TOURBE
de plante* visibles. On peut y établir un assez grand nombre de division» d'après l'espèce des végétaux composant: la tourbe ordinaire , reufermant des fragmcns distincts de diverses plantes des marais d'eau douce j la tourbe de tfarcc , la tourbe de feuille , etc., etc.
Nous avons donné, tome 1, page 6i5, les détails relatifs au gisement de la Tourbe et des diverses particularités qu'elle présente. Cette substance est extrêmement abondante à la surface de la terre dans tous les endroits bas et marécageux; il en existe dans toute» les parties de la France, et dans quelquesunes elle forme des dépôts très considérables et d'une grande importance pour le pays.
Les plus grandes tourbières que nous possédons sont celles de la vallée de la Somme, entre Amiens et Abbeville; il en existe aussi de considérables dans les environs de Beau vais, dans 3a vallée de l'Ourcque, dans les environs de Dieuzc, dans la vallée d'Essone, entre Corbeil et Villeroy; il s'en trouve aussi dans la vallée de Bièvre; en Normandie, un grand nombre de prairies sont sur la Tourbe j il en existe beaucoup aussi en Bretagne, sur les bords de la Loire , près de son embouchure. Dans le midi de la France , il en existe encore dans quelques vallées, comme dans celles de la rivière deVaucluse, dans plusieurs fies du Rhône, etc., etc.
Hors de France , la Hollande est un des pays les plus riches en Tourbes; elles y sont l'objet de grandes exploitations très soignées. En Westphalie et dans le Hanovre, elles couvrent des espaces immenses, et il en est de même en Prusse, en Silésie, etc., etc. En Écosse, on cite particulièrement les tourbières de Kinkardiue et de Flanders, dans le Pcrtshire, et de Dalmaly. Sans doute il en existe dans un grand nombre d'autres lieux, soit en Europe, soit dans les autres parties du monde,
La Tourbe est encore un combustible précieux dans tous les lieux où elle se trouve, et particulièrement dans ceux où le bois manque entièrement, comme, par exemple, dans la Hollande, qui, privée de cette importante production, serait absolument inhabitable. On peut l'employer à presque tous les usages auxquels le bois pourrait servir; pour le chauffage dans l'intérieur des appartenons, où elle produit un feu qui n'est pas sans agrément; dans les ateliers, pour toutes les opérations où Ton a besoin de chauffer, d'évaporer, pour la cuisson
FAMILLE DFS CARllOMbF.S.
de la chaux, des briques, des tuiles, etc. On a même tenté plusieurs fois de l'employer brute dans les fonderies , mais les essais ont en général assez mal réussi.
On carbonise aussi la Tourbe dans des fourneaux construits exprès, et qui permettent de récolter divers produits dont ou a vanté l'emploi dans la teinture; elle donne un charbon léger dont on peut se servir à la cuisine, dans une foule d'opérations où le charbon et la braise pourraient être employés ; on s'en est même servi avec succès pour la fusion et l'affinage des métaux , et l'on assure que, bien préparé, le charbon que l'on obtient peut donner autant de chaleur que le meilleur charbon de bois.
L'Anthracite, la Houille, la plupart dcsLignites, s'exploitent quelquefois à ciel ouvert , par tranchées plus ou moins considérables, et le plus souvent par puits et galeries, au moyen desquels on va les chercher quelquefois à de grandes profondeurs ; mais l'exploitation de la Tourbe est beaucoup plus facile , et ne demande qu'un peu de raisonnement pour être faite avec tous les avantages que comportent les diverses localités , avec le moins de frais possible, et en conservant le plus d'étendue aux terrains où elle se trouve. Lorsque la surface est desséchée et couverte de végétation, on enlève d'abord à la bêche le limon ou la terre végétale; quand elle est couverte d'eau on l'assèche autant que possible par des canaux d'écoulement disposés convenablement, et qui peuvent même servir ensuite au transport de la Tourbe par bateaux.
La première Tourbe étant, comme nous l'avons dit, grossière et de mauvaise qualité, est encore enlevée avec la bêche, et on en forme de grands parallélipipèdes qu'on met sécher à part; elle est vendue à très bon marché ou livrée aux ouvriers. Lorsqu'on est parvenu à la Tourbe compacte, on emploie une bêche particulière, nommée louchet aux environs d'Amiens, et qui présente sur le côté une aile tranchante , placée à angle droit, de manière à ce qu'on peut couper la tourbe de deux côtés à-la-fois. On enlève par ce moyen des parallélipipèdes qui ont la largeur et la hauteur du fer de la bêche, c'est-à-dire dix a douze pouces de longueur sur cinq à mx de largeur et d'épaisseur. On emploie aussi des espèces de boîtes , tranchantes à la partie inférieure, et garnies intérieurement de
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lames tranchantes qui la divisent en comparlimens. On laisse tomber cette caisse de haut comme un mouton , dans la masse de Tourbe , et à chaque coup elle rapporte un grand parallélipipède divisé en plus petits : l'avantage de cet instrument est de pouvoir servir encore à d'assez grandes profondeurs.
Lorsqu'en employant le louchet on est parvenu au point que l'eau ne peut plus être épuisée, on a recours à la drague , ou pelle de tôle creuse , percée de trous, fixée à angle aigu sur un long manche , que l'ouvrier , placé sur les bords de la fosse ou dans un bateau , promène au fond. Après l'emploi de la drague on fait encore usage d'un sac de toile claire, dont l'ouverture est adaptée à un cercle fixé à un long manche. On ramasse par ce moyen toutes les parcelles de Tourbe qui peuvent nager dans les eaux.
Après avoir été tirée de son gite, la Tourbe doit être séchée aussi complètement que possible, ce que l'on fait en rangeant les paralléltpipèdes extraits les uns sur les autres, de manière à ce que l'air puisse facilement circuler entre eux. Ces parallélipipèdes éprouvent alors un retrait plus ou moins considérable : plus le retrait est fort, meilleure est la Tourbe. La matière qui est tout- a-fait en bouillie est jetée et étendue sur le terrain environnant, jusqu'à ce qu'elle ait acquis une consistance suffisante ; on la divise ensuite en parallélipipèdes , ou bien on La comprime fortement dans des moules , ce qui lui donne une qualité supérieure, en rassemblant sous le même volume plus de parties combustibles. Les Tourbes ainsi comprimées sont souvent très compactes , et présentent même quelquefois la cassure conchoïdale avec réclat résineux. En Hollande on moule et on comprime presque toute la Tourbe où les végétaux sont suffisamment décomposés; on réduit même en bouillie les parties qui ont naturellement de la solidité, pour les pétrir ensuite. Ces Tourbes comprimées forment d'excellens combustibles, qui produisent une très grande chaleur, et peuvent être employées jusqu'à un certain point dans les fonderies; le charbon qu'on en obtient par la carbonisation est lui-même très compacte , et ne le cède en rien au meilleur charbon de bois.
Comme la Tourbe relient l'eau avec une très grande force , ou l'a employé pour rendre des digues imperméables ; pour
cela il faut construire deux murs espacés l'un de l'autre, et remplir l'intervalle de Tourbes bien tassées.
TfcRMEAU.
Matière brune ou noire, terreuse; brûlant avec facilité lorsqu'elle est desséchée, en dégageant une odeur végétale ou animale.
Donnant par distillation de l'eau , des gaz , une matière huileuse. *
Composition peu connue. Nous ne possédons que les recherches de Saussure sur le Terreau végétal , qui ne nous indiquent pas même quels sont les principes dont il est formé. Il resterait à faire beaucoup de recherches sur tous les Terreaux en général.
Si la Tourbe nous présente le résultat de la décomposition des végétaux sous les eaux, le Terreau nous présente celui de leur décomposition à la surface de la terre dans Içs endroits humides, où l'air est peu renouvelé, ou bien le résultat de la décomposition des matières animales.
Le Terreau ne se présente jamais qu'en très petite quantité à la surface de la terre, parce que, exposé continuellement aux influences atmosphériques, les élémens réagissent les uns sur les autres, et se dissipent en matières gazeuses. Cependant on en trouve ça et là de petits dépôts dans les endroits qui ne sont pas continuellement remués par la main des hommes, et surtout dans les cavités des rochers. Le Terreau animal existe en assez grande quantité dans les cavernes à ossemens, où il provient de la putréfaction des animaux , et aussi de l'accumulation de leurs excrémens.