‹ Traité élémentaire de géographie, contenant un abrégé méthodique de Précis de la géographie universelle en huit volumes ... précédé d'une introduction historique, et suivi d'un aperçu de la géographie ancienne, sacrée et profane;Chapitre 74 sur 142 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

POSSKSSIONS AUTRICHIENNES.

Description du royaume de Galicie.

La Galicie, qu'il faudrait appeler Galitzie^ en franci-^ sant plus exactement qu'on ne la fait son nom allemand était, au x* siècle, une principauté indépendante russe appelée GalitZy et en polonais Halitz(i). ludi Lodomérie^ qui fait partie du même royaume, était à cette époque une autre principauté que les Russes nommaient Wolodimir^ Wïadimir ou Lodomer (2). Au xii® siècle , ces deux duchés tombèrent au pouvoir de la Hongrie, qui les conserva jusqu'au commencement du xv% qu'ils furent cédés à la Pologne. A Tépoque du premier partage du territoire po-^ lonais , Marie*Thérèse se les fit restituer et en forma un royaume; en .1786, la Bukowine, que l'on appelait la Moldavie autrichienne , fut , pendant plusieurs années , réunie à cet Etat ; au second partage de la Pologne, l'Autriche obtint de ce côté plusieurs agrandissemens , et la Lodomérie fut séparée de la Galicie; en i8og, Napoléon réunit une grande partie de ce territoire au grand-duché de Varsovie ; les derniers traités conservèrent cette conquête au royaume de Pologne, et celui de Galicie comprend aujourd'hui l'ancienne Galicie orientale , la Lodo^ raérie et la Bukowine.

Telle est en peu de mots l'histoire de ce| royaume, peuplé principalement de Rouskiakes, de Polonais, de Juifs et de Valaques. Nous allons maintenant en donner la description physique.

(1) On Toit diaprés ces deux noms que c'est une faoUs d^écrire Gàtliaie, (a) Les Aatrichiens désignent ce royanme sous le nom de Galicie et Lodomérie (Kœnigreieh Galizien und Lodomerien)»

Dans sa partie méridionale il est borné par les Carpathes, que les habitans désignent sous le nom de Czemû- Gora. Ces montagnes sont formées de calcaire, decoiiclie> hétérogènes appelées grauwackes par les Allemands^ et d; grès houiller. Des couches ferrugineuses et des dépôts de sel gemme les traversent. Au bas de cette chaîne s*âerdent des collines d'argile et de grès à débris végétaox, <k milieu desquels s'élèvent çà et là des plateaux de craie ci des calcaires analogues à ceux des environs de Paris. L^^ vallées sont couvertes de dépôts d'alluvions et de transpon Dans la partie septentrionale règne une longue lisière de s:blesmouvans qui ne nourrit que des pins résineux. Au ooru deLemberg, unpiateau argileux formé par la petite chaiD* decollinesappeléelesmonts£ie52iai{>qui domine le coor du Bug et de ses affluens, est couvert de lacs et de marab

Un des lacs situés au milieu des Carpathes donc: naissance au Dniestr ou Dniester, dont les eaux rapides traversent d'occident en orient la moitié de la Galicie; la yistule, qui sort des mêmes montagnes en Moravie , sert de limite du sud - ouest au nord - est entre It royaume et le territoire polonais; enfin le Sann^ affloert de ce fleuve , traverse la Galicie dans la direction génénif du sud au nord. Les lacs, les marais , les phiies qui s accumulent sur les sommets des Carpathes , la barrière que ces monts offrent aux vents du midi , l'influence de celc du nord-est qui ne rencontre aucun obstacle, entretiennes: en Galicie une humidité malsaine, et quelquefois des boH excessifs. Cependant si Tagriculture y était plus avano^. si l'éducation du bétail y était moins négligée , elle pourrait passer pour une contrée assez riche; on est mica étonné qu eue ne le soit pas , lorsqu'on sait que le cornmerce y est libre et que le fardeau des impôts y est mott^ lourd qu'ailleurs. Les productions minérales y sont peL< variées : on n'y exploite que 40,000 quintaux de fer ti X 0,000 de soufre. Les sylex-promaques ou pierres à fuïu sont unobjet d'exploitation de la valeurd*environ45,ooorr mais les mines de sel de Wielicika et de Bochnia sont t^i

DE GÉOOIUPHIE. 643

lement importantes qu'elles fournissent près de 4oo,ooo quintaux ; qui alimentent une exportation que Ton peut évaluer à S^Soo^ooo fr.

A. Textrëmité orientale du royaume , la Bukcwine ouïe cercle de Czemowitz est la première province que nous parcourrons. Son nom, tiré du slave bukow^ signifie /^o^j hêtres ou forêt de sang : les pentes des Carpathes y sont couvertes de forêts de hêtres et de sapins. L'origine de cette dénomination se rattache à un trait historique : Etienne le Grand , hospodar de Moldavie, défit en 1496 une armée polonaise ; plus de ao^ooo nobles tombèrent en son pouvoir; il les fit atteler k la charrue et les força d'ensemencer de hêtres le champ de bataille. Cet arbre est appelé bois de sang par les Valaques : de là, suivant la tradition, le nom de Bukowine donné à la couirée. Czemowitz ou TschernowitZj sa capitale, située au pied des montagnes sur le bord du Pruth, est le siège d'un évêché, mais n'a rien de remarquable ;5ere£A^ traversée par une rivière de ce nom, près de la frontière de la Moldavie , est moins importante encore; enfin, dans une plaine agréable et fertile, arrosée par la Suczawa , la petite ville de Suczawa^ plus peuplée que la précédente, paraît avoir été jadis considérable : les Romains l'appelaient Sucida^a. On y voit les ruines d'un château qui sei*vit de résidence aux despotes de la Moldavie ; au xvi* siècle elle fut détruite par les Tartares , et le nombre de ses maisons, qui s'élevait à 16,000, n'est plus que de 1000 aujourd'hui.

La Bukowine, bien qu'elle soit une dépendance de la Galicie , a ses états provinciaux à part et une population qui diffère de celle du reste du royaume. Deux peuples s'y font principalement remarquer : les Moldoueny, véritables Valaques, attachés comme ceux-ci à la religion grecque, et soumis à une noblesse composée de boyards ou. seigneurs , de mazïles ou de chevaliers ; les Lippowany p remarquables par leur frugalité, leurs mœurs douces et tranquilles , peuple russe de l'ancien 1 it , fidèle à des cérémonies et à des doctrines particu-

644 TRAITÉ tLÉMENTAJRE

Hères, qui reçut de Joseph II un asile dans la Bukowine Dans l'ancienne Podolie, près du Prath, au pied des montagnes nommées Pokutie, pays riche et fertile, la florissante ville de Sniatyrij fréquentée pour ses foires aux bestiaux , se présente environnée de marais. Au*delà <ie ces monts, la partie orientale de la Galicie nous montre la ville royale de Sianislawawj chef-lieu de cercle, eotocrée de murailles , dont les habitans ont conservé le ooitume national polonais. Halicz ou Halitz, qui a doiiB« son nom à la Galicie, dont elle fut jadis la capitale, est &* tuée sur le Dniester , près de son confluent avec la Loomika Sa faible population se compose presque entiënment de Juifs de la secte des Karaïtes, qui s^y établirent au xn^ siècle. Ces Israélites sont eir grand nombre aussi à Tamopolj sur le bord du Sereth, et à ZIoczomv , quatourent plusieurs petits laiCs.Brezany, arrosée par la Zlotd- JÀpsif fabrique des toiles à voiles et fait le commerce de pierres à fusil. Près de la frontière septentrionale du royaume , Brodj, qui sur une population de plus <k 1 8,000 habitans renferme plus de 16,000 Juifs, est le principal entrepôt du commerce avec la Pologne, la Rosâe e, la Turquie.

Au pied June petite chaîne de montagnes qui séparai le bassin du Dniester de celui du Bug , Lemberg, arrosa par plusieurs ruisseaux , est la capitale de la Galicie, b plus grande , la plus belle et la plus peuplée de ses cit<^ Son nom polonais est Lwow^ que Ton a latinise eu cdei de LeopoL Les Juifs, les Grecs , les Arméniens et les O tholiques y ont des temples ; la cathédrale, rkâtel-de>vili« et le palais de Tarchevéque arménien sont, les priocipiiu ornemens de cette ville , si diflTérente de toutes celles tpt nous venons de parcourir. Descendons vers les bords tla Sann , nous y verrons d'abord Przemysly dominée par u» ancienne forteresse, et plus bas^ sur une. colline , Jcrnlaw, qui fait un grand commerce de cire et de cier^. Toutes les forêts voisines sont remplies d'abeilles. La petiu ville de Jaslo, sur la pente des Karpathes, est le chef-liff-

1>B GÉOGEAJPiaiB. 645

cl*un cercle dont les habitans n*ont d*aulre industrie que Texploitation des forêts et la fabrication des toiles à voiles. Krosno est le principal entrepôt des vins de la Hongrie. Rzeczow, avec un grand château au bord du Wisloka , est le siège de la cour criminelle.

Près des bords de la Vistule^ Tamow, arrosée par la Biala , fabrique du linge de table et fait un commerce xm'- ^orlajxi\Andiychowet Keniy se livrent à la même indus* trie. Biala fabrique des draps ; Podgorze, ville nouvelle , jouit de plusieurs privilèges en faveur de ses manufactures ; Bochnia et Wieliczkay séparées par une distance de cinq lieues , sont deux villes rivales par leur population et par Texploitation de leurs mines de sel y bien que la seconde y occupe 600 ouvriers^ c'est-à-dire le double de ceux de la première.

La contrée que nous avons parcourue en quittant la Bukowine peut se diviser, sous le rapport ethnographique, en deux régions : celle qui comprend Torient et le centre renfermeunepopulationdontridiomeestunmélange de russe et de polonais et qui descend desJtousnîaques dont nous avons parlé en décrivant la Hongrie. Ce peuple est moins dépravé que celui qui habite le bassin de la Yistule, compris autrefois dans la haute Pologne ; il est aussi plus laborieux quoique plus ignorant en agriculture. Dans les Carpathes, qui bordent cette région au sud, les Houcoules^ peuple slave de la même origine, s'adonnent au métier de pâtre et conservent quelques traces de la vie sauvage. La seconde région est peuplée de Polonais : ceux de la plaine, que leur dépravation suf&t pour caractériser, portent le nom de Mazuraques; ceux des montagnes, ou les Gorales , s'en distinguent totalement. Ils sont plus sveltes, plus agiles, plus robustes, ennemis des précédens, avec lesquels ils ont de fréquens rapports après avoir eu longtemps de sanglantes querelles. Les troupeaux forment leur richesse ; ils parcourent avec eux les montagnes jusqu'à ce que la mauvaise saison les force à redescendre dans la plaine. Semblables à nos paysans du Cantal, deshautes^et

basses Alpes, ils' se répandent dans les différens Etats delà monarchie autrichienne^ exerçant différens métiers, prio* cipalement celui de colporteur.

Ce mélange de diverses nations ignorantes , à peine civilisées, étrangères Tune à Fautre, est peu favorable aoi efforts que fait le gouvernement autrichien pour détruire en Galicie tant • de traces de barbarie. En vain y a-t-il aboli la servitude; la noblesse qui possède toutes les terres, les Juifs qu^ exercent seuls le commerce, sont peut-être lef principaux obstacles à la civilisation complète d*un peuple naturellement apathique et paresseux.

TABLEAU de la ditfîsion territoriale et de la population du royaumes de Galicie et de Lodomérie.

PopoUtion géuénie.

4)i93,5oo.

Cere!ef.

Wadowice .

Superfiri* CD liauei etrréet*

BapbortdeU

IWlM

Bocbnia

Sandec Jaslo .

Tarnow.

Kzeczow.

Sanok Saoïbor .

Przcmysl

Popu alion.

ao4,6oa

a35,4oo 357,200 245,400 282,400

244jOOO

Zolkiew.

"Lemhtxg.

Zloczow.

Tarnopol.

Hrzezaoy Stry. .

Stanislawoi

Czorikow.

Kolomea

Czernowitz

ou Bukowine

iwitz I ine. J

2 1 8,400 j65,3oo 234t5oo

ai5,5oo 1 75,600 i8i,goo

vaie*.

ff^uilowice Andrichow Biala. .

Kenij. .

BocKnia .

Podgorze .

Wielicska Neu-Sandtc, Jasio . .

Krasno .

Tarnow .

Hzeczow .

Sanok, Sambor Przemytl Jaroziaw .

Zolkievtf. .

LcilBEKO .

Zio€hOW»

Brody. .

Tarnopol.

Brzezany

Strr . .

Haitcz.

Slanislawow CzorikoW' Kolomea .

Soiatyn .

CzernowitM

Sereih

Suczawa.

a,5no a,8oo a,7oo

6,0 Oi*

• ,;Joc-

i,6<x> ^,ooc

Page 1