CHAPITRE XX
Description des États sardes.
Une partie de la Gaule ^viennoise et de la Gaule cisalpine, et toute la Ligurie^ qui ^ à la chute de fempire romain, tombèrent au pouvoir des Longobardi et des Butgundiones, forment aujourdliui les possessions contioen* taies de la monarchie sarde. Ce fut vers le v^ siècle que k pays au sud du lac Léman prit le nom de Savoie {Sapaudia); au commencement du xn% qull fut érige en comté sous la souveraineté dWmédée III, de la maison de Saie, et vers Tan i4i6 qu'il reçut de Fempereur Sigismond le titre de duché, et qu il fut annexé à la principauté du Picf mont. Les princes de Savoie peuvent prouver une anti* quité de huit siècles jusqu'à leur ancêtre Humbert, surnommé aux blanches mains : ils appartiennent donc î .l'une des plus anciennes familles de l'Europe. En 17 13, Victor* A^médée II , duc de Savoie, fut le fondateur de li monarchie sarde : le royaume de Sicile, qu'il avait obtenu par le traité d'Utrecht, fut cédé par lui à l'empereur Charles Wy en échange de la Sardaigne, que depuis ce temps ses successeurs conservèrent avec le titre de roi ^ jusqu'il l'époque où la Savoie et le Piémont furent réunis à h France. Depuis les derniers traités, les Etats sardes do continent se composent de la Savoie, du Piémont, du comté de Nice et du duché de Gènes, bornés au nord par le lac de Genève et la Suisse, à l'est par le royaume Lombard-Vénitien , les duchés de Parme et de Massa, à l'oued par la France, et au sud par la Méditerranée. Dans cette mer, l'tle de Sardaigne en fait également partie.
En commençant par le nord à parcourir les villes if la Savoie, Chambéry et Saint- Jcan-de-Ma^Afienne n'ci"-
rent rien d'intéressant que leur position agi^éable et Tinlustrie des habitans, qui se livrent surtout à Féducatipi^ les vers à soie. Un peu plus loin est Lanslebourgy où comnence la belle route du Mont-Cenis, qui présentait jadis le nombreux dangers, et que Ton traverse aujourd'hui ans fatigue et sans difficulté. En remontant IstDoria bu la Doire, on trouve un chemin taillé dans le roc entre Bard il ^oste : cette dernière ville possède quelques restes d*an« iquités romaines. Au- delà du mont Rose, on contemple Lvec admiration la magnifique route duSimplon, ouvrage le Napoléon, et Tun des plus beaux monumensde la paience et de l'industrie humaines.
Le lac Majeur forme la limite des possessions sardes : la oute qui descend du Simplon la côtoie , et va traverser 'ancienne et jolie ville de Noyare, au nord de laquelle Oleggio est connue pour ses bains. Ferceil, sur la Sésia, possède, dans le trésor de sa cathédrale , un évangile maluscrit du iv* siècle.
Turin ou Torino, au confluent de la Doire- Ripaire et lu Pô, est composé de deux villes. Le nouveau Turin est Tune régularité parfaite, mais triste; ses rues, tirées au cordeau doivent leur extrême propreté à Tune de ses fontaines, dont les eaux se répandent à certaines heures de la [ournée. Parmi les édifices qui Tembellissent^ nous citerons le château royal élevé sur une vaste place, un grand nombre d'églises, dont celle de Saint-Laurent est' entièrement revêtue de marbre noir, le magnifique bâtiment de rUniversité, et le grand théâtre qui a servi de modèle pour celui de Naples.
Coni^ démantelée par les Français, et Casale^ sur le Pô, sont peu importantes. En nous dirigeant vers Gênes, nous rencontrerons Asti, moins remarquable par ses loo tours en ruines, que par son commerce de vins; Albet^Pompeia, restaurée ' par le père du grand trompée; Alexandrie, triste et bâlie en briques , mais Tune des plus importantes places fortes de Tltalie; et dansses environs, le célèbre village de Marengo. Nous laisserons au nord-est Voghera, qui
556 TRAITÉ ÉLÉHElITAïae .
possède une belle cathédrale^ nous Iravei^serons 7or> fone, au bord de la Scrivia, que domine un vieux cb&tean; et bientôt y du sommet des Apennins, nous apercevrons ^ Gènes, qui s*élève en demi-cercle et en amphithëâtre sur les bords de la Méditerranée. Elle est entourée de fortiScations entretenues avec soin, et deux môles imposans par leur masse défendent rentrée du poit, que signale aa navigateur un fanal gigantesque. La rue Nemne^ et la me Balbi sont les seules où Ton puisse circuler en voiture cette dernière est formée d'une réunion de palais magnifiques, dont les toits, ainsi que ceux des maisons, sont remplacés par des jardins couverts de fleurs, d'arbustes et d*orangers, qui ont jusqu'à 25 pieds de hauteur. JLes seales promenades de la viUe sont les murailles du port, les allées de VAqua Verde et le pont de Carignano^ qui, jetë par-dessu dess maisons de six étages, réunit deux quariien élevés. Parmi les édifices publics dignes d'être menlioDnés se place en première ligne un magnifique ihâtre, construit depuis quelques années; les autres sont l'ancico palais ducal, quelques églises, un hôpital, modèle daitf son genre, et la boui^e, qui, malgré la franchise dont {ooit le port, n'est plus ce qu'elle était, alors que La noblcse génoise faisait le commerce de l'univers.
Le bord oriental du golfe de Gênes, désigné soos le nom de rwïère du Levant y a la Spezzia pour port principal : sur le côté opposé, appelé la rivière du Panent ^ Sitt^ùne i des fabriques de faïence, de porcelaine, de potasse, et <k* viendrait commerçante si son port était creusé de nos* veau. Plus loin , en suivant la côte, le petit port de Niet est, pendant Thiver, le rendez -vous d'un grand nombre d*étrangers qui viennent y jouir du plus beau climat de r Europe.
L'île de Sardalgne fut conquise par les Romains sur les Carthaginois : peu de temps aprèis, elle ne fit, aveciaCoise, qu'une seule province, et ce fut l'époque de sa plus grande prospérité. Conquise au vu* siècle par les Vandales, a« XI* par les Pisans et les Génois,* au xiii* par les papes, au
DE GÉOGIVAPUIE. 557
xiv« par l'Espagne, elle resta soumise à cette monarchie jusqu'en 1708, que les Anglais s'en rendirent qiattres au nom de l'empereur d'Allemagne , qui , ainsi que nous Fa* vons dit, la céda au duc de Savoie en échange de la Si- \ elle.
CagUari, au fond d'un golfe situé au sud de Tîle, en est la capHalec c*est aussi la résidence du vice-roi et des autorités. Mal construite et mal bâtie, le palais du vice-roi est le seul édifice i^marquable qu'elle renferme ; elle fait un commerce considérable err blé, en huile, en vin, en coton et en indigo, que produit son sol. Les autres villes qai marinent d'être citées sont Sassari, dans une belle val* lée, arrosée p/it* le Gavino; Oristaào, qui s'enrichit par la pêche du thon; Bosa^ où l'on pêche le corail; AU ghero, qui joint le produit de cette pêche à un commerce de blé très-éten'du ; enfin, Porto-Conte^ dont le port, vaste et bien défendu, peut donner asile à* des flottes importantes.
Les hahitans <}e la Sardaigne sont d'une constitution robuste, gais, courageux , exaltéS dans leurs passions, enthousiastes et livrés avec ardeur à la poésie et aux beauxarts. Regardés depuis le moyen âge comme incivilisés, les Sardes se sont beaucoup améliorés sous tous les rapports, par les soins de la maison de Savoie, et surtout par suite du séjour qu'elle fit dans cette île , lorsqu'elle eut perdu ses autres possessions. Le peuple de la Savoie est, coiiime une partie des Suisses et des autres habitans des hautes vallées des Alpes, sujet à cette dilatation de la gorge appelée goitre, qui devient héréditaire dans les familles. Il est franc , simple, fidèle, frugal, et surtout laborieu;c. La plupart des hommes de ce pays vont chercher leur subsistance en France, en Italie, et dans d'autres contrées de l'Europe. Mais au bout dé quelques années ils retournet^ dans leur patrie pour y jouir du fruit de leur économie. Les PiémoDtaîs ont, sur les autres peuples de l'Italie, l'avan-' tage d'être moins supei*stitieux, et d'être plus instruits. A Gênes un ceitain air d'aisance et de propreté semble
558 TRAITÉ ÉLÂBfBNTAlRE
particulier aux individus de toutes les classes ; la noblesse se distingue par ses manières simples, par son amoor pour les arts et la littérature, et par uue grande libeité dans les idées.
La langue française est très- répandue en Savoie et eo Piémont; cependant Tidiôme le plus en usage dans les Etats sardes du continent, est le roman, dont deux dialectes trës-dilTérens, le vaudois et le savoisien, sont prindcipalement usités en Piémont, dans la Province de Pignerol et dans toute la Savoie. L'habitant de la Sardaigne parle un italien mélangé de latin, de. grec, de castilbo, de français, et'méme d'espagnol. Ainsi, les peuples de Fooe des plus petites monarchies de l'Europe, diffèrent et par leur caractère et par leur langage.
TABLEAU du États Sardes , comprenant 8 dwisians m if^ dances, partagées en 4o provinces continentales et ttU de Sff" daigne, diuisée enio provinces^ indiquant la populatùm de c^v province et de chaque capitale , et après les derniers recensa»/* ainsi que les évéchés et les archevékhés.
94 villes, 369 bonrgt , 3356 Tillages et hftmeaaz. Division de Savoie.'
ProTioces. Popaltk Cha&4Miia. Hftf.
Savoie propre. . . . 139,00a Chambéry i* (>)• . . n^
Haute Savoie. . . 38,ooo L^Hdpitaf. i,5oo
CaroQge 4^,000 Saint- Julien. ... 1,000
Cbablais. ..... 4^**^^ Tbonon 3,ooa
FancigDjT 73,000 Bonneville 1,)»
Genevoif 77f00o Annecy iS»
Blaurienue. 04,000 St.-Jean-de-Maarieiine. s^Sn
Tare ntaise. ^%fOOo Montieis. «^
Diiàêion de TVitii.
Turin 337,000 Turin +f. .... ii4,«»
Biella 98,000 ' BicllaT 7,?c«
Ivrëe 145,000 Irrëe j 7i«*
Pignerol ii4iOOO Pignerol *}*. .... \^f^
SuM. 70,000 Suse -{'. ..... %t^
DiiHsion de Coni.
Coni i54)00o Coni+ i6;S0»
Alba 106,000 Alba ^. . . . • . ^t9»
MondovL . • . 196,000 llondovi*!* i^^
Salucea i36,ooo Saluées to,ooo
( I ) Lw *t§—tf et f t in(lt(itmiile« rT«ché« «I Ici wtbtvlflb^t.
Dwision fAlexandtie.
aI*^! "'■ • • • • 22'~° Alexandrie f. . . . 3o,ooo
Cwile.. .... . . ,,0.000 Casalif. .i'!??
Torjane 5 1,000 Tortone+ a'o "
Voghera. ..... gi.ooo Voghera' .o)^
DiVij/o/i de Ffavare,
NoTare. ; v. . . . ia6«ooo Noyare •{•....,. |3 <)qq
Lomélline. .... i'».ooo Vigegano f . .... js'ooo
Osspla. ... . . 33,000 Domo d'ÛMola.. . . ,'500
Pallaoza 66,000 Pallanza. ,|5oo
Yal-Snîa 34.000 VaralJo. . . . , . S.'îoo
Yerceil. 111,000 Yerceil ff. .... 16,000
Division d*Ao9te.
Ao»*«- • 71,000 Aostef. . . . ; . 5,500
Diwion tfe JYice.
î^«*r„ '00.000 îî««e +. . . ; , . t5,ooi)
Oneille 61,000 Oncille. x «00
San-Remo 43,000 Viniimiile f. . . . t,Soo
Division de Gènes,
Gène.. ....:, î,^6,ooo Génea fK ... y 80,000
AlbcDga 55,000 Albeneat. .... i.ooo
Bobbio 34,000 Bobbiof.. .... 3,5oo
CbiayarL 99i°<^ Chiavan 8,000
Levante 60,000 {fP"^»«- .• • • • 4,ooo
^^ «Sarzane •{• 3,000
Noyî. ......' 61,000 Novi. , . . . . . 8,000
Sa?one. 39,000 Sarone "f*. • ... 10,000
Toul. . . 3,673,000
Ile de Sardaigne»] ' ' ?.^ . ' ^
Caglîarl. ..... 101,000 Caglian j-f*. . . . . 9jfioo
BoMchL 67,000 Boaachi 1,600
IgleaÎM. 39,000 Iglewasf. .... '4,600
Mi. ...... 4%ooo I«ilî. a a,ooo
LanoacL . . . • i 36,000 Lanuiei*!* i,4oo
Nttoro. 5i,ooo Naoro *{'. 9,4oo
Sassari. . . . - . 58,ooo Saasari^^. 19,400
AJgbero a8,ooo Alghero ■(• 7,000
CaRlierL 3 a 000 Caçlieri 3,400
OuerL 4o»ooo Ozierif 8,000
Toul de la Sardaigne. . 49^'^^^ Beport des antres proy. 3,673,000
Total gënëral. . . 4,16^,000
Beyeniis en francs. 65,ooOjOoo Dette publique. ioo,ooo,ono ' -
Armée de terre a6,ooo bommes
Armée de mer. a yaisseaux. — 3 frégates — 7 b&ttmens infërîears.
5Go ^ TBAITE ELKHENTÂIRE