PREMIÈRE ESPÈCE. NATRON
Soude; Alcali minéral; Soude carbonatée; Sous-carbonatc
de soude.
Substance saline , en poudre plus ou moins agglomérée, d'une saveur urineuse, caustique; soluble dans l'eau et susceptible de donner par cristallisation des octaèdres à base rhombe tronqués au sommet, pl. X, fig. 5o, dont les faces sont inclinées entre elles à la base d'environ il 4% qui retombent promptement en poussière par l'exposition à l'air.
Composition. Les recherches analytiques que j'ai faites
sur des Natrons de difterens lieux m/oîit donne les résultats suivans :
Natron des bords du Lac Blanc Natron du commerce de-Debroen Hongrie. Uin eu rlongrie.
Oxig. Rapp. Oxig. R,tpt>.
Acide carbonir Acide carbonique .... 35,1 . 25,39 3 1ue * * * * 3° 4 • 31 '99 3 Soude. . • . 5n,2 . 12,8» l Soude. ... 43,2 • 11, o5 1
Eau 14'T* l3»o6 1 Eau. .... i3,8 . 12,26 1
cide sulfurl- Sulfate de
que ..... traces. soude aec. . 10,4
Chlorure de sodium» . . . 2,2
Natron d'Egypte.
Acide carboni-
Oxig. Rap.
Natron du Vésuve.
Oxig fta/ -,
que
3o,y . 22,35 2 Soude «... 43>8 . 1 1,20 1 Eau-. .... i3,5 . 12,00 1 Sulfate de
soude a>cc • 7,3 Chlorure de so -
dium ... 3,1 Ma ti''re terreuse t 1,4
Acide carbonique .... 52,3 . 2^,36
Soude. . • . 46,7 • 1 1 ,94
Eau 14,0 . 12,44
Acide sulfuri-
que .... traces.
Chlorure de sodium . . • 2,7
Matière terreuse. 5,3»
Natron de
, en petites couches dans du chlorure de sodium.
0xio\ Na C3 -f- lAq . Natron . Rap. ou bien :
Acide carbonique . . 35,5 25,68 = 10, i4 -J- i5,54 2 Natron. . . 59,7 Soude. . .43,6-11,15= 3,38 -J" 7 77 1 Ur*° • • • 55>8 Eau. . . .16,7 14, 84 = 6,76 -f M8 * Chlorure de Chlorure de sodium . . 4»2
sodium. . 4,2 Eau hygro-
métrique . 0,2
Les quatre premières analyses nous montrent d'un côté que les quantités d'oxigène de l'acide et de la base sont dans le rapport de 2 à 1 , et de l'autre que la quan-
NATROIf. 3lf.
tué d'eau, sensiblement consume, est telle que l'oxigène quelle renferme est égal à l'oxigène de la soude; s'il y a quelque légères erreurs on peut l'attribuer à de l'eau hygrométrique, dont' les matières s'imbibent» facilement, et aussi au sulfate de soude que nous avons toujours calculé à l'état anhydre* Dans la dernière analyseil y a quelque différence; niais on reconnaît, par le calcul dont nous avons présenté le résultat, qu'il y existe une certaine quantité de carbonate de l'espèce suivante, qui se trouve dans les mêmes lieux, et qu'après lavoir extrait les restes sont encore dans les rapports présentés par les quatre autres analyses.
Il résulte de là que les quantités d*oxigène de l'acide carbonique, de la base et dé l'eau, sont entre elles comme les nombre 2,1 et 1, et par conséquent qu'on a la formule Na C' Aq = Na Cl-\-Aq ou Na C+Aq ; le Natron tel que nous le trouvons en effloresccnce n'est donc ni le sous-carbonate de soude des laboratoires, dont la formule à l'état cristallin est Na 0*+ 10 Aq, ni ce sel devenu complètement anhydre. Au reste, les matières .qu'on trouve ainsi dans la nature sont tout- à-fait ' semblables à celles qui résultent de l'efflorescence des oristaux artificiels de sous* carbonate de soude; car cette espèce de décomposition du sel artificiel m'a fourni les mêmes élémens .\ l'analyse, et il est très remarquable que la perte d'eau s'arrête ainsi à une proportion fixe.
On pourrait croire, d'après ces observations, que le Natron , tel que nous te trouvons en eiïlorescence à la surface de la terre, provient de la décomposition du sel Net C2-+- 10 Aq, qui se trouve dans les eaux des lacs voisins et qui cristallise sur leurs bords; en effet, en évaporant l'eau qui provenait des lacs de Debretzin , j'en ai obtenu, entre autres matières, des cristaux de carbonate de soude ordinaire qui sont tombés peu de temps, après en eiïlorescence. Cependant on pourrait aussi penser précisément tout le contraire et regarder le sel
3l2 PAMILLE DSS CAEBONIDES.
qui se trouve dans les eaux comme provenant de la solution de celui qu'on trouve en efflorescence. Ce dernier proviendrait alors de la décomposition de l'espèce suivante par Faction de la chaleur solaire.
CISEMENS ET USAGES.
Quoi qu'il en soit , le Natron , tel que nous venons de le décrire , se trouve à la surface de la terre dans les plaines basses de nos continens, aux environs de certains lacs dont les eaux en renferment toujours une certaine quantité, avec le carbonate de l'espèce suivante et des sels de diverses espèces. C'est surtout pendant les chaleurs de Tété qu'il est abondant, et il couvre alors la terre d'efflorescences qui ressemblent à des dépôts de neige (plaines de Hongrie, Tailles dos lacs Natron en Egypte, Arabie, Inde, etc.). On connaît aussi le Natron , mais en petites quantités, en efflorescence, dans les produits des volcans (Vésuve, Etna , Guadeloupe), OÙ il se trouve à la surface des laves et des scories.
Cette espèce de carbonate de soude est récoltée, comme la suivante, pour être livrée au commerce , et le principal usage qu'on eh fait est pour la fabrication des savons et pour les verreries. On ne s'en sert plus aujourd'hui que dans les pays voisins des lieux d'extraction; mais avant qu'on ne fût parvenu à le faire artificiellement par la décomposition du sel marin, i} s'en faisait un commerce très considérable des lieux d'extraction à ceux qui en étaient privés.
DEUXIEME ESPÈCE. URAO.
Trôna; Natron; Sesqui carbonate de soude.
Substance saline, cristallisant dans le système prismatiqne rectangulaire oblique. Peu altérable à l'air, soluble dans l'eau, d'une saveur acre et urineuse.
Composition. NaC* Aql=*NaCz+zAq ou Na* GJ 4-4 An , d'après les analyses suivantes :
URAO. 3l3
Urao de Barbarie , en cristaux agglomérés , par Beudant.
Natron. Eau libre. Urao. Rap.
Acide carbonique. 39,274 • 28,41 = 0,60 4* 27»&i 3
Soude 37,438 . 9,57 = 0,30+ . 9,27 1
Eau ^ a3,a87 . 20,70 = o,3o -j- 1,86 -f- 18,54 a
Urao à grosses fibres radie'es de Barbarie, par Beudant.
Natron. Urao. Rapp.
Acide carbonique . . . 4o,i3 . .29,03= 1,16 -f" 27,87 3
Soude 38,6i . • 9,87 = o,58 -j" 9,29 1
Eau 21,24 . . 18,88 « o,58 4- l8>3° 2
Urao de Lagunilia , par Boussingault.
Natron. Urao. Rapp.
Acide carbonique . • . 5g . .28,21 s 6,84 -f- 21,37 3
Soude 4l>*a* .10,54=3,42 -f" 7>12 1
Eau 18,80 . . 16,71 =s 3,4a -f ,3»«3 »
Urao dea murs du Caasar en Egypte , par Beudant.
Oxigène. Natron. Eau libre. Urao. Rapp.
Acide carbonique . .33,53 . 24,25 sa l,6o -f- 22,65 3
Soude. . . 32,67 . 8,35 = 0,80 -j" 7»**3 1
Eau. . • . 20,55. 18,26 = 0,80 -f* 3»36 • a Sulfate de
soude sec. 1,96 Chlorure de
sodium. . 3l95 Matière ter-
Dans ces diverses analyses on voit sensiblement les rapports 3,i et 2 entre les quantités d'oxigène de l'acide, de la base et de l'eau , et les petites différences que Ton remarque paraissent tenir au mélange d'une certaine quantité de l'espèce précédente, comme on le voit en cherchant par le calcul à partager les quantités d'oxigène. Dans la première analyse, il y aurait une certaine
quantité d'eau hygrométrique; dans la seconde et la troisième, il y aurait, au contraire, une certaine quantité d'eau en moins, ce qui pourrait tenir à la présence d'une petite quantité d'Urao à l'état anhydre. Quant à la quatrième analyse, on y voit un mélange semblable, et en outre du sulfate de soude et. du chlorure de sodium^ Les mêmes mélanges se présentent dans des analyses que Ton doit à Klaproth et àJVL Laugier.
H n'est pas. inutile de- remarquer que parmi les échantillons que je me suis procurés chez les marchands , lorsque je me suis occupé de l'étude des carbonates de soude, il s'est trouvé du sulfate de soude et du Borax en petits cristaux groupés. Il est probable qu'il existe de pareilles erreurs dans les collections.
Urao granulaire. Formé de cristaux oblitérés accumulés les uos sur les autres.
Urao saccharoïde.
Urao fibreux. A fibres grossières divergentes d un ou de plusieurs* centres.
Urao compacte.
GISEMENT
MM. Eoussingault etMarianode Rivero ont observe l'Urm* au village de Lagunilla, à une journée de Mérida, en Colombie, dans un terrain argileux qui contient de gros fragmens de grès secondaire, et qui est par conséquent assez moderne. 11 y forme un banc peu épais recouvert par une couche argileuse remplie de cristaux de Gaylussitc. Il parait que c'est dans une position semblable que se trouve ce sel en Afrique, dans le Fezzan, sur les bords du grand désert, et l'on peutprésumer qu'il en est de même dans la vallée des lacs de natron à vingt lieues du Caire, puisqu'il y en a des masses assez considérables pour qu'on en ait bâti des murailles; peut être que partout où l'on a indiqué le Natron , se trouve aussi de l'Urao, encouchcsplus ou moins épaisscr, que les pluies dissolvent , entraînent: à la surface du terrain , dans les lacs et les eaux des sources, etc. , et dont il se décompose une grande partie par l'action de la chaleur sob ire.
En outre de ces dépôts dont l'existence est aujourd'hui con-
i:rào. 3i5
statée, il parait que l'espèce de carbonate de soude qui nous occupe se trouve en solution avec l'espèce précédente dans tous les lacs que Ton nomme lacs narrifères. Ces lacs sont fort
nombreux à la surface de la terre, au milieu des grandes plaines ou plutôt des vastes déserts de nos continens. En Europe nous connaissons de ces lacs dans les vastes plaines qui forment en quelque sorte le centre de la Honu'iie, particulièrement autour de Debretziu, et dans les plaines qui bordent la mer Noire. Il paraîtrait qu'ici c'est le nation qui est le sel ta plus abondant dans les eaux, à en juger du moins par la nature des matières que ces localités livrent au commerce. On cite un grand nombre de ces lacs dans les plaines qui bordent la mer Caspienne; il en existe en Arabie, en Perse, dans l'Inde, au Thibet où les caravanes vont s'approvisionner. En Afrique, nous avons déjà cité les lacs de la vallée de Natron, a vingt lieues du Caire, et les natrons de Trôna , dans le Fezzan, sur les bords du grand désert; on en cite aussi dans le pays des Bocliimans. Il en existe aussi en Amérique, aux environs de Buénos-A yi es , au Mexique, dans la > allée «le Mexico, etc.
Les carbonates de soude se trouvent aussi dans un grand nombre d'eaux minérales, dont les plus connues en Fiance, et peut-être celles qui en renferment le plus , sont les eaux de Vichy en Auvergne. Cette circonstance a fait soupçonner que dans un grand nombre de localités ces sels sont amenés à la surface du terrain par des eaux qui viennent d'une grande profondeur et qui en sont plus ou moins chargées, en sorte qu'il a pu s'en faire des dépôts plus ou moins considérables dans le.« temps anciens. Voyez les observations sur les carbonates de soude naturels, t. i, page 6/iG.
USAGES
L'urao est employé comme lenatron pour la préparation du savon , pour les verreries, etc. En Colombie on ta récolte particulièrement, suivant l'observation de M. Boussingault, pour donner du mordant à un extrait de tabac et former un bechique qu'on nomme Chimo ou Mon. En Angleterre on se sert du même sel , qu'on préparc artificiellement , pour la confection du Soda ff'ater.
TaoïsiàM* Es>ic*. GAY-LUSS1TE.
Substance insoluble dans l'eau , à cassure vitreuse ; cristallisant en prismes rbomboîdaux obliques d'environ ioq* ± et yo° ± (i)
Pesanteur spécifique, 1,928 à i,95o, suivant M. Bous- , singault.
Rayant le Gypse, rayé par le carbonate calcaire.
Donnant de l'eau par calcination; solution nitrique, précipitant par l'oxalate d'ammoniaque , et laissant un résidu alcalin après fil tration, évaporation et calcination.
Composition* Peut-être Na CaC* Aq* s= Na C* -f- Ca C2-|-5 Aq ou Na C -j-Ga C +5Aqy d'après l'analyse suivante que l'on doit à M. Boussingault,
Acide carbonique .... 28,66 .. 20,73 8 4
Soude 20,44 . . 5,23 2 1
Chaux. . . • 17»7° • • 4»97 3 1
Eau 52,20 . • 28,62 11 5
Argile 1,00
En adoptant la formule citée, il faudrait admettre une erreur dans la quantité d'eau, ou regarder une portion de cette substance comme étant à l'état hygrométrique , ou comme appartenant à l'argile. Dans tout état de cause nous aurions encore un exemple de combinaison où l'oxigène de l'eau n'est pas un multiple de Toxigène de l'acide.
La Gay-lussite ne s'est encore montrée qu'en cristaux mal conformés, qui paraissent être des octaèdres obliques à base rhombe , du genre de ceux pl. XII , fig. 37 , 38 , modifiés par des faces qui appartiennent à des prismes rhomboïdaux et rectangulaires. D'après M. Cordier on a les inclinaisons suivantes : s sur i 109* 1/2 , a sur a 70" 1/2 , B mur P 1280 172.
(1) Suivant l'observation de M. Cordier.
GAY-M7S6ITE. CALCAIRE. 3lJ
M. Boussingnult a observé cette substance en cristaux isolés , disséminés en abondance dans la couche d'argile qui recouvre TUrao à Lagunilla. Ayant' reconnu par ses caractères qu'elle devait former une espèce particulière , il lui a donné le nom de Gay-lussite, que nous adoptons comme un faible hommage de la minéralogie au savant chimiste auquel les sciences doivent tant de découvertes.