CHAPITRE XIX
Coi^ iœil général sur la Géographie physique de
l'IutÛe.
Lltalie, que Ton est convenu d'appeler une prèsquelle, n*en offre cependant pas les caractères: îlfao* draity ponr qu'ellemérîtât cette dénomination, que soo èxtrémité^ septentrionale pût être considérée cooime un isthme. Elle est bornée au nord par les Alpeâ, dont elle comprend tout le versant méridional; baignée à roaest et au sud par la Méditerranée, et à l'est par la mer ou le golfe Adriatique. Sa longueur est évaluée à environ Soo lieues^ sa largeur an nord à plus de i6o, au centre à Se, et au midi h 4o* Avec les îles qui en dépendent , sa superficie elstde i6,aoo lieues carrées.
Depuis le col de Tende, qui les séparé des Alpes mai*îtimes, les Apennins la partagent dans presque toute sa longueur en deux versans, l'un oriental.que sillonnent le Santemo, le Tronlo, la Pescara^ le Sangro et VOfanto, qui se jettent dans la mer Adriatique; Tautre occideotal, arrosé par VAmo, YOmbrone^ le Tevere ou le Tibre et le VolUirno , qui portent leurs eaux à la .Méditerranée. L^extrémité méridionale des Apennins se divise en deui branches, dont les pentes entourent le golft^ de Tarente, où les deux principales rivières sont le Bradano et le Busento. Tous ces cours d'eau sont inférieurs en étendue à ceux du nord de l'Italie, tels que la Pitu^e^ la Brenia, VAâige, et surtout le beau fleuve du Pô, qui tous se jettent dans l'Adriatique. Dans le bassin du Pô , depuis les I>entes des Alpes et des Apennins jusqu'aux rives de ce fiéuve , toutes les collines sont formées de calcaire rempli de corps organisés fossiles. Si Ton examine la succession des roches, en descendant des Alpes, on verra d'abord le cal-
DB GÉOGnAPUIB. 549
caire ancien s'étendre en •couches horizontales , tl'où sortent çà et là des bancs de*^èsrouge. Dans la vallée qu'arrose la Piare, non loin de ses sources, quelques eaUx qui s'échappent des flancs des montagnes, sont chargées d'hydrogène 'y les bancs calcaires de la montagne de Jiau renferment des veines de plomb argentifère ; dans la^vallée de Grigne^ on contiaît dix-neuf mines d'oxide de fer et de sulfure de plomb ; les environs de YicenCe et de Vérone montrent, comtne aux environs de Paris, la Craie supportant des dépôts de sédiment supérieur, mais d'une époque plus récente que dans le bassin de la Seine, puisque parmi les coquilles qu*on y trouve ^ un grand nombre vivent encore dansnos mei*s. La montagne appelée Monte-Botcà renferme one énorme quantité de poissons de la plus belle conservation, qui ont été saisis au milieu du sédiment calcaire par la chaleur de la lave qui l'a pénétre en différens sens. Dans les dépôts volcaniques des environs, on trouve des globules de calcédoine remplies d'air et d'eau. Au pied des Apennins, dans le duché de Parme et de Plaisance, les montagnes calcaires s^élèvent jusqu'à 1600 pieds, et annoncent, par l'inclinaison de leurs couches, qu'elles ont été formées par des soulèvemens. Les terrains meubles qui recouvrent en partie les dépôts marins, des plaines de la . Lombardie et du Piémont, sont remplis d'ossemens d'éléphans, de rhinocéros, de mastodontes, et d'autres grands quadrupèdes qui habitaient les plateaux qui dominent le Pô , à l'époque où l'homme n'avait point encore établi son empire sur les fertiles terrains qu'arrosent le fleuve et ses nombreux affluens.Le Tagliamento, la Piave, la Brenta, l'Adige, et tous les cours d'eau qui traversent son magnifique bassin pour se jeter dans l'Adriatique, accumulent lentement aux environs de Ravenne et de Venise , et sur la côte occidentale du golfe de Trieste, des al- 1 avions qui travaillent à la ruine de plusieurs ports, autrefois florissans. On' sait qu'^atnVx^ qui, dans l'antiquité, fut assez importante pour donner son nom à la mer Adriatique, est aujourd'hui la petite ville SAdria, à plus
55o TRAITÉ BLÉMEKTAinc
de 8 lieues du rivage, sur le bord du P6 : on peut ëTalaer la marche des aUérissemens de ce fleuve à 70 mètres par an. En remontant tous les cours d*eau^ depuis la mer jusqu'à une assez grande distance dans les terres ^ on voit que celles-ci ne spnt formées^ que de pareils transports. Cest entre TAdige et la Brenta que s'e'lève le groupe volcanique appelé les monts Euganéens.
La disposition géologique de la cliatne des Apennins oiTre la réunion de deux massifs dont Tun est composé de granité et de roches à bases de serpentine , et Tautre de calcaire d'une texture grenue, mais sensée, dont le pins connu est celui deCarrare, employé dan&la sculpture, ec de roches formées par un mélange de quarz et de calcaire. Leur base est recouverte de sédimens de la dernière époque géologique qui s'étendent jusqu'au bord de la mer, et qui, dans la Calabre orientale, au bas des pentes de TAspro-Monte, renferment de grands dépôts salifères dom l'exploitation la plus importante est celle de Lungro. I^ versant occidental de l'Apennin central , c'est-à-»dire toot le bassin du Tibre, se compose de vastes dépôts de calcaire récent appelé travertin , que plusieurs eaux déposent encore, ainsi qu'on peut le voir aux cascades de Terni et de Tivoli; des chaînes de collines formées de cette rodK n*ont pu être formées que dans des lacs considérables, dont ceux de Pérugia^ de Bolzena et de Braeciano, tt sont peut-être que de faibles restes.
Depuis les bords du Pô jusque dans le$ Abruzzes,sor le vei^sant oriental des Apennins, règne une longue tratnée de matières volcaniques; sur le versant opposé, une autre triinée se prolonge depuis le golfe de Naples juscfue dans U Sicile : le gaz hydrogène qui s'échappe des salses des environs de Modène, les vapeurs sulfureuses de la Solfa terre , les exhalaisons de l'acide carbonique qui ont rendu célèbre, aux environs de Naples, la Grotte du Chien, attestent l'antique importance des feux souterrains , dont le Vésuve est depuis long-temps le seul soupirail. C'est à leur action , plus considérable sur la côte occidentale de Flti-
lie , que sur la côte ppposée , que sont dues les lies volcaniques qui s'élèvent entre cette ten-e et la Sicile , tandis que la côte orientale en est entièrement dépourvue. Ainsi , Ischkiy Gàpri et Procida, à l'entrée du golfe de Naples , et près des côtes de )a Sicile; Strombolij dont les é'ruptions se renouvellent deux fois dans un quart d^heure ; Panaria, dont la lave décomposée s'est transformée en •champs couverts de blés, de vignes , d'oliviers et de figuiers, et toutes les ilcs Lipari, qui fournissent des pierres ponces à la consommation de TEurope, ont probablement été son • levées par l'action des feux souterrains; la Sicile même doit avoir été séparée du continent par reiTét des grandes commotions volcaniques^
La Sicile est la plus grande lie de la Méditerranée : sa longueur est de 6a lieues, sa largeur moyenne de aS, et ^ sa superficie de i63o lieues carrées. Un groupe de montagnes, qui parait faire suite à FApennin, s*y divise en trois branches qui la partagent en au(antde versans; lesxoclies qui leur servent de charpente sont d'une nature granitoïdc, paraissent être moins anciennes que celles de T Apennin sep^ tentrional et central; mais elles ofiient une grande analogie avec celles de l'Apennin méridional : elles rentrent dans la classe des sjrénites , des diorites et des protogynes. Sur ces roches reposent des calcaires à débris organiques; au dessus de ceux-ci, le terrible volcan de l'^r/ia^ dont le sommet surpasse en hauteur toutes les montagnes de la Sicile et toutes les sommités des Apennins, occupe le versant oriental. Il est divisé en trois régions : celle de la canne à sucre et du blé, celle de la vigne et de l'olivier, celle des plantes boréales et des neiges. Plusieurs petits cônes, qui rejettent, comme les salses de Modène, du gaz hydrogène et de la fange, se font remarquer sur le sol de cette lie. Le climat y est sain; la chaleur y est excès* sive , surtout dans les plaines et dans les vallées ; la terre y est douée de la plus grande fertilité ; Tolivier y vient plus grand et plus robuste que dans les autres parties de l'Italie ; les végétaux des tropiques y retrouvent la tempe-
5 5 a TRA.1TÉ ÉLÉMEKTAIKE
rature qui leur est nécessaire ; Fabeille y produit un miel délicieux.
A 20 lieues au sud de la Sicile, i'ile de Malte, longoe de 5 lieues et large de 3, est un rocher calcaire couvert de quelques pouces de terre y rendue fertile par la culture et par la chaleur du climat. Malgré sa petitesse, elle noutrii près de^ 100,000 habitans; la beauté des fleurs qu*on j cultive, et la saveur de ses oranges, en ont fait une des plus belles stations anglaises de la Méditerranée. La Valette, sa capitale, est une place , pour ainsi dire, imprenable. Au nord - ouest de l'île Comino est un rocher de 5oû pas de circonférence, qui doit son nom au cumin qu*on y cultive. Un peu plus loin, dans la même direction, Goxxoj longue de 4 lieues, large de a, hérissée de montagnes, est fertile en coton et en grains. Plus près de l'Afrique que de Malte, Lampeduse est inhabitée. Pantellaria, entre la Sicile et rAfrique, est une île volcanique peu productive et peu peuplée.
La Sardaigne est, après la Sicile, la plus vaste des ties de la Méditerranée : elle a 61 lieues de longueur du nord au sud, et 33 de Test à l'ouest; on évalue sa superficie à 1 194 lieues carrées. Son sol, analogue à celui de la Cône, dont elle parait avoir fait partie, et dont elle n'est séparée que par un détroit d'une lieuè, celui de Bonifacio, est couvert de montagnes composées de granités, de schistes qiicaces, de calcaires anciens, et de sédimens de la; dernière époque géologique, recouverts par des basaltes et d*aatres produits volcaniques. Son climat, assez froid pendant une partie de l'année, est, durant l'été, caractérisé par de fortes chaleurs ; mais les exhalaisons de ses marais y font régner couvent des fièvres intermittentes. C'est ce qui avait déterminé les Romains à la transformer en une terre d'exil; cependant, le sol y est très-fertile. Suivant la direction de ses versans, la végétation y prend le caractère de celle de la Provence et de l'Italie, ou de celle de l'Afrique. A l'est et à l'ouest, s'élèvept, près de ses côtes, plusieurs tles dont les plus importantes sont, du côté de l'Italie, la Magda*
lena. Captera et Tavolara ; et , sur le côté opposé, ^52nara^ San-Piétro et San-Antioco»
Entre la Corse et leâ côtes de la Toscane , plusieurs petites tles en entourent une plus considérable, appelée Vïle (TElbe^venommée pour ses mines de fer qu'exploitaient les Romains : elle a 25 à 3o lieues de circonférence. Elle est couverte de montagnes où dominent les granités et les calcaires anciens. Son seul cours d'eau est un petit ruisseau ; les sources n*y tarisseut jamais; quelques marais infects y nuisent faiblement à la salubrité de l'air.
m^%^'^9m^m^f% *i%^m0m^f^^^^^^^v^vmf%^m^^^m^9tm0^^>^^^w^^^m^^0m%0*/^^90^^