CHAPITRE XXL
Description de la principauté de Monaco, des duchés de Massar-Carrara , de Lucques, dé Parme , de Moden^ et du grand'duchc de Toscane.
Reprenons notre course'sur le continent, dans le bt de visiter cinq principautés italiennes qui se touchentSur la côte du comté de Nice, noas apercevons un rocher qui s^avançe dans la mer : Virgile en a fait mention , parce qu'il était alors dominé par le temple S Hercule Monceus. A ce temple succéda la petite ville de Monaco^ doDt le teiTitoire, d*environ 6 lieues carrées, a depuis bai: siècles le titre de principauté. Restituée à rancienne famille de ses princes, elle est, depuis 18 14» sous la ptotection dé'S. M. sarde.
La partie de l'Italie, que nous allons parcourir cooh prenait, sous la domination romaine, presque tout le Lotiuntjle Picenum, YOmbrie^ ÏEtrurie et la Gaule cisalpine méridionale.
Lq duché de Massa Carrara, borné par la Màiîterr*née, les Etats sardes et les duchés de Modène et de Lvcques, est un des plus beaux pays que Ton puisse voir, l dépendait autrefois du duché de Modène, et fit parti" de la principauté que gouverna, sous Tempire, Eli:^ Bacciochi, tour de Napoléon. En 18149 il fut restitué i Tarchiduchesse Marie-Beatrix, pour retourner après elle •à son fils le duc de Modène. Ses Fdeux seules villes r^marquables sont Massa ^ dans une plaine agréable, pr.^ de la Méditerranée et Carrare ou Carrara, dont les inr puisables carrières de marbre, exploitées depub pli*s •. 2,000 ans, occupent 1200 ouvriers, et forment la dixièrir paitie des revenus de ce petit Etat.
tt GÉOGRAPHIE. 56 1
Le dudié de Lucçues, place entre celui de Massa et le
grand-duché de Toscane , éprouva de nombreux changemens dans la forme de son gouvernement; mais depuis le TV* siècle, il resta libre jusqu'à Tépoque de sa réunion aux Etats de la princesse Elisa. En iSio, il fut donné comme indemnité à la famille du duc de Parme, pour éti*e un jour annexé au grand*duché de Toscane. L'état de l'agriculture, des fabriques d'huile d'olive, des manufactures de velours et de soieries, prouve l'industrie des Lucqùois, qui sont également renommés poiir leur probité et leur fidélité. Lacques, entourée de faibles remparts, est d'un aspect misérable. Ses lourds palais, ses rues irrégulières , ses maisons à toits pointus, ses églises bizacrenient ornées, sont peu dignes du goût italien. Une foule d'étrangers fréquentent les eaux minérales situées aux environs de la viUe. Près de là, dans une position délicieuse au pied des Apennins, se trouve la Marlia, château de plaisance des ducs de Lucques.
Lorsque Charlemagne porta ses armes victorieuses en Italie, il s'empara de Parme et de Plaisance, et les palpes, après lui, trouvèrent moyen de se maintenir longtemps en possession de ces deux villes. Plus tard ^ elles se gouvernèrent en républiques; mais les divisions intestines les firent passer tour à tour sous la domination de divers souverains. Le pape Jules II se les fit donner; en 1 5x2, par Tempereur Maximilien. En i547> Paul III en disposa en faveur de son fils, Louis^Farnèse , et sa famille jouit de ces deux duchés jusqu'au moment où ils furent portés dans la maison espagnole de Bourbon, par le mariage d'Elisabeth Farnèse et de Philippe Y. Les infans d'Espagne en furent successivement possesseurs; mais en i8o5 ils furent réunis à l'Empire français, et formèrent le département du Taro. Enfin, en 1814» le congrès de Vienne les donna en toute souveraineté à l'archiduchesse Marie-Louise, pour passer après elle aux princes de Lacques.
£^s États de Parme se composent du duché de ce nom et de ceux de Plaisance et de Guastalla. Ils sont bornés au I. 36
56a TlUITÉ ÉLÉMENTAIRB
nord par le Pô, à YeA par le à^ché de Modène , an sud et à Tauest p^ celui de Masse et les possessions sardes. Parme, la capitale, est uoe ville pea commerçante ei prcsqiK sao6 industrie. Entourée de vieux murs et de bastions , se< rpes sont larges et belles^ mais, à Texeeption de la catbédmle , ses édifices sont aussi simples dans lear constroction, qulls sont ridies en tableaux précieux. Le vietu palais Faroàse, construit en briques , ressemble h on couvent, et renferme l'académie de^ beaux*art8, la bibliotb^ue, et le plus vfisie théâtre de l'Italie, le €hef-<l*œofre de Yignole, qui peut contenir 9,000 spectateurs. GuâsuMaf sur le P6, renferipe un château et plusiears fabriques d'étoffes. Ses envirops produisent beaucoup de m Plaisance possède de beaux édifices, au nombre desqueb on place le palais ducal, bâti en briques. Deux àkdt^ ataat notre ère , cette ville Aait une des citA les plus impertantes de l'empire romain | mais les ravages de la guerre n'y ont laissé aucun vestige d'antiquité. Ces| au-dessus de Plaisance, près du bourg de Campre^Meldo , qa'Ajmibal défit l'armée romaine, à la bataille de la Trébia. A six Ueo6 de la ville, on a découvert, en 1760, à plus de ao pi«è sous terre, les restes de l'antique PeUia , qui fut probabl^ ment détruite par une commotion volcanique.
Le dudii de Modène est situé entre le royaume Lobbard^ Vénitien, le duché de Parme, celui de Luoques et ie Etats de l'Eglise. Après avoir appartenu à divers soevtrains, il fut réuni à la république cisalpine, puis ts royaume d'Italie, et revint, en iSi4y è l'archiduc Pnoçois, qui en était héritier par sa mère. Jliedène, TiOe agréable et bien bâtie, a des rues ornées d'arcades, un Taste palais ducal et une société italienne des sciences. Elle et entourée de fortifications peu importantes, de même qse JReggiOj patrie de l'Arioste. Au nord du duché, la pctiif ville de la Mirandole rappelle l'intelligence précoce et h vaste érudition de son dernier prince, qui , dans son en* fance, fut regardé comme un prodige.
Le grand-duché de Tescàne est la plus importante priih
DK GÉOGRAPHIE. 563
clpauté de Vltalie/tl esl borné par les dudi^s de Lucques et de Modène, les Etats de TEglise et la M ëditerranée ; son sol est fertile et produit des vins estimes , mais les espérances du cultivateur sont souvent détruites par les inon-* dations et le brûlant sirocco. L'air eit malsain dans quelques parties 9 principalement dans la région nommée la Manmma, qui s'étend aux environs de Sienne, de Pise et de Uvoume. Cette région était une des plus peuplées et des plus florissantes de Tltalie sous la domination romaine , et Ton y rencontie à peine aujourd'hui quelques misérables cabaneis de pâtres. On a vainement tenté jusqu'à présent d'assainir et de repeupler ces terrains marécageux : des colonies entières y ont disparu.
Au Ti® siècle, la Toscane tcMiiba au pouvoir des Gotbs, puis conquise, par les Lombards, qui l'érigèi-ent en du- < ché , et soumise par Cbarl^nagne a des comtes qui prirent ensuite le titre de marquis, Les villes de la Tos* cane étaient florissantes et régies par des magistrats de leur choix. Le papo Innocent III, dans le but d'i^Saiblir la puissance iqapériale , parvmt à étaUtr ime ligue entre elles, et è les constituer en républiques gouvernées par des gonfaloniers. Elles étaient riches et puissantes au xiv« siècle , mais celle de Florence s'empara de celle de Bise, et devint bientôt elle-même le domaine de la maison de M^ dicis , qui la conserva soua le nom de grand-duché, jesqu'à l'extinction de cette famille en 1737- Son territoire passa alors à la maison de Lorraine : ceUe<;i en fut dépossédée par Napoléon, qui la donna à sa sœur Elisa ; enfin, en 1 8 1 4» il fut restitué à l'ancien grand^uc, qui y joignit, l'année suivante , la souveraineté de llle d^lbe.
Les deux principaux cours d'eau de la Toscanre sont rOnabrone et TArno. Le val d'Arno, ok ce dernier prend sa source, est enrichi par la fabrication des toiles, et surtout par celle de ces chapeaux de paille, si recherchés pour leur finesse. L'Amo traverse Pise à un peu plus d\ine lieue de son embouchure. Celte ville très-aucienne, qui leDferB^ ^adis plus de 100,000 âmes, et qui n'en com|)le
que 30)000 aujourd'hai y est grande et bien bâtie ; sa ca« thédrale gothique est ornée de trois portes de bronze , et de 74 colonnes, dont 6a sont en granité oriental. Le Baplisière est une église dont la voûte sonore produit plusieurs eiSets singuliers d'acoustique le Campanile torto^ ou la Tourpenchécy a 190 pieds de hauteur, et une inclinaison de i5 pieds du pavé au sommet; non loin de cet édifice remarquable, est le Campo Santo, vaste cimetière entouré d*nne galerie gothique et couvert d'une épaisseur de quelques pieds de terre apportée, dit-ou, au xni* siècle, de Jérusalem.
En remontant TArno, Florence ou Firenze se prâente avec ses 4 ponts , ses 4 quartiers et les objets d'arts qui y sont, pour ainsi dire , entassés. Sa cathédrale et la tour • qui s'âève auprès, sont des modèles d'architecture, comme les portes en bronze de l'église du Baptistère sont un modèle de goût. La chapelle royale, ou le tombeau des Médicis , est moins un monument sépulcral, qn*une magnifique mosaïque ; l'église de Santa-Croce renferme les tombeaux de Galilée^ diAritin, de Michel^ Ange, d'Aïfieri et de MachiayeL Les places, les quais, les promenades sont dignes de cette ville remplie de palais. Le Palazzo-Vecchio, monument gigantesque des Médicis, la Loggia dei Lansi, superbe portique orné de belles statues , le pont de la Santa^Trinita^ l'un des plus élëgans et des plus légers de l'Europe , suffiraient pour la placer ao rang des plus remarquables cités de l'Italie.
Si de Florence on se dirige vers le Nord, en remontant les Apennins , on rencontre Prato, oh l'on fabrique des ustensiles en cuivre ; Pistoja, ville très-régulière, connue par ses canons de fusil, son commerce de soie et de chapeaux de paille; Arezzo, patrie de Mécène, du martyre saint Laurent, de Pétrarque, de Jules II, de Concini, dont le plus bel édifice, nommé la Loggia^ comprend la douane, le théâtre et un portique de 4oo pieds de longueur. Ait sud-est de cette ville, dans une plaine bordée par les agréables rivages du lac de Trasimène, est Corioma, qui
possède^ depuis 1726, une académie étrusque, et dans laquelle on retrouve des murailles bâties par les plus anciens peuples de TEtiurie.
Déchue du rang qu'elle occupait, comme ville républicaine , Sienne, capitale de la Maremma , se distingue par son industrie, ses académies, la pureté du langage et la beauté des femmes. Sa cathédrale, bâtie au xui^ siècle, offre un mélange de divers genres d'architecture, et n'est re* marquable que par son beau pavé ; la seule place est la Piazza del Campo, creusée en forme de bassin , ornée d'une belle fontaine, et bordée de palais dans le goût gothique.
En partant de celte ville, et passant par la cité étrusque de Folterra, on arrive à Livoume, port très-fréquenté, que, sans des précautions journalières, la mer encombrerait de cailloux , et important par son commerce , sa fabricationde savon, et ses ouvrages en albâtre et en corail. Une maladie particulière à son sol est l'ophthalmie, qui doit être attribuée à la fraîcheur des nuits d'été. Piombino, autre port au sud du précédent, est jonché de débris qui attestent son antique origine : l'air y est malsain. De cette ville on découvre, à trois lieues, l'île d'Elbe cédée à la France par la Sicile, en iSoit, et devenue célèbre par le séjour qu'y fit Napoléon en 1 8 1 5. Les villes principales sont Pûrto-Ferrajo , capitale, et Porto-Longone, défendue par une forteresse.
TABLEAU de la population, des retenus, et de V armée
des six principautés de V Italie.
p PRINCIPAUTÉ DE MONACO.
Superficie. Popoltl. pwt 1. de la princip. PopnUt. de b eapltde, Befemif.
6,5oo 1 ,aoo 4^^*^^^^