CHAPITRE XVIII
Description de la Suisse.
Celle conli éé, que la France borne à Touest, rAllema* gne au nord, le Tyrol à Test, et Tltalie au sud, est liée, par sa conslilulion physique et les relations de ses habitans, aux pays qui Tentourent : ainsi, par le Jura, les montagnes de la France se rattachent aux siennes; et par le mont Kose, elle est le point central d'où partent les principales chaînes de FEurope orientale. Sous le rapport du langage, elle présente les mêmes liaisons : l'allemand est en usage dans les cantons septentrionaux et orientaux; l'italien; dans les méridionaux ; le français et le roman ou lé welche, sorte de patois celtique, dans les occidentaux. Appartenant, comme le Français, à une ancienne race de Celtes, qui se mêla aux Helyetii^ peuple connu par ses excursions jusque.chez les Phocéens de Marseille, et qui se rendit redoutable aux Romains, jusqu^à ce qu'il eut été battu par Marius, et défait par César, qui le rangea parmi les alliés de Rome, le Suisse, attaqué au iv* siècle par les Alemani^ les Longobardij les F'andali, les Burgundiones, et d'autres nations qui envahirent son territoire, et qui furent momentanément asservis par les hordes d^Attila, se confondit ensuite avec la race bourguignonne, qui eut ses rois, dont Genève fut la résidence. Aux yni^ et x* siècles, la Suisse résista courageusement aux Huns, aux Hongrois et aux Arabes. Placée sous la protection de l'empire d'Allemagne, Rodolphe de Habsbourg et son fils Albert tentèrent de Tasservir ; mais quelques patriotes courageux, dont le plus célèbre est Guillaume^Tell^ résolurent, en i3o8, de délivrer leur pays du joug étranger, et sept ans plus tard, une petite république, composée des trois cantons confédérés
536 THAlTé BLHMENTAiRE
SUri,SUnterwald et àeSckwkZy s'organisa ^ prit le nom de ce dernier, s'augmenta successivetnei^t de tous les antres cantons, se compléta , en i5i3, par Tadtaission de celui SAppenzell, et vit son organisation et son indëpendance reconnues et garanties par le traité de Westpbalie. 1798, elle se soumit à la France, qui, en échange d'une partie de son territoire, modifia sa constitution, et réduisit le nombre de ses cantons à 19; en 181 5, Genève lui fat restituée, et sa nouvelle division se composa de 22 cantons. Dans les différentes phases de son histoire, le peuple suisse acquit une réputation militaire qn*il conserve encore aujourd'hui; et, depuis l'indépendance de sa patrie, sa susceptibilité républicaine ne Ta point' empédie de fournir, aux conditions les plus avantageuses, des trospes à toutes les monarchies de l'Europe.
Avant de parcourir les vallées de la Suisse, donnons une idée de sa constitution physique. Cette contrée est hérissée de montagnes, dont la principale direction est do sud-ouest au nord-est ; îa chaîne du Jura, sur une étendue d'environ 65 lieues, forme sa limite occidentale et septentrionale : le mont Terrible est un de ses princfpaux sofsmets; le Jorat, au nord du lac de Genève, établit la jonction de cette chaîne avec les Alpes. Elle est formée de calcaire ancien rempli de débris de corps organisés, et qm constitue, en géologie, une formation appelée Jtgrassiqmt. Les bancs de ce calcaire alternent avec des sables^ et soqvent même avec des cailloux roulés, jusqu'à la hauteur de 1800 pieds. Les Alpes suisses se divisent en plusieurs diatnés, qui, sous les noms â^ Alpes Pennines et Lépontiennesy forment les principalies limites qui séparent la Suisse de l'Italie : leur point de jonction est le mont Rose; le Simplon fait partie de ces dernières. Le Saint*Gothard est le nœud qui joint celles-ci à une chaîne dirigée vers l'ouest, et qui, séparant le Valais diï canton de Berne, le cours da Rhône et ceint de TAar, porte le nom ai Alpes Bernoises: le f^insier-Aathom et la JFungfrau sont ses deux cimes 1« plus remarquables. A Test du Saint *-6otfiard, une autre
DE OÉOGRAPHfE. 53j
chalpe^qui traverse les cantons d'Uri, du Tessin et des Grisons y prend d'abord la dénomination d* Alpes Lépontiennes^ et ensuite xrelle de MUétu/ues : le Bemardino forme leur jonction. Lesimnombrables rameaux .qui couvrent tout le sol de la Suisse appartiennent aux cinq chaînes dont nous venons de donner les principales directions.
Le voyageur qui parcourt les Alpes ne voit, dans leur masse imposante, que Timage du désordre et de la confusion ; le géologue y reconnaît la trace des grands soulèvemens qui ont formé les aspérités qui couvrent le globe : une opinion toute récente, appuyée sur des faits nombreux, leur assigne, contre l'opinion pi^écédemment admise, une origine moins ancienne que les Pyrénées (i). M. Ebel (a) a remarqué que dans les Alpes les roches les plus anciennes sont disposées par bancs inclinés de l'ouestsud-ouest, à l'est-nord-est. Au nord s'étendent divers rameaux calcaires d'une grande hauteur; au sud, s'abaissent vers l'Italie des roches granitiques. Quelques cimes présentent une disposition particulière: le mont Blanc, situé hors de la Suisse, mais que l'on aperçoit d'un grand nombre de lieux de cette contrée, dont il domine tous les sommets, est composé, ainsi que la chaîne qu'il forme, d'une roche appelée protogyné^ d'apparence granitique, n^ais postérieure aux plus anciennes roches à débris organiques ; le mont Servin, dans les Alpes Pennines, élance dans les nues sa cime de Serpentine, en forme d'obélisque triAngugulaire ; le mont Rose est composé d'une série non interrompue de pics gigantesques, disposa en nn vaste cirque d'environ 3,ooo toises de diamètre.
Ces montagnes renferment les roches les plus rares et les plus utiles, et la plupart des métaux : le Rhin et quelques rivières charrient de l'or; plusieurs vallées abondent en bancs de lignites et en tourbe, utilisée comme combusti-
(i) Voyez dans le tome xtui des Annaltê ties SeUnoe* maiureihs, le Mémoire de M. Élîe de Beaumont, intitulé : Recherches iur queltiuts-unc^ ihê révolutione de la turfaee du ghbe. *
(i) Dêscriptitm de la Suitse.
538 TRAITÉ ÉLÉttSKTAlRE
ble; les eaux minérales y sont Irès-commuoes, et quelques* unes attirent chaque année de nombreux étrangers.
Deux grands fleuves naîssent, en Suisse, dans les vallée^ opposées que domine la chaîne du Saint-Gothard : Fun est^ le Bhône^ dont la source est au-dessous des glaciers da Grimsel et du mont Furca, et qui va travei-ser le lac de Genève ; Tautre est le Bhùi, qui descend de la vallée de Tavetsch, et qui , coulant en sens opposé » traverse le lac de Constance. Les plus importantes rivières qui descendent des Alpes y sont ensuite XAar^ qui prend sa source au pied du Grimsel, sur le versant opposé à celui du Rhône, et qoi, après avoir traversé les lacs de Brientz et de Thun , va se jeter dans le Rhin ; \Inn, qui sort du petit lac de Lugi, sur le réveils méridional du Septimer, et qui, dans les plaines de la Bavière, va se réunir au Danube; et le TessiHj qui , né au pied du Saint-Gothard , va se jeter dans le lac Majeur, d'où il ne sort qu'en Italie.
Sous le rapport de la végétation, on peut diviser les AI* pes en sept régions: celle des vignes finit à 1700 pieia au-dessus du.niveau de la mer ; celle des chênes s'élève \asqu'à a,8oo pieds; celle des hêtres commence ensuite, et règne encore à 4»ooo pieds ; celle des sapins succède, et s'étend jusqu'à 5,5oopieds. Là commence la r^ion alpine inférieure, couverte de riches pâturages, et s'élevant à 1000 pieds au-dessus; elle est dominée par la région alpi ne supérieure jusqu'à i 700 pieds plus haut, et conserve des amas de neige dans les lieux abrités du soleil. Enfin, au-dessm de celle-ci , la région des glaciers et des neiges éternelle} commence à 8,000 pieds. Ces deux dernières n'ont , poor végétation, que quelques plantes des climats hyp^ix»réens.
Ces montugnes servent de refuge à des animaux communs aux régions tempérées et aux régions boréennes : on y trouve la belette, la fouine, le putois, le furet, l'écureuil, le lynx, diverses espèces de gibier, le lièvre blanc ou changeant, le hamster, difltrentes martres, la marmotte,doDt la chair est estimée, le sanglier, l'ours, bien moins commun
DE GÉOGRAPHIE. . 53c)
Qu'autrefois. Enfin , le chamois, qui devient chaque jour plus rare y et qui est Tobjet des recherches de l'intrépide chasseur et des attaques du grand aigle des Alpes.
Si le climat de la Suisse répondait à Tindustrie de ses cultivateurs y elle ne serait plus obligée d'importer des grains et d'autres alimens de première nécessité. Dans ses fertiles pâturages s'engraissent de nombreux bestiaux , entre autres des vaches magnifiques, des chevaux endurcis à la fatigue y et des mulets qui sont d'une grande ressource dans les sentiers dangereux des montagnes. Quant au com<rnerce, son impoitance a bien diminué depuis que ce pays ?st comme enveloppé d'un réseau de douanes.
Nous comn^encerons notre excursion chorographique par le nord de la Suisse, et, négligeant les petites divisions par cantons, nous l'explorerons dans tous les sens, et nous ferons remarquer ce que ces villes offrent d'intéres* sant» Scfufjffouse^ sur la rive gauche du Rhin , est la capitale d'un canton qui s'enrichit par ses tanneries et par ses Tabriques de cotonnades et d'étoifes de soie. Ses construc* Lions n'ofirent rien de remarquable; le Rhin se charge seul de l'embellir : tout le monde connaît sa fameuse ca^ taracte appelée chute de Laufen^ du nom d'un château si'- Lue à une demi -lieue de la ville. EUe n'a que 80 pieds de lauteur, mais, par sa largeur, elle e^ la plus importante de l'Europe. Frauenfeld, capitale du canton de Thurgo- ^ie^ et BischojffzelL peuplées d'agriculteurs, sont deux peites villes qui méritent peu qu'on s'y arrête; mais Saint'- Gallj qui porte le nom d'un ermite qui, vers le vu^ siècle, quitta l'Ecosse pour aller prêcher l'Evangile dans les monagnes de l'ilelvétie, conserve encore l'ancienne abbaye :]ui fut élevée en l'honneur de ce saint. L'industrie de cette r ille est assez florissante ; mais ce que son territoire offre d'affligeant, c'est l'ignorance et la misère de la classe populeuse. Le canton d'Appenzell, qui l'entoure, présente, \u contraire, le spectacle de la plus industrieuse activité. /ippenzell n'est qu'un bourg, moins considérable et moins :ommerçant que celui dHérizau. Zurich^ chef-lieu de
54o TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE
caotODy patrie du rëformateor Swingli, de Ge66n«r, àe Lavaler et de Pestalloszi , est aussi important par ses nia« nufactures de toiles de coton, de chapeaux de paille et de savon , que par ses bibliothèques , ses écoles, son académie et ses sociétés savantes. Il en est de même de la pelite ville de WinterAur, qui possède une belle collection de médailles et de pierres gravées. A peu de distance du mont Jura y jàrau on Aarau sur FAar, et sur le Sussbacfa , roisseau poissonneux, est une ancienne et sale petite Tille, mais commerçante et industrieuse. Cest la seule de la Soisseoù l'on recueille des observations météorologiques ; il est même à remarquer qu'elle renferme des écoles où les parens sont tenus d'envoyer leurs enfans. Baden, an bord de la Limmat , est connue par ses eaux minérales, àéjk célèbres du temps des Romains : on y a découvert plusieor) antiquités. Aarbourg^ sur un rocher au bord de TAar, eâ la seule foiteresse de la confédération helvétique.
Suivons le cours du Rhin , nous arriverons à Bdle, qall partage en deux parties inégales. Elle était, an xi^ siècle, la plus importante ville de la Suisse , et fut pendant longtemps la plus célèbre de l'Europe dans l'art de riinprimerie' : elle a donné naissance aux Bernouilli , à Enler, et sb peintre Olbein, dont elle conserve quelques tableanx, avec la bibliothèque d'Erasme, qui vint y terminer ses jours. Se rues et ses places sont belles, ses établissemens publia nombreux, ses manufactures importantes, sa situation magnifique. En remontant le cours de FAar, nous t^lvefs^ rons Soleure, bien bâtie, commerçante et renfiermant de prisons et des établissemens de bienfaisance, rema^quabl^ par leur belle tenue. Nous arriverons ensuite à 17ense^ dont la salubrité est due à sa situation élevée et aux eaux limpides, qui arrosent ses rues ornées de galeries masgres . c'est la patrie du grand Haller, à la mémoire duqud elle a fait élever Un monument dans son jardin botanique. Soc commerce est peu actif, mais l'aisance y est génâ^e, et l'on n'y voit point de mendiatis. Nous ne parcourrons point le vaste canton dont elle est la capitale , mais nous fenios
DE géographie:. 54 1
remarquer parmi ses principales villes : sur les bords de TEmme, Burgdorf^ célèbre par Finstitution qu y fonda Pes« tallozzi;Aewie^ remarquable par la bizarrerie de sesiconstructionsi et connue pour la beauté de son lac, où Ton va visiter Ftle de Saint-Pierre, qui fut, «n i'}65y le séjour de J.-J. Rousseau; et près de la frontière de France, Porentruy, enrichi par ses tanneries.
Les nombreux lacs de la Suisse donnent,. aux villes bâ-* tiessur leut*s bords, une plus grande importance cômmer* ciale, et l'avantage de jouir des plus beaux sites ; ainsi , Luceme réunit à son commerce de transit celui du produit de ses manufactures de rubans, de ses forges et' de ses brasseries. A des rues larges et bien bâties, elle joint les beaux points de vue que présentent son lac et ses environs; elle est traversée par le Reuss, sur lequel sont jetés des ponis de bois dont Tun a i38o pieds de longueur. Elle est entourée de fortifications qui datent du xiv^ siècle, et qui ont joué long-temps un r6le important dans son histoire : son arsenal conserve les trophées des batail|es de M orat et de Sempach. Cette dernière ville, assez bien bâtie, est située à deux lieues de la première, au bord d'un lac de deux lieues de longueur, oi!l Ton pèche d'excellentes truites et de belles écrevisses. A quelques lieues h Test, Zug, embellie aussi par un lac beaucoup plus considérable, est la seule ville que nous ayons à visiter dans son canton : elle est assez bien bâtie, mais sans commerce et sans indastrie. Celui de Schwitz ne renferme aucune ville importante, quoiqu'il ail eu l'honneur de donner son nom k la confédération helvétique : sa capitale n'est qu'un bourg. Un vil« lage , situé à trois lieues au nord<*est sur le revers d'une montagne, est beaucoup plus curieux que Schwitz : c'est le Lorette de l'Helvétie; on y voit dans le couvent des Bénédictins une image miraculeuse de la Vierge , au-dessus de laquelleest une plaqued'argent sur laquelle, suivant lalégende, le divin Sauveur imprima ses cinq doigts lors de la dédicace de l'église. Ce village est visité chaque année par une immense quantité de pèlerins de la Suisse et de Té-
tranger : qui croirait cepeadant qu*il eat pour cure le réformateur Swingli? En entrant dans Glaris on se crok transporté au XT* siècle : les rues, les habitations, dont quelques-unes remontent au-delà de cette époque, et les mœurs antiques de s^ habitans, rendent l'illusion presque complète. Elle possède plusieui's fabriques de draps, d'indiennes et de mousselines ; les montagnes qui FentoureoC sont si élevées, qu'elle ne reçoit les rayons du soleil qoe pendant quatre heures par jour» Altorfj chef'-lieu du caih ton d'Uri, est encore plein du souvenir des libérateurs <ie THelvétie :| une tour s'élève à la place du tilleul au fâed duquel fut placé le fils de Guillaume-Tell, au moment où celui-ci allait abattre , avec une flèche, une ponune posée sur sa tête ; près de là se voit encore la maison de sonbeiapère Walter-Furst, un des héros de l'indépendance helvétique. Le canton d'Unierwald^ où se sont conservées le mœurs hospitalières,est divisé en deux petites républiques, dont l'une a pour chef-lieu le bourg de Stanz , d'où Iw peut monter en une heure au Rotzberg,où l'on voit le ruines du château de tVolfenchies$ , et l'autre, le bocn de Sameriy au milieu d'une délicieuse vallée* Les fromages de ce territoire donnent lieu à un commerce assez is* poitant avec l'Italie.
Après le canton de Berne , le plus vaste est celui da Grisons : Tusisy rappelle par son nom les anciens Tusti ou Toscans y qui s'y réfugièrent lorsque Bellovèse envakK l'Italie; sa capitale est Coire^ sur le Plessur. On y voit une cathédrale bâtie depuis dix siècles, et un beau palais ëpscopal. Dansle canton du Tessin, le moins civilisé de toute U Suisse, nous n'aurons à remarquer que la petite ville de liUgano^ dont le commerce principal est celui de la soie, et Bellenzone, sa capitale, qui renferme un beau gyo* nase.
En descendant la riche vallée du Rhône qui forme L canton du Valais j nous verrons Briegy et plus bas, Levt ou Loueche, qui rivalisaient autrefois par leurs eaux ni>* nérales : le dernier de ces bourgs jouit d'une grande rê|'t:-
DE GKOGllAPHIE. 5/3
lation pour ses bains. Plus bas, sur la rive droite du Rhône, Sion, le plus aucien évéché de la Suisse , renferme des hôpitaux , de» églises , et trois châteaux bâtis Tun au-dessus de l'autre ; près du bourg de MarUgny on admire la magnifique cascade de Pisse^ Fâche, qui tombe perpendiculairement d'une hauteur de 3oo pieds ; enfin, en approchant du lac Léman , le bourg de Saint-Maurice se fait remarquer par ses édifices, par son ancienne abbaye, et par le beau pont d'une seule arche en pierre , qui s'élève avec hardiesse au-dessus du Rhône. Nous laisserons sur notre droite le canton de Vaud, pour parcourir celui de JPV/bourg, oiH les femmes se distinguent par leur beauté et par la singularité de leur costume. Nous verrons d*abord Gngrhres, dont les fromages font la principale richesse • puis, au bord de la Sarine ou Saane, Fribourg, cité qui conserve les mœurs antiques, qui fabrique des chapeaux de paille, et qui renferme une belle cathédrale; et à trois lieues au nord, sur le bord d'un lac, Morat, célèbre par la défaite de Charles le Téméraire.
Une partie de ce lac appartient au canton de Neuféid^ ielj le seul de la confédération helvétique qui sôit sous la protection d'un souverain étranger, le roi de Prusse. Ce prince n'y jouit que du revenu des domaines qu'il y possède , et de quelques contributions réglées jadis, et qui ne peuvent être augmentées. Les habitans , libres dans toute l'acception de ce mot, ne connaissent ni douanes, ni service militaire forcé. La justice même n^est pas rendue au nom du roi de Prusse, quoique celui-ci jouisse du droit de commuer les peines ou de faire grâce. Neufchdtel, cheflieu de cette principauté, parait devoir son origine à une forteresse romaine ; on y remarque quatre belles rues et un vieux château au bord de son lac, qui parait avoir été jadis plus vaste qu'aujourd'hui. Dans les vallées du Jura, dont le Doubs baigne les contours, la petite ville de Locle est, depuis un siècle et demi, le centre d'une immense fabrication d*horlogerie. A la Chaux^de- Fonds, à Couvet, à Travers, et dans plusieurs autres villages, on retrouve la même in-
544 TRAITÉ ÈLBÊÊSMTàXBE
dustrie , {oiole à la bbiicadoQ des toiles peintes «t de U dentelle. Dans tout le canton^ le nombredes personnes qui se livrent à cette dernière occupation est éirâdntf à 5,600 ; celui des ouvriers en horli^erie, à 3, 3 00 ; et celui des peintres et des graveurs employés dans les fabriques de co* tonnadeSy à 8 ou 900. Les habitans des vallées basses s*oc* cnpent avec succès de la culture de la vigne, de celle da chanvre et de l'éducation des bestiaux. L'exploitation des ipines de fer et de cuivre, la récolte des plantes propres i faire le thé et le vulnéraire suisses, la pèche sur le bc de Neqfchâtel, occupent aussi un grand nombre de bras* ar dans ce canton tout le monde travaille , et le métier de mendiant est méprisé, ou plutôt inconnu.
Quelques moU suiEront à la description da canton de Faud : c^est l'un des plus peuples et des plus ci^lisÀ de h Suisse ) il renferme un grand nombre de lieux intéressui A Pajeme, petite ville ancienne^ 00 conserve le tombeau et la selle de la reine Berthe ; Avancée s'élève sur les raines d'jiyenticum, la capitale de l'Helvétie sous les Romains; J^enZicnsedistiogueparson industrie, par rorbanitë de ses habitans, et leur goût pour les sciences; Orbe est dominé par le château dans lequel &*unehault fiiL livrée à Clotaiie II , qui la fit mourir. Sur les bords du lac de Genève, Njronj jolie ville, estrenommée fx>ur ses porcd^ines ; RoUef, pour ses vins; Marges, pour ses papiers, ses fleurets et ses canons ; Fe^^ey, pour ses sites et ses vignobks estimés, et Lausanne, pour ses sociétés savantes, son académie, et quelques beaux édifices.
A l'extrémité occidentale du lac, Genèue, capitale ds plus petit canton de la Suisse , est la ville la plus ricie et la plus civilisée de la confédération, et l'une de* plus éclairées de l'Europe. On ne peut nier l'influence intellectuelle qu'elle exerce par ses publications litlâ-aires, scientifiques et morales. Ses bibliothèques, son académie! son observatoire, son jardin botanique, ses sociétés savantes, y répandent le goût de l'instruction et des plaisirs soi» des qui concourent, avec l'action d'un culte sévère, i li
DE GÉOGIIAPHIE. 545
pureté des mœurs. Ses rues y ses maisons , ses édifices sont peu dignes d'attention : le luxe des habitations s*est porté liors de son^ enceinte. Les bords de son lac offrent des sites comparables à tout c^ que l'Allemagne et la Suisse offrent de plus magnifique. Nous avons déjà donné son étendue (i): sa profondeur moyenne est de 56o pieds , et ses eaux y plus froides au fond qu'à la surface , éprouvent des variations subites de hauteur, que Ton a nommées seiches, et qui produisent souvent l'effet des marées.
Les cantons suisses, unis par un pacte fédératif, sont tous indépendans, et souverains sur leur territoire. Ceux de Sdiqffbuse, de Zurich, de Bdle , de Soleure, de Berne j de Lucerne et de Fribourg, sont des aristocraties mixtes^ c'est-à-dire que les membres du petit conseil, chargé du pouvoir exécutif, sont choisis parmi quelques familles privilégiées. Ceux de Thùrgo\fie, ^Argovie^ de Saint-Gall, de f^audj de Genèue, du Falais et du Tes-siij sont des républiques représentatives : le peuple y élit la plupart des membres du grand conseil qu'assiste le conseil d'Etat, auquel est confié le pouvoir exécutif. Enfin, ceux d'Appenzell, de Zug, de Schwttz, d'Uri, de Glaris et SUnterwald, jouissent d'un véritable gouvernement démocratique : les citoyens , réunis en assemblées générales, chiosissent leurs magistrats, et délibèrent sur les intérêts de la république. Les affaires de la confédération sont discutées dans la diète composée des députés des 22 cantons.
Tout citoyen suisse, âgé de 20 ans, est soldat, et doit s'armer et s'équiper. Le contingent de chaque canton est fixé. La quotité des contributions est déterminée tous les vingt ans d'après la révision qui en est faite.
La plus grande tolérance règne dans les cantons à l'égard de la religion : les catholiques y sont en minorité; le nombre de ceux-ci s'élève à 773,000, celui des protestans, à 1,202,000, celui des anabaptistes, à environ 1006, et celui des Juifs, à 2,000. ^
(1) Voyez p. 452.
546 TRAIVÉ ÉliÉBIENTAlRE
Quoiqu'on ait exagéré la pureté des mœurs suisses, od doit reconnaître que la masse de la population est, en général, plus éclairée et plus instruite qu'ailleurs-: il n*est pas rare d*y voir de simples paysans sWcuper d*arts , de littérature, et surtout de musique. Partout les jeux de «hasard sont défendus : lés exercices d'adresse et de gymnastique sont les amùsemens journafiers de la jeunesse. Mais le respect pour les anciennes coutumes y a fait conserver Aes lois qui ne sont plus en harmonie avec la civilisation. C'est à ce respect qu'est due la conservation de ces anciens costumes, dont l'origine remonte à plusieurs siècles, et qui distinguent la plupart des cantons.
TABLEAU de la superficie, <& la population, et du contingmi . des 22 cantons suisses, classés dans tordre quils occupent, am la population des villes et bourgs de quelque importance.
Cantons.
Zarich. . . .
JScrne* • . .
Lacerne. . .
XTrî
SchwiU. • i Unterwald. .
Glatis. . • .
Zag. ... * Fribourg. . .
Soleare. . . .
Bàle. . . . .
8chafibase. • Appenzell. .
Superfi. PopnUiion Popnlai. da * ^ ^ .• eie en par lieoc chaque caui. Continrent
par 1. carr. carrée.
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militaire.
Argovic. * . 100 i,5i5 i5o,ooo a»4*o
Vttlaa et
Zurich, . . . 10,(00
V^inihertnr. 3,3m
Bermc . • . 17,600
Thua 3,;oo
LuoerHe, . . 6,100
Suraée. . . . 3,700
Altorf. ... 1,700
Sckwits. . . 4i9^
Suuu. . • ^ 3,100
iSanM». . . . 3,Soo
Einnedcln. • 3,ioo
GlatU* « . . 4ti^
Zug, .... 9,910
Fnbourg. . . 6^00
Snieure. . . . 4*'^
Bdle. .... i63oo
Sehaffotue. . 7,o«
Appen»eii, . 3,so0
Hérisau.. . . 7,000
Saint-GaiL,. 9»ooo
Coire 3,4o6
Tusia. .... 34^
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Zofingen. . , i,;oo
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A reporter. 1,706 » i.43i,ooo 34>35o
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. 8n«rB. Population' ÇoP"»*»- ^ Conllopm!
e&ea p«r liw. chaque «m. ^^i^, L CMrr. carrét. tn i6»6.
46 2,760 81,000 i,5io
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VaUîi. ... 954 976 70,000 1,980
Neafcfa&lel. • 37 1,391 di,5oo 960
Genëve.... t9 4,376 Sa,5oo 880
Totaux .9^00 894 i>978,ooo 33,758
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548 TRAITÉ ÉLÉM^TÂmc