le monde. La science entra avec ardeur dans une route

DE GÉOGAAPfllE. g5

nouvellement ouverte à ses investigations. MM. Fréyrois et SeUow^ à la suite du prince de Neuwied, explorèrent le Brésil en botanistes ; Mawe se rendit de Buénos- Ayres à Rio de Janeiro, par la route de San-Paulo, et se dirigea ensuite vers Te) uco, dans la partie des mines.Yon Eschwege, partant de Villa -Rica, pénétra à l'ouest du Rio de San*Francisco jusqu'au Rio Abaité. Koster et Luccok fii'ent de l'économie rurale l'objet le plus spécial de leurs observations. Des jeunes naturalistes furent envoyés au Brésil par différentes puissances : MM. Mikan et Schott par l'Autriche; Dolfers et Sello par la Prusse; Duvaucel par la France; Spix et Martius par la Bavière. La relation de ces derniers est l'ouvrage le plus scientifique qui ait encore paru sur le Brésil; elle nous conduit à San- Paulo, Yilla-Rica, dans toute la province de Minas Geraës, et jusqu'au Rio Xipoto, et nous fait ensuite pénétrer dans ces parties reculées, voisines des anciennes possessions espagnoles, explorées pour la première fois par les savans bavarois. Denis et Taunay, Henderson et Galdcleugb, ne doivent pas être oubliés dans cette liste des ex* plorateurs du Brésil. Us ont ajouté un assez grand nombre de renseignemens à ceux que nous possédions. Les voyages et les recherches de M. Aug. Saint-Hilaire en procurent d'une nature toute scientifique. Ce naturaliste infatigable rassemble pendant cinq ans de grandes collections d'animaux, de minéraux et surtout de plantes, et fait faire à la géographie naturelle du Brésil d'immenses progrès. La relation de Langsdorfi* promet une abondante moisson de faits nouveaux.

Les contrées intérieures arrosées par l'Amazone furent d*abord connues par la description fort rare de Christophe d'Acuna, l'Histoire de Manuel Rodriguez^et les Annales de Pereirà de Berredo. La Condamine s'enfonça dans une partie de ces régions sauvages et les parcourut sur une ligne immense. Sa relation reste encore une autorité pour le géographe. Vers la même époque, le P. Toman ( 1740) voyage entre TOrénoque et la rivière des

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À^mazones, et indique une dommunication entre cesdeui gi^ands couranSy par le Gassiqaiare , communication dont M. de Humboldt a dëmcmtrë l'existence.

La découverte de la Guyane , par le brave et infortuik Raleigh y trouva de bonne heure des historiens emphatiques et ci'ëdules : Harcourt, Bîet, Pierre Banrèrey et Edouard Bankroft^ font successivement connaître cette immense contrée. La colonie hollandaise de Surinam est décrite par Th. Pistorius, par Fermin et par Hartsink. D'autres écrivains voyageurs s'en occupent égalementDe cenombi*e sont les Allemands Ludvvig et Peters, et le Hollandais Van Berkel. Le voyageur Stedman emploie àw\ années à visiter l'intérieur de la Guyane hollandaise, dont il publie le tableau le plus complet et le plus intê ressaut. M. Malouet entreprend les mêmes recherches et exécute en partie le même travail sur la Guyane fraoçaise; il nous procure de nombreux renseignemens sur le^ Galibis, ces indigènes, que les missionnaires ont vain^ ment essayé de convertir. Le séjour de Bolingbrooke dans la Guyane est également utile à la science. Cet Anglais instruit visite et décrit statistiquement les colonies de D^ merary, de Berbice et d'Essequébo. Nous passons sous silence d'autres relations moins importantes.

Telle est l'esquisse incomplète des progrès de la géographie des continens. Ces progrès dans notice Europe sont tellement liés au tableau du sol , qu'il devient comme impossible de les indiquer à part.

Mais avant de nous livrer à la description de la terrp et de ses habitans, nous allons considérer notre planètr dans ses rapports avec le ciel, dans l'étendue de ses dimensions et dans sa propre constitution physique. Cet eosemble compi^endra la théorie de la science.

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