‹ Traité élémentaire de pathologie externe (volume 2)Chapitre 43 sur 50 · DE LA SA'I'IIILIS · texte numérisé non relu

DE LA SA'I'IIILIS

encore des accidents syphilitiques, doit-on, avant l’apparition d’aucune lésion locale, le soumettre à un traitement mercuriel? Il y a à cet égard divergence dans l’opinion des syphilographes. Quelques-uns préconiscnl, un traitement quand même; d’autres, et Diday est de ce nombre, établissent des catégories. Le chirurgien de Lyon conseille le traitement mercuriel : 1“ il reniant issu d’un père et d’une mère ajant ou ayant eu tous les deux la syphilis au moment où ils l’ont conçu ; 2" à ceux dont le père ou la mère aurait été à ce moment sous l’inlluence d’une diathèse syphilitique manifestée par des symptômes constitutionnels récents et non encore traités spécifiquement; 3" à ceux enfin qui, engendrés hors de ces conditions, mais néanmoins par des parents à antécédents syphilitiques, naîtraient avant terme ou à terme, mais avec l’apparence sénile, etc. Nous pensons qu’il importe de tenir davantage compte de la santé particulière de l’enfant. Si, les antécédents syphilitiques des parents bien établis, reniant naît avant terme et débilité, le traitement mercuriel devient quelquefois une précieuse ressource ; mais si cet enfant jouit à sa naissance d’une santé parfaite, nous estimons qu’il est convenable d’attendre l’apparition de quelque lésion syphilitique pour commencer le traitement mercuriel, puisqu’on voit quelquefois la syphilis ne pas éclater. Mais dès qu’apparaissent les accidents syphilitiques, il huit mettre tout de suite en usage le traitement spécifique.

Le traitement peut être indirect ou direct. Le premier consiste à allaiter l’enfant à l’aide d’un lait provenant d’une femme soumise à un traitement antisyphilitique. Quand la mère est atteinte de vérole, la chose est facile à réaliser; mais si la nourrice est saine, ce mode de traitement est moins praticable, et l’on ne doit lui administrer le mercure qu’après lui avoir démontré que le traitement mercuriel ne saurait avoir chez elle des résultats fâcheux. Dans ce traitement indirect, on administre à la mère ou à la nourrice le sublimé ou le protoiodure de mercure aux doses déjà indiquées. Le lait de ces femmes, dans lequel un pharmacien distingué des hôpitaux. Personne, n’a pas trouvé de mercure, peut faire disparaître les accidents syphilitiques; mais c’est un traitement long. S’il n’y a pas possibilité d’administrer le lait d’une femme soumise au traitement mercuriel, on pourrait se servir du lait d’ânesses ou de chèvres auxquelles on aurait par de larges onctions napolitaines, fait absorber du mercure.

Mais il vaut mieux administrer directement la préparation hydrargyrique à l’enfant. Le direct est externe on intei'ne. Quand les mercuriaux peuvent être supportés à l’intérieur, il faut, .sans nul doute, les administrer par cette voie; mais dans le cas contraire, s’ils occasionnent des accidents gastro-intestinaux, on doit avoir recours aux frictions et aux bains.

Les frictions mercurielles, vantées par Brodie, ont eu l’approbation de Cullerier (1), qui conseille de les pratiquer sur les parois latérales

(I) ünlletin de Ihérapeutique, 1852, p. 433.

DES MALADIES VIRULENTES

aIu Llîorax, au voisinage de l’aisselle, dvilant ainsi les causes nombreuses d’irrilalion qui se monlrent sur les cuisses des pelils enfants, parties où naguère on conseillait de faire ces frictions. Des bains .savonneux doivent être souvent prescrits pour détacher la pommade, qui se dessèche et se rancit ii la surface de la peau.

Les bains mercuriels, à l’aide du bichlorure de mercure, constituent aussi un mode de traitement des plus utiles, et qui modifie promptement les accidents cutanés.

Le traitement interne, d’un emploi aussi commode que sûr chez les petits enfants, consiste dans l’administration de la liqueur de Van Swieten. On donne chaque jour de 2 à 3 grammes de liqueur de Van Swieten, qu’on fait prendre, soit dans une potion gommeuse, soit dans un peu de lait. Le traitement mercuriel suffit seul aux accidents secondaires qu’on voit chez les nouveau-nés; mais s’il existe quelques syphilides profondes ou quelques accidents tertiaires, il faut administrer conjointement au mercure l’iodure de potassium. On commencera par 5 centigrammes de ce sel, et l’on en augmentera progressivement la dose. Quelques lotions chlorurées ou alcalines suffiront aussi, pendant ce traitement, à combattre les accidents locaux, tels que plaques muqueuses, etc. On ne saurait trop recommander, pendant le traitement de la syphilis chez le nouveau-né, d’administrer à l’enfant un lait riche, de le soustraire au froid et à l’humidité, •mifin de l’entourer de tous les soins de propreté.

Il est assez difficile de fixer la durée d’un traitement antisyphilitique chez un nouveau-né, car on ne possède pas,^ comme chez l’adulte, certains signes d’une saturation mercurielle. On en revient ainsi au précepte de continuer l’emploi des mercuriaux pendant un temps égal à celui qu’a exigé la disparition des accidents syphilitiques. Diday estime qu’un traitement de trois mois est suffisant chez le nouveau-né, à la condition que le mercure soit directement administré au malade; mais ce n’est là qu une hypothèse. Si c’est le traitement indirect qui est mis en usage, il faudra un temps bien plus considérable.

Que deviennent plus tard ces enfants ainsi traités et guéris de la syphilis? Les récidives sont-elles aussi fréquentes chez eux que chez les adultes? La diathèse s’éteint-elle ? Voilà bien des questions restées encore insolubles, et qui touchent cependant aux plus curieux problèmes de la médecine. Mais la syphilis semble devoir toujours être, comme l’homme qu’elle atteint, une grande et permanente énigme.

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