MÉDICAMENTS EXCITANTS
Section I. Considérations générales sur les médicaments excitants.
Les médicanienls que nous nommons excitants , «10dicamenta excitantia, du verbe latin exeitare, exciter, réveiller, émouvoir; stimulants , sitinu/awïta , du verbe stimulare , piquer, aiguillonner, forment un ordre particulier de moyens pharmacologiques qui se distinguent de tous les autres, 1° par leurs qualités sensibles ; 2“ par leur composition chimique ; 3° par la nature des effets physiologiques qu’ils suscitent; 4° par les indications thérapeutiques qu’ils servent à remplir. C’est surtout à l’influence que ces médicaments exercent sur l’économie animale que nous nous attacherons pour les caractériser. Aussitôt après leur administration , les tissus vivants exécutent des oscillations répétées , et semblent tourmentés par une cause mécanique qui les irrite : on voit les organes accélérer leurs mouvements , presser leur action ; toutes les fonctions de la vie suivent un mode d’exercice plus prompt, plus rapide. Si l’on voulait donner à l’esprit une idée matérielle de l’opération excitante de ces agents, on pourrait les représenter comme remplis
KIîS MiiDICAMllNTS
d’une foule d’aiguillons qui se produisent aussitôt qu’ils rencontrent une partie douée de la vie , qui la piquent, la provoquent sans relâche.
Les effets immédiats que suscitent les excitants sont très apparents , parcequ’ils consistent dans une accélération des mouvements des organes, et que ce produit s’aperçoit bien, se constate facilement dans le mode nouveau d’exercice que prennent les divers actes de la vie. Aussi tous les auteurs , ceux même qui n’attachaient aucune importance aux changements que l’impression première des médicaments détermine dans l’état actuel du corp$ , et qui ne s’occupaient que des avantages curatifs que leur emploi procure, parlentils de la force et de la fréquence du pouls , de l’augmentation de la chaleur animale, du développement de la vie cérébrale, de l’activité des digestions, elCk , dans les personnes qui ont pris des excitants et qui' sont acluellemenl soumises à leur puissance active.
Les effets des agents dont nous nous occupons «e distinguent de plus par leur importance physiologique. Ce sont les organes les plus: essentiels à la vie qu’ils intéressent ; c’est sur les appareils qui président à la digestion , à la circulation , à la respiration.^ aux sécrétions, aux exhalations, c’est sur l’appareil cérébral, sur les facultés sensitives, qu’ils sc manifestent le mieux. La constance d.es changements organiques que provoquent les e?ccitants est également remarquable: ils forment un ensemble régulier dans lequel on retrouve les mêmes attributs^: Cependant lo nombre des effets que déterminent les médicaments excitants no peut être arrêté: il est dos produits.
EXCITANTS
comme la diaphorèsc , l’éruption des règles , une forte sécrétion d’urine , qui n’apparaissent que quand la propriété stimulante se porte principalement sur la peau, sur l’utérus ou sur les reins. Si ces produits font partie de la médication obtenue, ils augmentent seulement «on importance, mais ils n’en changent pas le caractère ; n’ont-ils pas lieu , cette médication n en est pas moins complète.
L’intensité qu’acquièrent les phénomènes organiques qui succèdent h l’emploi des médicaments de cette classe n’est pas toujours la même ; ce quül y a ici de remarquable, c’est que le degré de force ou de faiblesse que présentent ces phénomènes n’est pas nécessairement proportionné à la dose de matière médicamenteuse que l’ou a employée. La susceptibilité des individus sur lesquels on suit l’action des excitants est la cause ordinaire de l’inégalité que l’on remarque dans le développement de leurs effets. Un état de relâchement, de ramollissement des tissus vivants, semble émousser l’aiguillon des molécules stimulantes ; il faut alors que ces molécules se trouvent eu plus grande quantité dans l’cconqmie animale, et qu’elles pépètrent plus profondément les parties vivantes , pour que leur présence se rende bien perceptible. Il en sera de même lorsque par une diminution de l’influence des nerfs les tissus organiques sont tombés dans l’atonie , que leur sensibilité est moins vive ou obtuse. Au contraire, l’irritation , la phlogose sont des modifications matérielles des tissus vivants qui favorisent l’opération des particules détachées d’une substance excitante. Lorsqu’une condition particulière de l’appareil cérébral
DES MÉDICAMENTS
rend rinlliience des ncrl's plus Ibrle, plus abondanle, et que les organes ont une susceplibilità exagérée, excessive, l’opération des excitants devient encore plus prononcée, plus remarquable. Dans beaucoup d’affections pathologiques et sur les personnes nerveuses, irritables, l’impression des agents excitantsl est sentie plus vivement par tous les points du système animal : un volume moindre d’un médicament excitant produit, dans ce cas, un mouvement plus général et plus prononcé.
Les productions naturelles qui ont la propriété de stimuler les organes, d’animer leur vitalité, d’exaller leur faculté' contractile, sont très' nombreuses; nabis ou les confond, dans les ouvrages de matière médicale , avec d’autres agents et surtout avec les toniqiiès. Nous verrous cependant que les excitants doivent ciré séparés de ces derniers; leur substance se compose dé principes chimiques différents ; ils ne font pas sur les surfaces vivantes la même espèce d’impression, ils no déterminent pas les mêmes effets physiologiques' , enfin, dans le traitement des maladies, ils servent è remplir des indications distinctes. C’est sur la tonicité des tissus vivants qu’agissent les médicaments de la pre mière classe: c’est la contractilité de cés tissus que développent surtout les agents que nous réunissons dans celle-ci. Les premiers rendaient les mouvements plus forts ; les derniers leur donnent plus de fréquence. Pour borner notre attention è l’cslomac , les toniques, en fortifiant cet organe, àssureiil à la digestion line grande perfection; les excitants imprinïèiil phis de célérité h l’exercice de celle fonction.
JiXCITANTS.
Toutes les causes qui développent les l'orces de la vie , qui précipitent la circulation du sang , qui élèvent la température du corps, etc. , comme l’air sec et chaud, l’exercice musculaire, l’insolation, etc. , s’appellent aussi des moyens excitants ou stimulants. 11 est évident que nous ne devons ici nous occuper que des agents qui appartiennent à la pharmacologie.
xSection II. Des substances naturelles qui ont une propriété excitante.
Les trois règnes fournissent des matières dans lesquelles se trouve l’espèce de propriété active que nous désignons par le titre d’excitante. Nous allons soumettre chacune de ces matières ù un examen particulier. Nous commencerons par les productions qui ont une origine végétale.
A. Des substances végétales excilatiies.
Il est important de déterminer d’abord les qualités sensibles des substances végétales qui sont douées d’une üiculte excitante. Ces substances exhalent une odeur aromatique, mais cette odeur est loin d’être iflenlique dans chacune d elles ; il est si dilliciie de saisir les nuances qui distinguent les odeurs , et surtout de désigner ces nuances par une expression dont la valeur soit bien arrêtée, que 1 on se contente de les indiquer par les titres génériques d’ambrosiaques , de fragrantes , d’aromatiques , d alliacées , même de fétides , etc. , sans prétendre déterminer toutes les dissemblances que l’organe de l’odorat trouve entre elles. Le sens du goût reçoit