CHAPITRE IV
Premiers aperçus de la géographie physique.
Après avoir considéré la terre sous les rapports de y* dimensiooSy nous allons en étudier la nature phjsiqiic Cette paitie, la plus intéressante peut-éti*e de notre ouvrage, en sera nécessairement la plus imparfaite 9 car dek bonne géographie physique ne peut être que Touvrage (b siècles et des nations. Cette science, pour natti^e et pow fleurir, a besoin d*observations continuelles, multipliées faites sur tous les points du globe, et combinées de manière à ne laisser aucun interstice ni aucun vide.
D*un autre côté, il n'en est pas de la géographie nato^ relie comme de la minéralogie, de la chimie, de la boUnique. Les arrangemens, les classifications, les niédiodt> subtiles et rigoureuses, ne lui sont guère applicables, a ne feraient la plupart du temps que nuire à ses prc^rb. en Tencombrant d'un appareil de notions illasoires. Le^ montagnes, les vallées, les eaux, les climats, les tégi<^ physiques, se présentent aux yeux d'un sincère ami de h vérité sous un aspect trèsK:ompliqué, très-irrégulier, H qu'il est plus facile de dépeindre que de définir. La gran deur et la majesté de la nature échappent à la subtilité àc nos combinaisons et à la petitesse de nos r^les.
Les choses qui frappent le plus les yeux sont difficile^ à réduire à des termes généraux. On désigne communément toutes les élévations de terrain , pour peu qu'elles sf prolongent, sous le nom général de chaînes. Mais il es: ceilainque les montagnes forment plus souvent desgroupes
DE GÉOGRAPMIS. 1^3
que des chaînes; même les chaînes les pins apparentes ne sont souvent que des séries de groupes. D'autres fois, le même massif de montagnes qui ^ vu d'un cètë,*paratt foi^ mer une chaîne, n'est réellement que Yesccurpement d'uft plateau ou plaine ëlevëe. liCS voyageurs donnent souvent pour des montagnes les* falaises qui bordent les rivières^ Que serait-ce si l'on voulait ënumérer les erreurs introduites par la manie de rapporter tout à un système l H y a eu une époque où toute pierre noire passait pour uh ptt>duit volcanique^ et tout enfoncement circulaire pour mt cratère.
La géographie botaiiîquey telle qu'on l'a écrite la plu^ pai^ du temps en copiai simjdeitient les J^tes de chaque pays, est aussi incomplète qu'inutile ; il faut distinguer l'élévation du terrain, la qualité do sol, et bien d'autres circonstances locales. S'il parait plus facile de déterminer les rapports géographiques des racesanimales actuellement répandues sur la terre ,^ quel abîme ne se découvre pas k nos regards dès que nous apercevon(s ces restes fossiles des générations aujourd'hui éteintes, et qui jadis ont dû peu-^ pler notre planète! La géographie physique nous fait sen^ tir toute l'impuissance de notre esprit. Nous avons déterminé la masse du soleil; nous connaissons les lois de ht pesanteur à la surface de Jupiter; nous avons mesuré l'é^ lévation des montagnes de la lune; mdme la comète va-gaboude semble obéir aun: calculs de nos géomètres : mais l'intérieur de cette terre sur laquelle nous marchons échappe à nos recherches; nous n'y sommes pas descendus d'une deux-millième partie du diamètre du globe. Que dis- jeT même la surface de la terre ne nous est pas connue dans sa totalité : nous ignorerons peut-être à jamais les secrets qu'enferment les deux régi\>ns polaires. Tâchons d'exposer avec clarté, mais surtout avec fidélité, le petit nombre de feits que l'observation a rassemblés, et qui ont passé par le creuset de la saine critique.
Lorsqu'on jette un coup d'œil sur nos rafappemondes , on y voit la surface du globe divisée en grancics masses de
1^4 TRAITÉ ÉLÉHENTAIAE:
terre, qn*on appelle continens, et en grands bassins cocverts d'eau, qu'on nomme mers. Comme dans les parties cachées sous Teau nous observons de petites masses de terre qui s'élèvent au-dessus des flots environnanSy et qu'on nomme lles^ de même, en parcourant les contioens nous remarquons des espaces isolés couverts d'eau ; ce sont des lacs» Une tle ne diffère d'un continent que par les dimensions^ et on ne donne^ au fond , à certaines masses d« terre le nom de continent, que parce qu'on est reste loiçtemps incertain si un navire pouvait en faire le tour, et qu'en effet des circonstances physiques ont jusqu'à présec! empêché l'ezécotion d'une semblable navigation.
Plusieurs pcftions de terres et de mers s'étendent réciproquement les unes dans les autres. Si la mer pénètre dans l'intérieur des continens, elle y forme des méditerranées ou de petites mers , environnées de terre dans leur plus grande circonférence, et ne tenant à la grande mer que par d^étroites embouchures; si l'étendue est moindri' et l'ouverture plus large, ce sont des golfes ou des iaies, termes que les savans ont voulu distinguer, mais que confond le plus souvent l'impérieux tyran des langues, lasage. Les plus petites portions d'eau environnées de terres et qui offrent un abri aux navires, s'appellent ;^rc^ anse. ou rade; le premier terme indique un asile très^is&r; If second s'applique à des ports d'une petite dimension, qu on nomme hai^res lorsqu'ils sont l'ouvrage de l'art; enfin, U rade ne présente qu'un mouillage temporaire ou nn abri contre certains vents. Si, d'un autre côté, lescontinens forment des avances dans la mer qui ne tiennent à d^aotm terres que sur une petite partie de leur circonférence, et sont des presqu'îles ou péninsules, dont la figure répond à celle des golfes et des méditerranées. Il parait qne loiv qu'une semblable masse de terre touche au continent sur une ligne plus grande qu'un quart de sa circonférence . on ne saurait l'appeler péniiuttfe. L'Arabie, par exemple, paratt mériter ce nom ; mais l'usage qui l'attribue également à la partie avancée de l'Inde , à l'occident du Ganf^f ,
DE GÉOGIUPIIIE* 175
peut choquer un œil difficile; la nature se joue de nos classiikatioQS. Si la saillie des terres n'a que peu d'étendue, «urtout en longueur , elle reçoit le nom de càp, de promontaù'e ou de pointe. Enfin , un canal resserré entre deux terres, par lequel une masse d^eau communique avec une autre, s'appelle un détroit f l'opposé d'un détroit est un isthme j langue de terre resserrée entre deux iqers, par laquelle deux masses de terre sont réunies. Beaucoup d'au- Ires termes de ce genre, n'étant que d'une application locale, seront définis dans la suite, à mesure que nous les emploierons.
Considérons maintenant la surface du globe sous un point de vue général. Nous voyons que c'est pour ainsi dire une vaste mer, dans laquelle se trouvent situées un grand nombre dettes, dont la grandeur varie depuis les dimensions les plus colossales jusqu'à des étendues imperceptibles. Deux de ces îles portent le nom de continens : celui qu'habitent les nations les plus anciennement civilisées s'appelle VAncien-CorUinenty et renferme trois parties du monde, savoir : l'^^ia^ avec Y Europe et Yjifrique; le Non- ^eau-Continent est tout entier compris sous le nom d'^mérique, quoique la nature l'ait partagé en deux péninsules bien distinctes, dont une devrait être désignée par l'équitable histoire sons le nom de Colombie. Au milieu du plus vaste bassin aquatique s'élève la Nouyelle-HoU lande, que plusieurs géographes appellent le troisième continent, et que depuis quelques années on a nommé Australie ou Continent-^Austral. Le vaste archipel qui s'étend au sud-est de l'Asie, et au centre duquel la Nouvelle- Hollande éclate comme une reine au milieu de son cortège, semble mériter d'être considéré comme une nouvelle partie du monde, que nous désignerons sous le nom ^Océanicm
Il n'y a sur notre globe, à proprement parler, qu'une seule mer, un seul fluide continu répandu autour de la terre , et qui vraisemblablement s'étend d'un pôle à l'autre, ^D couvrant à peu près les trois quarts de la surface du
1^6 TRAITÉ ÉLÉHENTAUIE
globe. Tous les golfes, toates les méditerranées ne sotà que des parties détachées , mais non pas séparées de gcu< mer universelle, qu'on nomme YOcéan. Ce n'est qœ pour plus de commodité dans l'usage fournalier que Ton dis* tingue diffâreûCes sections de TOcéan sous la dénomintion de mers. CeOe division arbitraire et incomplète est en même temps sujette à des incertitudes, et varie obes le différons peuples de la terre. Nous adoptons la classification suivante, dont on^ peut, au moyen d'un globe artificiel , vérifier la justesse et la simplicité.