CHAPITRE XVI
Cottp d'œil sur l'histoire, ritnpùrtance, la force, et la richesse des États de l'Europe.
' Les rapports qui existent entre les divei'ses nations de l'Europe sont d'une telle importance dans les grandes considérations de la politique, et ces considérations ont acquis un intérêt si général dans les pays soumis au régime constitutionnel , que nous ne pouvons nous dispenser d'en présenter un tableau comparatif , qui rendra leurs liaisons et leurs intérêts plus appréciables que tout ce que nous pourrions dire sur chaque puissance considérée isolément. L'histoire primitive de l'Europe est entourée de tant de ténèbres^ qu'il faut renoncer à en débrouiller le chaos. Des diverses contrées qui la composent, la Grèce paraît avoir été la plus anciennement civilisée. Elle le fut par les Phé> niciens et les Egyptiens, les peuples les plus éclaires des parties de l'Asie et de l'Afrique qui bordent la Méditerranée. Les Grecs, à leur tour, fondèrent des colonies dans la Gaule et lltalie; mais jusqu'à l'époque où Rome devint le siège d'une vaste puissance, les nations de l'Europe centrale présentèrent un caractère de civilisation naissante, voisin de la barbarie, analogue à celui qui distinguait les peuples de l'Amérique, lorsque les Européens allèrent por* ter sur ce continent leurs vices avec leurs croyances religieuses. L'empire romain, après avoir soumis les Celtes et les Germains, pressé de tous côtés par les nations Scandinaves et sarmates, qu'il avait repoussées dans des régions sauvages, succomba après avoir long-temps résisté à leurs attaques; d'autres tribus, suivant les traces des nouveaux envahisseurs, soitirent du Nord et de l'Orient, et renversèrent les royaumes naissans que les premières avaient fondés. Ainsi les Heruli, peuple scy the, sorti des contrées finnoises, et dont lechef Odoaker on Odoacre renversa le trône
DE GÉOGUAPfilE. ^Q^
d'Occident , furent chassés de Tltalie par les Scandinaves si connus sous le nom d'Ostrogoths, qui, à leur tour firent place au peuple slave des Longobardi ou Lombards • leslstœi^enosj ces Germains que depuis on appela Francs se fixèrent dans la Gaule , dont ils chassèrent les Visigoths* ceux-ci et les F^andali, autre nation slave, sVtablirent en Espagne, tandis que les Saxones, les jdngli et les Jutes s'emparaient de la Grande-Bretagne.
Ces peuples, bien inférieurs en nombre à ceux au milieu desquels ils se fixèrent, contribuèrent à altérer le lan-^ gage de ceux-ci , à modifier les costumes et les usages établis par les Romains, mais ne changèrent point les caractères qui distinguaient les habitans du centre, de Toccident et du midi de l'Europe. Cesl ce qui explique comment on reconnaît encore chez les nations modernes le portrait que les anciens nous ont laissé de leurs ancêtres.
A la tête des dix-sept monarchies européennes, la poli* tique admise depuis les derniers traités place les six principales dans Tordre suivant : La Russie^ Y^ngleterre la France j V Autriche j la Prusse et V Espagne. Cependant celte question de prééminence est tellement compliquée que plus d'une circonstance imprévue peuvent modifier le
rangsuivantlequelnouslesprésentons. Ainsi, souslferapport de la prépondérance militaire, aucun état continental ne peut entrer en rivalité avec la Russie, tandis que l'Angleterre surpasse tous les autres en puissance maritime. La France, par son industrie et sa richesse territoriale, ne le cède qu'à l'empire britannique ; mais si sa force militaire est, pour l'importance de ses armées de terre, inférieure à celle de l'Autriche, l'étendue de ses côtes et sa marine la • placent fort au-dessus.
L'empire russe occupe plus de la moitié de la superficie de l'Europe, et possède presquele quart de la population de cette partie du monde; encore ne comprenons-nous pas dans cette estimation plus de 3 millions d'habitens di|5sémin& sur son territoire asiatique. Cette masse démesurée pèse à la fois sur le nord et le midi de l'Europe, sur l'occident et
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le sud de T Asie, et Ton prévoit de quelle influence son poids doit être un jour dans la politique du monde.
La population y la richesse , la force militaire et le degré de civilisation qui, plus que l'étendue, déterminent le rang qu'occupe chaque Etat, peuvent oflrir divers rapports dignes de fixer Tattention.
La superficie totale de l'Europe est de484,9to Heu es(i), et sa population (7) de 237,737,000 habitans, ce qui donne* une moyenne de 4^9 individus par lieue carrée. Partageons notre partie du monde en deux grandes régions , subdivisées chacune en partie boréale, partie centrale et partie australe, et voyons si la population y est distribuée d'après l'influence de la température.
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