‹ Traité élémentaire de minéralogieChapitre 175 sur 203 · FAMILLE DES SIDER1DES · texte numérisé non relu

FAMILLE DES SIDER1DES

On voit que dans ces sortes de pierres les parties pierreuses dominantes sont des silicates de magnésie, qui se rapportent probablement aux Pyroxènes , aux Péridot , etc. Dans les suivantes , les parties dominantes sont des silicates d'alumine et de chaux.

Pierres météorique* alumineuses.

Magnésie

Chaux .

Oxide de manganèse.

2,75 a3,oo

traces.

traces.

29,00 traces.

*t6tl 17,4890

Il y a bien long-temps que les chutes de pierres ont été remarquées et relatées par les auteurs, puisqu'on en trouve des citations non équivoques qui remontent à douze ou quatorze siècles avant l'ère chrétienne. Les anciens ne paraissent pas en avoir douté , mais les modernes ont relégué ces faits parmi les fables jusqu'à la fin du siècle dernier. En vain des témoins oculaires parlèrent-ils des pierres d'Ensisheim, tombées presque sous les yeux de l'empereur Maximilien, le 7 novembre 149* ; des pierres de Lucé (.Sarthe), du i3 septembre 1768; des

(1) Pierre tombée à Stannern en Moravie le 22 mai 18118. Par Klaproth.

(2) La même, par Ya,uquelin.

(3) Pierre tombée à Juvenas le i5 juin 1821. Par Laugier.

(4) Pierre tombée à KostriUen Russie le i3 octobre 1820. Par Stromeyer.

(5) Pierre tombée à Jautac le 1 3 juin 1819. Par Laugier.

FER. PIERRES METEORIQUES. 6u,5

pierres de Barbotan en Gascogne , le a4 juillet 1790; de Sienne en Toscane, le 16 juin 1794 , qu'il* ne purent vaincre l'incrédulité devenue générale; peu s'en fallut qu'un rire général n'éclatât lorsqu'on savant distingué vint faire à l'Institut l'annonce de la cbute de pierres de Benares au Bengale (19 décembre 1 798), dont il venait d'apprendre la relation en Angleterre , et qui y avait fixé définitivement l'opinion des sa vans, déjà en grande partie convaincus par celle de Wold-Cottage en Yorkshire (i3 décembre 1795). Heureusement que bientôt après se présenta le phénomène de l'Aigle en Normandie, sur lequel on fit une enquête assex précise pour qu'il ne restât plus aucun doute : la conviction devint aussi universelle que l'avait été l'opposition, et depuis cette époque, plus de cinquante chutes de pierres constatées ont rendu le fait presque populaire.

La chute de ces pierres est généralement précédée de l'apparition d'un globe enflammé, qui se meut dans l'espace avec une grande vitesse, et toujours à une très grande hauteur. Ces globes, après avoir brillé pendant plus ou moins de temps, éclatent tout-a-coup dans les parties supérieures de l'atmosphère, peut-être à plus de 10 lieues de la surface de la terre, avec un bruit qu'on a comparé à de violens coups de tonnerre , à des décharges d'artillerie, qui se répète souvent plusieurs fois , et est ordinairement suivi de détonations plus faibles, multipliés, et comparables à une fusillade. Tantôt le ciel reste pur, tantôt les premières détonations sont suivies de l'apparition d'un petit nuage au milieu duquel se passent les détonations suivantes. Les pierres tombent à la surface de la terre , et s'y enfoncent à une profondeur plus ou moins grande. Leur nombre est plus ou moins considérable, et elles couvrent un espace plus ou moins étendu. Elles arrivent brûlantes à la surface de la terre, et dégagent souvent des vapeurs sulfureuses au moment de leur chute. En remarquant que toutes les pierres d'une même chute, quoique grossièrement arrondies, sont évidemment anguleuses, il est impossible de douter qu'elles n'aient fait partie d'une seule masse qui s'est brjsée en éclats, en fragmens plus ou moins volumineux au moment de la détonation.

Tels sont les faits. Mais qu'elle est l'origine de ces pierres ? C'est ce que nous ignorons complètement, et nous n'avons à

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cet égard que des hypothèses. On a pensé qu'elles se formaient dans l'espace, vers les limites de notre atmosphère, par la réunion subite des matières terreuses et métalliques gazéifiées; à cela on objecte : r la difficulté de comprendre celte gazéification ; a" le volume énorme du gaz qui devrait subitement se condenser pour produire le moindre corps solide , et par conséquent le bouleversement qu'il devrait y avoir a lors dans notre atmosphère. On a pensé qu'elles pouvaient être lancées par les volcans de la lune , et Ton a même calculé la force de projection qui serait nécessaire pour les porter jusque vers la limite où l'attraction terrestre peut l'entraîner sur notre globe. Mais on sait aujourd'hui que ce que l'on avait pris pour des phénomènes volcaniques dans la lune ne sont que des effets de lumière, et par conséquent, la base même de l'explication devient une hypothèse de plus. Enfin , on a pensé que les globes de feu, sources des pierres météoriques, étaient des petites planètes, ou des fragmens de planètes, circulant irrégulièrement dans l'espace, et qui , ^trouvant engagés dans notre atmosphère, s'y enflamment, se brisent en éclats, et tombent enfin lorsque leur vitesse de projection est suffisamment diminuée. Cette hypothèse a du moins le mérite de rattacher le phénomène- à celui des étoiles tombantes ou filantes; celles-ci seraient des corps solides du même genre, mais qui, entrant dans notre atmosphère avec une vitesse suffisante pour la traverser, ne feraient que s'enflammer en passant.

Nous n'avons parlé jusqu'ici que des pierres qui tombent à la surface de la terre ; mais la chute des matières terreuses de diverses espèces, rouges ou noires, sèches ou humides, n'est pas un fait moins constaté; ce phénomène parait devoir se lier au précédent, et les pierres friables et charbonneuses d'Àlais semblent être le passage aux matières tout -à fait terreuses.

SIDKROX1DE.

DEUXIÈME GENRli. SIDÉROX1DE.

Substances non métalliques, réductibles en poussière terreuse rouge ou jaune.

Ce genre ne renferme encore que deux espèces, le péroxide de 1er qui offre quelquefois l'éclat métallique, et l'hydrate de ce péroxide qui ne l'offre jamais. Ces matières ont peu d'analogie entre elles; mais elles en ont beaucoup avec l'alumine et les hydrates alumineux. L'alumine et le péroxide de fer sont isomorphes; leurs formes dérivent de deux romboèdres très rapprochés, et dans les combinaisons ces matières sont susceptibles de se remplacer mutuellement, comme nous en avons vu beaucoup d'exemples. Les hydrates des deux espèces ont également beaucoup d'analogie entre eux , et se mélangent aussi dans toutes les proportions, l'hydrate de péroxide de fer étant fréquemment la matière colorante des hydrates d'alumine.

Si les deux espèces que nous connaissons aujourd'hui dans ce genre n'ont point d'analogie entre elles par les caractères extérieurs, elles n'en ont guère non plus par le gisement. L'une semble appartenir essentiellement aux terrains de cristallisation ; elle se trouve dans les terrains nommés primitifs, et ne se montre qu'en faibles dépots dans les premiers terrains secondaires, peut-être même dans des circonstances particulières, et uniquement en filons voisins des niasses cristallines. L'autre, au contraire, ne commence à se montrer que dans les terrains intermédiaires , se trouve très abondamment en couches dans les dépots de sédimens , et se prolonge dans toute la série des formations, même jusque dans les terrains les plus modernes.

PREMIERE ESPÈCE. OLIGISTE.

Péroxide ile fer; Fer oligiste; Fer oxidé rouge; Fer micacé; Ocre rouge; Fer argileux compacte ; Mine de fer spéculairc ; Mine de fer rouge ; Eisenglanz ; Eisenglimmer; Rotli Eisensiein ; Eisenrahm ; Eisenschaum ; Thon Eisenstein ; Rother Glaskopf

Substance métalloïde, gris de fer , ou non métalloïde de couleur rouge, toujours à poussière rouge, plus ou moins brunâtre. Légèrement attirable , ou non attirable, à l'aimant, (i)

Cristallisant dans le système rhomboédrique. Cristaux dérivant d'un rhomboèdre de 86> io'et 93° 5o'.

Pesanteur spéci6que , 5,24 à 3,5o.

Rayant l'Apatite à 1 état de cristallisation.

Infusible au chalumeau au feu d'oxidation , décomposée et fondant difficilement en globules non magnétique au feu de réduction.

Composition. F , ou en poids :

Oxigène 3o,66

Fer 69,34

(1) Il est difficile de dire s quoi il tient que plusieurs variété , surtout celles qui sont cristallisées, soient attirantes a l'aimant, tandis que les autres ne le sont pas. Cette circonstance m'avait fait présunuT qu'il existait quelque combinaison particulière de péroxide et de protoxide de fer différente de celle qui constitue l'aimant : quelques essais sur des masses amorphes, ainsi qu'une analyse de Vauquelin , semblaient me confirmer dans cette idée, et m'avaient conduit à distinguer le péroxide de fer du fer oligiste ; mais de nouvelles observations m'ont fait voir que les matières essayées étaient des mélanges de péroxide et d'oxide magnétique , et des essai» faits avec autant de soin qu'il m'a été possible , n'ont pu me faire reconnaître aucune trace de proto vide dans des cristaux très purs de l'ïle-d'Elbe qui étaient fortement attirables. 11 parait donc que la faculté d'être attiré tient à la disposition des molécules du corps ; ce sont génér Renient les variétés très denses qui sout attirables.

OLICISTE. 699

pure dans les variétés cristallines et métalloïdes, et fréquemment mélangées d'oxide de manganèse, d'argile , etc. , dans les variétés compactes ou terreuses.

variItès métalloïdes.

Oligiste cristallisé. En rhomboèdres simples ou modifié de différentes manières, pl. IV, fig. 1, 3 , i5, 16 , 37, 67 à 70 , quelquefois tronqués très profondément au sommet , et ne présentant alors que des lames ; ou bien en prismes hexagones réguliers , et en doubles pyramides qu'on ne connaît que tronquées au sommet, pl. VI , fig. 65 , 69 , 71; pl. VII , fig. 68 , 70 , etc.

Inclinaison de r sur X , 86° 10' et o3° 5o' j S sur 6% , 6^ , l54° 20» , i79°3o' j z sur b, xbop 55' ou i78'5o'.

Oligiste cristallisé pseudomorphique. En cristaux octaèdres qui paraissent provenir de la suroxidation du ferra te Àimaut ( dans les fissures des Domites du Puy-de-Dôme et du Puy-Salomon ). %

Oligiste laminiforme (fer spéculaire des volcans). En lames minces qui ne sont que des rhomboèdres tronqués très profondément , sur les bords desquelles on aperçoit de très petites faces de rhomboèdres , ou bien les mêmes lames déformées, quelquefois contournées, sur lesquelles on n'aperçoit aucune facette régulière.

Oligiste lenticulaire. Rhomboèdres déformés, plus ou moins surbaissés , a faces convexes quelquefois chargées de stries.

OU gis te laminaire* Eu masses qui offrent des lames appliquées les unes sur les autres par des plans perpendiculaires à l'axe du rhomboèdre ; ce sont par conséquent des accumulations de rhomboèdres tronqués. Les plans de division de ces lames présentent souvent des stries qui se croisent de manière a produire des triangles équilatéraux.

Oligiste lamellaire. Composé de lames interrompues, plus ou moins contournées , appliquées les unes sur les autres; rarement entremêlées.

OligisU fibro- lamellaire. Les lames disposées de manière à ce que , dans un sens , la masse présente une structure laminaire, et dans l'autre une structure fibreuse ordinairement à fibres divergentes.

Oligiste schisteux. Masses schisteuses à feuillets plus ou moins épais qui sont composés de petites écailles empilées les unes sur les autres.

Oligiste écailleux (Eisenglimraer , Fer micacé). Petites masses composées d'écaillés brillantes qui tantôt sont solidement agrégées , tantôt se détachent avec la plus grande facilité les unes des autres , et s'attachent aux doigts.

Oligiste granulaire. Composé de grains plus ou moins agrégés entre eut.

Oligiste compacte. A cassure irrégulière , passant à la variété gi anuls ire.

FAMILLE DES SIDKRIUES.

VARIÉTÉS NON METALLOÏDES.

Oligiste pseudomorphique. Modelé sur des cristaux de Calcaire , rarement sur des cristaux de Quarz.

Oligiste polyédrique. En niasses bacillaires ou en pièces rhoraboédrîques, produites par retrait, et souvent par suite de la calcination de l'hydrate.

Oligiste ècailleux rouge (Eisenrahm , Pyrrosidérite , Rubinglimmer). Composé de petites écailles rouges , qui forment des petites masse» légères; il est souvent produit , du moins dans les volcans, par la décomposition subite du chlorure de fer qui se dégage par les fumarolles et en tapisse les parois.

Oligiste stalactitique et mamelonné (Hématite rouge, Rotherglaskopf). A structure fibreuse ou testacée.

Oligiste fibreux rouge. A fibres divergentes; ce sont des morceau t brisés dans la variété précédente.

Oligiste globulaire. Masses composées de petits globules compactes , agglomérés.

OliguOe lithoïde (Mine de fer rouge , Rothcr Thon Eisenstein , Kicsel Eiscnstein \ Compacte , tantôt pur, tantôt plus ou inoins mélangé de matières étrangères, et surtout d'argile. A cassure tantôt irrégulière , tantôt conchoïdalc , et ressemblant alors au Jaspe rouge.

Oligiste ocreux ( Rother Eisenocker, Rùtbel , Argile ocreusc rouge'. Matière terreuse, à particules plus ou moins agrégées; quelquefois pute, mais le plus souvent mélangée avec des matières argileuses qu'elle colore en rouge.

GISEMENT ET USAGES

Le Sidéroxide Oligiste constitue des dépôts plus ou moins considérables dans les terrains de cristallisation , et aussi dans les terrains de sédiment. Dans les premiers il présente le plus souvent l'état métallique, et dans les seconds il est au contraire le plus souvent lithoïde ou terreux. Dans les terrains de cristallisation il constitue quelquefois des montagnes entières (Gellivara en Laponic), des amas ou des filons puissans, ou des cou ches (lle-d'Elbe ; Framont dans les Vosges ; Somorostro en Biscaye; Grcugesberg , Norbcerlte , Norberg , Danemark ; Langbanshytta en Suède; Minas Geraes au Brésil). Quelquefois il remplace en quelque sorte le mica dans les roches, et constitue ainsi des dépôts considérables (itacolumi au Brésil ; rôtedeCoromandel). Ces grandes masses sont fréquemment mélangées d'oxide magnétique (presque toutes les mines de la Suède). D'autres gisemens considérables se présentent dans ce qu'on nomme les terrains intermédiaires (Elbingerodc , Lauterberg , Altenau , Zorge , Lcerbacb , au Harx ; Go-

OIJGISTE. JOt

mor en Hongrie), qui ne sont que des mélanges de terrains de cristallisation et de terrains de sédiment; plus rares peut-être dans ces derniers , on en trouve cependant à divers étages, jusque dans le lias (Lavoulte , Àrdèche). *

Outre ces grands dépôts, cette substance en forme aussi de petits que l'on remarque, ça et là dans différens terrains. Elle tapisse les fentes des roches granitoïdcs (Saint-Gothard ; Saint- Christophe en Oisaus ; Vyvêuée* , etc.)» les fissures des roches trachytiques (Mont-Dor, Puj-de -Dôme), des laves anciennes (Voivic en Auvergne), ou des scories qui bordent leur cratère (Puy-dela-Vache , Puy Pariou , en Auvergne) ; en tin elle se montre dans les fissures qui se forment dans les cratères des volcans modernes (Stromboli). Il en existe aussi dans les fissures des calcaires secondaires, et principalement dans le voisinage des dépôts de cristallisation (Moutier en Tarcntaise; GômÔr en Hongrie).

Enfin, les variétés rouges plus ou moins solides, ou terreuses, se trouvent en petites quantités dans un très grand nombre de lieux et dans toutes les positions. Elles proviennent souvent de la décomposition des roches et des divers silicates à base d'oxide de fer. On en rencontre dans les terrains de cristallisation comme dans les terrains de sédiment, dans les anciennes solfatares (Musay en Hongrie , Tolfa dans les Etats-Romains), et dans les solfatares actuelles, où il s'en forme journellement (Pouzzole, Guadeloupe). La décomposition des laves , et surtout des scories, en fournit une graude quantité.

Le Sidéroxide olîgistc est un des minerais de' fer les plus recherchés; partout où il existe eu grandes masses il est exploité avec avantage, et produit généralement du fer de très bonne qualité. Les variétés stalactitiques, fibreuses, sont recherchées pour faire des brunissoires ou ferrafs, et les variétés ocreuses servent pour la peinture sous le nom de Rouge de Prusse, Rouge d'ocre , Ocre rouge ; les plus argileuses constituent les croyons rouges ou sanguines.

yO% FAMILLE DBS SIDERIDES.

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