‹ Traité élémentaire de matière médicaleChapitre 8 sur 40 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

de la force active des MÉDICAMENTS.

Un médicament recèle une force virtuelle qui devient sensible aussitôt que le contact d’une surface vivante en provoque l’exercice. Mais peut-on dévoiler l’essence de cette force agissante, pénétrer les conditions de son existence? Ici les moyens d’investigation employés dans les sciences physiques et chimiques deviennent inutiles. Cette force ne tient pas à des principes qui , dans la composition du médicament, soient différents de ceux qui forment sa substance ; elle n’est point attachée h un être particulier dont on puisse déterminer les qualités ; en un mot , elle n’est point susceptible d’une démonstration matérielle.

Cependant la raison de cette puissance inhérénte aux agents pharmacologiques a , dans tous les temps, piqué la curiosité des médecins. On les voit faire des efforts pour soulever le voile qui la cache à tous les yeux, se livrer à une foule de recherches pour en découvrir la source, pour en connaître la cause. Tous I RttRchent à un élément, à une matière; mais cette dernière reste occulte, invisible, insaisissable. Les auteurs de matière médicale eurent un tel désir de fournir des renseignements sur ce point de la doctrine pharmacologique , que ne pouvant saisir dans les médicaments cette force active , ils crurent devoir

DE LA EOnCE ACTIVE

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oin-ir au moius leurs conjectures sur sa nature dans chaque matière médicinale. Ils commencèrent par supposer qu’elle n’est pas la même dans les substances qui produisent des effets différents; puis ils admirent dans les unes un élément volatil , dans les autres un principe fixe, comme corps dépositaire de cette vertu. Dans certaines productions, ce corps était comparé à une vapeur subtile, à un fluide élheré; dans d autres, c’était un sel acide , un sel sulfureux; des médicaments tenaient leur action d’une substance terreuse. On a sérieusement agité la question de savoir si le sel âcre que l’on supposait exister dans les purgatifs , et dans lequel résidait la vertu évacuante de ces agents, avait une qualité acide ou alcaline.

Cependant c’était de l’action, du pouvoir de ces principes imaginaires, que l’on faisait dépendre tous les effets qui suivaient l’emploi des médicaments. On prétendait que ces principes traversaient du mouvement le plus rapide les fluides du corps , qu ils pénétraient toutes les parties , qu’ils provoquaient dans les organes les changements les plus importants. L’action de ces principes occultes sur les humeurs et sur les sohdes, opérait, d’une manière soudaine, les variations les plus profondes et les plus étendues; la couleur, la consistance, la complexion , toutes les qualités du sang et de la lymphe subissaient tout à coup une modification ; la connexion , la cohésion , la texture , la figure

des fibres constitutives des organes , éprouvaient également une mutation.

Dans cette manière de considérer la force active des médicaments , les matériaux gommeux, extractifs , ré-

DES Médicaments.

sineux, balsamuiues , etc., qui fonuent la substance des productions médicinales ( nous prenons pour exemple les végétales) , n’exercent par eux-mêmes aucune iniluence : ces matériaux servent seulement de retraite ou d’asile aux éléments occultes dont nous venons de parler. On voit avec étonnement que les anciens regardaient comme nuisibles , ou au moins comme inutiles , les impressions exercées par ces matériaux sur les tissus vivants , et les effets organiques qui en sont la suite. Ils cherchaient à les prévenir, comme des produits qui n’étaient que des accidents dans l’opération du remède. C’est dans ce dessein qu’ils ont mis , dans un grand nombre de formules , plusieurs ingrédients dont les uns devaient être les correctifs des autres. Ainsi , dans l’acte de la purgation , on cherchait à empêcher le séné d’irriter la surface intérieure des intestins ; on voulait seulement obtenir l’évacuation des humeurs morbifiques; on désirait ne laisser agir librement que les principes qui devaient expulser au dehors ces humeurs. C’est encore cette opinion que les vertus curatives étaient, dans chaque production médicinale, indépendantes des matières dont se composait sa substance, qui a pu porter les pharmacologistes h altérer ces productions, avant de les administrer aux malades, par une longue exposition à la chaleur ou par d’autres procédés. Des praticiens 'conseillent de n’employer la belladone , la ciguë , etc. , que lorsque ces plantes ont perdu par la vétusté leur viscosité , qu’elles sont dépouillées de leur odeur vireuse. On a torturé la scammonée, la rhubarbe, etc. , pour les dépouiller de leur action irritante.

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