‹ Traité élémentaire de géographie, contenant un abrégé méthodique de Précis de la géographie universelle en huit volumes ... précédé d'une introduction historique, et suivi d'un aperçu de la géographie ancienne, sacrée et profane;Chapitre 37 sur 142 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Notions générales sur l'Europe. — Ses limites. — Ses dimensions.'-^ Mers. — Détroits. — Bassins. — Fleuves. — Lacs. — Montagnes. — Climats. •— Végétaux.

La géographie y scieace trop long-temps resserrée dans les limites de ces esprits vulgaires qui ne savaient la considérer que comme Fart facile de décrire les contours d'une carte ^ les détoun des rivières, les ramifications des montagnes ou les limites arbitraires inventées par Fhomme et yariables comme sa puissance , est appelée, ainsi que toutes les sciences qui s'enrichissent des découvertes physiques^ des traditions de l'histoire et des révélations de la nature, à fournir à l'esprit humain des leçons utiles et de vastes sujets de méditations. Lorsque Tœil parcourt une mappemonde, et qu'il compare entre elles les différentes portions de l'ancien continent, quelles réflezions^ne s'offrent point à l'esprit, en coqsidérant l'immense étendue de l'Asie, la masse imposante de l'Afrique, et la petitesse de notre Europe ! N'est-on point étonné que cette partie du monde que l'antiquité nous représente couverte d'hu« mides forêts et de marais fangeux, habitée par des peuples barbares, dont les noms étaient à peine connus, de deux petits coins de terre où la civilisation fut long - temps concentrée^ soit devenue depuis tant de siècles la reine de l'univers? Lorsque l'Asie, éclairée et puissante, envoya^''

44a TRAITÉ ÉLÉMENTAIBE

des colonies sur les côtes européennes , regardées ak comme les limites du monde, quel génie aurait pu sou: çonner qu'un jour cent peuples rivaux iraient asservir dr continens que TEuropéeii devait découvrir^ et, sardes vair seaux construits pour braver les tempêtes et trav^^serfio^ mensité des océans , porteraient la civilisation d'une extiv mité de la terre à Tautre, plus rapidement que les voik de Tyr ne franchissaient lesColonnes d'Hercule? Aujoiird'hui que l'Asie est plongée dans les ténèbres, ou oonifae: sous le joug honteux de Fesclavage , habituée <}tt*eUe ec à reconnaître la supériorité de l'Européen , ne faudrait point chercher dans l'influence d'un climat tempéré , k^ causes qui ont contribué à développer en loi toutes h supériorités intellectuelles?

L'Europe n'est point circonscrite partout dans des \is^ tes tracées par la nature : à Touest et au sud , TAtlantiqur* et la Méditerranée la séparent, il est vrai de TAmMqibï et de l'Afrique; au sud-est, elle e^t limitée par FHdlf^ pont y le Bosphore, la mer Noire et la mer d^Azof; mal sur quelques points de ses frontières naturelles, il laat encore tracer une ligne imaginaire : ainsi, quelques géographes ont voulu que Malte et les petites ties deGozz?. Comino, Lampedouze et Lioô^a, appartinssent àfAlii* que; et ce qui prouve combien l'es notions géologiques qu se rattachent à la géographie' phy^ic^ue, sont utiles dansU solution des difTérentes questions de celte'nâttU*é, c*eslquc par elles seules on peut décidei' qrie'éeè'dîflfetentes Ile» font partie de FEurope : en' effet, 'Côhime elles oe sont . à dire vrai, que des plateaux de montagnes, elles doivent être considérées comme la cônl(nuaHon de celles de la Sicile, puisque lé sol Bas do nota 'de 'rAfrïqne ne peimet point de les rattacher h cette partie du monde. U faut suivre aussi à travers l'ArcTiipel grte Pespace o& lestlt^ sont moins nombreuses ; ceHès'dë Nàxos, Stampalie et Scarpanto, doivent élre regardées comme européennes, tandis que Ténédos , Mitylène , Scio , Samos , Nicarij .

DE GÉO(»APHIE. 44^

Ck>Sy et Rhodes, font nécessairement partie de TAsie. La Crimée appartient aussi à FEorope; mais dans la direction de Touest à Test, la ligne de démarcation enti^e les deux parties dn monde parait être arbitraire. Le désir de coordonner sur cette question les opinionsdesanciensetdes modernes, avait fait choisir pour limite le plus bas niveau de Tisthme du Caucase ; niveau indiqué par le cours de deux rivières, le Manytch et le Kouma; et comme la première se jette dans le Don, h 90 lieues au-dessus de Tembonchure de ce fleuve, une partie du Don ou du Tanaïs conservait Tantique prérogative de séparer l'Europe de l'Asie (i). Mais plusieurs géographes ont choisi une frontière naturelle plus importante, plus facile à déterminer : c'est la ligne de faîte de la chaîne du Caucase. Ainsi, d'après cette opinion^ qui a prévalu , le versant septentrional de cette chaîne est entièrement européen; en conséquence, les trois provinces russes, le Daghistan, la Gircassie et le Caucase, qui, suivant la ligne de démarcation précédente, seraient asîMîques, appartiennent à l'Europe, et celle-ci tient à l'Asie au sud sur une ligne de ai3 lieues (a), et à l'est sui* une de 83 1 lieues (3) géographiques de longueur, c'est-à-dire qu'en côtoyant la mer Caspienne depuis le Caucase, on suit les limites de l'Europe jusqu'au fleuve Oural , qui, avec la chaîne dont il porte le nom , forme jusqu'à rOcéan Glacial le reste du contour oriental de cette partie du monde.

Avant la découverte de l'Amérique*, Flslande, dépen^ dance naturelle du Groenland, dut être considérée comme appartenant à l'Europe; mais aujourd'hui, après les explorations hardies des Cook, des Philipps, des Hearn, et des Parry, il n'est plus permis de commettre de pareilles erreurs. L'Islande et toutes les terres arctiques , séparées

(1) Cette opinion a été émise et développée dans le Précis de la Gébgraphie mntPerselUy tom. III, p. 3; tom. VI> p. 3. (a) 95 Mjriaoïétree.

(3) 3S3 Mjrriamétres.

444 TKAITÉ ÉLKMENTAUIE

de nous par TOcëan , ne sont qu*un appendice de rAmê rique septentrionale ; l'Europe ne revendique poar s« limites au nord-ouest que les tles Féroer. Les raisons qa portent à considéi*er Malte et les lies qui renviroones:: comme européennes , doivent faire rattacher à r£riqof les Açores, qui ne sont qu'une continuation scos-maniK de la chaîne africaine du mont Atlas ^ dont les Canaries c; Madère sont ]es sommets.

L'Europe 9 ainsi limitée , présente une superficie <)e 4^067 |63o lieues carrées.

Voici ses dimensions les plus remarquables :

£11 hngutur^ daoap Saint- Vînoenl aux monuOaralf, préf

<f Ekaterinbourg t^iSIicsa

De Brest à A«lracan a6o

JEn largeur, du cap de Gates au cap Ortcgal (péninaole

hispanique) a 10

Du port Vendre àBajonne (isthme desPy renées 9 premier resserrement de TEurope). 95

Du cap Colonna en Calabre, au cap Wraili en Eoosse (en partie sur Teau). ... 61 5

De la mer Adriatique a la mer du Nord

(deuxième resserrement) a 10

Du cap Matapan en Grèce, au cap Nord (plus grande largeur de l'Europe). . . g'«o

De la mer Noire à la mer Balii<pie ^ troisième resserrement) ^68

De la mer Caspienne à la mer Blanche (quatrième et dernier resserrement). . . . 4S5

Les caractères qui distinguent à la première vue l'Europe des autres parties du monde , sont Tirrégalarit^ de ses contours, leurs petites découpui^es ^ et les goUês nombreux qui baignent ses côtes« Les grandes masses d'eau interposées parmi les tenues sont peu nombreuses en Asie, plus considérables dans l'Amérique septentrionale, et presqu*inconnues dans la partie méridionale de ce oontineol. en Afrique, et dans cette vaste lie de T Australie, que Tua peut regarder comme un autre continent. Elles n^infloal pas seulement sur la température qu'elles rcmdent faonûde

et variable, elles favorisent la civilisation et le commerce par les facilités qu'elles offrent aux communications ; elles défendent la liberté des peuples contre Tambition des con« quérans^par la nécessité où elle met ceux-ci d'employer un appareil imposant de vaisseaux et de soldats pour attaquer un nombre considérable de positions faciles à défendre ; aussi Ton peut dire que les grandes nations commerçantes resteront concentréeis dans le nord de TEurope et de TÂmérique.

L'Europe est baignée à l'ouest par l'Océan Atlantique^ où vont se jeter la Zoi/ie^ la Garonne, le Douro, le.Ta- ^e, la Guadianay et le Guadalquiuin Cet océan, dont une partie reçoit, depuis les tles Britanniques jusqu'à l'extrémité de la Laponie , le nom d'Océan septentrional ; cet océan, qui reçoit à l'est du golfe de Tcheskaïa, sous le 5o* degré de longitude, les eaUx de l'importante Petchoraj, prend depuis les côtes de la Laponie la dénomination d'Océan Gîacialj quoique cette dénomination ne convienne peut-être k aucune partie des mers européennes, puisqu'il n'en est aucune qui se couvre habituellement de vastes champs de glaces : avantage que l'agitation de leurs eaux leur donne sur celles qui baignent la Sibérie et TAmérir que. Il est donc plus exact de lui donner simplement le nom à! Arctique.

Les mers intérieures de TEurope participent de la petitesse de cette partie du monde; quelques-unes sont indignes d'être comparées au golfe du Mexique ou à la baie d'Hudson. La plus septentrionale de ces méditerranées, est ia mer Blanche, ou Méditerranée laponienne, golfe qui reçoit les eaux de trois rivières considérables : la Metzen, la Dwina, et Y Onega. OuveAe au nord-est, elle est facilement gelée par le souffle de Borée, qui y fait naître des tempêtes épouvantables; ses rivages peu élevés sont cou- 'Verts partout de rochers inhospitaliers ou de marais tourbeux.

En suivant les contours de la Laponie et de la Noinvége, on double le cap Stadi, pointe occidentale de cette con-

446 TRAITÉ ÉLiMENTÀUlE

trëe, et Ton ealre dans une espèce de golfe auquel ob donne le nom de mer da Nord on ^Allemagne. Elle si tend depuis les tles Shetland jusqn'an Pas-de-Calais, i depuis les côtes de TÂngleterre jusqu'à l'entrée do csà de Jutland. Elle reçoit Y Elbe, le Weser^ YEms, le Jtt YEscaui, la Tamisé et le Treni ou YHwnber. Ses rÎTif borda par les rochers granitiques de la Norw%e et de cosse , s'abaissent insensiblement \ tantôt ravagés par flots sur les côtes de l'Angleterre, ou se couvrant de sablonneuses sur celles de la HoUande, el menaçant couvrir ce pays, conquête récente des attérissemeos fleuves sur le domaine de VOcéan. Ne vil^n poinl xm® siècle une effroyable irruption marine envahir k lac FIeiH>j et le transformer en un golfe auquel on dooa le nom de Zuyderzée, et plus tard, en i634» cngiorir sur les côtes du Danemark i'tle de Nordstrand, dont il si reste plus que des débris ?

Le canal situé entre la Norwége et le Jtitland port* ^ches les navigateurs anglais et hollandais le nom de 2V Sleeve, et sur nos cartes celui de Skager-Back, qui txxr viendrait mieux au passage sHué à la pointe de Âbgei qui forme Textrémité septentrionale du Danemark. Ce ih troity qui devrait portei* le nom de canal de Norw^> ^ resseiré au midi par les caps sablonneux de fferièerg et à JRosnouty qu'environnent des bancs de gravier et dés r> cfaers dangereux, souvent funestes aux navigateurs iodigènes. Apràs avoir doublé le cap Skagen , on entre dar le canal du Katte^Gat, qui se termine au sud par £ro:^ petits détroits ; dont l'nn , situé à l'orient, porte Je nom At Sund^ tandis que les deux autres qui séparent File de Ze* lande et la Fionie, et celle-ci du Danemark, sont appelts Grand et Petit BeU.

Ces détroits, qui baignent Farchipel danois, condnxsr' dans la mer Baltique, que l'on pourrait appeler Médùr ranée Scandinaue, mais que les Suédois et les Prussier nomment mer Orientale. Elle reçoit le superflu de tous le Incs dont la Finlande, l'Ingrie et la Livonie sont convnt*^

C'est dans son sein que s'ëcoulent la moitié des rivi^^es de la Pologne et de T Allemagne orientale y et les fleaves de la Suède, alimentés par la fonte des neiges qui convrent les cimes des monts Dofrines. Aucune mer ne reçoit, en proportion de son étendue, le tribut d*nn plus grand nombre de conrs d*eaux. Elle n'offre point le phénomëoe du flux et du refloz, mais à la fin du printemps ses eaux, grossies par les torrena et les rivières , forment un courant qui se verse dans la mer du Noitl parle Sund et les Belts; tandis qQ*aaz autres époques de Tannée, les courans formés dans le golfe de Finlande, qui ressemble un peu à Temboucbare d'un fleuve, et qui, dbaque année, s'encombre des sables que lui porte k Neva , et dans le golfe de BoA-^ nie, qui se présente comme un lac à part, varient suivant la direction des vents domioans. Les faabitans de ses bords prétendent qu'elle baisse de niveau, mais aucun fait bien constaté ne prouve cette opinion* Â l'ouest et au sud, son bassin est environné de falaises de craie et de plaines sablonneoses ; la côte orientale delà Suède et les plages de la Finlande sont couvertes de rochers et d'écueils; mais aucune montagne un peu considérable n'est baignée par ses eaux peu salées, peu profondes, et souvent tellement cou* vertes de glaces, qu'entraînées par les courans, elles vont s'amoDcder dans les détroits du Danemark, dont elles déîgradent les côtes crayeuses. Les principaux fleuves qui se leiteoi dans cette m^diterranée sont la Duna ou Dwina, le Niémen, la Fistxde, et VOder.

En retournant dans la mer du Noixl, pour redescendre vers le SQd-<mest de l'Europe, nous traversons le détroit de DoMÊvres ou le Pas^de^CàUàs^ par lequel on entre dans le bras de mer appelé Canal Bntanniçue ou la Manche. D'une profondeur peu importante, mais variable ; étroit, mais ouvert à tons les grands mouvemens de l'Océan , il éprouve des marées montantes trèS'-considérables , qui produisent à l'embouchure de la Seine ces barres si redoutables à l'af^roche des équinoxes.

Le détroit de Qibràkary moins large de moitié que celui

44B TIUITÉ ÉLÉMENTAIRE

de Calais^ établit la communication deTOcéan avec la Me diterranée; il conserve les caractères d*ane rupture qs en séparant TEurope de rAfrique, détruisit Tune des pli grandes Caspiennes dont notre globe conserre la tracf Cette mer, qui rappeUe et la brillante tradition de Tanéstissement de rAtlantide^qui nousTut transmise par Pl«lc« et qu'on pourrait peut-être défendre avec avaDtage, àFak* de quelques faits physiques et des souvenirs des beaux siècles de la Grèce , se divise en plasienrs sins. Le .premier se termine au cap Bon et au détroit <k Messioe : la Corse et la Sardaigne le partagent en deoi parties inégales; mais on ne distingue sous des dënomin^ tions particulières que le golfe de Gènes et le golfe *&! Lion (Sinus Leonis), que tous les géographes s*obstiixtf à appeler golfe de Ljron (i). Au pied des Alpes et c^ Pyrénées ce bassin atteint looo et xSoo brasses de profodeur ] sa partie orientale , qu'on pourrait appeler mr d'Italie, comme les anciens rappelaient mer Tkjrmnienne, moins profonde, est parsemée d*tles volcaniqoes. produites sans doute par un foyer unique, dont leYésov; et TEtna sont les deux soupiraux. Le second basû presque double en étendue, dépourvu de rochers etd'é' cueik, et dont l'importante superficie n'est interrompor que par quelques tles, se prolonge depuis les côtes de Tsnis et de la Sicile jusqu'à celles de l'Egypte et de la Syrie 11 forme au nord-ouest un golfe célèbre, sous le nom àf mer jédriatiqucj bien que son étendue ne soit pas im tiers plus.considérable que celle du golfe de Bodnie. V» pace compris entre l'île de Candie et le détroit des Dar danelles forme un troisième bassin hérissé de toutes k tles de l'archipel grec. C'est ce basrin que les Tores dés.' gnent sous le nom de mer Blanche. Au-delà de ce détrc; se trouve la mer de Marmara, le plus petit des basnns ôi la Méditerranée. Celle-ci reçoit les eaux de V£ire, qoi

(i) Le PrAis àe la Géograj^hi^ unit^trêeUe loi doBoc «usm» far najt i pour Tusa^, la même dénommation, ton* YI, p. 9.

m GÉOGRAPHIE 449

descend des Pyrénées, et celles du Rhdnc^ qui prend sa source dans' les Alpes. Dans le bassin de TA-driaCique se ]eVLe\eP6j dont le cours est égal à celui de FEbre; enfin^ le petit fleuve du Fardar, Tancien Axius, et celui du Maritzaj VEbre des Grecs, portent le tribut de leurs eaux au sein de FArchipel, le premier en se jetant dans le golfe de Salonique , et le second dans celui d*Enos.

Si nous ne suivions que notre opinion particulière, ici se terminerait la description de cette mer qui sert de type à toutes les méditerranëes ; mais plusieurs géographes ont considéré la mer Noire comme en faisant partie, bien qu'ellô^ en soit séparée par un canal beaucoup plus étroit que celui par lequel la Méditerranée se joint \ TOcéan. Cette mer Noire, reste d'une antique Caspienne, morcelée par une cause analogue à celle qui ouvrit le détroit de Gibraltar^ est alimentée par les plus grands fleuves de l'Europe centrale : ce sont le Dniester, le Dnieper et le Danube. Elle reçoit encore, par le détroit dEnikale ou le Bosphore Cimmérien, les eaux limoneuses de cette espèce de lac, de ces Palus-Méotides, si ridiculement qualités de mer dAzof^^ les modernes, à laquelle cependant un fleuve de 36o lieues de longueur, le Don, porte ses eaux et ses alluvions sablonneuses.

Alimentée par les grands cours d'eau de l'Europe et de l'Afrique, et par. la fonte des neiges qui séjournent sur les Alpes, les Pyrénées et le Caucase, sur FAtlas et sur les montagnes de rAbyssinie,.la Méditerranée passe encore, selon certains géographes, pour recevoir de TcOéan Atlantique plus d'eau qu'elle ne lui en fournit. On en a donné pour preuve un prétendu courant perpétuel qui , par le détroit de Gibraltar, y porterait les eaux de l'Océan; mais cet écoulement apparent n'est que l'effet de la pression d'une grande masse d'eau sur une plus petite, qui déplace les couches supérieures de celle-ci, tandis qu'en réalité \xii courant inférieur entraîne leseaux de la Méditerranée dans l'Océan , et produit contre les côtes plusieurs remous^ ou cour ans contraires. D'autres se font sentir au milieu de plusieurs I. 219

4So TRAITÉ ÉLÉUENTAIRE

détroits : tel est celui du phare de Messine, célèbre chei les anciens sous le nom de Charybdis^ et celui de FEuripcj entre le continent et nie de Négrepont. Les marées sont peu sennbles dans la Méditerranée : cependant , on a cm en ressentir les effets dans le ^olfe Adriatique et dans celui des Syrtes.

La mer Caspienne, que nous décrirons en parlant de )*Âsie ; reçoit de TEurope Y Oural ou le Jaik, et le |Jus grand fleuve européen, le Volga ^ qui n^a pas moins de 680 lieues de cours. Le niveau de cette mer est de 1 55 pieds au-dessous de FOcéan.

Toutes ces mers bordent l'Europe sur une étendue de •5y63S lieues. Elles la séparent au nord des terres glacëa du p61e, et au sud, des sables brûlans de 1* Afrique; dks fournissent à la cinquième partie de ses habitans Fénorme quantité de poissons dont ils se nourrissent, et ouvrent ao commerce, des communications avec toutes les parties da monde. La superficie totale de celles qui sont entoareei par des terres est d'environ a36,i 10 lieues carrées. On i estimé de la manière suivante la masse de chacune d*dlei :

Médilemnée ii3,68oLc

— €rolfo Âdiiatiq«e. 8!,iao

— Bossia comprit entre Casdie el les DiiduMlloi. 99610

— Bassm oompri» entre les Dardanelles et le canal

de Gonstantinople on mer de Marmara. . . Soo Total de la Méditerranëe. . . iS 1,980

Mer d^ÂIlemagne oa do Nord Sa^Goo

MerNiwe. ^»756

Mer Caspienne t%fioo

Mer Baltique dans son entier 17^680

Mer Blandie. 5,<kx>

Manche on canal Britanmqne B>7oo

Canal et mer d'Iriando. 3«4bo

En examinant TEurope sous le rapport de la Géographie physique , il est impossible de ne pas remarquer que plusieurs r^ons y abondent en grands et en petits lacs,

(0 1^ a5 an degré.

tandisique d'autres en sont presque entièrement dépourvues. Ces différences importantes , dont personne ja'a cherché à deviner la cause» nous paraissent indiquer que la distribution actuelle des eaux marines est le résultat de plusieurs changemens dans leur niveau , et que Tâge relatif de chaque mer intérieure pourrait se déduire de Tabon^ dance ou de la pénurie de ces masses d'eàu douce ou saumâtre^ UEurope occidentale en renferme peu^ e^ comme il est naturel de penser que les contrées les plus anciennes sont celles dont les lacs ont eu le plus de temps pour se dessécher^ la péninsule Hispanique , la France et rAngleterre, formeraient Tune des régions les plus anciennement habitables de cette partie du monde. La péninsule Italique, ne possédant que quatre ou cinq lacs peu considérables, qui, d'ailleurs, paraissent être le résultat accidentel des révolutions volcaniques qui ont tour^ mente cette terre antique, formerait le complément de la région primitive de TEurope. Mais la Suisse, FAllemagne centrale, TAutriche, la Hongrie, la haute Italie, la Dalmatie, la Grèce, et en général les pays situés au milieu des différentes branches des Alpes, formeraient, par le nombre et l'importance des lacs, la contrée de la seconde époque. L'Irlande, tle couverte de lacs et de marais; la Hollande, paysd'alluvions, si récemment encore morcelée par des éruptions marines ; le nord de TÂllemagne, terrain non nioins bas et humide; la Russie septentrionale, qui comprend les plus grands lacs de TEurope, et la péninsule Scandinave, dont quelques-uns sont importans par leur superficie , constitueraient la région de la troisième époque, ou la plus récemment habitable (i).

Nous allons donner dans Tordre de [leur importance la superficie des principaux lacs de TEurope :

H«Mi Mrréca.

lac Ladoga (fiiuaie) 83o

(i) Celte tbéorie noayelle, qu'il est impossible de déTelopper dana on Traita ëlémenUitre , n'appartient point an PrdéU de la Géàgraphie iim-

45) TRAITÉ BLBMENTAUIE

lît«Mi carrt«g.

Lae Onega (Russie) 4^

— Wener (Suéde) a8o

— Sûma (Rnssie-FioUnde) aïo

— Feipos (Russie) iio

— Wcter (Suéde) ïio

•-. Mttler {Idem) loo

— Enara (Laponie nitae) 90

•— Koopio (Russie-Finlande) 80

— Bielo-Osero (Russie) 70

— Kolkis « . . . . 70

— De Génère (Suisse) 44

— de Constance {Idem) 38

— Ilmen (Russie) 35

— Leza 3o

* Ulea (Russie-Finlande) 3o

— de Garda(ro7aame Lombard-Vénitien). a4

— Majeur {Idem) ao

— Tavastie (Russie-Finlande) 30

-~ Balaton (Hongrie) ao

— de Neuchàiel (Suisse) 1$

— • des Quatre-Cantons {Idem). ... i3

— • de Zurich {Idem) 10

Si l'on prend pour unitë toutes les eaux courantes de l'Europe y la comparaison des nombres fractionnaires qui représentent celles qui se déchargent dans ses différentes mers, offre des résultats approximatifs dignes d'attention.

Eaux qui se jettent dans la mer Noire o^a^S

Dans la mer Caspienne. o,i65

Dans la Méditerranée, la mer Marmara et celle de F Archipel. 0,1 44

Dans rOcéan Atlantiqae o^iii

Dans la mer Baltique o»i^

Dans celle du Nord. . • 0,110

Dans rOcéan septentrional 0,048

t,ooo.

Ainsi y deux mers inférieures en superficie à celle du Nord| la mer Noire et la mer Caspienne, reçoiyent une plus grande masse d'eau douce que la Méditerranée.

Prenant toujours pour unité, ou point de départ, toutes les eaux courantes de l'Europe, les six principaux fleuves qui l'arrosent s'offriront dans l'ordre suivant, d'après la fraction qui représente chacune de leur.masse, alimeatée par leurs affluens, mais sans y comprendre les lacs qui sj

DE GéOGRÀPHIE* é^SZ

déchargent s le Volga ^ o,i44 y ^^ Danube^ o^ia4 \ I^ Dnié'^ per, Oy06i; le Don^ o,o5a; le Bhùij, O|03o; la Dwina, 0,02 !• Cet aperçu sufiBlt pour faire voir qu*il faudrait joindre aux eaux du Danube celles de la Dwina , pour égaler la masse du Volga ; et que celles du Rhin et de la Dwina sont à peu près égales à celles du Don. Cependant , que sont, après ces deux derniers fleuves, la Kistule et VElbe^ célèbres dans les fastes des deux derniers siècles ; le Pâ, alimenté par les eaux des Alpes occidentales; le Bhône, cité pour sa rapidité ;'la Loire, tant vantée pour ses sites; Y Etre, le Guadalçuiuir et le Toge, qui descendent des hautes montagnes de TEspagne? Tous ensemble, ils n'équivalent qu'au seul Volga. Daàs le tableau physique que nous traçons, que de points de vue philosophiques se présenteraient à celui qui voudrait les chercher I Le Kama, à peine connu en Europe, et Tun des affluens du Volga, pourrait cependant rivaliser avec le Bhin, sur les bords desquels se groupent tant de souvenirs; et la Seine, ce petit fleuve qui, avec toutes îes rivières qui s'y jettent, n*égale pas le tiers du Rhin, n'a-t-elle pas usé du droit de commander à tous les autres; enfin le Tibre, presqu'inférieur de moitié à la Seine, n'a-t-il pas vu jadis les peuples de l'univers connu saluer ses flots aujourd'hui silencieux?

Si du lit de ces fleuves nous gravissons les sommités européennes , elles nous montreront un ensemble de sept systèmes distincts, parmi lesquels nous ne comprenons ni la muraille naturelle des monts Ourals, ni celle du Caucase, qui , par l'importance de leurs ramifications, appartiennent plus spécialement à l'Asie. Le plateau de Waldaï, d'où descendent le Volga, la Duna et le Dnieper, n'est qu'une vaste plaine élevée, couronnée par des collines; ce plateau s'abaisse du côté de la Pologne; il occupe la plus grande partie de la Russie d'Europe, la Fionie, la Poméranie et la Prusse orientale. Sa faible élévation, compensée par son étendue, lui donne le droit de former une division séparée sous le nom de système sarmatique.

Les montagnes de ta Laponie à l'est de la mer Blanche;

454 TRAITA ELBMEKTAI&E

celles de la Suède' et de la Norw^e, par ledr position isolée, forment le sjrsikme scandinauiçue» Des rochen sourcilleux, dies abtmes taillés à pic,^ d'imposantes chutes d*eau, des neiges éternelles, et des glaciers, leur donnent l'aspect des grandes chaînes du globe.

Les monts Grampians et Cheviots, qui se prolongent do nord au sud dans la Grande-Bretagne ; les petites chaînes dont rirlande est hérissée; enfin les Hébrides, les Qrcades et les tles Shetland , composent ce que Ton peut appeler le systhme britannique. Ses hauteurs sont proportionnées \ la faible superficie qu'il occupe.

Les autres montagnes de l'Europe continentale se lient toutes les unes aux autres; cependant, leur étude exige qu'elles soient distinguées par des divisions systématiques* Ainsi le systhme hispanique ou hespérique doit comprendre les Pyrénées et toutes les montagnes de l'Espagne et du Portugal : le groupe méridional , plus important par sa hauteur que par son étendue , a pour point culminant le Cerro de Mulhacen, qui surpasse en élévation les sommets des Pyrénées.

Les chaînes qui s'étendent sur le sol de la France dépendent, sans aucun doute, du système alpique. Vers le centre de cette contrée, la plus haute cime est celle da Sancy, qui dépasse 5,8oo pieds. Le système alpique couvre de ses ramifications la sixième partie de toute l'Europe. Le mont Rose et le mont Blanc sont ses principaux géans. De cet immense système, on voit se diriger jusqu'à l'extrémité de la péninsule Italienne, les différentes branches des Apennins ; il va former, dans la direction du nord, les Carpathes orientales et les Carpathes occidentales, les diverses petites chaînes de l'Allemagne centrale ; entre la Silésie et la Bohème, les monts Sudèêes on des Géans; entre la Bohème et la Saxe, YErtz-Geàirge ou les ràonls Métalliques; enfin, prolongé vers le sud-e^ jusqu'aux extrémités de la Morée, il y forme aurddà dn Pinde des cimes plus élevées qu'on ne l'avait cru jusqu id, tandis que deux de ses rameaux s'étendent jusqu'à la mer

0E GÉOGAAPMIE. 4^^

Noire : le plos mëridional sous le nom de cbatne dajthfh dope^ et Tautre soas celai de Balkan.

Lia petite chatne qui borde la côte méridionale de la Crimée, et que Ton pourrait considérer comme une dépen^ dançe du Caucase, a reçu le nom de système taurique.

Le septième système, que Ton a appelé Sardo-Corse j. parce qu'il se compose des montagnes de la Sardaigne et de la Corse, est beaucoup plus éle?é dans la seconde que dans la première.

Examinons maintenant les climats généraux de TEu* rope, et la distribution des végétaux et des animaux sur le sol de cette partie du monde. Si la chaleur solaire agissait seule sur la température européenne, TÂngleterre serait aussi froide que la Pologne, et la France que rAlle-^ magne } au sud du 4^* degré, la progression de la chalem* serait rapide , et Ton en ressentirait les fatigans effets à Constantinople, à Naples, et surtout à Madrid. Trois granr des causes physiques modifient les résultats du climat astronomique. L'influence de TÂsie septentrionale: ^ui s'a^ vance au milieu de TOcéan Glacial, et. à laquelle l'Europe tient dans presque toute sa largeur, eu. rendrait la température plus froide, si des- montagnes- immenses, comme celles qui forment le grand plateau, de l'Asie, l'abritaient du souffle brûlant des vents de rAirique. L'action prolongée du vent d'est ou du nord -est suffît pour nous apporter l'air glacial de la Sibérie; mais tandis que TAllemagoe est exposée à ces vents , et garantie de ceux du sud par tout le sjrsthme alpique, ce même système en garantit aussi la France méridionale ouverte du côté de la Méditerranée à l'influence africaine. L'Espagne, abritée an nord par les Pyrénées, reste inabritée ve|> le sud ; l'Italie tire le même avantage des Apennins; la Grèce, moins protégée par le mont Hémus, se ressent des incursions des vents de la Scythie et du Taurus : de làFinégalité de ses hivers etde sesétéscomparés à ceux de l'Italie. Ainsi c'est à la double influence de l'Asie et de l'Afrique , qu'il faut attribuer les différences de tem-

456 TaAJTÉ ÉLÉlfEirTAIBE

pératare dans les plaines de l'Europe orientale et oc<ndeQ* taie sous des latitudes correspondantes.

Une troisième influence est celle de TOcëan : le mon* vement continuel de cette masse d^eau, le long de$ côtes oc* cidentales de TEurope, empêche les glaces de la mer polaire d*en approcher. Les mouTemens généraux de Tatmosphère répandue à sa surface influent aussi sur le climat européen : lorsque celle-ci a conservé sa température d'hiver à l'époque oiîles plaines du continent commencent à s*échauffer, notre atmosphère raréfiée attire celle de l'Océan , et cette marée atmosphérique produit ces sortes de retour de l'hiver que l'on remarque dans toute l'Europe occidentale, principalement en Hollande , en Danemark, et dans le nord-ouest de la France. Si après cette espèce de flux de Fatmosphère humide et froide de l'Océan, un vent du* rable d*est ou du nord - est nous amène le froid sec de TA* sie septentrionale y nous éprouvons cette rude température qui distinguait nos contrées, lorsque, habitées par les Cel* tes et les Germains, elles étaient plus boisées et pins incultes. Lorsque l'atmosphère océanique a perdu sa température d'hiver, les vents du sud-ouest la poussent sur le continent, et nous apportent ces vapeurs bienfaisantes qui tombent en pluies tièdes, auxquelles nos champs doivent leur fécondité. Son influence varie, d'ailleurs, selon leslati* tudes. Ainsi le même vent qui procure au Portugal un moment de fraîcheur salutaire , peut accumuler dans quelquesuns des golfes étroits de la Norwége, un air épais et malsain. Les lies Britanniques ne sont point exposées à ces brusques eflfets du conflit des vents venus du continent et de TOoéan : enveloppées par les vapeurs de celui-ci , elles n'éprouvent ni les grandes chaleurs, ni les froids extrêmes.

Malgré ce que nous avons dit sur les causes de la variété des climats, nous ne pouvons nous dispenser d'exposer ici, au moyen d'une classification facile i comprendre, les régions qu'occupent les trois climats généraux et les douze climats particuliers que l'on distingue sur le continent européen ; ceux des lies méritent d'être considérés à part :

ils trouveront leur place dans les descriptions spéciales. Un triangle , dont les trois pointes occuperaient le cap Nord, à reztrémité de la Norwége; au sud-ouest le cap Saint-Vincent, au sud-est l'extréinité septentrionale de la mer Noire , pourrait servir à représenter le dëcroissement climatique de TEurope. Sur le grand côté ou la base, la température de Tété varie suivant les influences locales, mais elle diminue généralement vers Test ; en suivant le côté oriental, elle est incommode par son élévation; sur le côté opposé, elle est modérée par le voisinage de TOcéan. Les principaux versans qui s'inclinent vers les mers, subdivisent le triangle des climats généraux de l'Europe en douze climats qui différent plus ou moins, dont Tin* fluence agit, i" depuis la pointe de Gibraltar jusqu'à l'extrémité méridionale de la Morée; a^ sur tous les terrains qui s'abaissent vers les Dardanelles et la mer d'Azof; 3^ sur tout le versant de la mer Caspienne; 4^ sur celui des monts Ourals ; 5^ sur les pentes dirigées vers l'océan Arctique et la mer Blanche, depuis le détroit de Waygatz jusqu'au cap Nord; 6^ sur le versant septentrional de la mer Baltique; 7^ sur le versant méridional de la même mer; 8^ sur le versant norwégien ; 9^ depuis l'entrée du canal de Jutland jusqu'à l'extrémité occidentale de la Manche; 10° sur les pentes comprises entre le cap Finistère et l'extrémité du golfe de Gascogne; 11^ depuis ce point jusqu'au cap Ot*tegdl; la^ enfin, depuis ce cap jusqu'au détroitde Gibraltar. Cette double classification nous semble devoir, mieux qu'a^ucune autre, faire comprendre les différences climatologi*^ ques de l'Europe, du moins celles qui dépendent de l'exposition des terrains et du mouvement de l'atmosphère; car il faut aussi porter en ligne de compte celles qui résultent de l'élévation du sol et du voisinage des glaciers éternels» La base de ceux-ci ne diminue pas de niveau suivant les latitudes en s'ahaissant à mesure qu'on s'avance vers le nord, comme onJ'a répété jusqu'à présent. Elle offre mille exemples d'irrégularité, que l'on pourrait expliquer selon qu'ils sont exposés au vent du nord ou du sud , oii à une

458 TRAITÉ ÉLBIlBlITiLlRE

foule de circonstances locales encore mal appréciées. Depuis rextrémité méridionale de TEspagne jusqu'au nord de la Suède y on trouve plusieurs exemples de ces observations ; les glaces commencent aux hauteurs suivantes audessus du niveau des mers :

Latilod*. MADtacBM. Mmkl

Som U 37* deg. 10 mm. Sierra-N«?adtt (penies sepleutriolMlcs). ^,554

£nii«le4!»<etle43«cleg. Vjré9pe$ {idem)^ s^iS

Idem. Idem ( pentes méridionales) a,5S4

Entre le 450 et le 4?* deg. Alpes a,6;o

Sous le 49* degré 10 min* Csrpathes « 1^591

Enuele6i*ctle6a*deg. Dofrînes. o^i

Sons le 67* deç, Kœlen i,mk>

Sous le 69* deg Près dn lac Enara en Laponie. .•'... 1,071

Sous le 70* deg Plateaux qui bord, le golfe deWareoger. 1,10e

Sons le 75* deg. . . , . , Monugnes de la NouTeUe-Zt-mMek . • . 739

AUX influences climatologiques que nous venons d^in* diquer, ajoutons celle des difTérens niveaux de l*Earope centrale, dont les terres s'abaissent au nord des Alpes> vers la mer Baltique et la mer du Nord ; au sud , vers la Méditerranée; à l'ouest, vei-s FOcéan, et à Test, vers la mer Noire ^ de manière que la Bohème a des hivers presque aussi longs que la Norwége, et que les vignes qui garnissent les coteaux de la Seine près de jBa source, sodI exposées à une température presque semblable à celle qu'éprouvent les belles prairies qui la bordent près desoo embouchure; tandis que les vastes plaines qui s'ëtendeot depuis les bouches de la Yistule jusqu'à celles du Dnieper, et qui devraient, sur ces deux points extrémies et presque su même niveau , différer en raison de leur latitude, perdent près des bords de la mer Noire l'avantage de leur position méridionale, sans doute par leur proximité des hautes terres de l'Asie. Tous ces faits prpuvènt à combien d^io* exactitudes reste exposée l'ingénieuse théorie des lignes isothermes, dans la seule région tempérée de l'Europe.

On a divisé cette partie du monde en trois zones parai* lèles, qui limitent assez bien les principaux climats qu'on y éprouve, sauf toutefois l'influence des causes que nous

venons d*èzpo8er. Le climat méridional s*ëtend depuis le 35^ degré jusqu*au 4^* • ^^ f>^oi<l 7 ^ P^^ intense et de courte durée ; le printemps y commence en janvier et février; Tétéy en avril ou mai^ et l'hiver y règne depuis octobre et novembre. En sorte que Tannée s y partage en trois saisons : un printemps agréable, uq été dont la chaleur s'élève à 33 degrés de Réaumur, un hiver court et constamment pluvieux. La Grèce, la Turquie d'Europe^ ritalie y TEspagne et le midi de la Fmnce appartiennent à cette région.

Le climat tempéré est compris entre le 45^ et le 55^ degrés : le printemps de cette zone commence en mars ou avril; Tété, dont les chaleurs s'élèvent jusqu'à 26 degrés, dure depuis juin jusqu'à septembre, et Thiver s'annonce dès le mois de novembre. Ainsi, quatre saisons inégales s'y font sentir : l'hiver y est la plus longue, et l'automne la plus courte. Les deux tiers de la France , toute l'Ailemagne , et la moitié de la Russie d'Europe , sont sous l'influence de ce climat.

Le climat septentrional s'étend sur le reste des terres européennes. Jusqu'au 65* parallèle, l'hiver augmente en rigueur et en durée,; mais au-delà du cercle polaire, le froid devient si considérable, que le mercure s'y consolide dès le mois de septembre; aux rigueurs d'un long hiver éclairé par le magnifique spectacle des aurores boréales, dont l'éclat remplace la présence de l'astre du jour, succède un été brûlant qui ne dure pas plus de trois mois, pendant lesquels le soleil ne quitte pas l'horizon. Ainsi deux saisons y divisent l'année. Dans la première subdivision de cette zone sont compris le Danemark, la Russie d'Europe, de* puis Moscou jusqu'à la mer Planche, et la plus grande partie de la Suède et de la Norwége; dans la seconde se trouvent l'extrémité septentrionale de ces deux pays , etja Laponie suédoise et russe.

L'humidité de l'atmosphère partage l'Europe en régions dont les caractères ne sont pas moins tranchés que ceux

46o TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE

tirés de la température. Un savant estimable (i) évaloe à 6^ centimètres la masse d*eau pluviale qui tombe annuellement au nord des Alpes, et à 96 celle qui tombe au sud de ces montagnes. De pareils calculs ne peuvent encore être que très-approximatifs. D'ailleurs, il faut ajouter la quantité de neige beaucoup plus considérable au nord qu'au sud des mêmes sommités. On a calculé aussi qu*au nord le nombre de jours pluvieux est de i5o à 160, tandis quau sud il est de 90 à loo. Nous croyons utile de présenter, dans un seul tableau , les résultats des observations qu'ona faites relativement à la quantité de pluie qui tooibe annuellement dans les principales contrées européennes.

Suéde. . ITpMl ^3

Rouie. . Pétersboarg 46

{ Londres.

1 Manchester S

Angleterre. < LiyerpooL

Ê Douvres. .,••.... o5

' Kendal i56

/ UlrechL 73

Hollande. . l La Haye 74

I Lejde 80

Allemagne. ^ Wurtemberg 4^

<;.»*«•« - Zurich 86

S»"^--/ Genève i3o

* Lille 76

MeU 67

Caen 55

Erreux 55

Paris. .

France. . . ] Coimar.

Rennes 57

IlLyon. . . , 84

Limoges. 69

Grenoble 87

Montpellier 70

Bfilan. 94

Venise 81

Padoue lOi

Jolmezio (Friuul). . . 910

Italie. . . . / PÎBe 194

Gènes f4o

Rome. 54

Naples 95

Confugnana( Apennins). ^47 Espagne. . ^ Carsagnana 149

(i) M. Schaw, dans son ParalUU du norJ et du midi cfs t£urepe»

Nous terminerons ce qui nous reste à dire des climats européens, par un aperçu de la température moyenne de certaines parties de l'Europe : au nord des Alpes elle est dans les lieûz les plus bas, de 7 à 8 degrés du thermomètre de Réaumur; dans l'Europe septentrionale, elle est plus basse à Touest qu'à Test. Ainsi, à Saint-Pétersbourg, elle est de 3 degrés, et à Upsal, de 4 degrés 5 dixièmes. La dif^ férence entre la température d'été et celle d'hiver est, auprès de rOcéan Glacial, de a4 degrés a dixièmes, et à Stoc « kholm, de 16 degrés 2 dixièmes ; en Toscane, elle n*estque de s a degrés 6 dixièmes, et à Palerme, que de 9. Dans celte ville elle ne monte, depuis avril jusqu'en mai, que de 2 de* grés 6 dixièmes, tandis qu'à Upisal elle s'élève à 4 dans le même espace de temps,

La division de l'Europe en trois grands climats, figurée par un triangle dont le sommet est formé par le cap Nord , peut aider à partager en trois grandes séries les produits de la végétation. Sur les côtes occidentales, depuis le cap Saint-Vincent*, en Portugal , jusqu'au cap Finistère, en Espagne, les végétaux qui s'élèvent au-delà des landes sablonneuses offrent d'abord au botaniste un grand nombredeplantesanalogues àcellesdes Âçores: lesvégétaux américains s'y plaisent et s'y multiplient même avec tant de facilité, qu'on les croirait dans leur propre patrie, et qu'ils envahissent, aux dépens des plantes indigènes, des terrains d'une grande étendue. Au-delà du 4o* parrallèle, l'oran* ger, l'olivier, la vigne, occupent les régions basses , et sont dominées par le chêne et le châtaignier. Du cap Finistère au fond du golfe de Gascogne, et même aux sources de rAdour,le caractère des plaines étroites qui s'étendent aux pieds des Pyrénées, est l'absence du ciste et du laurier* rose, la difficulté d'élever l'oranger, l'olivier et la vigne, et l'extension facile qu'y prend le pommier; ce qui a fait appeler cette région , par un de nos savans, la Normandie de la^péninsule Hispanique. Depuis l'extrémité du golfe de Gascogne jusqu'à l'embouchure de la Loire , la côte est bordée encore de quelques pins maritimes; la vigne donne

46a TRAITE KLÉifENTAiRE

d'excelleos vins sur les bords de la Gironde , et le myrte vient en pleine terre. Le melon , qui réclame tant de soins à Paris, n'exige presque point de culture près des bords de rOcëan et de la Manche. Depuis les bouches de la Meuse jusqu'à celles de VEms, le lin et la garance réussissent corn* plètement ; le frêne, Vaune et le bouleau prospèrent encx>re sur les côtes du Danemark. Plusieurs espèces de peuplier ne cessent, en Norwége, que vers le 60* parallèle; les chênes, que deux degrés plus au nord ; le hêtre et le tilleul se prolongent jusqu'au 63* ; passé cette limite, ces ari>res disparaissent, et sont remplacés par les pins et les sapins jusqu'au 67** degré.; au 70% l'oi^e et Tavoine sont les seules céréales qui résistent à la rigueur du climat. Telles sont les principales nuances que l'on remarque dans la région soumise à l'influence océanique : plus on s'éloigne des c6tes, plus cette influence diminue.

Plusieurs végétaux, qui croissent près des bords de TOcésa, disparaissent à des latitudes moins septentrionales dans les plaines de la Russie. Au contraire, les plantes de la péninsule Scandinave et de la Laponie paraissent s'être propagées près des bords de la mer Baltique. Ainsi le lichen des rennes crott fréquemment à 54 degrés dans les fdaines» Le chêne et le noisetier ne dépassent le 60* parallèle que par petits groupes et dans des situations privilégiées; le frêne ne s'étend que jusqu'au 6a«. Les chênes, clair-semés sur le plateau central de la Russie, prospèrent en descendant vers le 5a« parallèle; sous le 55«, ils sont beaux et nombreux. Le hêtre, connu en Livonie, diq>aratt anx environs de Smolensk; au sud de Moscou, le tilleul et le bouleau sont les arbres les plus communs ; sur les hauts plateaux formés par la chaîne de l'Oural, les bonleanx dominent dans les forêts; après eux, les pins et les sapins; dans les plaines, on voit l'orme, le tilleul, l'érable, le sorbier et le prunier. L'influence du climat de l'Asie septentrionale cesse en approchant des bords de la mer Csspienne: en Ukraine, toutes les céréales prospèrent; les arbres fruitiers abondent ; le mûrier réussit dans de peti-

tes plantations ^ les foréU fournissent des chênes recherchés pour la marine. Enfin , vers le Don , et près de Tembouchure du Volga ^ les grands arbres cessent , des bouquets d*arhuste$ et de plantes salines couvrent les plaines sablonneuses*

La base du triangle climatologique de TEurope offre , sous le rapport de la végétation , quelques particularités remarquables que nous allpns examiner, en procédant de Test à l'ouest : vers les bouches du Danube , les pommiers', les poiriers, les cerisiers, les pruniers, les abricotiers, couvrent les collines : la Valachie en possède des forêts entières. Ces arbres fruitiers franchissent la chaîne du Balkan^ et garnissent quelques-unes des hautes collines de la Romélie, de Tantique Macédoine et de TAlbanie. Jusqu'au 4o^ parallèle, les oliviers et les orangers ne quittent pas les bords de la mer; mais les montagnes se couronnent de forêts variées, où se succèdent le pin, le sapin et le cèdre, le chêne, le hêtre, le noyer, le châtaignier, Térable, le cycomore et le platane d'Orient. Au sud du 4o^ parallèle, la végétation prend un autre aspect : les pommiers et les poi* riers disparaissent^ l'olivier, l'oranger, le figuier, le mûrier noir les remplacent et mêlent leur feuillage à l'écarlate des fleurs du grenadier, et leurs douces exhalaisons à celles du myrte et du jasmin. Sur le rivage du canal étroit de Constantinople, quelques végétaux du nord croissent na? turellement à côté de ceux du midi. Les vignes des environs de Salonique produisent des vins excellens ; mille espèces de plantes aromatiques fournissent aux abeilles de rÂttique les sucs qui jadis valurent à leur miel tant de ce» lébrité. Les vallées et les rivages de l'Albanie offrent beaucoup d'analogie . avec les parties les plus tempérées de l'Italie : au-dessous des forêts d'arbres résineux qui couvrent le Piude, on voit des bouquets de sureaux, des prai-ries couvertes de violettes , de narcisses et d'hyacinthes , garnir les vallées, alors que les chaleurs de l'été n'ont pas desséché les rivières. La région méridionale de l'Italie présente un spectacle enchanteur : des forêts d'oliviers.

464 TRAITÉ ELÉMENtIiRE

d'amandiers et de figuiers^ quelques cyprès majeâueux^ les fruits dores de Toranger et du citronnier^ annoncent une nature nouvelle ; les bords du bassin forme par les côtes de la Toscane, du territoire de Gènes et de Nice, et les rivages méridionaux de la France , forment un magnifique amphithéâtre garni par quatre zones de végétation : dans la plus basse, qui ne s'élève pas à plus de loo mètres au* dessus de la Méditerranée, on remarque d*abord les soudes, les panicauts et les échinophores ; puis le latanier, le ti* thymale en arbre, la camelée à trois coques, le lotier soyeux ; dans la seconde croissent le laurier-rose, toutes les espèces dWangers, les platanes, les micocouliers; tandis qu'au pied de ces arbres, les jasmins, les grenadiers, les jonquilles et les tubéreuses marient leurs fleurs éclatantes à leur arôme délicieux ; la troisième zone est occupée par les oliviers, les figuiers et les vignes, les lauriers et les arbousiers; la quatrième enfin n'oflre plus, vers le sommet des montagnes, que des caroubiers, des cistes, des pins et des romarins qui croissent spontanément dans les fissures des rochers (i). Sur les pentes orientales de la péninsule Hispanique, on retrouve les végétaux de la Grèce et de l'Italie; l'olivier y prospère jusqu'au cap Palos; le caroubier y croit près du lentisque; le laurier, le figuier, le grenadier et le mûrier y étendent leur feuillage varié; la vigne y donne un vin capiteux et fortement coloré. Enfin , depuis le cap Palos jusqu^au cap Saint-Vincent , s*éteo<l une région que l'on peut appeler africaine, caractâisée près de l'Océan et de la Méditerranée par le palmiâ- nain, le cactus et le bananier, tandis qu'une zone supérieure comprend des végétaux de l'Italie, domina par la vigne, et enfin par des forêts d'arbres résineux.

Ce tableau de la végétation terminera nos généralités physiquâ sur l'Europe : le règne animal y est si peu varié, que ce qui en a été dit en traitant de la zoologie géo-

(t) Vojes VHUioire naturelle des pnneipales ProducUonê de f£mvpe méridionak^ par M. Rûbo, tom. i**.

DE GÉOGnAPHlE. 4^5

graphique, suffit pour donner une idée des animaux de cette partie du monde. II en est de même de la richesse minérale. Au surplus, dans la description spéciale de chaque pays, nous aurons soin de présenter un aperçu de sa con* stitutioQ géognostique, de l'importance de ses mines et de celle de ses divers produits.

466 TRAITÉ ÉLÉIIIENTAIRE

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