CHAPITRE IV
DES ST^'DICATS PROFESSIONKIS
syndicale reconnue par Jes lois, préfèrent s'organiser en sociétés secrètes, ayant jwur objeclif principal la réalisation progi'cssive du programme collectiviste, suivant les formules d'IIenry George ou de Groiduiul (v. supra, n» 26). L'ensemble de ces sociétés forma rassoeiation, naguère puissante, des Chei>.ilicrs du traixiil [Knights of Labors), qui étendit ses ramifications sur toute l étendue de l'Union, du Canada et de l'Australie, et se mit en relations avec les principaux groupes socialistes d'Europe.
Les Chcimlicrs du travail exercèrent à cette époque une action très efficace sur le Parlement, dans le sens de la protection .ouvrière.
467. — ■ Cette prospérilé de l'association ne fut pas de longue durée. Des dissensions intestines, la hardiesse de ses doctrines, la participation active qu il prit à certaines grèves relenlissantes, telles que la grève de Chicago en 1894, lui aliénèrent l'opinion publique et déterminèrent un grand nombre de groupements ouvriers à faire sécession. Vainement les chefs de l'association, pour rassurei' l'opinion publicpie sur leurs tendances, renoncèrent-ils, à l'assemblée générale de Détroit en ioo8, à tout ce qui donnait à l'ordre des K. O. L. le caractère de société secrète. Cette modification aux statuts primitifs ne réussit point à empêcher la désagrégation de l'ordre qui, après avoir groupé plus de 700.000 ouvriers en 1886, se trouve aujourd'hui réduit à un chiffre insignifiant (50.000 dit-on).
468. — American Fédération of Labor. — Des Chevaliers du travail, la direction du mouvement ouvrier a passé, depuis quelque vingt ans, à V American Fédération of Labor, très différente des K. 0. L., et par sa com|X)sition — attendu qu'elle n'est autre chose qu'une fédération de syndicats réguliers, — et par ses tendances.
Les Chevaliers du travail vivaient un objeclif plus ou moins socialiste ; la Fédération actuelle (1), s'est affirmés depuis sa création (1881) comme mie association ilgoureusement professionnelle, .pour-
(1) Les statistiques sont très incertaines sur le nombre réel Ces membres des Unions fédérées, La difficulté provient de ce que les plus iniportaules englobent à la fois les Etats-Unis et le Canada. Voici les derniers chiffres de la dernière statistique officielle complète {Bull. Min. trau., 1913, p. 1232):
Fédération américaine du travail. .
Unions iiulépeudantes des clieniins de fer Autres Unions indépendantes ....
Mais ces chiffres semblent actuellement dépassés de beaucoup. On évaluait en 1919 l'effectif total des Trade-Unions américaines à 5 milLoas d'adhérents.
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suivant par les voies légales l'amélioration du sort des travailleurs, et organisiiiit sur le terrain économique la lutte pacifiquie du travail œnlre le capital. La Fédération, dirigée par an p/ésident investi de pouvoirs très étendus, soutient de ses subsides les grèves dont elle approuve le principe, tout en s'efforçant d'ailleurs d'en diminuer le nombre par l'organisation de l'arbitrage ; elle s applique à développer la pratique du contrat collectif ; la généralisation du label est due en grande partie à l'influence de la Fédération (1).
469. — Influence des Unions sua?! la législation; leujr avenir.
— .Tout en évitant de s'inféoder, à la différence des K. O. L., ou (!e.> syndicats australiens, à un parti politique déterminé, la Fédération américaine, et les Unions dissidentes, ne se désintére>sent ^lullement de lœuvre législative. A l'instar des Trade- Unions anglaises, eJles ont pesé de toute leur influence sur IciS Parlements des divers Etats de l'Union pour faire adopter une législation protégeant efficacement le travail.
Comme les Trade-Unions anglaises, les Unions américaines ont traversé une crise, due principalement à lattitude hostile des trusts les plus puissants, notamment du trust de l'acier. Toutefois, un grand nombre de chefs d'industrie sont demeurés fidèles à la polititpie d'entente loyale avec les groupements ouvriers, su;- la base d'accords collectifs librement débattus, impliquant une participation indireL'le des ouvriers aux bénéfices généraux de l'entreprise, sous la iformc de l'échelle mobile des salaiixis (2). Aussi ont-ils accepté avec empressement de se faire représenter fcn nov. 1919, à la Conférence industrielle de Washington, réunie sur l'initiative du président Wilspn, pour étudier, entre délégués du patronat et des Trade-Unions, les problèmes sociaux issus de la guerre.
Cette honne volonté mutuelle est le meilleur rempart des Etats- Unis contre la diffusion des doctrines socialistes-révolulionn lire-, des Industriels WorhTs of the ]yorl(l, i)lus ou moins affiliés au /bolchevisme (3).
(1) Son président, Samuel Gompers, a souligné récemment, au cours des réunions de la Commission ouvrière de la Confcrend^ de Paris (janv.-mai 1919), dont il fut un des leaders (x.'siipra, n» 183), la dillériMice loncière qui sépare les niéthode-j américaines de la lacticpie révolutioniiaire chère à la G. G. T. française. — Cf. Willoughby, Mu<. soc. sept. 1!)(I7.
(2) Sur l'échelle mobile des salaires usi^ée notamment dans l'industrie du fer et de l'acier, cons. les détails fournis par Willouglibv (Mus. soc. y fév. 1002).
(3) Vialalle, Les Etats-Unis en guerre: les questions ouvrières (Llcon. franc., 1918.152); G. Lccharticr, La situation ouvrière et le procha'n Congrès socialiste aux Etats-Unis (Déb., Vi" 2 ocl. 1919;.