‹ Traité élémentaire de législation industrielle [microform]. Les lois ouvrièresChapitre 61 sur 466 · Le droit de coalition et la doctrine- — Toutes les · texte numérisé non relu

Le droit de coalition et la doctrine- — Toutes les

écoles écononnques s'accordent aujourd'hui, les unes sous certaines réserves, d'autres sans restriction, à reconnaître la légitimité du droil de grève. A ce point de vue, les idées se sont singulièrement modifiées, depuis un demi-siècle, aussi bien dans les milieux libéraux que dans les milieux socialistes (3).

(1) Sur l'échec final de la grève générale suédoise, cons. Mus. sociaf, avril 1910; — des grèves générales de Buenos- Ayres, v. Rev. polit. 1909, 496; — de la grève générale française de 1920, v. Quest. prat., 1920, n"* 4 et s.

(2) Nombreux sont les socialistes réfléchis qui condamne-.it aujourd'huî la violence systématique dans les grèves (sabotage, action directe). — Cf. Al tassa, Le Congrès socialiste d'Amsterdam CQuest. pratiques, 1904, p. 461, et 1905, p. 9); Fournière, L'individu, l'association et l'Etat, 1907; Poisson, La grève des cheminots (Rev. socialiste, nov.-déc. 1910); E. Levy, Paroles dun exclu (Quest. pratiques, 1920,1.15).

(3) 11 est intéressant de noter les phases diverses qu'a parcourues, sur ce point, l'école libérale, d'abord hostile au droit de coalition, qu'elle considérait ycomme susceptible de détruire l'heureuse harmonie des lois naturelles (Quesnay, Dialogue sur les travaux des artisans, p. 21; A. Smith, Richesse des nations, p. SC; J.-B. Say, Catéchisme d'économie 'P<jli tique, p. 96), puis favorable, sous certaines réserves, à la reconnaissance légale du droit de grève (Uunoyer, Liberté du travail, II, p. 358; de i^Iolinari, Les bourses du travail; Paul Leroy-Heaulieu, Traité, t. II, p. 435). — Les mêmes variations sont à relever dans l'histoire des doctrines socialistes; Proudhon était un adversaire systématique des coalitions (Philos, de la misère, I, p. 110); Lassalle n'avait dans leur efficacité qu'une confiance très restreiute; K. Marx, au contraire, et depuis Marx, la plupart Ides théoriciens du sociali.sme préconisent la grève, qu'ils envisagent surtout d'ailleurs comme une arme de combat, comme « une des formes gous lesquelles les prolétaires effectuent leur organisation comme classe » (Marx, Misère de la philosophie, p. 212).

Quant aux écoles interventionnistes, toutes admettent la légitimité du droit idc icoalition. Toutes également reconnaissent la nécessité pour le législateur d'en réprimer les abus, el aussi de favoriser le développement*

il i

iî I

166 TITRE I. — RÉQLBMRNTATION ADMINISTRATIVE DE l'INDUSTRIE

Au fond, ii semble que ni 1 école libérale, iiulivi lualiste à outrance, ni recelé de Le Play, n'acceptent fraticlieincnt le droit de grève avec toutes les consé<iuences, bonnes ou mauvaises, qu'il implique logiquement. La première, au risfpie de se nieltre en conlradicliou avec ses principes libéraux, verrait sans déplaisir le législaleur intervenir pour limiter le droit de grève dans linlérêt

de Tordre public (1).

Le Play li ses successeurs voient avec plus de défaveur encore le droit do coalition, quils envisagent comme un produit néiaste du milieu industriel moderne (Le Play, La réforme socialr en 'France, IL p. 164; Bouloc, Le droit de fjrèi>€ et les qrèves. 1910) ; et, sans réclamer de mesures répressives, du moins concluent ils à la nécessité, pour établir la paix sociale, de transformer profondément c? milieu par la restauration du patronage corporatif chrétien.

277. — Nous estimons, pour notre part, (pie le tableau quo l'on trace volontiers des grèves dans les deux écoles précitées e>t trop poussé au noir. Sans nier les conséquences jiéfasles ciue peuvent avoir pour la classe ouvrière elle-même les grèves imprudemment déclarées, sans contester la haute utilité de certaines interve itions législatives destinées à prévenir ou à pacifier les conflits collectifs, nous croyons fermement que les grèves, envisagées dans leur ensemble, n'ont pas une action aussi pernicieuse qu'on le prétend ; et que, bien loin d'<3tre une cause d'appauvrissement pour les travailleurs, elle^ ont, au contraire, prises en bloc, contribué à ce mouvement de hausse progressive des salaires, qui s'est poursuivi, peut- ^Ire même avec trop de rapidité, jusqu'à la crise industrielle de fin 1920 (2;.

Page 1