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II. — Accidents généraux constitutionnels

Le groupe d’aecidents que nous allons décrire maintenant témoigne de l’infection générale de l’économie par le virus syphilitique : la syphilis est devenue constitutionnelle. Toutes les parties du corps, tous les tissus peuvent donc, à un moment donné, devenir 1e siège d’une de ces manifestations multiples de la vérole; mais on a remarqué que, parmi ces accidents, les uns se montraient avant les autres, et de là on a été conduit à admettre des accidents secondaires et des accidents tertiaires. Cette division a une valeur réelle au point de vue du diagnostic et de la thérapeutique; mais quand il s’agit de faire une description des symptômes de la syphilis, il nous paraît plus utile de ne pas nous renfermer dans les limites étroites de cette classification, et d’énumérer les manifestations syphilitiques dans les différents systèmes anatomiques, en suivant toutefois le mieux possible, l’époque d’apparition des phénomènes morbides.

Avant de décrire successivement ces manifestations multiples de la syphilis, nous allons faire connaître brièvement ce qu’on entend par accidents secondaires et accidents tertiaires.

Le chancre infectant est suivi d’une manière générale, six semaines on deux mois environ après son apparition, des divers symptômes que l’on a nommés accidents secondaires de la syphilis. Ces symptômes sont, pour ne parler que des plus importants, quelques phénomènes généraux, auxquels on a donné le nom de fièv7'e syphilitique, certaines manifestations du côté de la peau, des membranes muqueuses, des ganglions lymphatiques, de l’iris, etc.

iVaprès Hunter et Ricord, la syphilis constitutionnelle se présente sous la forme d’une maladie qui, s’avançant dans sa marche progressive de la périphérie au centre du corps, attaque d’abord les membranes tégumentaires dans sa première période, et linit par envahir les tissus j fibreux et les os dans la seconde. Bassereau comprend la syphilis un I peu dilféremment, et sa manière de voir nous paraît plus conforme à i l’observation des faits. Dans l’opinion de ce sypliilographe distingué, la t syphilis, en se généralisant, attaque indifféremment les membranes tégu- • mentaires ou le tissu osseux, mais elle affecte d’abord superlicicllement I ces tissus, et n’envahit qu’ultérieurement leurs couches profondes. On s’explique ainsi bien mieux les céphalalgies qui se montrent au début I de la période secondaire, et cette évolution progressive de la syphilis qui

DE L\ SVl’HILlS.

pénétre de plus en plus en profondeur chaque tissu; ce qui fait qu'une syphilide est aussi bien un accident tardif qu’une lésion osseuse. Ce qui constitue le phénomène tertiaire, ce n’est pas la nature du tissu alfecté, mais la pénétration plus intime de la lésion dans le tissu; il en est ainsi dans le foie et le cerveau. Ces organes peuvent être affectés par la syphilis; mais des manifestations produites par la syphilis cérébrale et la syphilis hépatique, les unes sont précoces, les autres tardives.

A mesure que la syphilis se perpétue dans l’économie, elle produit donc des manifestations de plus en plus profondes dans les divers tissus. Ce sont elles qu’on distingue sous le nom (['accidenti tertiaires. Ces accidents sont des phénomènes ultimes de la maladie, mais assez souvent ils ne se manifestent point, et la syphilis ne dépasse pas la période des accidents secondaires; un traitement régidier peut aussi s’opposer à l’évolution successive de ces phénomènes. Les accidents tertiaires ne se montrent guère avant le sixième mois qui suit l’accident primitif; mais on les voit aussi apparaître à une époque très éloignée du début de la vérole, c’est-à-dire au bout de vingt années et plus. J’ai vu en 18à5, dans le service de Ricord, un malade atteint d’accidents tertiaires (gommes suppurées à l’avant-hras), et chez lequel l’accident primitif s’était montré le lendemain de la bataille d’Eylau (1807).

Les accidents tertiaires peuvent se manifester sur la peau, et nous décrirons ces formes tardives avec les syphilides, mais ils s’observent surtout dans le tissu cellulaire sous-cutané, les muscles, les os, les viscères.

Le caractère principal de ces lésions, c’est le dépôt dans les tissus d’une matière plastique qui passe au ramollissement et à la fonte purulente.

1° Prodromes de la syphilis conslilulionnelle.

Quelques semaines après l’apparition du chancre, on observe certains symptômes qui tantôt coïncident avec les syphilides, tantôt précèdent ces manifestations cutanées. Ces phénomènes prodromiques consistent en une certaine altération des traits, une courbature assez prononcée et un malaise général. Les yeux paraissent fatigués; les malades sont très faibles; ils ont des vertiges, des éblouissements, des accès fébriles à cachet intermittent, accès qui se montrent tantôt le soir, tantôt la nuit, et qui s’annoncent le plus souvent par de la chaleur et de la sueur sans frisson initial. Des céphalalgies nocturnes très intenses accompagnent ces accès fébriles. Leur siège principal est au-dessus des orbites, mais elles s’expriment aussi sur tous les points de la tête ; parfois toute la peau du crâne est hyperesthésiée. Ces céphalées se déplacent très facilement, mais résistent au sulfate de quinine. Les douleurs ne siègent pas seulement à la tète, elles occupent aussi les articulations. Ce sont les grandes jointures, celles des épaules, des coudes, des genoux, qui paraissent prises de préférence; on observe aussi des douleurs musculaires crampoïdes. Ces douleurs

BES MALADIES VlliÜLENÏES.

péri-arliculaires et musculaires soûl fugaces, uocLurncs, non exagérées par la pression comme celles (pii tiennent à une exostose; elles disparaissent cjuelc]uefois très rapidement sans cause connue, et, à l’inverse des douleurs dues à quelque état inllammatoire, elles s’éteignent par les mouvements. Enfin le traitement spécifique les efface rapidement.

En môme temps il y a des troubles du coté de l’estomac , des douleurs gastralgiques, de l’inappétence; souvent les lualades accusent des battements de cœur, et l’intensité de ces troubles cardiaques paraît en rapport avec un bruit de souffle dans les vaisseaux du cou. Ricord, qui a fiiit souvent analyser par Grassi le sang des syphilitiques à cette période, a noté la diminution du chiffre des globules et une augmentation dans la proportion de l’albumine (1).

A quelle époque de l’évolution syphilitique observe-t-on ces symptômes? Déjà nous avons dit que tantôt ils précédaient la roséole, tantôt coexi.staient avec elle. Nous ferons connaître, en traitant de cette sypbilide, la statistique de Bassereau, qui fixe le moment de son apparition par rapport à l’époque de la contagion, et nous nous bornerons maintenant à constater que ce médecin, dans 107 observations, a trouvé une moyenne de trente jours pour l’époque d’apparition des prodromes. Diday a aussi étudié ce point important ; il ne prend plus comme limites, d’un côté l’époque de la contagion, de l’autre l’apparition, delà roséole; mais il part du jour où le malade s’est aperçu pour la première fois de l’existence de chancres, et son autre limite consiste dans l’apparition ou de la roséole, ou de la fièvre syphilitique, ou de l’engorgement cervical postérieur, ou de tout autre syiuptôme syphilitique. Sa statistique porte sur 52 cas, colligés en vingt mois; or sur 38 de ces cas, soit près des des cas, le premier signe de l’infection générale s’est manifesté du trente-cinquième au cinquantième jour. En moyenne, la roséole a éclaté quarante-six jours après le début du chancre.

La statistique résout ainsi approximativement la question de Vîneubütion de la syphilis secondaire.

2° Sypliilides.

Historique. — Les affections cutanées de nature syphilitique se sont montrées, comme nous l’avons déjà établi, avant l’apparition de ce qu’on a appelé la grande épidémie du xv® siècle. Elles avaient été confondues avec d’autres maladies dans la description si confuse que les anciens ont donnée des mentagres et de la lèpre.

A partir du xv® siècle, on retrouve, éparses dans les differents écrivains, des relations complètes des affections cutanées syphilitiques. Nicolas Massa, Fracastor, Grimbeck, Pierre Pinctor, en ont fait un tableau dont certains détails sont tellement saisissants, qu’on peut les citer encore

(1) Ricord, Leçons sur le chancre, 2“ édition, 1860, p. 185.

UE LA SYPHILIS

aujourd’hui. Ainsi Nioola Massa, en parle comme de : « Puslulæ cum » quadam durilic... et malo colore in capile tolo vel Ironie, circa origi- » nom capillorum. » JeanManardi décrit ces éruptions serpigineuses qui guéries sur un point, s’étendent sur un autre : « Et ubi cicalriccm con- » traxis.se videnlur, alio vel eodem loco rumpentia, medicos, multôque » magis patientes ipsos eludunt. » Musa Brasavole remarque leur coloration : « Puslulæ exlranei coloris. » El Aloysius Lobera ajoute : « Adest » et Irislis color in capite et fronte. » Fallope cherche à caractériser cettrcoloration, qu’il conqjare à celle du jambon : « Color non potest expli- » cari; non enim est ruber, non albus, non pallidus... Secale per trans- » versam pernam, lalis est color pustularum sine cortice. »

Ce soin qu’avaient mis ces auteurs à décrire les afléctions de la peau dues à la vérole, fit croire à quelques médecins que celte maladie s’élail manifestée primitivement sur la peau. Celte opinion fut soutenue par Alibert, dans sa Monographie des dermatoses (tome 11, page 342). Il s’appuyait sur ce que ces affections de la peau constituaient le type le plus saillant de l’épidémie du xv® siècle. Sans doute, comme le fait remarquer Giberl, qui a combattu cette opinion dans un mémoire inséré dans le •tome X des Mémoires de l'Académie de médecine, les symptômes cutanés paraissent les traits les plus^ saillants de la description de cette épidémie. Mais sommes-nous fixés sur la nature de cette épidémie? Loin de là, assurément.

Pour détruire l’assertion d’Aliberl, il suffit de rappeler les passages déjà cités des auteurs anciens où l’on parle des ulcères des parties génitales suivis d’accidents conslilulionncls. Nous citerons encore quelques auteurs qui nous apprennent que la syphilis commençait au xv® siècle comme aujourd’hui par un accident local. Alex. Benedetti (de Vérone), en I 1497,disait:«Les parties génitales des femmes ont commencé à être misérablement infestées du mal français.» Et Jérôme Fracastor ajoutait Il vient à la plupart des malades des chancres aux parties honteuses. » Gaspard Torella a même décrit le mal français sous le nom de pudendagra. Enfin Jacques de Calanée écrivit, en 1505, qu’on avait donné ce nom de pudendagra au mal français, parce qu’il commence aux parties génitales infectées dans le coït exercé avec une femme impure.

Les plus importants travaux à consulter sur les S3'philides, en dehors des traités généraux de Rayer, Cazenave et Schedel, Simon sur les affections de la peau, sont les suivants :

Albeus, Ueber die Erkcnnlniss und Cur d, syph. Hautkrankheüen. [.Sur le diagijostic et le traitement des syphilides.] Bonn, 1 832. — Humbert, Manuel pratique des maladies de la peau appelées syphilides, d’après les leçons de M. Biett. Paris, 1833. — Martins, Mémoire sur les causes générales des syphilides. Paris, 1838. Gibert, Mémoire sur les syphilides {Revue médicale, avril 1841). — LEGENDRE, Nouvelles recherches sur les syphilides (thèse de Paris, 1841). — Cazenave, Traité des syphilides. Paris, 1843. — Bassereau, Traité des affections delà peau symptomatiques de lasyphilis. Paris, 1 8 S2.-^ Bazin, Leçons théoriques et cliniques

DES .MALADIES VIULLEATES.

sur les siiphilidcs. l’aris, -I859. — IIakdv, Leçons sur les inuludies da la peau.

Paris, iSCO. — Pollet, lieclierohes sur pbisieurs maladies de la peau répulées

rares ou exotiques, qu’il convient de rattacher à la syphilis (Archives de médecine,

janvier 1861).

Division. — La dénomination do syphiiidcs a clé créée par Aliberl; jusqu’à lui on désignait sous le nom de pustules toutes ces affections cutanées de nature spécilique.

Les premières divisions des syphilides furent établies par Gaspard Torella (là98) : « Speeies pudendagræ sunt plures, nam alia est sicea, » alia est humida.» Il subdivise ensuite ces éruptions sèehes et humides en trois groupes : «Sicca est triplex; humida etiam est triplex.» .\ntoine Benivieni (1507) admit cinq variétés de ces affections, et Loniceno, prenant pour base de classification les idées humorales de son époque, donna aux diverses formes de pustules les noms de bilieuses, mélancoliques, phlegmasiqucs, sanguines.

Tous ces auteul’s confondaient avec les éruptions syphilitiques un grand nombre d’affections cutanées étrangères à la vérole, .\insi on décrivait une dartre et une teigne syphilitiques. Cette dernière ne pouvait guérir que par l’arrachement des cheveux.

Plenck (1783) admit dix espèces syphilitiques : 1" gutta rosacea vel maculæ syphiliticæ, 2“ scabies vencrea, 3“ herpes syphiliticus, à" tinea venerea, 5° menlagra venerea, 6° impétigo venerea, 7® verrucæ venereæ, 8® condylomata venerea, 9® aphthæ venereæ, lü® rhagades venereæ.

Cullerier l’ancien publia en 1820, dans le Dictionnaire des sciences medicales, en collaboration avec Bard, un article sur les pustules vénériennes, qu’il divisa en onze classes : ortiées, miliaires, galeuses, lenticulaires, merisées, muqueuses, séreuses, squameuses, croûteuses, ulcérées, végétatives.

Alibert (1) créa le nom de sypkilide. La création de ce mot eut un double avantage : il constitua dans la pathologie cutanée une famille des plus naturelles, et enleva au moi pustules la signification erronée qu on lui donnait; mais la classification qu’Aliberl proposa pour ces éruptions syphilitiques fut loin d’être aussf heureuse que la dénomination qu il avait imaginée.

11 divisait les syphilides en trois branches : pustulanles, végétantes, ulcérantes.

Les syphilides pustulanles renfermaient douze variétés : squameuse, crustacée, pemphigoïde, lenticulaire, en grappe, merisée, miliaire, orliéc, serpigineusc, scabioïde, varioloïde, tuberculeuse.

Les syphilides végétantes comprenaient six variétés : framboisée , en choux-fleurs, en crêtes, en poireaux, en verrues, en condylomes.

Les syphilides ulcérantes n’avaient que trois variétés : serpigineusc, en

profondeur, en pente.

(1) Nosologie naturelle, etc. t’aris, 183s.

DE LA SYPHILIS

Toutes les classifications que nous venons de passer en revue sont passibles (lu môme reproche : les divisions et subdivisions sont trop nombreuses. En outre, les notions trop vagues que l’on avait de la maladie syphilitique tirent ranger dans ce groupe morbide des afiections qui n’avaient rien de spécifique. C’est ainsi que Gullerier comprenait dans ses pustules ortiées l’urticaire; sa gale syphilitique n’était autre chose qu’une éruption syphilitique compliquée de gale. Lagneau avait fait de la teigne une manifestation spécifique; on avait aussi rangé dans le type syphilitique des affections purement dartreuses. Enfin la môme confusion se retrouve dans Alihert. Il appartenait h Biett d’apporter l’ordre et la netteté dans ce groupe si important de ta pathologie cutanée. Appliquant à la syphilis le système de Willan et de Batemann, il créa six classes de syphilides : exanthématique, vésiculcuse, pustideuse, tuherculeuse, papuleuse, squameuse.

Les idées fécondes de Biett ont été développées par ses élèves, qui sont arrivés ainsi à donner au diagnostic des syphilides une très grande précision. Nous citerons surtout ici les travaux de Cazenave, Gibert, Rayer, Humbert, Legendre, Martins, Hardy, Basscrcau. Ce dernier a publié sur les syphilides un ouvrage très important, que nous avons indiqué et que nous aurons souvent l’occasion de citer. C’est dans ce travail riche d’observations inédites que Bassereau établit la doetrine de la dualité chancreuse, et, par des statistiques d’une très grande valeur, préeisa l’époque d’apparition des diverses syphilides et les accidents auxquels elles succédaient. Il admet, avec les auteurs que nous" venons de eiter, la classification de Biett, en lui faisant suhir quelques modifications qui n’en altèl'ent en rien la nature.

Ricord avait déjà depuis longtemps, dans ses leçons et dans ses publications, insisté sur l’importance qu’il y aurait à tenir compte de l’évolution de la maladie dans la classification des éruptions spécifiques, et il distinguait les syphilides en éruptions précoces et éruptions tardives. Bazin, revenant sur cette idée et s’appuyant aussi sur la méthode de Biett, proposa une classification qui, tenant également compte de ces deux données précieuses, repose sur l’évolution de la maladie et la nature des lésions élémentaires. Tl admet deux grandes classes de syphilides : les syphilides résolutives et les syphilides uleéreuses.

Les éruptions résolutives sont exanthématiques ou circonscrites.

Les syphilides exanthématiques sont : érythémateuses , papuleuses , pustuleuses , vésiculeuses.

Les syphilides circonscrites se divisent on tuherculeuses, pustulo-erustacées, papulo-vésiculeuses.

Les syphilides ulcéreuses sont : puro-vésiculeuses, tuherculo-ulcéreuses, gommeuses.

Toutes ces divisions se subdivisent encore en un assez grand nombre de variétés.

Cette classification aurait de grands avantages si elle n’était pas aussi

DES MALADIES VIUDLENTES.

compliquée; elle a en outre le tort de créer des dénominations nouvelles pour les substituer k des noms acceptés jusque-lk.

Il est encore une autre classification sur laquelle nous devons dire quelques mots. Cazenavc a divisé les syphilides en primitives et consécutives; mais, les syphilides primitives répondent pour lui à une syphilis d’emhlée: ce sont des manifestations cutanées qui ne seraient précédées d’aucun accident local; les syphilides' consécutives ont toujours pour antécédent un chancre, une blennorrhagie ou un bubon. Nous n’avons pas besoin de dire que nous n’acceptons pas cette division, car nous n’admettons pas de syphilis sans chancre.

Nous diviserons, d’après les principes de Willan, les syphilides en huit classes :

1° Érythémateuse,

2® Papuleuse,

3“ Vésiculeuse, k° Bulleuse,

5" Pustuleuse,

6" Maculeuse, ,

7“ Squameuse, .

8° Tuberculeuse.

Mais nous étudierons à part les plaques muqueuses, dont les auteurs apprécient difiéremment la nature de la lésion élémentaire; les uns, voyant dans cet accident une papule ou une pustule, d’autres les rangeant parmi les tubercules.

Symptomatologie. — Avant de décrire les diverses variétés de syphilides, nous devons faire connaître quelques caractères généramx qui appartiennent à toutes les espèces de ce groupe, et qui sont le cachet du type syphilitique. Ces caractères se tirent de la couleur, de Vabsence de prurit, de la disposition en groupes arrondis, etc.

Cette coloration, sur laquelle Fallope avait insisté, que Swediaur appelait cuivrée, n’est pas aussi fréquente qu’on l’a dit, et son importance a été exagérée. On ne la retrouve qu’à la dernière période des syphilides exanthématiques ; elle se montre surtout dans les variétés papuleuses et tuberculeuses.

h'o.bsence du prurit est d’une grande valeur pour le diagnostic de ces éruptions. Sur dix-sept malades observés par Legendre, un seul accusa une démangeaison assez vive; les syphilides du cuir chevelu font exception et sont ordinairement prurigineuses. La dissémination de Téruption est un signe qui se rencontre dans les syphilides précoces, et la disposition en groupes ai^rondis, en ce?'cles ou demi-cercles, s’observe surtout dans le cas d’éruptions tardives. La polymorphie des diverses éruptions précoces a aussi une grande importance.

Biett insistait beaucoup sur Vaspect des squames 'qui ne recouvrent pas complètement la papule syphilitique, et sur le liséré épidermique qui la circonscrit.

DE LA SYPHILIS

Les cicaU'ices blanches, déprimées, précédées de maculalures livides, disséminées sur le corps, indiquent des accidents de transition : ces cicatrices en groupes arrondis sont les restes d’éruptions tardives, Bassereau a aussi signalé de petites cicatrices qui servent de bordure à de grandes plaques cicatricielles, et qui, dans certains cas, ont permis de croire à une syphilis plutôt qu’aux vestiges d’une brûlure.

Si nous indiquons encore la chronicité des éruptions, le traitement merculiel, pierre de touche de leur nature, nous aurons épuisé tous les caractères généraux que l’on a donné.s comme spécifiques de ces éruptions. Chacun isolément n’a pas une valeur absolue; mais, réunis, ils permettent dans la plupart des cas d’affirmer la syphilis. Ajoutons que ces éruptions sont souvent accompagnées d’autres accidents spécifiques. On observe les traces de l’ulcère primitif avec son adénopathie; un engorgement cervical postérieur; l’alopécie, des plaques muqueuses, des céphalées nocturnes ; des douleurs rhumatoïdes dans les épaules, les coudes et les genoux; et plus tard des exostoses, des dépôts plastiques dans la tunique albuginée; etc., etc.

En outre, toutes les éruptions syphilitiques ont un ensemble propre, un cachet spécial qui permettent à un observateur instruit de diagnostiquer cette maladie. Déjà Fernel avait fait cette remarque. « Omnium n liarum pustularum et ulcerum ah aliis simplicihus distinctio, vix plane » et ad unguem litteris explicari potest; oculorum intuitu et frequenti n aspectione cognoscenda. »

a. Syphîiîdc érythémateuse. — Celte classe correspond aux pustules ortiées ou formiculaires de Trappe et Lagneau, Cullerier et Alihert, à la roséole de Biett. 11 y a plusieurs variétés d’érythème syphilitique, Cazenave admet la roséole et l’érythème papuleux; Bassereau, l’érythème maculeux et l’érythème papuleux; Bazin, la roséole maculeuse, granuleuse, squameuse, papuleuse.

Cet exanthème ne manque presque jamais; et si l’on n’en retrouve pas* toujours les traces, c’est que, ne réveillant aucune sensation désagréable, il peut naître et parcourir toutes ses périodes, sans que le malade et le médecin s’en soient aperçus; souvent, en effet, il faut une circonstance fortuite pour le constater. Le malade s’en apercevra par hasard, en sortant d’un bain, ou bien parce que son attention sera attirée par un autre accident, comme l’angine ou la céphalée.

Les deux variétés que nous admettrons, V érythème maculeux et Verythème papuleux, peuvent être isolées; d’autres fois on les rencontre .sur la môme personne : on voit sur l’abdomen et sur le tronc de la roséole papuleuse, tandis qu’aux membres on observe seulement des macules.

Véry thème maculeux est caractérisé par des taches sans saillie, de couleur rose ou rouge pâle, disparaissant complètement par la pression des doigts, h’érythème papuleux est constitué par des taches le plus souvent d’un rouge vif, quelquefois d’un rouge foncé, cuivré, qui forment des saillies manifestes.

DLS MALADIES VIDULENTES.

L’éniplion sc développe le plus souvenlîivec lenteur; elle apparaît d’abord sur le ventre, les flancs, les parties latérales ou inférieures du thorax, et débute par de petits points rouges plus vasculaires que les parties voisines. Ces points, en se réunissant, constituent les taches de roséole. La région antérieure de l’aisselle, les épaules, le dos et les lombes sont encore pour la roséole des lieux d’élection. On l’observe beaucoup plus rarement sur la face, le cuir chevelu, la nuque; dans ces points, on trouve ordinairement d’autres éruptions. La nuque et la racine des cheveux sont souvent le siège, dans ce cas, de papules cuivrées dont la présence sur le front répond à une des variétés de ce qu’on a appelé la co7vnn Veneris. Le sillon naso-labial est aussi le siège de papules rosées surmontées de quelques croûtes.

La couleur de l’érythème est très variable; elle est rarement cuivrée, comme on l’a dit à tort. Des taches à différents degrés de développement donnent lieu à une autre teinte que J.-L. Petit a caractérisée du nom de peau Miitée. Quand la roséole disparaît, elle laisse des macules que Gibcrt a regardées comme plus caractéristiques que la teinte de la roséole ellemême. En effet, cette éruption offre des nuances très diverses; elle a quelquefois toute la vivacité d’une affection aiguë; dans d’autres cas elle est d’une grande pâleur.

Les taches de l’érythème ont dans certains cas une disposition déterminée en cercle , en demi-cercle , en corymbe ; dans d’autres circonstances, la forme générale qu’affecte l’éruption est aussi irrégulière que le contour de chaque tache.

Mais il est rare qu’un malade affecté d’érythème syphilitique présente ce seul symptôme, et Bassereau a donné sur ce point comme sur beaucoup d’autres, concernant l’histoire des syphilides, une statistique d’un très grand intérêt. Ainsi il a observé que sur 153 malades affectés de roséole, 106 avaient des éruptions croûteuses du cuir chevelu. Outre ces éruptions croûteuses, on observait, comme nous l’avons déjà dit, au cuir chevelu, sur le front, à la racine des cheveux, des papules cuivrées; aux pieds et aux mains des papules avec desquamation de l’épiderme. Mais de toutes les éruptions qui se mélangeaient à l’érythème, les plus fréquentes étaient les plaques muqueuses, qu’il a observées 88 fois sur 192 malades atteints d’érythème. Sur ce nombre de malades affectés de roséole, 32 avaient une rougeur vive de l’isthme du gosier avec gonflement et douleur.

L’érythème syphilitique s’accompagne ordinairement d’engorgement ganglionnaire des parties latérales du cou et d’alopécie. Les individus atteints de cette éruption éprouvent en même temps du malaise, une grande faiblesse, de la céphalalgie, des douleurs articulaires, des vertiges, des éblouissements, des accès fébriles, des sueurs nocturnes. Ces divers symptômes ont ordinairement précédé de quelques jours l’apparition de réryfhèmc.

Sa durée varie de six semaines à cinq mois, si l’on n’a fait aucun trai-

DE LA SYPHILIS

temenl mercuriel. La terminaison a lieu le plus ordinairement par résolution; on a vu cette éruption disparaître par délitescence dans quelques cas, à la suite d’une forte saignée, par exemple.

Le diagnostic se tire moins des caractères de l’éruption que des antécédents et des signes concomitants. A l’aide de tous ces symptômes, il présente rarement de la diffieulté. Il est cependant un point sur lequel nous devons insister : nous voulons parler de la roséole que produit iabsorplion du copahu. La confusion de ces deux éruptions a fait propager des points de doctrine erronés, car beaucoup de malades affectés de blennorrhagie, traitée par le copahu, ont eu des roséoles qu’on a mis sur le compte de la syphilis. Voici à l’aide de quels signes on pourra établir le diagnostic différentiel.

La roséole copahique se développe sous l’influence des balsamiques à toutes les époques de la durée des blennorrhagies; elle débute souvent autour des poignets, aux jarrets, sur les malléoles, et se limite quelquefois môme à ces régions, par lesquelles ne débute jamais l’érythème syphilitique. En outre, c’est une affection essentiellement aiguë; elle s’accompagne d’un prurit assez vif, et parcourt ses périodes dans l’espace d’un ou deux septénaires sans le secours d’aucune médication, et en supprimant simplement le copahu. Enfin cet érythème n’est jamais suivi des autres accidents que nous avons vus former le cortège de la roséole syphilitique.

Les récidives de la roséole ne sont pas rares ; elles se manifestent ordinairement de trois à six mois, après la disparition du premier érythème.

Nous avons dit, en parlant des syphilides d’une manière générale, qu’il n’y avait pas d’éruptions primitives, que toutes étaient consécutives a un accident primitif. Mais quel est cet accident? Sur 198 sujets affectés de roséole, Bassereau a vu que 170 fois il y avait existence d’un chancre ou trace évidente de cet ulcère, et sur les 28 autres où il n’a pas trouvé de vestige d’accident primitif, 15 déclaraient avoir eu un chancre, 13 seulement disaient n’avoir été affectés que de blennorrhagie ou affirmaient n’avoir rien remarqué. Sur les 170 chancres, 157 étaient très manifestement indurés; 13 seulement avaient une induration douteuse.

Si maintenant on considère la forme de ces chancres, on verra qu’il y avait : éi'osions chancreuses, 146 fois; ulcérations à bords taillés à pic ^ attaquant toute l’épaisseur de la membrane qui en était le siège, \U ; ulcérations phagédéniques circonscrites, 10; chancres à fond pidtacé, creusant les I tissus un peu au delà de la membrane tégumentaire, 10.

Bassereau a également noté l’époque d’apparition de l’érythème par ■ rapport à la contagion : chez les malades qui n’avaient pas subi de traitciment mercuriel, cette éruption a paru en moyenne du trentième au ; soixantième jour, et du soixantième au quatre-vingt-dixième chez ceux (qui avaient fait un traitement général.

b. Sypiiiiide papuleuse. — La syphilide papuleuse est caractérisée par (des saillies de dimension variable, sèches, pleines, circulaires cl se ter- I minant par résolution.

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