‹ Traité élémentaire de géographie, contenant un abrégé méthodique de Précis de la géographie universelle en huit volumes ... précédé d'une introduction historique, et suivi d'un aperçu de la géographie ancienne, sacrée et profane;Chapitre 75 sur 142 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Description physique de l'Allemagne,

Cherchant toujours à concilier la géographie naturelle et la géographie politique, nous allons continuer à parcourir les Etats delà monarchie autrichienne; mais comme en franchissant Textrémitë occidentale des Carpathcs, en traversant le cours de la March , nous nous trouverons sur le territoire allemand , arrêtons-nous quelques instans à considérer l'ensemble de cette vaste contrée, partagée entre trente- neuf Etats confédérés, comprenant 2,43^ villes, 2,071 bourgs, 88,61 g villages et hameaux, plus de 3o,ooo,ooo dliabitans, sur une superficie d'environ 32,65o lieues carrées, contrée dont la population dominerait l'Europe si elle était plus unie ( i).

L'Allemagne se termine au sud par les ramifications des Alpes tyroliennes et rhétiennes , par les Alpes noriques et par les chaînes qui dépendent des Alpes styriennes; à l'est par celles que les Allemands appellent Fisehbacher et Sœmmering ^ Gebirge j qui séparent la Hongrie de l'Autriche, par une paitie du cours de la March ou de la Morawa , par une branche des Carpathes, le cours de la Prosna et celui de la basse Yistule, quoique sous le rapport politique on puisse y ajouter de ce côté les posses-

(1) Ses habiunSy classés d*aprés leur religion ^ présentent le rësnllai suivant :

Catholic{aes i7,go6,5oo

Proleslans i3,o39,ooo

Uossiies , Morayes , etc 98,000

Grecs ]4»ooo

Juifs i83,ooo

Total. . ^ . 3o,i63,5oo

sions prussiennes comprises depuis ce fleuve jusqu^au-delà du Niémen. A.u nord elle est bornée par la mer Baltique , par le cours de TEider, qui sépare le Hobtein du Danemark y et par la mer du Nord ^ à Touest j par la Meuse et le royaume des Pays-Bas, et par un rameau des Ârdennes qui sépare le ^rand-duché de Luxembourg du reste des possessions néerlandaises; enfin par la France et le territoire de la confédération helvétique.

En-deçà des limites que nous venons de déterminer, les Alpes s'abaissent à mesure qu'elles se rapprochent des bords du Danube , mais leurs cimes orgueilleuses dépassent celles des Carpathes de toute la hauteur dont cellesci s'élancent au-dessus des plaines sarmatiques et germaniques. A Fouest de ces monte, un long plateau nommé Gesenket'Gebirge ou montagnes abaissées , conserve une élévation de 4fOOo pieds, et sépare le cours de TOder de celui de la Marcb. Les Sudetes {Sudeten^Gebirge) rattachent ce plateau aux monts Moraves {Marchen- Gcbirge) au sud, et aux monts Géans {Riesen^Gebirge) à l'ouest. Au nord de ceux-ci s'étendent des plaines sablonneuses et marécageuses que traversent TOder et TElbe ; mais vers le sud-ouest ils se rattachent aux monts MétalUqties ou à VErZ'GebirgCj qui, par les Fichtel {Fichtel'Gebirge\ ne forment pour ainsi dire qu'une chaîne avec le Bœhmer- Wald ou la forêt de Bohême, pour circonscrire ce royaume d'une manière complète , à partir des Sudètes.

Soiti des monts Géans , l'Elbe circule au milieu de cette vaste enceinte quadrangulaire, qui semble avoir dû former jadis le bassin d'une Caspienne. L'intérieur de ce bassin est occupé par le Mittél-Gebirge ou les monts du milieu; en dehors et à l'ouest on ne vpit plus que des chaînes d'une médiocre étendue, mais quelquefois d'une hauteur considérable , dont les nombreuses ramifications se lient entre elles par des collines. Près des bords du Rhin, le Schwartz-Wald ou la Forêt- Noire ^ la plus considérable de ces chaînes, s'élève à 4>6oo pieds, sépare le fleuve sorti des Alpes, du cours du Necker ou du Nec-

65o TRAITÉ ÉLÉMEMTÀniE

ker et donne naissance au Danube. Une de ces ramifialions forme le JUauhe^jilp ou les Alpes de Sauabe,

Les raonts Fichtel se rattachent à plosieui-s autres chaînes

dont les plus importantes sont le Fr4ink'Ifœhe au sud . L

Franhen-Wald au nord et le Thuringer-WaU aa d<h>I>

ouest, tandis que le Main cii*cule entre le Steiger-Wéi

\e Ithœne-Gebirge y les collines volcaniques da Spesser

et VOden-Wald, La Falda et la Werra , sorties, la pr^

mière des monts Rhœne, et la seconde du Thoringer-WaL

réunissent leurs cours à peu près égaux pour former i-

Weier^ fleuve peu profond dont les sables arrêtent quel- j

quefois les navires près de son embouchure , dans la mr

du Nord. Au ::ord du Spessart, on remarque la chaiff

basaltique du Fogelberg, dont les cimes couvertes de k-

rets ne dépassent pas 2,600 pieds , et au nord du Tham

ger-Wald> le groupe central du Hartz, si riche en mat

métalliques, dominé par le Broken ou le Bloksherg, dctf

le sommet s'élève à 3,5oo pieds. Ce sont les montagnes ie

plus importantes du nord de TAUemagne. Sur la gaock

du Wéser, les monts Egge et la forêt de Deuischbourgi^^

le Deutschburger-JVald forment une longue chaîne de.

sort le petit fleuve de YEms, qui traverse des tourbières t

des marais, et dont rimposante embouchure à rooetit c

celle du Wéser est digne d'un coui^s d'eau plus impr-

tant.

L'étendue de l'Allemagne, l'énumération des moDlaglK^ et des fleuves qui la traversent, annoncent une grande tiriété de sites, une foule de faits géologiques, et une to portante richesse tirée du sein de la terre et de la cuhiu' du sol. Donnons seulement dans cet aperçu une idée de ^ composition géognostique , de sa flore et de sa fauoc l'aspect du pays et son agriculture trouveront leur pt^t dans les descriptions spéciales.

Sur le versant méridional des Alpes rhëtiennes , aic$ que dans la vallée de TAdige , s*élèvent des pics compas de roches anciennes : ladolomie ou le calcaire magnésift-'^ y forme des masses bizarrement découpées qui imitent ^*

loin des constructions en ruines. Cette formation repose sur des porphyres qui semblent avoir subi^ par l'action d'une grande chaleur ou d'une sorte d'incandescence, une modification qui s^est manifestée jusque dans le calcaire qu^ils ont soulevé dans les airs à une hauteur considérable ^ en changeant sa texture primitivement compacte en une texture grenue , et en détruisant les corps organisés dont il était rempli. Au bas des Alpes de la Styrie , des grès , des argiles et des marnes coquillières garnissent la vallée de la Mur; on y trouve de grands dépôts de végétaux fossiles : tout y annonce des terrains de la dernière époque géologique. Ces montagnes ne renferment point d'eaux minérales chaudes j mais un grand nombre de sources fen^ugineuses.

Les Alpes de Salzbourg, qui se prolongent jusqu'au bord du Danube, isont d'abord composées, près des sources de l'Ens, de granités et d'autres roches d'une époque contemporaine. Leurs cimes se perdent dans les nuages , et cependant elles paraissent moins élevées que les montagnes calcaires qui reposent à leurs pieds: cetteillusion est dueaux pentes abruptes de ces dernières, qui de leur base ne permettent point à l'œil d'apercevoir les sommités qui les dominent. Couvertes d'une immense variété de végétaux, elles offrent aux botanistes plusde sujets de recherches que leurs atnées. A l'ouest du cours inférieur de l'Eus, on trouve de beaux marbres et des dépôts de sel gemme; à l'est on exploite des mines d'argent, de plomb, de fer et des houillères.

Sur la rive droite du Danube, dans le bassin de la March , les plaines b^^sses sont couvertes d'alluvions et de terrains de transport; sur les pentes des Carpathes, des monts Gesenke et des Sudètes on trouve d'abord plusieurs petits bassins isolés oii se montrent une formation houillère de grès et d'argile schisteuse, du fer argileux, des porphyres, des calcaires métallifères contenant du plomb, du fer et du zinc, des roches coquillières anciennes et des dépôts argileux et gypseux renfermant des bancs de sel gemme. Les granités forment toutes les cimes élevées , mais les ro-

6Sa TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE

ches sckisleiiscs et micacëes se montreot dans les pai* basses. Dans les plaines de la Sil&ie, les alluvions ak dent en argile bleuâtre.

La constitution des montagnes qui forment le basiia la Bohême diffère essentiellement sur plusiean poir: la chaîne du Bœhmer-Wald est formée de granités à p^L grains, de roches micacées, de schistes ardoisiersetde; nite, roche d*un aspect granitique. Ces rodies fonc" des cimes décharnées, des pointes en forme de pyram:et d'aiguilles, et des abîmes profonds. Les forêts qai a '* peut leurs pentes offrent des repaires aux lynx et àl'ccr et les plaines que forment leurs bases sont couvertes i* tangs et de marais. Les monts Géans annoncent ïtsik présence des feux souterrains par leurs sommets et 1a^ flancs arrondis ; on y trouve des grès et des basaltes fr tourés de calcaires remplis de coquilles fossiles.

Les pentes méridionales de FEi^z-Gebirge pré$es!& aussi dlmmenses traces d'irruptions volcaniques: lesp' phyres y ont éprouvé de violens soulèvemens; les celHf« sources minérales de Carlsbad et de Tœplitz , sorties^ ces rochers, les eaux ferrugineuses de Bechiu et d'E^ ainsi que plusieurs autres moins renommées, prenoft naissance au milieu de terrains qui portent fempcti^d'une origine ignée. Près d'Eger, le Cammerberg estcï montagne de forme conique couverte de laves et de ^'• ries. La charpente de VErz-Gibirge granitique; s.! ^ chesse minérale, surtout du côté de la Saxe, est sii:> portante qu elle lui a valu le nom monts Mâalliq^^ Dans les monts Moraves on remarque, surtout t<^'' nord , des grès que l'influence de l'atmosphère décoop^ si facilement, qu'ils prennent les formes les plosprop^' tromper les voyageurs ; ainsi , là où l'on croit aperce^ de^ châteaux en ruines ou de riches villages, on oe^t-^ trompé que lorsque la distance permet de reconnaître s*^ l'œil a été déçu par une illusion qu'expliquent facil^^* les formes variées que prennent ces roches siliceuses- ^'''' le centre de la Bohême, non loin des bords de la Mol^^^-

les roches micacées primitives sont recouvertes d'alluvions dans lesquelles on trouve des bois fossiles et des minerais de fei' qui contiennent jusqu'à 62 pour 100 de ce métaL La rivière que nous venons de nommer est l'un des principaux afflnens de l'Elbe : son cours est de plus de 60 lieues • ses eaux coulent avec i^apidité : sa pente est d'environ 6 pieds par lieue.

Le cours du Danube divise le sol de la Bavière en deux grandes formations géologiques : au sud de ce fleuve s'étendent, depuis le lac de Constance jusqu'à l'embouchure de rinn, de vastes terrains de la même époque que ceux des environs de Pari^; ils reposent sur des roches plus anciennes que supportent les granités des Alpes. Aunord du fleuve, des terrains d'ail uvions et de transport recèlent des ossemens de divers animaux perdus 3 dans la vallée du Régen on a découvert des os de tapirs et de rhinocéros • dans celle du Mein des débris d'éléphans annoncent par leur taille qu'ils appartenaient à des animaux gigantesques; les cavernes naturelles creusées dans le^ calcaires du Steiger-Wald renferment d'immenses amas d'ossemens de lions, d'hyènes, et de divers ruminans épars dans des argiles d'alluvions. Les dépôts de transport de la vallée du Necker abondent en débris des mêmes animaux. Les schistes calcaires de la vallée de l'Altmiihl contiennent des restes de crocodiles. Les terrains qui bordent la Regnitz et le Mein appartiennent à des calcaires anciens , à des grès, à d'autres dépôts quartzeux.

Les roches granitiques de la Forêt-Noire supportent en plusieurs endroits des calcaires de l'époque secondaire; les rameaux qui se dirigent vers le nord sont composés de grès anciens; les pentes qui s'inclinent vers le Rhin sont formées de terrains postérieurs à la craie: les flancs de toute cette chaîne sont couverts d'épaisses forêts.

Au nord du Mein, les chaînes de collines sont composées de calcaires anciens et de grès flanqués, à l'est et à Touest de dépôts volcaniques, qui d'un côté forment la chaîne du Vogelberg et celle du Westerwald, et de l'autre

654 TRAITÉ ÉLÉMERTÂmE

sur la rive gauche du Rhin , le groupe basaltique de IL fel. Çà et là s^élèveut autour de ces produits de TOceaa : des feux souterrains, des sommets et des plateaux gni tiques au nord du Thuringer-Wald les granités dL^raissent peu à peu ; près de l'Aller, affluent da Wéser, /. n'en trouve plus de traces, k Tembouchure de TAIkrx terminent les calcaires anciens ; au nord et à Touest^to tes les plaines qui descendent vers la mer du Nord , k: couvertes de terrains de sédiment supérieur jusqn'au-c?' : de l'Elbe, où d'immenses dépôts de sables qui reposent s. j la craie, se confondent au bord de la Baltique aveci terrains sablonneux et marécageux de la Pomëranie.

Les richesses de la botanique ne le cèdent point,

Allemagne, à celles de la minéralogie et de la géoloo:'

les forêts tiennent le premier rang par leur importicc

elles couvrent presque un tiers de la superficie du sol.l

chêne domine dans la région centrale : toutes les coIUst

en sont couvertes , et c'est autour de cet arbre , que i V

peut appeler national, que se groupent les bétres,i-

frénes, les ormes, les peupliers, que dominent sur «:

sommets plus élevés les pins et autres arbres rœneu

tandis que dans les lieux bas ou abrités, le châtaignier.'

noyer, l'amandier et tous les arbres fruitiers étalent Icif

riches productions. L'Allemagne méridionale offreàdif

rentes hauteurs, dans les importantes chatnes de montacr^

les grands végétaux que nous venons de désigner. Le a?.-

lèze et le sapin y végètent avec vigueur au-delà de 5.o:

pieds d'élévation. Les montagnes de la Bavière sont o:«-

vertes jusqu'à 2,000 pieds par le pin rouge et le geoevritr

le bouleau couvre les pentes inférieures ; mais le cbece

le hêtre , bien qu'assez communs , y restent priva de U ^

gueur dont ils sont susceptibles. Les sapins et les autr-

conifères se multiplient naturellement dans rAnemsiT

septentrionale, jusqu'aux extrémités des plaines sablono^

ses qu'arrosent l'Elbe et l'Oder; mais ils n'y atteignent )-

mais la force et la vigueur qui, dans le nord de TEuro;^

rendent ces arbres propres aux constructions naTales.

La flore de rAlIemagne, assez pauvre dans les plaines septentrionales où dominent les bruyères et les genévriers, acquiert une grande variété dans les régions du centre et du midi. Ces deux régions abondent principalement en plantes ombellifères et cruciformes; celles à racines bulbeuses choisissent de prédilection les vallées chaudes, principalement celles de 1* Autriche. Plusieurs végétaux des Alpes suivent le cours des fleuves depuis leurs sources ; c'est ainsi que le cytise ( cyihisus Alpinus), qui se distingue par ses fleurs d'un jaune d'or tom* bent en longues grappes odorantes^ quitte les montagnes qui Font vu naître, pour embellir les bords du Rhin et du Danube.

Nous avons parlé de l'ours et du lynx qui peuplent les forêts germaniques y autrefois asile des élans et des urus; ajoutons que les loups y sont peu nombreux , que les renards et les martes y deviennent de jour en jour plus rares; que le chat sauvage et le blaireau s'y multiplient; que le hamster, le dévastateur des champs, pullule, surtout en Saxe, de manière à effrayer l'agriculteur ; que Tindustrieux castor, qui ne trouve de refuge contre l'homme que dans les lieux les plus retirés, habite encore les hauteurs du Bhœmer-Wald et les rives de laSalza ; que Tinno* cent bouquetin, que le léger chamois, que l'apathique marmotte trouvent de nombreuses retraites dans les montagnes de la Bavière et dans les Alpes du Tyrol et du Salzbourg , et nous aurons donné en peu de mots une idée générale de la faune allemande.

656 TRAtTÉ ÉLÉMENTAIRE

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