‹ Traité élémentaire de matière médicaleChapitre 9 sur 40 · LA FORCE ACTIVE · texte numérisé non relu

LA FORCE ACTIVE

Dirons-nous que l’on a voulu aussi expliquer, par une cause mécanique, les effets que les médicaments produisent dans l’économie animale. Les partisans de celte opinion portent leur attention sur les molécules qui constituent la matière des agents pharmacologiques. Ils supposent que dans chacun de ces agents ces molécules ont une figure déterminée ; que dans les uns elles sont en pointes, et dans les autres en coins; que ceux-ci SC composent de sphères , ceux-là de lances , etc. : or , après l’administration de ces médicaments , ils voient ces molécules se porter dans les humeurs et dans les organes , s’insinuer entre leurs parties , leur faire aussitôt acquérir d’autres qualités physiques , donner aux humeurs plus de densité ou plus de fluidité, favoriser ou ralentir leur cours h travers les canaux qui les contiennent, élargir ou diminuer le calibre de ces derniers , etc.

Il est digne de remarque que toujours l’attention des médecins , lorsqu’ils s’occupèrent de la force active des médicaments et des effets qui suivent leur administration , resta fixée sur ces agents. Ils négligèrent tout -à- fait le sujet sur lequel cette force s’exercait; ils raisonnaient comme si le corps vivant pouvait se prêter d’une manière passive à toutes les modifications que les substances diverses qui pénètrent dans son intérieur voudraient lui faire éprouver. Ils oubliaient que nous tenons du principe qui nous anime , une force de résistance qui isole la substance liquide et solide de notre être , et empêche tout mélange chimique ou mécanique de la matière médicinale et de la matière organique. Pourquoi chercher

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dans les principes matériels du médicament, la cause, la raison des changements physiologiques que l’on observe dans l’économie animale après son administration. Ces changements sont exécutés par les organes, et l’agent pharmaceutique n’en est que le provocateur.

La force active des médicaments ne peut se concevoir que comme une tendance qui porte leurs molécules à pénétrer les tissus organisés , à se combiner avec les principes de ces derniers ; et les effets sensibles que leur action fait naître , doivent être considérés le plus souvent comme une réaction que la vie détermine dans ces tissus contre celte agression. Lorsqu’on chimie deux corps qui se conviennent se rencontrent , il y a un effort réciproque pour amener une combinaison : mais en matière médicale , l’un des deux corps est animé , et celle combinaison ne peut plus avoir lieu. Dans le rapprochement d’un médicament et d’une partie vivante , le premier obéit à la force qui porte ses principes à s’unir avec la matière organique ; mais celle-ci se révolte contre cette tentative ; il en résulte une série coordonnée de mouvements qui souvent se manifestent comme des efforts que font les organes contre l’attaque de la substance médicinale. Ne pourrait-on pas figurer un médicament irritant, en contact avec une surface sensible , comme produisant une foule d’aiguillons qui blessent et torturent cette dernière ? Tous les changements organiques qui se manifestent alors annoncent l’intention de délivrer cette surface, d’en expulser l’agent irritant. Le resserrement fibrillaire que détermine l’impression d’un tonique ne peut-il pas être regardé comme une retraite qu’opèrent les organes sur

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eux mêmes , pour éviter un allouchement qui leur est pénible? Quand on suit l’action d’une substance stimulante sur le corps vivant, ne croit-on pas voir tous les appareils organiques qui le constituent accélérer par synergie leurs mouvements, comme si par cette précipitation ils voulaient fuir les atteintes de la cause qui les aiguillonne? etc.

La force agissante que possède un médicament n’est point attachée à un être physique que recèlerait cet agent; cette force tire sa naissance de l’opposition qui existe entre les matériaux chimiques qui le constituent, et les parties vivantes sur lesquelles il s’applique. Ce n’est point l’union de la matière du médicament avec les humeurs ou avec les organes qui donne lieu aux effets , aux changements qui surviennent dans l’économie animale après l’emploi de cet agent ; seulement , par son influence sur nos parties , il est la cause déterminante des variations qui se manifestent dans leur état , dans leurs mouvements , dans leurs fonctions.

Si nous ne pouvons dévoiler l’essence de la lorce active que recèlent les matières médicinales , nous signalerons au moins dans son étude deux points fort importants ; c’est l’examen de son caractère et l’étendue de sa puissance. Cette force est une , invariable ; elle n’a qu’une manière de se produire , de se manifester. En contact avec une partie vivante, un médicament exerce toujours sur elle le même genre d’impression , il suscite les mêmes effets organiques. Ses propriétés émanent des matériaux qui composent la substance de cet agent , du muqueux , de l’extractif,

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de la résine , de l’huile volatile , etc. , elles ne varient que quand ces principes se dénaturent. Si un composé pharmaceutique acquiert une vertu différente de celle qu’il avait, c’est que, par suite d’une fermentation , ou par le jeu d’affinités établies entre les éléments qui le constituent, il a cessé d’être ce qu’il était, il est devenu un autre corps. Née de la composition matérielle du médicament, sa faculté agissante est fixe comme elle. C’est toujours une action de la même nature , qu’un composé pharmaceutique exerce sur les tissus avec lesquels on le met en contact ; et s il survient tant de variations dans les effets que les mêmes médicaments font naître , c’est dans 1 état actuel du corps qu’il faut en chercher l’explication.

Il est un autre point également digne d’intérêt dans l’étude de la puissance des médicaments ; c’est l’examen de son énergie, de la vivacité de son développement, de la profondeur, de la ténacité, de la durée de son impression. La faculté d’agir sur nos organes n’est pas égale dans lotîtes les substances médicinales. Il en est oü elle sc trouve concentrée: dans une petite quantité de matière , il existe une grande somme d’activité. Un grain d’opium, ou deux grains de larlrale d’antimoine et de potasse , suffisent pour déterminer dans le corps vivant un trouble , une révolution considérable. Dans d’autres substances au contraire , la force active paraît rare et débile : il en faut administrer un volume considérable pour qu’elle produise des effets sensibles.

Cette inégalité de puissance se remarque dans des substances médicinales qui sont douées de la même

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vertu , qui suscitent le même mode de médication. Trois grains de coloquinte suffisent pour provoquer la purgation ; il faudra trois gros de séné et plus pour produire un effet qui soit aussi marqué. La mesure du développement de la force active dans chaque corps médicamenteux est importante à établir , quand ou s’occupe des productions que l’on doit regarder comme des succédanés , comme des moyens qui peuvent se substituer les uns aux autres dans la médecine clinique.

Il ne suffit pas que les substances médicinales possèdent une activité de la même nature , ni qu’elles fassent sur les organes une impression de la même espèce , il faut encore calculer le degré d’étendue que possède cette activité dans ces diverses productions , et déterminer le volume ou la dose que l’on doit employer de chacune d’elles , pour obtenir un mouvement , une mutation organique d’une intensité déterminée, pour rendre la médication que l’on provoque , capable de remplir les indications thérapeutiques que l’on a en vue. Ainsi le quinquina et la petite centaurée possèdent une propriété tonique ; mais il faudra une once de la dernière pour représenter un gros de l’écorce péruvienne : or, veut -on avec ces substances produire des effets, comparatifs , on doit regarder ces deux masses si disproportionnées comme couvrant une ^ force médicinale égale. Si une depai-once de quinquina eu poudre est nécessaire pour suspendre l’accès d’une fièvre intermittente , quelle dose énorme de petite centaurée ne faudra -t- il pas employer? celle-ci peutelle réussir , peut-elle devenir fébrifuge si elle n’opère le même mouvement organique que la première

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