CHAPITRE XXIV
POSSESSIONS AUTRICHIENNES
Description du royaume Lomharâr-V ênitien.
Dans Tîntention de faire coïncider, autant qu'il est possible, les divisions naturelles avec les divisions politiques^ nous n avons encore compris , dans nos excursions en Ita;lie, que les Etats situés sur la rive droite du Pô et sur les versans de TApennin. Jl nous reste donc à parcourir Tes*pace compris entre les côtes septentrionales de la mer Adriatique, le Pô, le Tessin et les Alpes. Ces limites sont celles du royaume Lombard-Vénitien, Tun des plus beaux fleurons de la couronne autrichienne. Il est formé de deux gouvernemens : celui de Milan et celui de Venise, les deux plus importantes villes de Tltalie septentrionale.
Esquissons d*abord l'histoire de ces deux cités célèbres ,- Tune par la prépondérance politique et commerciale qu elle exerça pendant cinq siècles en Europe, Tautre par celle qu'elle eut en Italie pendant le moyen âge. Dès la fin du v*sîècle, les Hendi et les Ostrogoiks s'établirent sur le territoire de Milan ; mais, en 567, les Longobardi ou ZomÂar^^ sortis des forêts de la Germanie, vinrent fonder, dans la belle vallée du Pô, un royaume puissant, qui reçut le nom de Lombardie. Détruit par Charlemagne, ce royaume fut, après la mort de ce conquérant, divisé en plusieurs principautés soumises à l'empire d'Occident, mais jouissant de plusieurs franchises, telles que d'élire leurs magistrats et de délibérer sur les intérêts publics. Ces princi* pautés formaient, auxn* siècle, autant de républiques.Fré- •déric Barberousse fut le premier empereur qui essaya de détmire l'indépendance de ces petits Etats. Cependant le
Sgo TRAIlé ÉLÉMBIITÂIIIE
courage des villes confëdërées et les foudres du Vatican Parrétèrent au milieu de ses succès; vaincu, excommunie, objet de haine et de mépris, ce fut alors qu'il dédara rindépendance des fëQn|;>liqttes lombardes.
Cest à Toccasion ae cette guerre que naquirent deux factions long-temps funestes à la tranquillité de l'Italie: celle des Guelphes dévouée aux papes, et celle des Gibelins aux empereurs. Ces factions et les dissensions qu'elles enfantèrent firent déchoir Tltalie du haut degré de civilisation et de prospérité où Favait portée, au xiu* siècle, l'amour de la patrie. Les magistrats des villes conASdérées parvinrent à rendre héréditaire, et conséqnemment tyrannique, leur pouvoir électif. En i i^5, l'empereur Veoceslas ériga en duché la ville et le territoire de Milan, en ftvenr d'unVisconti : un fils naturel du célèbre Jacques Sforce en hérita par alliance. A l'extinction de cette fkmille, Charles- Quint s'empara du Milanais, qui appartint à l'E^gne jusqu'en 1700, qu'il échut en partage à l'Autriche, saof quelques portions cédées à la Savoie.
Les anciens Feneti^ exposés aux fureurs des peuples qui, au v* siècle, se précipitèrent sur la belle Italie, se réfugièrent dans les petites lies de l'embouchure de la Brenta, où ils fondèrent les villes de Ri\H>aho et de Malamoceo. En 697, l'empereur d'Orient leur permit d'élire un chef, qu'ils nommèrent duc ou doge^ et Pépin leur ayamt accordé des terres sur le bord de l'Adige, leur territoire, garanti par des traités, se couvrit de villes, et Rivoaho, réuni aux lies voisines, devint, sous le nom de fenetiœ ou de Venise, une cité florissante. La république vénitienne, depuis son origine jusqu^ù sa drate, passa par toutes les phases de gloire et de cormptioo qui amènent tôt ou tard la chute des empires. GoaTemëe d'abord par des magistrats que le peuple disait, et par os doge en qui résidait le pouvoir exécutif, son gouvernement se changea progressivement en une aristocratie pure, maîtresse du commerce de l'Orient, la découverte iTuoe nouvelle route des Indes vint porter un coup funeste h si
puissance ; alors affaiblie au dedans par les intrigues des ^ands et par le mécontentement du peuple, au dehors par [a perte d'une partie de son commerce, die n'était plus ]u*une république sans puissance, lorsque, tombée en uq our au pouvoir des Français, elle fpt cédée, en 1797, ^ l'Autriche, et comprise, en i8o5 , aveo le Milanais et une partie du Tjrol, dans le royaume d'Italie, fondé par N|^-> 3oléon. Cependant la chute de l'empire français ayant ^emis au pouvoir de l'Autriche la Valteliae , le territoire le Milan et celui de Venise, elle en forma le royaume Lombard-- Vénitien.
Ce royaume a pour ;lipiites )a Suisse et le Tyrol au lord ; les possessions sardes, 1^ dudiés de Parme et de Modène et les Etat^ de TE^lise,^ l'ouest et au sud; le golfe Adriatique et l'Illy rie , à l'est. Il e$t gouverné au nom de 'empereur d'Autriche par un yipe - roi , qui soumet piuieurs questions d'intérêt publ^: à une chambre de dé- )uté$.
Depuis le golfe de Venise jusqu'à Milan , les terrains narécageqz, qqe traversent l'Adige et le Pô, sont connus )our leur insalubrité. Bovigo^ entre ces depx cours d'eau, rille aussi malsaine qu'elle est pauvre, n'offre rien de renarquable ; Mantoue^ qui vit naître Virgile et mourir le Passe, participe desinconvéniens d'un sol humide et d'un limât brftlant. C'est la ville la plus forte de toute l'Italie ; es tanneries et ses fabriques de soie et de draps la placent tu rang des cités commerçantes ; ses rues , ses places et >Iusieur$ de ses palais mâ*ilent d'être remarqués. Dans me plaine agréable, Crémone j autre place forte, s'élève tu bord du Pd. Ses instrumens de musique, et surtout ses ûoloQS, sont renommés *, ses églises et ses principaux édifi- :es sont dans le style gptbique ; Pai^^e, sur le Tessin, est 'une des plus anciennes villes de la Lombardie, et la plus lélèbre par son université, qui remonte au temps de Charemagne -, la plupart de ses constrqctioos offrent le type de 'architecture lombarde. La Chartreuse, que l'on aperçoit 1 quelques lieues de son enceinte, passe pour une des mer-
5qï traité Él.ÉMEHTAiBE
veilles de ritolle. Un canal communiqué de cette ville i
Mâan. .
Cette belle capitale est au bord de lOlona, dans uik vasle plaine : elle mériterait le titre de magnifique, si » rues étaient alignées et ses places régulières. Cepeodani plusieurs édifices y commandent l'admiration. Sa calb^ drale, commencée en i386, est une des plus belles qnf Von connaisse, quoiqu'elle ne soit point encore termmét. la caserne que fit construire Eugène Beauharnais snrpj» tout ce qu'on a fait en ce genre ; le théâtre de la Scata cr l'un des plus vastes et des plus élégans de l'Italie ; le cirque , monument gigantesque du règne de Napoléon , ri« Userait avec ceax des anciens, s'il était terminé ; Tare i. triomphe, qui s'élève à l'entrée de la route du Simpï.t. n'est pas non plus achevé ; aussi vaste que celui de FEtoi: à Paris, on y travaille lentement , et peut-être sont-ils ètr Unes, commencés pour illustrer une époque déjà éloigné:, à être terminés en même temps. Milan s'embellit chaqr* iour -, déjà plusieurs portes neuves annoncent dignemes l'entrée de celte ville. Elle possède de riches biblirttques, un superbe observatoire, un beau jardin botaniqi^ et de nombreux hôpitaux. Depuis qu'elle n'est plus so.' le patronage de la France , son industrie a fait des proîir
remarquables. <• • »»
A trois lieues de cette capitale, il faut voir Manza, q fut la résidence de Théodoric, roi des Goths. EUerKferme un superbe palais et une cathédrale, dont le rlcit trésor compte parmi ses principales curiosités la conrorr de fer que ceignit Napoléon en se faisant sacrer roi dV lie Ville royale, mais ne justifiant ce titre pompeoir par des rues alignées, ni par d'élégantes constracuoi Côme, patrie de Pline le Jeune, est bâtie sor le lac tquel elle a donné son nom. Il faut suivre les bords de ' lac enchanteur, pour arriver dans la Valteline, belle tslée arrosée par l'Adda, formant un pays de i8 lieo«c longueur sur 6 de largeur, dont l'important boar^. Sandrio est le chef-lieu. L'indastriease Btrgame est ••
^ DE GÉOGRÀPHIÏ. SqS
boi^ du'Brembo, qui descend de la diaSne méridionale de la Valteline. Brescia , où Fod fabrique d'excellentes armes à feu^ renfernie une éatbëdrale , un palais de ju^ tice enrichi de beaux tableaux, et un théâtre construit avec élégance.
Vérone est divisée par TAdige en deux parues égales; la beauté de ses cinq portes annonce ude grande ville , mais Son intérieur répond peu à cette apparence. Nous citerons Cependant rhôtel-de^ville, un amphithéâtre antique d'une belle conservation ^ et nous dirons qu'eUç est ta patrie de Pline TAncien, de Cornélius Népos ^t de Paul Véronèse. Bellune, entourée de vieilles murailles, edt frér quentée pour ses marchés : il s'y tient quatre foires par an; Tréuise, mieux bâtie, renferme des palais ^ des églises et un beau théâtre. Fïc&nce est ornée des plus bc^aux^^uirrages de l'architecte Palladio, qui y. reçut le jour.
Pai£otte existait douze siècles aVant l'ère chrétienne» et jouissait d^à d'une gi^nde prospérité. Ses rues, sales et mal pavées, sont garnies de sombres arcades, mais elle a de ^andes places, de beaux édifices, et 96 églises richement ornées de docnres et detableaux. Près de âés murs en voit, ians le village S Arqua, \e tombeau de Pétrarque et la maison qu'il habita.
En approchant des côtes de l'Adriatique, on aperçoit ^e/we couvrant la superficie de i5o petites iles, réunies 3ar plus de 3oo ponts. Un grand canal la divise en deux parties égales; d'autres canaux bordés de maisons forment îes rues. Le mouvement continuel des eaux de la mer neu- ;ralise dans cette ville la maligne influence des exhalaisons qui s'élèvent des lagunes. Son sol sablonneux, formé par des alluvions, ne recèle aucune source : l'eau qu'on y ^oit se conserve dans des citernes.
La place Saint-Marc, qui borde le port, donne la plus laute idée de Venise : garnie de beaux édifices, entourée le cafés él^gans et de boutiques brillantes, elle est le reniez-vous des oisifs et des étrangers, et le théâtre des fêtes publiques. Le chantier et les arsenaux, formant Tenceinte I. 38
5a4 traité élémehtahi^
de ce porty qoî fat pendant Unt de siàdes le centre de commenre de l'Europe, ont un développement de pi» June lieue. L'ancien palais ducal, dont la bizarre façade regarde la mer, était la demeure du doge , et FenceinU oc siégeait les redoutabljM inquiâteurs d*ÉUt. L.*^ise à Saint-Marc, qui date du commencement du x* siècle, ef dont le faite, hérissé de pyramides et de sUtues, porte ks
lesYé-
CaiTOo-
grand msAà
êiîlevé^ réglise de" Sainte-Sophie de ConsUntinoi^e ; U vue du palais royal, de l'hôtel des monnaies» des deû colonnes en granité, surmontées Tune du lion de air Marc, l'autre de la statue de saint Théodore, mette: cette place au premier rang de celles de Venise, par se^ constructions et ses omemens, quoiqu'elle n'en soit ni l* plus grande ni la plus belle. .
Cette ville est une de celles de toute l'Italie oà foc trouve parmi le peuple le plus grand nombre d'indiTife sachant lire et écrire. Elle a des fabriques et des œam^ factures en différens genres. Depuis le commencemert c< 1829 elle a obtenu la franchise de son port, ce qui c«^ tribue à en faire un des entrepôts les plus importai» c: l'Italie.
TABLEAU de la population du royaume Lomiard^f^énùien.
41 villcB, 176 bourgs, et 5,48i Tillages ei hameaux (i).
Goupememeni de Milan,
Ght&^iB PopaLtion ,/!Jî2f!, Populwîoa Popal.iion
Sondrio... 3,374 6.,o5^ ^^4?; •î:^^^
Côme. . . . n,669 . 60,61 335.o6o 5 761
P*ric. .... ai,35i a4,4o > i46,368 6,098
^' '4,88^ 34,10 ,97,53» 5 8bo
Bergame. . . 519,469 66,10 . 3 1 5. 186 Lnnl
Brescia. . . 3a,û.i 57,80 3a3,738 5,679
Crémone... 26,M aQ,6o 175,815 7901
Manloue. . . îi3,3Îo a7,3o 2§9,436 8,§68
Gouvernement de Fenise,
Vërone. . 60,000 68,40 < , 277,849 4,086
Rovigo(a). . 7000 20,72 i35,6a5 6,781
Padoae. . . 47,000 39 80 290,514 7,474
Vioencc. . . 3o,ooo 4,,»o 397,547 7,^57
Bcllune. . . 8,000 éi,9o iaa,84o 3,0, S
Trevise. . . i5,ooo 35,6o a3a,73a 6,64o
f^e/iiw. . 109,917 5i,a6 349,157 4,885
Udmc(3). . 18,000 i3o,ao 350,974 3,699
Total de )a superficie eu mille ■ , -
allem.etdelapopQ]at.parmiJle. 85i,94 4,a37,3oi 4,070 Superficie en lieue géograpb.
et population par lieue a,368,39 1,789
Population par nations.
Italiens 4,163,700
Allemands. . .... 66,5oo
Juifs . 5,600
Grecs 700
Arméniens 5oo <*
4i337,ooo
(1) Ce laUcan indique la p«pal«iioa Mifrat It neenMMiit d« iBil, â^nnê VAlBkahMti^L ,
(si Cher-tiea <to la PoMaiM, aoeienne profinea, ai^eurdliul déléntioa. (5)CbeMieudaFrioQl.
5j^ TRAITÉ ÉLÉMENTAUIE