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CHAPITRE IV

DE l’action qu’exercent LES MÉDICAMENTS SUR LE CORPS VIVANT.

Des parties du corps sur lesquelles on peut appliquer les médicaments.

Les médicaments ne produisent les effets qui ont coutume de suivre leur administration , ils n’ont de pouvoir sur le corps vivant que quand ils sont mis en contact immédiat avec une de ses parties. On sait aujourd’hui quelle confiance méritent les amulettes , qu’il suffisait de porter dans ses vêtements pour' en éprouver l’efficacité. Tout produit physiologique ou thérapeutique qui émane de la puissance d’un médicament , supose toujours une adhérence matérielle de ses principes avec un point du système animal sur lequel il agit d’abord, et d’où il étend au loin sa vertu.

Au moment. d’étudier l’action qu’exercent sur l’éco- . nomie animale les agents pharmaceutiques , il est nécessaire de se représenter les divers endroits du corps sur lesquels il est d’usage de les appliquer; On peut remarquer d abord que les surfaces propres à recevoir des médicaments, sont toujours recouvertes ou par la peau , ou par une membrane muqueuse. Mais on trouve des conditions d’organisation singulièrement

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diversifiées au-dessous de ces enveloppes, dont Tune recouvre la machine animale en dehors , et dont l’autre tapisse toutes les cavités qui communiquent avec l’extérieur, lorsque l’on parcourt successivement tous les points de l’étendue qu’elles présentent. Lîi existe une sensibilité exquise ; elle se montre obtuse un peu plus loin. L’absorption ne se fait pas avec une activité égale partout. Les communications sympathiques ne sont ni aussi nombreuses , ni aussi importantes dans plusieurs places que dans d’autres. Le voisinage de viscères essentiels h la vie , donne h quelques compartiments des avantages incontestables. D’autres se recommandent par la présence de conduits excréteurs qui y viennent aboutir, parce qu’en agissant sur ces conduits , les médicaments font sentir leur puissance aux organes d’où ils proviennent.

Le pharmacologiste qui recherche sur le corps humain les voies propres h l’application des médicaments, distingue dix endroits ou surfaces qui sont : i“ l’estomac et les intestins grêles; 2° les gros intestins ; 0° la peau; 4° la surface des yeux; 5“ la membrane pituitaire; 6“ l’intérieur de la bouche; 7“ la vaste étendue des voies aériennes ; 8” l’intérieur du conduit auditif ;

l’intériem' de l’urètre et de la vessie; 10“ dans la femme , le vagin , et, dans quelques cas , la cavité de l’utérus.

De l’estomac et des intestins grêles. Ces dix parties ne fournissent pas des ressources également avantageuses pour médicamenter le corps. 11 est des lieux , comme la surface gastro-intestinale, où les agents médicinaux trouvent des facilités singulières pour le dé-

UES MÉDICAMENTS

veloppement de leur propriété agissante. D’aLord on peut porter dans les voies alimentaires, sans craindre d’altérer la texture de ces parties, une assez forte dose de matière médicinale , pour que son action ait toute l’énergie désirable, pour que tous les appareils organiques sentent sa puissance. De plus, cette^ surface est couverte de nombreux pores inhalants , qui absorberont promptement les molécules médicamenteuses. Sa sensibilité est très vive , et la grande quantité de nerfs qu’il reçoit de l’appareil cérébral et du trisplanchnique favorisent la transmission , par sympathie , de l’influence médicinale sur tous les points du corps. Intimement lié avec le cerveau , avec le prolongement rachidien , avec le cœur , avec les poumons, l’estomac semble rendre communes à ces organes les impressions que font sur lui les agents pharmaceutiques. Les avantages qu’ofli-e cette surface pour l’application des médicaments sont si bien connus , que la plupart des préparations pharmaceutiques sont destinées pour elle; leur dose est mesurée à sa convenance; et c’est toujours elle que l’on a en vue quand on parle en général de l’emploi d’une substance médicinale.

L’importance de l’organe gastrique est connue depuis long-temps en physiologie : son importance est' plus grande encore en pathologie ; cependant elle avait été négligée. L’estomac est affecté dans la plupart des maladies : il est peu d’organe qui passe plus souvent que lui à une condition morbide. Dans l’administration des médicaments, il est nécessaire que le praticien considère avec soin quel est l’état actuel de la surface

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.raslriqiic , qu’il reconnaisse les modificalions que doivent opérer dans l’action comme dans les effets de ces agents les diverses dispositions pathologiques où celte surface peut se trouver.

Parmi ces dispositions , il en, est une qui se rencontre dans une foule de maladies différentes , et qui appelle toute l’attention du médecin, c’est son irritation ou sa phlogose. Quand ce mode de lésion des voies digestives existe , quand on a reconnu que des points , des endroits, des zones de la surface gastro-intestinale sont gonflés , dans un état de sécheresse, très rouges et couverts d’une injection vasculaire , que leur sensibilité est exaltée , leur température vitale plus élevée , etc. , peut-on y porter des substances qui ont une action slyplique , tonique , stimulante , irritante , qui recèlent des principes âcres , mordicants , acerbes , la matière tannante, de l’huile volatile , une substance alcaline , etc. ? Donnera-t-on aux hydropiques qui auront la langue et les lèvres rouges, une grande soif, une ardeur intérieure, la digitale pourprée, les préparations scilhliques, les pilules de Bâcher , le nitrate de potasse , etc. ? Bien que l’on couvre alors ces agents du titre de diurétiques, l’expérience prouve qu’au lieu de favoriser la sécr -

lion urinaire, ils produisent des coliques, des selles liquides, fatigantes , du malaise, etc. L’irritation gasiro-inteslinale se rencontre souvent dans la phthisie , dans les maladies organiques du cœur, dans les fièvres intermillenles, etc.; sa présence changera nécessairement le mode de traitement que l’on voudrait employer contre ces affections. Cette irritation existe aussi dans les fièvres, dans les phlegraasies; elle acquiert dans

DES MÉDICAMENTS

ces maladies une grande intensité, elle s’élève souvent jusqu’à la phlogosc ; c’est alors que le praticien doit respecter scrupuleusement I estomac et les intestins. Toute agression portée sur ces organes exaspère le trouble fébrile, fait naître des accidents nouveaux, donne à la maladie un caractère fâcheux.

L’action des médicaments sur la surface gastro intestinale, lorsqu’elle est dans un état morbide, produit deux ordres d’effets. D’abord on doit estimer le produit de ces agents sur le lieu même de leur application , juger l’influence qu’ils auront sur.la lésion dont les organes digestifs sont actuellement le siège. Ensuite ou doit prévoir les phénomènes qui naîtront des provocations sympathiques qui vont avoir lieu. L’estomac et les intestins, lorsqu’ils sont irrités, deviennent des centres de perceptions : tout ce qui les agace , les offense , semble en même temps agacer, offenser tout le système animal. Les impressions qu’ils reçoivent sont ressenties par toutes les autres parties , qui ont ellesmêmes une susceptibilité morbide dans les afl’ections fébriles ; et ce qui les agite, agite également l’appareil cérébral , l’appareil circulatoire , etc. Ces remarques sont d’un grand prix ; elles ont produit les plus heureuses modifications dans le traitement des afl’ectious fébriles : nous devons beaucoup de reconnaissance à M. le professeur Broussais qui a appelé l’attention des praticiens sur ce sujet.

Mais si l’estomac, dès qu’il est malade, impose au praticien la plus grande réserve dans l’usage des sub- .stancos âcres, amères , etc. , il n’en est plus do même •luand son tissu est sain. Alors ce viscère brave les iin-

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pressions les plus fortes , sans perdre sa disposilion physiologi(]ue , ou s’il la perd momentanément , il y rentre bientôt après. On voit tous les jours des personnes prendre des substances stimulantes, des composés alcoholiques , à des doses très élevées , sans que la cavité gastri(|ue souffre , sans que les digestions se pervertissent. Si les tissus de l’organe gastrique étaient atteints d’un travail pblegmasique , le résultat serait tout différent. Celle agression donnerait lieu à une lésion grave : elle pourrait même amener une altération , une désorganisation aussi prompte que funeste de cet organe '.

Nous dirons à ceux qui sont d’une excessive timidité , qui montrent de l’inquiétude , toutes les fois qu’iî s’agit d’administrer un médicament de la classe des Ioniques , des excitants , des diffusibles , des purgatifs ,

> Lorsque dans une fièvre ataxique, l’intérieur de la vessie est phlogosé, et qu’une rétention d'urine oblige de recourir à la sonde ; si on laisse cet instrument dans la cavité vésicale, le contact de son extrémité y produit en moins de vingt-quatre heures une escarre, et peut même la perforer. La sonde ne cause pas cette lésion quand les tissus de la vessie sont sains. Nous avons fait avec étonnement cette observation à l’Hôtel-Dieu d’Amiens; M. Dupuytren avait vu la même chose à l’Hôtel-Dieu de Paris. C’est encore parce qu’un état morbide donne aux tissus vivants une disposition singulière à s’altérer, que nous voyons dans les fièvres ataxiques, adynamiques, une pression continue sur la peau et sur les muscles du sacrum , des trochanters, causer des escarres, des ulcérations, etc.

DUS MÉDICAMENTS

des émétiques, que l’eslomac est un viscère très vivace, que destiné à recevoir du dehors des corps doués des qualités les plus variées, les plus opposées, il a reçu de la nature une grande force de résistance vitale , qu il faut que cet organe soit actuellement malade pour que l’action passagère d’un médicament lui soit nuisible.

Nous leur rappellerons qu’il est des moyens de diminuer et même de prévenir les irritations que les substances médicinales qui recèlent des principes âcres , mordicants , etc. , ont coutume d’établir sur la surface gastro-intestinale. Il sulfit pour cela départager en plusieurs prises la dose de médicaments que l’on veut faire prendre aux malades, de mettre quelque intervalle entre l’ingestion de chacune d’elles , de mêler h la substance médicinale un corps mucilagineux , farineux ou une poudre inerte qui lui serve de correctif. En empêchant par ces divers moyens le médicament d’offenser la cavité gastrique, on l’empêche aussi de déterminer au loin des provocations sympathiques , d’entraîner dans le désordre pathologique le cerveau , le cœur, etc. N’accordons pas non plus une confiance absolue â la rougeur de la langue , pour en déduire la situation actuelle des voies digestives : la langue peut être irritée seule , et l’estomac conserver son état naturel. On a quelquefois lieu de s’étonner de rencontrer des malades qui supportent sans accidents l’usage à hautes doses, de choses âcres , irritantes , stimulan les, et qui présentaient cependant une langue rouge. Nous venons d’en donner la raison.

Des gros intestins. La surl'acc des gros intestins offre, pour l’application des médicaments, des coudi-

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lions moins favorables que celles dont nous venons de nous occuper. Cependant il existe sur celte étendue des voies digestives beaucoup de filets nerveux qui se rapportent au grand sympathique , qui correspondent avec les plexus les plus importants de l’économie animale, avec l’appareil cérébral , avec le cœur , les poumons, etc. Elle est aussi le siège d’une absorption très active, et les molécules des préparations pharmaceutiques que l’on injecte dans cette cavité pénètrent dans le torrent circulatoire. Comme les gros intestins n’ont point l’exquise sensibilité dont jouit l’estomac, on administre en lavements des doses doubles ou même triples de substances médicinales : il est des composés très énergiques que l’on n’çse mettre en contact avec la cavité gastrique , et que l’on emploie sans danger en lavements.

Le thérapeutiste établit fréquemment sur les gros intestins des points d’irritation révulsifs, qui se montrent très efficaces dans les affections de- la tête, de la poitrine , même de l’organe gastrique : les lavements purgatifs ont une réputation qu’ils justifient par les avantages qu’ils procurent journellement. On doit , avant d’introduire des substances médicinales dans les gros intestins , examiner avec soin l’état dans lequel ils se trouvent : s’il y existe unephlogose, l’application de médicaments âcres, stimulants, etc. , serait nuisible, parce qu’elle animerait davantage le travail morbide dont ils sont le siège: do plus, leurs sympathies deviennent, dans ce cas, très actives, et le praticien doit en même temps prévoir les effets des provocations qu’elles opéreraient sur les autres appareils organiques.

DES MÉDICAMEINTS.

Toujours est-il vrai de dire qu’en choisissant la surface des gros intestins pour l’application des medica ments , le médecin ménage la cavité gastrique; et dans les cas très fréquents où cette cavité est dans un état morbide, il est avantageux de pouvoir porter ailleurs les agents pharmacologiques.

De la -peau. On applique souvent des médicaments sur la peau. Il faut examiner quel est le point du corps sur lequel on les place, et se représenter les organes qui se trouvent au-dessous , pour juger de l’étendue et de l’importance des effets qu’ils peuvent déterminer. Nous devons ici rappeler l’état anatomique et physiologique de la peau de l’homme. Cette partie n’est pas chez lui recouverte d’un épiderme rugueux, épais , ni garni de fourrure , d’écailles , comme dans les animaux; la peau de l’homme reçoit un grand nombre de filets nerveux, elle est douée d’une vive sensibilité, qu’entretiennent , que développent encore l’usage des vêtements et le séjour dans le lit pendant sept à huit heures tous les jours. Au-dessous de l’épiderme très délicat qui tapisse la surface de la peau , se remarque un réseau très épais de vaisseaux capillaires ,qui s’épanouit , qui se remplit de sang sous l’influence excitante d’une foule de causes, ce qui décuple alors la vitalité du système dermoïde. Une multitude de suçoirs absorbants se montrent à sa surface : des liens sympathiques l’unissent à toutes les parties. On conçoit facilement que, par cette vole, les médicaments peuvent susciter des changements organiques importants.

Toutefois l’absorption cutanée présente de grandes anomalies dans son exercice; elle se montre è dos in-

DE 1.’aCTI0N I'UYSIOEOGIQUE lervalles très rapprochés active et languissante : il est des cas où les molécules des iiiédicamehls pénètrent rapidement par celte voie; dans d’autres temps, elles semblent ne s’insinuer qu’avec lenteur dans les pores inhalants qui existent sur la peau. Cette incertitude du praticien sur l’entrée des principes médicamenteux dans le corps malade , nuit à la faveur que prendrait celle manière d’employer les remèdes. Les sympathies de la peau qui sont assez obscures tant qu’elle reste dans son état naturel , se multiplient et sont plus fortes quand cette surface s’irrite, quand sa sensibilité se développe. On doit mettre de la différence entre les frictions que l’on fait avec un composé médicinal et la simple apposition du même composé sur la surface cutanée.

Au fond, les applications de médicaments sur la peau ont produit d’heureux résultats. Les frictions avec les liqueurs alcoholiques , avec l’éthér, avec les vins médicinaux, avec le camphre, la scille, la digitale, le mercure, etc. , ont reçu depuis long temps de l’expérience clinique la sanction de leur efficacité. C’est surtout quand l’estomac se trouve dans une condition pathologique, et qu’il repousse les agents médicinaux dont on veut se servir, que le praticien porte ses vues , vers la peau , et qu’il trouve heureux de pouvoir faire pénétrer par cette voie les molécules médicamenteuses. Si nous devions nous arrêter plus long-temps sur ce sujet, nous parcourerions toute l’étendue de l’enveloppe dermoïde, nous estimerions la valeur de chaque point pour l’application des médicaments; au moins, nous noterons ici l’épigastre comme le lieu où les

DES MÉDICAMENTS

topiques agissent avec le plus de force , où ils trou vent des conditions très favorables pour 1 exercice de leur puissance.

Des autres surfaces. Les autres surfaces qui nous restent à examiner sont loin d’offrir le même intérêt que les trois qui précèdent. D’abord elles ne peuvent recevoir que des petites quantités de substances médicinales : la délicatesse de leur texture demande des ménagements; toute application indiscrète de matière active sur ces surfaces , pourrait les blesser , altérer même l’organisation des parties qu’elles recouvrent. Aussi , lorsque l’on veut qu’un médicament étende à tout le système animal la puissance qu’il recèle , lorsque l’on veut qu’il agisse sur tous les appareils organiques, qu’il provoque une secousse qui embrasse tout le corps , ce n’est point sur la surface des yeux , sur celle des narines , dans l’intérieur de l’oreille externe , etc. , que l’on place les agents pharmaceutiques; on choisit toujours alors la cavité gastro-intestinale, celle des gros intestins, ou la peau. Quand on applique des médicaments sur les yeux , qu’on les injecte dans le canal de l’urètre , etc. , c’est toujours pour obtenir un effet local , pour combattre une affection morbide qui a son siège sur ces parties de l’économie animale.

Du goût et de l'odorat. Deux des surfaces dont nous venons de parler présentent des considérations particulières. L’intérieur des narines et de la bouche renferme des appareils destinés h nous faire pressentir quelle espèce d’action les diverses productions de la nature sont capables de porter sur les tissus de nos organes. Lii, l’exercice de la force agissante des mé-^

Co DE l’action l’HYSIOLOGIQUE

dicamenls donne lieu à une sensation qui se Iransmel aussitôt au cerveau, et qui devient une perception. L’impression que ces agents font sur ces deux points du corps est transmise au principe sensitif, qui la raisonne , qui en apprécie les nuances , qui en calcule l’importance. L’effet que produisent sur les autres surfaces les composés pharmaceutiques ne cause rien de comparable à ce qui nous occupe en ce moment.

Aussi se sert-on sans cesse des sens du goût et de l’odorat en matière médicale ; on soumet foutes les substances naturelles à leur examen ; ils exercent contre chacune d’elles une sorte d’enquête, qui conduit à décider si elles possèdent une force active sans laquelle elles ne peuvent être médicinales ; qui permet de plus de dévoiler souvent quel est le caractère de cette' activité , et d’apprécier l’étendue de sa puissance. Ces deux sens sont , en pharmacologie , deux guides excellents que l’on consulte sans cesse, et qui fournissent des lumières qu’on ne doit pas négliger, lorsqu’il s’agit de déterminer la valeur des productions avec lesquelles on compose les agents pharmaceutiques. Des savants distingués se sont occupés de cet objet. Linné, Lorry, Haller, Fourcroy, ne l’ont pas jugé indigne de leurs recherches. M. Virey a aussi traité cette matière dans le Journal de pharmacie.

Nous ajouterons une réflexion è l’égard do la surface olfactive. Il est une foule de matières odorantes qui agissent sur elle, par les émanations qui s’échappent de leur substance; il suffit de les approcher du nez pour qu’aussitôt l’appareil sensitif qu’il renferme sente leur action. Mais il est beaucoup de matières qui ne

DES SlfsDICAMENTS. ,

jouissent pas de celle faculté. Celles-ci ne répandent pas autour d’elles des corpuscules odoriférants ; elles ne contiennent point de principes volatils , qui puissent se porter d’eux-niêmes sur les nerfs ollaclifs. Il ne faut pas pour cela croire que ces substances inodores soient inertes , qu’elles n’aient point de prise sur nos tissus vivants , ou qu’elles ne puissent être médicinales. Appliquez sur la membrane muqueuse de l’intérieur du nez ces mêmes substances pulvérisées , et vous reconnaîtrez qu’elles possèdent une activité souvent très grande; elles demandent seulement un contact matériel et immédiat avec une surface sensible , pour la mettre en jeu.

Comment les médicaments agissent sur te corps vivant.

Au moment de leur administration, les médicaments peuvent donner lieu à des effets qui ne dépendent pas de l’exercice de leur force aclii e : tels sont ceux qu’ils produisent par leur température. Les boissons glacées, les matières froides , font sur les surfaces qui les reçoivent une impression qui détermine un resserrement fibrillaire dans tous les tissus contigus , qui occasione un développement notable de la tonicité des organes que forment ces tissus. On sait que les glaces faites avec les sucs des fruits acidulés , l’orange , la groseille, etc. , ont servi è arrêter des vomissements rebelles, ont combattu avec succès des gastrites. On a vanté les bons effets de l’eau h la glace , dans la lièvre jaune. Les boissons aqueuses qui ont une lcm~

DE l’action physiologique péralure douce , relâchent les fibres de l’esloinac , rendent les digestions plus lentes. Le contact de l’eau tiède semble pénible pour l’organe gastrique; elle cause du malaise, du dégoût, elle excite même le vomissement. Enfin les médicaments que l’on prend très chauds , portent dans les voies alimentaires une somme, de calorique libre qui d’abord stimule l’estomac , exalte sa vitalité: puis, par une irradiation soudaine, la même excitation se propage à tous les appareils organiques et souvent à la peau , où s’établit une abondante diaphorèse.

Lorsque les principes médicinaux sont dissous dans une grande quantité d’eau, on doit compter pour quelque chose la présence du véhicule. Il s’insinue dans les canaux circulatoires , il aborde dans tous les appareils sécréteurs et exhalants, il exerce un pouvoir bien constaté sur les eflets diaphorétiques , diurétiques, délayants des agents médicinaux.

Mais ces produits ne peuvent être considérés dans l’action des agents pharmacologiques, que comme des circonstances accessoires ; car bientôt la force propre à ces agents se produit, se met en exercice : alors elle couvre, par les phénomènes physiologiques importants et durables qu’elle suscite dans le système animal , tous les eflets passagers qui dérivent de la température ou de la forme pharmacéutiques des médicaments. Or, c’est de cette puissance que le médecin doit surtout s’occuper. Cherchons les voies par où elle parvient à se faire sentir à toutes les parties , à soumettre l’économie animale tout entière ù son influence. L’observation clinique et les expériences phy-

DES MEDICAMENTS

siülogiqiics prouvent que les médicaments agissent sur le corps vivant : i“ par une impression directe sur les organes qui les reçoivent; 2“ par les molécules que l’absorption entraîne dans la masse sanguine; 3“ par le jeu des sympathies; 4“ par contiguilé d’organes, 5“ par révulsion.

De l’action directe des médicaments sur les organes.

C’est la manière la plus simple de concevoir l’action des médicaments. Ces derniers et une surface vivante sont mis en contact immédiat; ce rapprochement ne peut avoir lieu sans que l’agent médicinal ne provoque un changement dans l’état physique et dans la condition vitale de la surface qui le reçoit. Il semble que l’on voie alors les molécules des agents pharmaceutiques opérer, sur les fibres des organes, l’impression d’où dépendent les variations ultérieures que l’on observe dans la disposition de ces derniers. C’est avec cette évidence qu’agissent les toniques, le quinquina , le quassia , etc. , lorsqu’on s’en sert pour combattre une faiblesse de l’appareil gastrique. Ces substances arrivent dans la cavité de l’estomac; leurs principes déterminent un resserrement fibrillaîre du tissu de ce viscère. Devenu par-là plus robuste, l’estomac exécute avec plus de liberté et de facilité l’importante fonction qui lui est confiée. Il est aussi facile de se représenter l’exercice de la vertu médicinale des collyres que l’on applique sur la siirface oculaire, des injections que l’on fait dans les gros intestins , dans le conduit auditif, dans le canal de l’urètre, etc.

Mais les médicaments ne bornent pas leur influence

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3UX endroits uieines cjui les reçoivent j leur pouvoir sc inanilcste aussi sur des appareils organiques éloignés du lieu de leur application. Voyons par quelles voies ces agents parviennent h atteindre toutes les parties du système animal.

De l’absO)'j)tion des molécules médicamenleuses.

L’absorption des principes matériels des médicaments, leur importation dans le sang, leur diffusion dans toutes les parties du corps avec ce liquide , leur impression immédiate sur tous les tissus organisés , sont autant de points de la doctrine pharmacologique, sur lesquels il ne doit rester aucun doute. Aujourd’hui est-il besoin de prouver que les médicaments pénètrent dans le sang. La plupart des phénomènes que l’on aperçoit après leur administration décèlent la présence de leurs molécules dans ce liquide : les principales variations qui se remarquent alors dans les mouvements des organes, et par suite dans l’exercice de toutes les fonctions , sont le produit de l’impression que font ces molécules sur tous les tissus vivants. A mesure qu’elles sont importées par l’absorption dans le sang, les effets physiologiques des médicaments augmentent, prennent de l’intensité : ils diminuent et cessent peu à peu , dès que ces mêmes molécules commencent à s’écouler, à s’échapper du corps par les issues sécrétoires ou exhalantes. Alors elles se retrouvent dans les humeurs excrétées , où elles se font reconnaître par les propriétés physiques et par les qualités qui distinguent les substances auxquelles elles appartenaient. Tous les jours nous voyons l’urine pren-

HKS MÉDICAMENTS.

dre la couleur de la rhubarbe, du satran , clc. : elle coiUienl du nilrale de potasse, quand on lait usage de cette'substancc. On découvre dans la transpiration cutanée l’huile volatile du citron et les principes des autres matières que 1 on a ingérées. L exhalation pulmonaire contracte 1 odeur de 1 ail , de 1 ognon , de l’alcohol, de l’éther, du camphre, etc. La partie colorante rouge de la garance passe dans toutes les excrétions , et s’unit surtout h la partie calcaire des os. On distingue dans le lait l’amertume de l’absinthe, l’âcreté des crucifères , la fétidité des aulx , lorsque les animaux qui le fournissent ont brouté ces plantes. On sait qu’une partie des principes purgatifs du séné SC dépose dans ce liquide trois ou quatre heures après qu’une nourrice a pris la poudre ou l’infusion de cette feuille , etc.

Les matériaux qui produisent les phénomènes que nous venons seulement d’indiquer et que nous aurions pu détailler plus longuement, existaient dans le sang et circulaient avec lui. C’est avec ce liquide qu’ils sont arrivés dans les organes sécréteurs et exhalants ; c’est du milieu de cette chair coulante , où ils se trouvaient simplement interposés, qu’ils sont sortis pour se mêler è la matière des excrétions. Supposerait-on des communications directes par où les molécules médicamenteuses se porteraient des voies digestives à la vessie et aux mamelles? cette objection ne regarderait] que 1 urine et le lait. Mais pour arriver à la surface cutanée, pulmonaire, et dans les autres issues excrétoires , ces molécules ont dû traverser les vaisseaux sanguins. D ailleurs les principes des substances médicinales ne

Dli L ACTION rilïSlOLOGIQUJi

SC reniarquenl-ils pas également dans les excrétions , lorsqu’on applique ces substances sur les autres surfaces ? Sept minutes après avoir injecté une solution de prussiate de potasse dans les cellules bronchiques , on a démontré la présence de cette matière saline dans l’urine.

La substance des médicaments pénètre donc dans la masse sanguine, et il faut attribuer la plupart des phénomènes qu’ils suscitent dans l’économie animale à l’impression que leurs molécules exercent sur les tissus organiques. Cependant des physiologistes ont refusé de croire à l’existence des particules médicamenteuses dans le torrent circulatoire, parce qu’on ne pouvait pas les y découvrir. A Lyon , on donna è des chevaux jusqu’à vingt livres d’écorce de chêne. Dans les urines rendues par ces animaux, il y avait une assez forte proportion de tannin , mais on ne put trouver ce principe dans le sang. Darwin rapporte qu’un de ses amis avala deux gros de nitre dissous dans du punch, et mangea une vingtaine d’asperges cuites. Il rendit peu après une urine colorée , qui exhalait une odeur très fétide; on lui tira du bras qhatre onces de sang, dans lequel on ne reconnut pas cette odeur. La sérosité qui s’en sépara ne contenait pas de nitrate de potasse , pendant, que cette substance saline existait dans l’urine. On tenta d’autres expériences avec le prussiate de potasse. Le sulfate de fer colorait d’un bleu vif les urines de ceux qui en prenaient , le sérum du sang restait insensible à l’action de ce réactif.

Ces expériences physiologiques sont loin de résoudre la question qui nous occupe. S’il est ordinal-

DES MimCAMENTS. ' G7

rement dldlcile de démontrer l’existence des molécules médicamenteuses dans le sang, c’est que, disséminées dans toute la masse de ce liquide, elles ne se trouvent nulle part en assez grande quantité pour être distinguées par nos sens , ou dévoilées par les agents chimiques. Car, si l’on fait prendre à un animal une forte dose d’une substance médicinale, si le? circonstances sont favorables à l’absorption de ses principes, et que cette substance jouisse de propriétés saillantes et faciles 5 saisir, alors on découvre sans peine ses molécules dans le sang. M. Magendie fit avaler à un chien trois onces d’alcohol étendu d’eau; au bout d’un quart d’heure tout le sang de l’animal était imprégné de l’odeur de cette liqueur. La présence du camphre et de plusieurs plantes odorantes a été également reconnue dans le fluide sanguin par ce physiologiste. Précis élément, de physiologie , tome 2 , p. 169,182. MM. Tiédemann et Gmélin , professeurs à Heidelberg , ont aussi trouvé le sang des veines méàentériques et de la veine splénique, et surtout celui de la veine-porte, chargé de l’odeur du camphre, du musc, etc. , dans des animaux auxquels ils avaient fait avaler ces substances. [Recherches sur la route que prennent div. subst. pour passer de l’estom. et du canal intesl. dans le sang, etc., Paris, 1821 ).

Les expériences que M. le docteur Meyer, professeur a’anatomie et de physiologie, vient de publier, peuvent éclairer le sujet qui nous occupe. Il injecta du pruss.atc de potasse dans les poumons par une ouverture pratiquée à la trachée-artère ; peu après il retrouva ce sel dans le sang de l’animal : le sulfate ou

G8 i>F. i.’action niYsroi.oniQUE

riiydi’o-cliloralc de fer , mêl6 avec ce liquide , occasionall un précipité vert ou l)Ieu. Il poursuivit ce prussiate de potasse dans tous les tissus, jusque dans la profondeur des organes; quelques heures après son injection dans les voies pulmonaires , il était répandu sur tous les points du système animal. L’hydrochlorate de fer signala sa présence dans un grand nombre de parties solides: le tissu cellulaire de tout le corps, les membranes fibreuses, aponévroliques , ligamenteuses, les membranes séreuses, notamment l’arachnoïde, la plèvre , le péritoine , la membrane muqueuse du canal intestinal , prirent une couleur verte ou bleue , lorsqu’on les arrosa d’une solution de ce réactif; les poumons , les reins , soumis au même agent , se colorèrent aussitôt en bleu. Journ. complùm. du diction, des sc. inéd. , tome 1 1 , p. 22.

Remarquons ici que si les urines sc prêtent si facilement è la démonstration des molécules médicamenteuses , c’est que l’organe qui les fournit est la voie par où la nature a coutume d’expulser la plus grande partie des matières que l’absorption entraîne dans le sang, lorsqu’elles ne sont pas susceptibles d’être assi milées. Répandues dans le système animal , les molécules de ces matières étaient partout rares , partout difficiles à saisir. En les poussant par les reins, la nature opère leur rapprochement; elle les concentre, et il devient aisé de signaler leur présence dans l’humeur excrétée qui les recèle.

Au reste, quand on veut découvrir les molécules médicamenteuses dans le sang lui-même, il faut tirer le lluide sanguin que l’on veut soumettre ù l’expé-

DES MÉDICAMENTS. Gq

rience, dans le point du système circulatoire où il doit se trouver le plus de ces molécules. Prises sur les membranes muqueuses ou sur la peau , celles-ci sont mêlées au sang veineux, avec lequel elles arrivent au cœur, pour de là être portées dans les poumons ; or, sur la vaste surface des cellules bronchiques, il s’en échappe déjà une quantité notable , que l’air enlève et reporte hors du corps. Les expériences du prolèsseur Orfila [Toxicologie générale) prouvent que les molécules des substances qui traversent les voies intestinales des animaux sont abondantes dans l’air que l’expiration ramène des poumons. La ligature de l’œsophage a démontré qu’elles ne provenaient pas de l’estomac. Le sang qui revient des poumons au cœur est donc dépouillé, à son passage dans le système respiratoire, d une grande partie des molécules qu’il av.ait reçues de l’absorption. Celles qui lui restent passent avec le fluide sanguin dans les artères; elles se répandent dans toutes les parties du corps; mais alors elles gagnent les suc faces exhalantes , elles arrivent dans les organes sécréteurs , par où une nouvelle portion de ces molécules s écoule encore. Ces appareils sécréteurs et exhalants

sont en effet comme placés autour de l’organisme animal, pour opérer le départ, pour décider l’expulsion de tous les principes qui ne peuvent s’assimiler ni aux humeurs, ni aux solides. Ainsi, dans son cours à travers les oiganes du corps, le sang éprouve une dépulation continuelle; et lorsqu’il arrive aux veines, il n’a plus qu un faible reste de tous les principes que l’absorption lui avait fournis. Cependant c’est ce sang purifié que l’on c.xamine le plus souvent; c’est sur le

yo BK l’action physiologique

sang veineux des membres qu’ont été faites les recherches d’après lesquelles on a prononcé que les molécules de là substance des médicaments ne pénétraient pas dans le torrent circulatoire.

Ces remarques physiologiques prouvent suffisamment que les effets généraux auxquels l’emploi d’un médicament donne lieu , sont souvent le produit de l’impression que font ses molécules sur les organes vivants , pendant qu’elles circulent avec le sang. Ces effets offrent comme l’expression sensible, extérieure, de l’opération occulte que les molécules de ce médicament font éprouver à toutes les parties du système animal. Maintenant considérons dans l’absorption des substances médicamenteuses, i“ces substances ellesmêmes; 2“ les surfaces sur lesquelles on les applique.

Toutes les matières naturelles qui sont médicinales ne se prêtent pas également à l’acte de l’absorption. Toutes ne sont pas prises avec la même facilité par les suçoirs qui exécutent cette fonction. Les expériences de MM. Tiédemann et Gmélin prouvent que les sels métalliques , le fer , le mercure , sont expulsés en grande partie avec les matières fécales , tandis que 1 odeur de Tassa fœtida , du camphre, du musc, etc. , n’est plus sensible à la fin des intestins grêles et dans les gros intestins. Les substances que Ton administre en dissolution dans un liquide , celles qui se présentent aux bouches inhalantes unies à la sérosité qu’exhalent les surfaces sur lesquelles on les applique , s’absorbent très vite et avec une facilité que nous ne devons pas méconnaître. Les corps médicamenteux que Ton donne dans un état sec ou pulvérulent , ceux dont les prin-

cipes ne peuvent contracter d’union avec les litpiides qui humectent les surfaces muqueuses et cutanées , entrent avec peine, avec lenteur, dans les conduits qui doivent les transmettre dans le torrent circulatoire. L’absorption des médicaments dont nous parlons iefest ordinairement imparfaite ; ils traversent le canal intestinal, sans disparaître entièrement; on les retrouve encore dans les gros intestins. Toutefois une proportion plus ou moins grande des molécules de ces agents pénètre toujours dans le sang : on les y découvre comme celles des autres substances. On peut même demander si ces molécules qui restent étrangères aux liquides animaux , qui s’y maintiennent libres de toute combinaison , n’ont pas plus d’action sur les fibres vivantes lorsqu’elles les abordent, si elles ne font pas sur les tissus organiques une impression plus vive et plus profonde lorsqu’elles les pénètrent avec le sang. On sait de plus qu’une qualité âcre , acerbe , mordicante de ces molécules ne peut être un obstacle invincible à leur admission, è leur introduction dans les conduits absorbants , puisque les composés corrosifs , les poisons brûlants même, y pénètrent, comme on le remarque dans les empoisonnements.

Voyons mainterfant les surfaces qui reçoivent les matières médicinales : ces surfaces sont garnies d’une multitude de suçoirs , et ce sont ces derniers- qui introduisent les molécules médicamenteuses dans l’éco nomie animale; mais cette action absorbante présente plusieurs considérations, j® 11 faut qu’il s’établisse un contact intime entre la substance médicinale et les bouches inhalantes qui la recouvrent, si l’on veut que

y 2 UE l’action physiolociqck

l’absorption ait de l’activité. Si l’application de cette substance n’est pas immédiate , elle reste en (pielque manière étrangère au système animal , l’inhalation est languissante. 2“ Les suçoirs absorbants ne montrent pas la même avidité sur toutes les surfaces: il en est où ils travaillent avec une promptitude , une vivacité, une puissance remarquables ; sur d’autres , l’absorption offre une inertie singulière. Le praticien doit donc considérer la condition , la valeur physiologique de la surface sur laquelle il va appliquer un médicament. 3° Les surfaces propres à l’application des agents pharmaceutiques peuvent être dans une disposition morbide : celle-ci modifiera nécessairement l’exercice de leur faculté absorbante. Peut-on attendre un égal produit de l’absot-ption d’une surface qui serait dans un état de relâchement , qui aurait perdu de sa vitalité, et de celle qui au contraire se trouverait plus chaude, plus sèche, irritée? 4° Il peut arriver que le contact du médicament soit pénible pour l’organe qui le reçoit, et que ce contact provoque des mouvements, des secousses qui détacheront la substance médicamenteuse, qui décideront même son expulsion. Aussitôt après l’ingestion d’un médicament survient-il un vomissement qui ramène cet agent hors de la cavité gastrique, il ne peut y avoir pénétration de ses molécules dans le système animal. Quand l’arrivée d’une substance médicinale dans les intestins excite les contractions musculaires de ces organes , cette substance les traverse avec une vitesse inaccoutumée, elle fait dans leur' intérieur un trop court séjour , l’absorption en recueille à peine quelques particules. 5» Une disposition

DES M)h)lC AMENTS.

générale de l’économie animale peut aussi nuire à 1 exeicice de l’absorption des matières pharmacologiques. M. le docteur Magendie a démontré que la pléthore ralentit cette fonction. lia expérimenté en même temps qu’une effusion de sang, qu’une déplétion des vaisseaux sanguins lui restituait aussitôt toute son énergie : fait important pour le thérapeutiste, puisqu’il lui apprend que l’on doit peu compter sur les effets physiologiques qui dépendent de l’absorption d un médicament , lorsqu’on l’administre à un malade qui a le pouls fort et plein , chez lequel le sang se porte avec force vers les extrémités- artérielles ; mais en même temps il voit qu’il suffira de saigner ce malade , de désemplir son système sanguin , pour rétablir chez lui l’action absorbante. Toutes ces remarques intéresséntle thérapeutiste dans les cas très fréquents où les avantages qu’il attend d’un médicament dépendent de l’intromission de ses principes dans le corps malade.

De l’action qu’exercent les médicaments par le jeu des sympathies.

Tous les médicaments ne tirent pas leur activité de l’absorption de leurs principes; il en est dont la puissance se propage d’une , autre manière. Tout à l’heure c’étaient les artères ([ui répandaient partout les molécules médicamenteuses, qui par là soumettaient toutes les parties vivantes à l’action de ces dernières. Les qerfs paraissent remplir parfois le même office, et porter aux organes les plus éloignés l’influence des agents pharmaceutiques.

Ce mode de communication, pour être secret et

74 l’action physiologique

inconnu clans son mécanisme , n’en est pas moins hien constaté. On a vu des médicaments susciter, peu après leur arrivée dans l’estomac , un trouble général , des phénomènes importants; tous les organes semblaient ressentir leur pouvoir, toutes les fonctions de la vie prenaient un autre mode d’exercice. Cependant le vomissement ramenait au dehors la substance avalée; et elle n’avait rien perdu de son poids ni de son volume.

Les effets organiques qui émanent d’une cause sym palhique sont dignes de l’attention dupharmacologiste. Une impression est exercée sur un point du corps , bientôt elle se répète sur tous les autres ; elle semble devenir, d’une manière soudaine, commune à divers appareils organiques. Ces derniers n’ont eu aucune relation directe avec le médicament, cependant ils éprouvent une modification dans leur vitalité actuelle ; leurs mouvements prennent une autre mesure; l’exercice de leurs fonctions se fait suivant un autre rhythme. A en juger par les variations qui surviennent dans l’état de ces appareils, on croirait que la substance médicinale agit directement sur leur tissu.

Les médicaments qui étendent leur puissance par le ' moyen des communications sympathiques, font toujours une impression plus ou moins remarquable sur le lieu où on les applique. Vous faites prendre une cuillerée d’une potion qui contient de l’opium; celte substance change d’abord le mode de vitalité de l’organe gastrique , donne aux nerfs de ce viscère une nouvelle disposition qui se communique aussitôt à tout l’ensemble du système cérébral. C’est alors que vous voyez cesser les accidents spasmodiques qui avaient

DES MÉDICAMENTS. 7

leur siège dans des organes éloignés. Les agents médicinaux attaquent la surface qui les reçoit , etc est cette agression qui paraît provoquer le jeu des sympathies : c*est de ce lieu que part la puissance médicinale, pour se propager aux autres parties de 1 économie animale. Ainsi:, lorsque l’on administre le kermès minéral, l’ipé cacuanlia , l’oxymel scillitique, etc, pour en obtenir un effet expectorant, ces substances stimulent d’abord l’estomac, puis, par le ressort des sympathies, leur action excitante se transmet aux organes pulmonaires , auxquels elle redonne de l’énergie, dont elle réveille la force expulsive. L’observation clinique nous montre qu’une cuillerée d’une potion où se trouvent lès matières médicinales dont nous venons de parler est à peine arrivée dans l’estomac , que la toux prend un autre caractère , que l’expectoration devient plus facile. Dans certains médicaments , la puissance médicinale semble sortir d’une double source ; ces agents suscitent un ordre d’effets organiques qui sont une suite bien évidente de l’absorption de leurs molécules ; mais en même temps on voit naître d’autres phénomènes qui procèdent d’une influence sympathique. Aussitôt après l’emploi de l’alcohol , les forces vitales augmentent dans tout le système animal ; cette confortation instantanée est un produit de l’excitation du système gastrique , qui a comme retenti è la fois dans toutes les pariief;, par l’intermédiaire des nerfs; puis plus tard se manifestent d’autres effets qui tiennent ù 1 impression des molécules alcoholiques sur les tissus vivants. De même, la valériane sauvage , le safran, ont une propriété excitante ; l’emploi de ces productions

7^ CE l’action PIIYSIÜLOÜIQUE

lait naître tous les changcinonls organiques que l’exercice de cette propriété a coutume do produire i mais au milieu de ces changements, on distingue des phénomènes nerveux que les autres substances excitantes ne produisent pas, et dont la plupart ont une origine sympathique.

C’est toujours dans l’appareil cérébral que l’on doit chercher le secret de la transmission de la puissance médicinale par la vole des sympathies. Toutes les impressions nouvelles ou insolites qui s’exercent sur les organes se rendant aussitôt au cerveau , et ce dernier pouvant transmettre aux diverses parties du corps, par d’autres expansions nerveuses, ce qu’il vient de ressentir, le mécanisme de la propagation sympathique de la vertu des médicaments devient facile h concevoir. Le cerveau étant en correspondance directe, à l’aide des nerfs , avec tous les tissus vivants, peut ainsi leur rendre commune une influence qui lui arrive par quelques uns de ses moyens de communication ; une action médicinale , qui semble bornée à un seul point, se répand par ces routes secrètes dans l’économie tout entière. Il serait bien curieux de pouvoir assigner le rôle que jouent dans les phénomènes qui nous occupent les nerfs ganglionaires ou le trisplanchnique. Toutes les parties de ce système nerveux se tiennent , se correspondent ; il est en relation intime avec le cerveau et avec la moelle épinière : il anime les principaux viscères. Sa disposition anatomique n’attcsto-t-elle pas l’intention de former un ensemble, un tout des appareils organiques les plus essentiels à la vie ?

Lorsque les avantages que l’on attend du médica-

«ES MliDICAMENTS.

ment auquel on a recours émanent d’influences sympathiques , il devient important, i“ de considérer l’étendue de l’impression que cet agent fait sur le lieu du corps qui le reçoit ; 2" d’étudier les relations que ce lieu entretient avec les principaux appareils organiques. Toutes les surfaces sur lesquelles on applique des médicaments ne sont pas également habiles à mettre en jeu les sympathies ; elles n’ont pas toutes des moyens également sûrs pour porter aux autres parties les impressions qu’elles ressentent. On doit surtout examiner la disposition actuelle de celle que l’on choisit. Lorsque la sensibilité de la surface gastHque est affaiblie ou engourdie , les effets sympathiques des agents médicinaux paraissent moins marqués, et naissent avec plus de peine. Celte surface est -elle plus sensible, irritée; les effets sympathiques des médicaments se montrent plus prompts et offrent beaucoup plus d’intensité. Si l’on suit les effets physiologiques que provoquent le camphre , l’arnica , la digitale pourprée , etc. , on voit qu’un quart , un cinquième de la dose ordinaire cause , aussitôt après son ingestion , des vertiges, des éblouissements , de l’agitation lorsque la substance médicinale arrive sur une surface qui est dans un état de phlogose. Au contraire, les poisons n’agissent plus dès que l’estomac est frappé de stupeur. On a pu donner impunément de fortes doses d’extrait de noix vomique h des animaux auxquels on avait fait la ligature ou la section des nerfs pneumo-gastriques. M. Dupuy a lait descendre dans l’estomac d’un cheval dont les nerfs de la huitième paire avaient été coupés, deux onces de noix vomique râpée et mise en bols;

78 DE l’action rn-ÏSIOLOGIQÜE

celle substance n’a produit aucun efiet. La même quantité donnée à un autre cheval qui n’avait pas subi cette opération , l’a fait périr en peu d’heures, après trois accès terribles qui avaient été précédés de convulsions violentes et de roideur tétanique.

Des médecins voudraient n’admettre que la vole des sympathies pour la transmission de la vertu des médicaments, de la partie du corps sur laquelle on les applique à toutes les autres. Selon eux , les médicaments que l’on administre h l’intérieur , par exemple , agissent sur la surface gastrique ,et c’est cette impression qui, propagée au cerveau d’abord, et par le moyen des nerfs à tout le système animal , devient la cause des effets physiologiques , ainsi que des produits thérapeutiques qui suivent leur administration. Mais cette hypothèse peutelle être admise ? D’abord il est constant que les molécules des médicaments que nous prenons pénètrent dans le fluide sanguin , qu’elles circulent avec lui. Ihest constant que ces molécules ne sont point assimilables , qu’elles n’entrent point dans la constitution du sang. Il est de plus prouvé qu’elles conservent dans ce fluide leurs qualités physiques et chimiques , puisqu’elles reparaissent avec ces dernières dans les humeurs sécrétées ou exhalées. Or comment concevoir que ces molécules pénétreraient avec le sang dans les tissus organiques , qu’elles se trouveraient en contact avec toutes les fibres, et qu’elles resteraient dans l’inertie? N’est-il pas naturel de penser que ces particules agissent sur tous les appareils organiques dans lesquels elles arrivent, et que ce sont ces agressions répétées sur tous les points de l’économie animale, multipliées en quelque sorte

DES MÜDICAMENTS.

par le nombre des libres qu’elles allaquenl à la lois , qui causent les variations que l’on observe dans l’exercice des lonctions de la vie après l’usage des agents médicinaux ? Ces derniers ne produisent ils pas les mêmes elVets généraux, soit qu’on les porte dans l’estomac ou qu’on les injecte dans les veines? N’oblicnton pas souvent un résultat physiologique semblable , en les appliquant sur la peau, sur la surface interne des gros intestins , ou dans l’estomac ?

T)e l’action que les médicaments exercent par la conliguite' des organes.

Il est certain qu’un médicament qui recouvre une partie du corps ne borne pas son action ü sa superficie , mais qu’il étend son influence è travers les tissus qui se trouvent au-dessous, et qu’il peut par là atteindre des organes situés assez profondément. L’agent médicinal semble alors propager sa force active par une sorte d’irradiation. Cette force embrasse un rayon souvent assez étendu , et tous les organes compris dans cette limite sentent sa puissance , et l’expriment par les variations que l’on remarque dans leur état actuel , dans leurs mouvements , dans leurs fonctions.

La thérapeutique modifie souvent d’une manière favorable l’état actuel de certains organes, en agissant sur eux par voie de contiguïté. C’est ainsi qu’elle veut opérer , lorsqu’elle applique sur la région épigastrique une emplâtre de thériaque , un sachet de quinquina , pour fortifier 1 appareil digestif, ou pour faire cesser des vomissements spasmodiques, etc. On met aussi des épilhèmes composés de substances toniques , exci -

8o I.’/VCTION l'IlYSIOLOGlQUi;

Unies , cinollicnles , calmantes , sur la région du foie , de la vessie et des autres organes. L’intenlion du médecin , dans ces circonstances , est de faire pénétrer la vertu des médicaments de dehors en dedans , depuis la surface externe sur laquelle repose la matière médicinale, jusqu’à l’organe malade dont on veut changer le mode de vitalité. L’imagination pourrait suivre de proche en proche les progrès do cette influence médicinale, en donnant en profondeur et en circonférence une certaine latitude à l’impression que le médicament hiit sur le lieu avec lequel on le met en contact.

C’est encore par le mode d’action dont nous parlons que se rendent utiles les cataplasmes, les onguents, dont on recouvre les tumeurs inflammatoires , les congestions froides , les engorgements de glandes , etc. Leur puissance médicinale pénètre les parties sousjacentes pour atteindre les tissus malades. Dans une phlegmasie des voies pulmonaires avec une toux sèche et fatigante , une cuillerée de looch blanc ou d’une potion d’huile douce et de sirop a pu à peine lubrifier le pharinx et l’intérieur de Tœsophage , que déjà le malade éprouve du soulagement , souvent même rend quelques matières par l’expectoration. Peut-on méconnaître que l’impression émolliente , relâchante , que ce composé onctueux fait le long du canal œsophagien , se transmet alors jusqu’aux organes pulmonaires dont il est très rapproché?

Il ne sera pas inutile de rappeler ici les expériences de M. Lebkuechner , desquelles il résulte que les substances salines , âcres , acerbes , que l’on applique sur

DES MÉDICAMENTS

une des faces du péritoine pénètrent à travers cette membrane, et se montreni peu de minutes apres sur la face opposée, même dans les muscles qu’elle recouvre. Ainsi vingt grains de muriale de fer dissous dans une demi-once d’eau furent poussés dans le ventre d’un chat : quatre minutes après , la face externe du péritoine teignait le papier et prenait une teinte bleue par le prussiate de potasse. On fit la même expérience avec de l’encre noire : au bout de dix minutes , on tua l’animal ; les muscles appuyés sur le péritoine étaient noirâtres, /4t la face externe de cette membrane noircissait le papier. {Journ. cojnpl, du Diction, des Sc. méd. , tom. v, p. ) Nos tissus sont-ils donc perméables pendant la vie , et les principes des médicaments que l’on applique dessus peuvent-t-ils les pénétrer par une sorte d’imbijjition ?

Dirons-nous ici que sur quelques surfaces on trouve le moyen d’exciter des appareils sécréteurs , de loin et sans toucher leur tissu ? L’observation physiologique prouve qu’il suffit d’irriter l’extrémité du conduit excréteur d’une glande pour faire entrer celle - ci dans une sorte de turgescence , et accélérer sa fonction sécrétoire. C’est ce que font les émétiques et les purgatifs, lorsqu’ils arrivent dans le duodénum ; l’impression que ressent l’extrémité du canal cholédoque se transmet au foie et au pancréas ; ces organes se mettent dans un état d’orgasme et fournissent une grande quantité de bile et d’humeur pancréatique. C’est encore ce que nous voyons arriver pendant l’üsage des masticatoires irritants: toutes les glandes salivaires éprouvent un gonllcmcnt , leur action sécrétoire devient exces- >• G

8a DE l’action miysiolocique

sivc , la salive découle en abondance de la bouche.

De l’action des médicaments par révulsion.

Lorsqu’un médicament irrite un point du corps , qu’il y appelle le sang, il crée un foyer de vitalité, de fluxion , et un centre de perceptions morbides. La médecine clinique met souvent en pratique ce procédé , pour déplacer des irritations, des phlogoses imminentes , des spasmes fixés sur le cerveau, sur la poitrine, sur l’estomac , etc. C’est par cet effet physiologique que les pédiluves chauds , chargés de sels ou de savon , les sinapismes, les épispastiques, deviennent souvent des secours si efficaces. C’est aussi en établissant, pendant plusieurs heures , une irritation sur la surface intestinale, que les purgatifs se rendent utiles dans quelques affections de la tête et de la poitrine , enlèvent subitement des céphalées, des étouffements, etc.

On peut encore trouver une sorte de révulsion dans l’opération des médicaments qui deviennent sudorifiques, diurétiques, emménagogues. Le développement subit qu’ils provoquent dans la vitalité de l’appareil cutané , de l’appareil urinaire ou utérin, a souvent sur les autres organes du corps une influence révulsive, La grande somme de vie que reçoit alors celui de ces appareils qui entre en action , le rend momentanément comme un point où aboutissent les mouvements organiques; et s’il existe dans le même temps sur quelques tissus vivants une irritation , même une phlogose récente, encore peu tenace , le travail établi par l’agent médicinal sur la surface de la peau , sur les reins ou

sur l’iilérus, peut détourner, anéantir, ou au moins diminuer celle alTection pathologique.

De l’injection des médicaments dans les veines.

Nous ne ferons ici qu’une simple mention de ce procédé. Il présente trop d’incon?énients, même de dangers, pour devenir jamais usuel. On sait que les partisans de cette manière de médicamenter l’économie animale , insistaient principalement sur les décomposilions que la faculté digestive de l’estomac devait opérer dans les principes des matières médicinales , et sur l’altération qu’éprouvaient alors les propriétés curatives dont on les supposait dépositaires. C’était pour les trouver avec la suprême efficacité dont on disait que l’auteur de toutes choses les avait pourvues , que l’on imagina de les verser immédiatement dans les veines. Comme en même temps on admettait que toutes les maladies avaient leur cause matérielle dans le sang , il paraissait incomparablement plus utile de porter immédiatement dans ce liquide les remèdes qui devaient la détruire. Nous nous contenterons d’observer: 1“ que les forces gastriques ne dénaturent dans les productions végétales ou animales qui servent à former des médicaments, que les matériaux qui ont une qualité alimentaire, comme le sucre , le mucilage, la fécule, etc. ; mais qu’elles ne peuvent rien contre les principes qui recèlent une propriété médicinale, comme le tannin , l’extractif , la résine , etc. ; 2“ que les agents pharmacologiques n’ont pas de vertus curatives qu’ils puissent perdre en passant dans l’estomac, puisque les avantages que procure leur usage, dérivent de l’action

DE l’action physiologique

qii’cx^rcenl sur nos organes les principes dont nous venons de parler, et des effets physiologiques qui en sont la suite. ,

Le docteur Schwilgué a de plus proposé d’admettre un mode de propagation de 1 action des médicaments, par la continuité des tissus organiques : ainsi une impression faite sur l’origiue ou sur un point d’une membrane muqueuse se répand fréquemment sur toute la surface : la similitude d’organisation de ces tissus , la communauté de vie qu’ils entretiennent, explique cette propagation. Il voulait aussi que les agents pharmaceutiques étendissent leur puissance par la subordination de certains organes à l’égard des autres : ainsi, en changeant l’état actuel de l’estomac, on influait sur l’appareil cérébral; il est évident que ce mode de transmission rentre dans celui qui tient à la sympathie. Enfin on. a proposé d’admettre un pouvoir sur certains organes en particulier, par suite d’une action générale ; ce qui revient encore ou à l’action qu’exercent les médicaments , par suite de l’absorption de leurs molécules , ou à colle qui procède du jeu des sympathies.

Du pouvoir de L’habitude sur l’action des médicaments.

Si l’on réitère tous les jours l’administration du même médicament, si son action se répète sans mlerruptlon sur la même surface , on observe un résultat singulier. La puissance de cet agent pharma- Cüloo-ique paraît s’affaiblir de jour en jour, .1 perd peu

DES MEDICAMENTS

à peu de son énergie , il finit par ne plus produire d’effets sensibles. On le voit alors rester impuissant sur des parties où , peu de temps auparavant , sa présence se signalait par une activité remarquable. Toutefois, l’inertie du médicament n’est ici qu’apparente , car pour lui, il n’a éprouvé aucun cbangement; il a conservé ses principes, ses qualités physiques et chimiques, toutes ses propriétés: il met encore en jeu la faculté qu’il a d’attaquer les tissus qui sont doués de la vie : mais c’est l’état vital de ces derniers qui n’est plus le même, c’est la susceptibilité des parties sur lesquelles le médicament agit, qui a subi une modification. Comme ce sont les organes qui exécutent les effets -immédiats des agents médicinaux, quand ils ne sentent plus l’aiguillon de ces derniers, leurs mouvements naturels ne varient pas; alors ces agents paraissent sans force, sans activité. Quoi qu’il en soit, voilà sans doute un phénomène très curieux pour le physiologiste; il acquiert une autre importance aux yeux du thérapeutiste. Ce dernier apprend, par cette observation, qu’il faut augmenter progressivement la dose des médicaments donton continue l’usage pendant quelque temps , si l’on veut que l’action de ces médicaments conserve toujours la Inême étendue , la même intensité. Le fait physiologique qui nous occupe lui montre aussi qu’il est sage de suspendre de loin à loin 1 administration des agents dont l’emploi doit durer plusieurs mois, afin que les organes ne deviennent pas, par le pouvoir de l’habitude, insensibles à leur impression.

Ce n est pas seulement avec la puissance des ag«'uts

DE L ACTION l’HTSIOLOClQL'E

pharmacologiques que nos parties vivantes parviennent à se familiariser ; on sait qu’elles peuvent aussi émousser la violence des poisons les plus redoutables , braver le contact des substances les plus délétères. Il suffit , pour rendre inoffensive la matière dont on redoute l’action , de n’en prendre d’abord que de très petites doses , d’y ajouter tous les jours quelque chose , d’observer avec soin le produit do ces augmentations successives , pour ue pas les faire d’une manière trop brusque ; car il faut retenir le pouvoir de la matière vénéneuse dans des limites qui l’empêchent d’être nuisible. Ici, les résultats étonnent toujours l’observateur. Il est au fond difficile de concevoir comment l’estomac , par exemple , soutient , sans éprouver de dommage , le contact d’une substance qui a coutume d’éteindre sa vitalité, ou de détruire en un instant sa texture, seulement parce que l’on a commencé à n’introduire dans sa cavité que de très petites quantités de cette substance, et que prévenu en quelque sorte journellement de l’agression qu’il allait recevoir, cet organe s’est mis en mesure d y résister. La dixième partie , ou même moins encore de ce que l’on prend sans inconvénient , aurait causé les plus grands ravages, si on l’avait porté tout h coup dans l’estomac ; mais si ce viscère a été préparé par 1 habitude à soutenir son impression , cette masse de substance vénéneuse ne cause plus de mal.

Nous devons ici examiner le pouvoir de l’habitude, i» sur les surfaces qui reçoivent immédiatement les médicaments; 2” sur les tissus vivants dans lesquels leurs molécules pénètrent avec le sang, après leur ab-

D£S MÉDICAMENTS

sorplion ; 5° sur les effets qui naissent du jeu des sympathies. 11 est facile de constater la faculté qu’ont les surfaces gastrique, intestinale, oculaire, buccale, etc., de se rendre insensibles au contact des médicaments , lorsque l’on réitère tous les jours l’application de ces agents sur elles. L’observation clinique nous montre que la force des composés pharmaceutiques dont on se sert pendant quelque temps , décroît progressivement, et que ces composés finissent par n’avoir plus prise sur les parties , qui d’abord recevaient des atteintes très vives de leur présence. Remarquons qu’une surface peut cesser de sentir l’impression d’un médicament, sans que ce dernier ait perdu son pouvoir sur les autres. Telle substance n’agit plus sur l’estomac , qui a conservé toute son énergie si vous vous en servez en lavement ou si vous la portez sur la surface des yeux, etc. Ajoutons que nos organes n’anéantissent pas avec la même promptitude , avec la même facilité, la force agissante de tous les médicaments. Les substances qui ont une propriété irritante conservent plus long-temps leur activité ; celles qui ont une vertu stupéfiante cèdent plus tôt.

Quand une surfaçe est devenue insensible à l’action d un médicament, ses suçoirs absorbants n’en conservent pas moins leur énergie. Pendant que cet agent est comme inactif sur ce point du corps, ses molécules sont importées dans la masse sanguine ; il ne fait plusd impression sur le lieu qui le reçoit, mais il provoque , dans les mouvements des autres organes et dans l’exercice des diverses fonctions de la vie . des ehangements qui mettent en évidence son pouvoir.

DE L ACTION PHYSIOLOCIQDE

Bientôt les fibres , les tissus organiques s’habitueront eux -mêmes au contact des molécules qui leur arrivent avec le sang; ils finiront par ne plus sentir leur aiguillon. Le corps entier paraîtra rempli de ces molécules actives , et rien ne viendra déceler leur présence.

L’habitude peut donc rendre une surface presque insensible h l’action d’un médicament, sans garantir les autres organes du corps des atteintes de sa puissance, si l’absorption porte toujours scs molécules dans le sang , et que celles-ci pénètrent des tissus que l’assuétude ne défend pas. Mais cette indépendance de l’action locale et de l’action générale n’a plus lieu pour les effets qui naissent du jeu des sympathies , parce que ces derniers ont leur principe dans la partie médicamentée. Quand les extrémités sentantes, qui s’épanouissent sur une surface , ne sont plus ébranlées par la présence d’un médicament, les communications nerveuses qui transmettaient au loin la vertu de ce dernier paraissent rompues; l’emploi de cet agent ne provoque plus les mouvements sympathiques qu’il avait coutume de faire naître.

Les premières fois que 1 on administre certains médicaments , ils font naître des effets que l’on n’aperçoit plus quand la surface qui les reçoit s’est un peu accoutumée à leur action immédiate. Souvent l'arnica trouble les mouvements naturels du canal alimentaire , cause des déjections alvines , lorsqu’on commence à s’en servir. Les premières prises de térébenthine , en pilules, suscitent fréquemment une irritation passagère sur la surface intestinale, elles donnent lieu à des selles.

UES MÉDICAMENTS

liquides. Le camphre , l’assa-fœtida , le vin anliscorbu tique, les sucs dépurés, etc. , occasionenl à quelques personnes un malaise pénible à la région épigaslii-

que, des tiraillements, des gonllcmentsd estomac, des

pneumatoses intestinales, etc., qui cessent dès que les voies digestives se sont habituées au contact de ces substances. Or ces effets sont de véritables accidents dans la médication que suscitent les agents dont nous venons de parler. Ce n’est point de ces mutations transitoires que la thérapeutique attend des avantages, ce ne sont point ces phénomènes momentanés qu elle oppose aux mouvements pathologiques; aussi, quand, au bout de deux ou trois jours , l’estomac et les intestins se familiarisent avec ces médicaments , et que leur administration ne fait plus naître les effets qui nous occupent en ce moment , leurs principes actifs n’en provoquent pas moins les changements organiques que l’on désirait de leur action , on en retire toujours toute l’ulilité que l’on était en droit d en espérer. Ces produits accidentels des agents pharmacologiques ont si peu d’importance, que les ingrédients qui entrent dans les formules, sous le titre de correctifs , ont ordinairement pour objet de les prévenir, en • empêchant les substances qui forment la base du composé , de faire une impression trop vive sur l’or gane gastrique et sur la surface intestinale.

On doit distinguer l’habitude dont nous venons d’observer’ le pouvoir sur les tissus vivants , de ce que l’on nomme encore habitude, lorsque l’on considère l’influence des climats , des saisons , des constitutions atmosphériques, etc. , sur l’homme. Ici il u’y a

go DE l'action PUYSIOLOüiyUE DES MÉDICAMENTS,

plus un simple anéanlissement d’une puissance extérieure par la répétition des mêmes impressions. Sous l’empire d’une autre latitude, d’une autre saison, d’un air doué de qualités différentes , etc. , les mouvements des organes ont adopté un mode particulier d’action , les fonctions assimilatrices ont suivi un rhythme nouveau; et c’est lorsque le sang, les organes, tout le système animal a pris une complexion organique spéciale , que le corps passe pour s’être habitué au nouvel ordre de choses au milieu desquelles il vit. Mais alors son état physique, sa constitution intime, sa prédisposition, la nature de ses maladies, tout annonce qu’il n’est plus le même ; et si les puissances extérieures ont cessé d’agir sur lui , c’est qu’il s’est mis comme en harmonie avec elles.

DES El'FETS DES MÉDICAMENTS,

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