‹ Traité élémentaire de législation industrielle [microform]. Les lois ouvrièresChapitre 62 sur 466 · CHAPITRE Iir · texte numérisé non relu

CHAPITRE Iir

DU DROIT DE COALITION

Par \u mfme disparaît lun des principaux arguments des adversaires SNSlématiques du droit de grève. Toute grève, nous dii-on, fait perdre aux grévistes un certain nombre de journées de salaire, et se chiffre conséqucmment par une perte sèche pour îe> onvr ers. A eet argument, l'on peut répondre : lo que certains résul'als immatériels, tels que la reconnaissance par le chef d'industrie de la liberté syndicale, valent bien qu'on les obtienne par certains sacrifices momentanés ; 2*' <pie, -matériellement pariant, une grève dont le résultat est d'as,surer dans l'avenir aux coalisés un salaire plus élevé est une bonne affaire, puisqu'ils récupéreront et au delà, en (|uel()ue5, .semaines ou qiicl(|aies mois, les salaires perdus pendant la période de chômage (1), à la condition toutefois que la gvQxey imprudemment cngagt^ dans un moment de dépression é' onomique, ne mette i)as l'industrie Jiationale en position d'infériorité visà-vis de l'étranger (2).

La seule question est de savoir si les grèves permetîent rt'ellcment d'oblenir, dans la majorité des cas, des avantages sérieux et durahlcs A la question ainsi posée, les statistirfues, au;ourd'hui dressées avec grand soin dans la plupart des pays industriels et notamment en France, vont nous permettre de répondre.

278. — STATr.STiQUE DKS BRÈVES ; ré.^^ui.tats généraux obtenu?. — Examinons d'abord, d'après les statistiques officielles, <{uels ont été les résultats généraux des grèves françaises, anglaises et aVemandes, au cours de l'année 1914 (3* .

H y a eu. en 19U, en France. 672 grèves, englobant 160.566 grévistes, occupés dans 3.654 établissements. Elles ont entraîné 2.192.Q78 journées de chômage; 223 grèves ont duré une semaine ou moins d une semaine ; 9 grèves ont duré plus de 100 jours.

des institutions propres à prévenir les conflits ou à les pacifier: Cauwè$, t II, p. 140 et suiv.; Gide, p. 473; de Mun, La question sociale au XiX^ siècle (Assoc. cathol., 181)9, t. XLVIII); Boissard, Le fait et le droit de <frcve, 1910. — Cl. E. Levy, La grève et l entente QQuest. prat., jianv.-fév.' 1911).

(1) Sur cette attitude, plutôt défiante, de l'école libérale, cons. notamment: Levasseur, Y a-t-d un droit de grève (Séances et trao. de lAcad. des fic. morales, 190S, p. 1, 15 et suiv.). — Certains économistes, plutôt favorables au syndicalisme, contestent aussi l'existence d'un droit de grève, et envisagent celle-ci comme un pur fait; mais leur raisonnement tend plutôt, ù l'inverse de celui des libéraux, partisans des mesures répressives, à taxer d'illusoires toutes les mesures législatives tendant à réglementer la grève. Brouilhet, La grève et le droit (Quest. prat., 1910, p. 330). — Nous avons foi, au contraire, en retficacilé de l'action légale, dans des limites que nous préciserons ultérieurement.

(2) Cont. Gide, p. 476; Jourdain, La législ. franc, sur les coalit. ouvrières, p. 140. — Quelques économistes libéraux, notamment M. B- Leroy-Beaulieu. le reconnaissent implicitement: « Les grèves, écrit ce dernier, agissent pra la crainte qu'elles inspirent... Elles peuvent ruiner

nwmentancmcnt les grévistes, mais la crainte de susciter une grève est chez 1rs manufacturiers un frein nécessaire. L'effet préventif du droit de arèxQ A rendu bien plus de services à la classe ouvrière que les désordres et les Klcpen.se; des grèves ne lui ont porté préjudice. > Essai sur la répart, des richesses, p. 399. — V. cependant: Bry, Perreau, n» 613.

(1) Picqucnaril, Les bilans financiers des grèves (in Le droit de grève^ de Gide, etc.).

(2) Tel a été malheureusement l'effet de certaines grèves françaises à tendance révolutionnaire, telles que la grève des dockers de Marseille» en 1901, ou celle des inscrits maritimes, en 1901, qui ont fait perdre au commerce national près de 100 millions-; et mis nos Cies de navigation dans "ne situation très difficile. — Quant aux grevas des cheminots, de 1910 et 1920, elles ont été désastreuses. La première a embouteillé certains de nos grands ports pendant plusieurs mois; celles de 1920 (Mars et Mai) •l'ont fait qu'aggraver la situation économique de la France déjà épuisée l'ar cinq ans de guerre, en paralysant les transports et en contribuant au renchérissemefit général de la vie.

(3) Cons. pour la France: Bull. Min. trav., 1920, 15; pour V Angleterre, H^id.^ 15, 317; pour V Allemagne, ibid., 15, 151.

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