II. — Traitement clratif
Quelques médecins ont proposé de ne pas traiter spécifiquement la syphilis, et de combattre seulement par des moyens généraux, purgatifs, bains, régime tonique, cette infection du sang par le virus syphilitique. L’histoire naturelle de l’évolution des phénomènes syphilitiques n’est pas encore assez bien faite pour qu’on soit autorisé à abandonner la syphilis à elle-même ou à lui opposer ce qu’on appelle aujourd’hui, de l’autre côté du détroit, le simple traitement. Nous dirons plus loin quelques mots sur ce sujet intéressant, dont l’étude fournira peut-être un jour des résultats imprévus; mais pour le moment nous pensons que les plus grandes garanties de guérison sont encore dans un traitement spécifique bien dirigé.
Nous avons dit plus haut qu’il existait deux ordres principaux d’accidents syphilitiques, les uns plus ou moins précoces, acciderds secondaires, les autres en général tardifs, accidents tertiaires. Eh bien ! à chaque groupe «le ces accidents correspond une médications pécilique ; pour les premiers, c’est le mercure, et pour les seconds l’iodure de potassium. Certes ni le mercure ni l’iodurc de potassium ne peuvent guérir tous les accidents syphilitiques, mais ils en guérissent une majorité tellement grande, que leur spécificité, dans ce cas, ne peut point être mise en doute. Donc contre le chancre induré avec son adénopathie indolente, contre les syphilides, les plaques muqueuses, l’alopécie, l’onyxis, l’adénopathie constitutionnelle, J’iritis, on administrera le mercure, et contre le sarcocèle, les gommes, les lésions musculaires osseuses, articulaires, etc., on prescrira l’iodurc de potassium. Il y a certains accidents dits de transition., comme les -syphilides tuberculeuses, qui exigent un traitement mixte par le mercure et l’iodure de potassium.
Mais les insuccès et quelques accidents du mercure, si souvent exagérés d’ailleurs, ont conduit certains médecins à proposer des moyens destinés à le remplacer. La plupart de ces médications exceptionnelles sont sans valeur; mais nous les ferons brièvement connaître, parce que quelquesunes d’entre elles ont eu dans ces dernières années un retentissement
DES MALADIES MDULENTES.
immérité. Nous diviserons donc' ce paragraphe en trois parties : 1“ traitement mercuriel, 1° traitement par Viodure de potassium, 3" traitements succédanés du mercure. Nous ferons suivre cet exposé d’un résumé des indications et des règles générales qui doivent guider le praticien dans le traitement de la syphilis.
1“ Traitement merciiriel des accidents secondaires.
En faisant ici l’étude du traitement mercuriel, nous aborderons seulement les diverses questions qui se rattachent à l’histoire antisyphilitique du mercure, au choix de la préparation, au mode de l’administrer. Nous parlerons aussi brièvement des inconvénients de ce médicament, des accidents qu’il produit, et de l’hydrargyrose , cette création pseudo-syphilitique que l’on a invoquée pour repousser la médication mercurielle.
Historique. — Depuis Widman, l’auteur du premier travail sur l’emploi du mercure contre la syphilis (lè97) jusqu’à nos jours, les préparations hydrargyriques, ont tenu la principale place dans le traitement de la vérole, malgré les attaques de l’école physiologique, renouvelées dans ces derniers temps par quelques médecins de l’école de Vienne et formulées par J. Hermann (1). On tend bien à restreindre à certaines formes l’emploi de ces préparations, on a bien remarqué que quelques syphilis à évolution dite décroissante ne réclamaient aucun Iraitement mercuriel ; cependant, malgré ces quelques exceptions, on peut dire encore aujourd’hui que le mercure est le véritable spécifique de la vérole; ou, pour parler plus justement, que le mercure fait disparaître le plus grand nombre des manifestations syphilitiques.
On savait autréfois que le mercure avait été employé avec succès contre certaines formes d’affections cutanées, et la relation qui existait entre ces formes morbides et les manifestations de la syphilis conduisit quelques auteurs à essayer dans la vérole le môme médicament. Widman, Grunpeck, Sebastianus Aquitanus, Gaspard Torella, furent les premiers à faire usage du mercure ; ils l’administrèrent sous forme d’onguents qu’ils employaient à l’extérieur sans méthode et sans règle. La composition de ces onguents était si variable, que pour quelques-uns le mercure constituait le tiers de la masse, tandis que dans d’autres il en était à peine la quarantième ou cinquantième partie. Béranger de Carpi régularisa ces frictions, et obtint par sa méthode une si grande réputation, qu’il a été considéré comme le promoteur de la médication mercurielle.
Les fumigations mercurielles furent aussi préconisées à cette époque; mais administrées comme les onctions, c’est-à-dire sans règle, elles amenèrent des accidents, et c’est pour les éviter que Jean de Vigo songea a interdire au mercure les voies respiratoires : dès lors les fumigations n’atteignirent plus la tète. Dans les premières années du xvi' siècle, le
(l) Die Ifachlheile der Mercuriallnir [Les désavantages du traitement par le mercure]. TVien, 1859.
DE LA STPIIILIS.
savant botaniste, P. A. Mattioli, proposa de donner le mercure à l’intérieur, et Paracelse, par l’autorité de son nom, propagea cette méthode.
Mattioli se servait de l’oxyde rouge de mercure qu’il lavait dans l’eaxi distillée de plantain et d’oseille; il faisait ensuite sécher au feu ce médicament pour détruire ses propriétés nuisibles, et le prescrivait en bols à la dose de 5 grains par jour. C’est aussi à cette époque que Frédéric Barberousse donnait, dit-on, à François I" sa fameuse recette. Ces pilules, faites d’après une formule semblable à celle que conseilla Belloste au siècle dernier, étaient constituées par du mercure coulant, des substances purgatives et d’autres ingrédients dans des proportions déterminées. Toutes ces substances étaient môlées ; on les divisait en pilules de la grosseur des pois, et l’on prenait chacune de ces pilules une heure avant le souper. Plus tard, Van Swieten donna le mercure sous la forme de sublimé, moyen déjà connu en Russie. Depuis lors c’est l’administration interne du médicament qui a été surtout préconisée. De nos jours, Dupuytren vanta le bichlorure; Biett, Cazenave, Ricord, le protoiodure de mercure; cependant le traitement par les frictions vient d’étre remis en honneur à l’étranger, comme nous le montrerons tout à l’heure.
àfoDE d’administration. — Nous allons successivement examiner les moyens externes et les moyens internes d’administration du mercure.
a. Administration du mercu7'e à l’extérieur. — On peut administrer le mercure contre la syphilis de trois façons dilférentes : 1° en lotions et en bains ; 2“ en fumigations; 3“ en frictions avec des onguents. Nous ne parleronspas ici des pommades employées comme adjuvants du traitement général contre certains accidents syphilitiques.
1“ Les lotions ont été à peine employées comme moyen général de traitement antisj'pliilitique. Cependant Félix Plater, Étienne Blancard (de Middelbourg) les ont préconisées ; mais leurs tentatives sont restées infructueuses, et de nos jours l’exemple de Meyrieu, qui conseillait de frictionner la plante des pieds, les jambes et les cuisses, avec une forte solution de sublimé, n’a pas eu plus de succès. Les bains ne sont guère employés chez les adultes que comme adjuvants d’un traitement général interne; il n’en est pas de môme des fumigations qui, comme les frictions, ont été mises en usage sans le secours d’aucun autre moyen et constituent une médication complète encore en honneur en Angleterre.
2“ Les fumigations sont une des méthodes le plus anciennement employées. Elles ont eu tour à tour des succès et des revers : au début, les appareils dont on se servait ne protégeaient pas la tète, aussi les fumigations entraînaient-elles souvent des accidents. Glauber et P. Lalouette (1) ont perfectionné la boîte fumigatoire, ce qui permit au malade de recevoir les fumigations mercurielles sans les respirer. Ces fumigations doivent être prises de deux jours l’un ; elles s’administrent le malin à jeun. Les anciens employaient, pour les pratiquer, le cinabre qu’ils
(1) Nouvelle méthode de traiter les maladies vénériennes par la fumigation, Paris, 1776.
DES MALADIES VIRULENTES
Taisaient brûler avec des substances aromatiques; le sulfure de mercure fut plus tard remplacé par du calomel tantôt pur, tantôt uni à du mercure oxydé ou à de l’alumine. Outre ces fumigations générales, on a conseillé de diriger les vapeurs mercurielles sur le point affecté. On imite dans ce cas un procédé des Chinois, qui exposent aux vapeurs d’une bougie de cinabre et de cire les ulcères syphilitiques.
3" La méthode des frictions mercurielles est beaucoup plus connue, et par le nombre des procédés qu’elle a fait naître, et par l’importance des médecins qui l’ont conseillée. Longtemps préconisée comme traitement unique de la sj'philis, elle n’est plus réservée aujourd’hui parmi nous qu’à certains cas exceptionnels, dans lesquels on doit agir vite, énergiquement, eu évitant les voies gastriques malades; mais quelques médecins allemands lui donnent encore la préférence.
Les frictions diffèrent suivant la formule et la quantité de l’onguent employé; elles varient aussi suivant le siège des onctions et le temps pendant lequel on les pratique.
Selon que ces circonstances furent plus ou moins modifiées, les méthodes prirent des désignations différentes; elles sont connues sous le nom des médecins qui les ont conseillées.
Peyrilhe fit pratiquer les frictions sur la surface du gland et à l’intérieur du prépuce ; il fonda cette pratique sur l’idée purement théorique que le mercure, pour guérir la syphilis, devait suivre la voie par laquelle la matière contagieuse avait pénétré pour infecter l’organisme. Il ne faisait subir aucune préparation à ses malades. Il n’en était pas de même de Pihoref qui ne négligeait pas les purgatifs, les bains et même la saignée, pour rendre apte le malade à l’absorption mercurielle. Il faisait frictionner le dessous des pieds ou la paume des mains, la face interne des jambes, ou celle des bras et des poignets avec la pommade suivante :
Onguent napolitain 90 gram.
Sulfure de chaux ammoniacale 30 —
Cirillo se servait pour ces frictions d’une pommade au sublimé et air chlorhydrate d’ammoniaque. Il préparait ses malades comme Pihorel, et conseillait les frictions à la plante des pieds. Cirillo choisissait surtout le printemps et l’automne pour ordonner ces frictions.
Pans les diverses méthodes que nous venons d’examiner brièvement, on ne s’occupait pas de doser le médicament absorbé ; .en étalant sur différents points du corps de l’onguent mercuriel, on ne savait guère ce qui était perdu et ce qui était pris par l’économie. C’est ce dosage que Scafif/na eut la prétention d’obtenir par son procédé. 11 faisait à cet effet, placer le soir, dans le creux de chaque aisselle, de 2 a fi grammes d onguent napolitain, et il maintenait la jieau en rapport avec le médicament; le lendemain, prétendait-il, l’absorption était complète.
Un chirurgien anglais, Clare, établit sa méthode sur des considérations
DE LA SYPHILIS
d’un.aulrc ordre. Il frictionnait trois ou quatre fois par jour la face interne des joues, aux environs du conduit de Sténon, avec 0,02 ou 0,05 grammes de calomel. Plus tard, craignant la déglutition de ce médicament, il pratiqua les frictions sur les gencives et à la face muqueuse des lèvres. Il défendait au malade de cracher, d’avaler et de boire pendant une demiheure après chaque friction, et il l’engageait à faire usage, trois ou quatre fois par jour, comme dentifrice, d’un mélange de mercure doux et de bol d’Arménie. Cet auteur croyait que 8 grains de calomel pris par ce procédé correspondaient à ^i8 grains d’onguent mercuriel en onctions cutanées.
La méthode de Clare 'n’a pu obtenir en France une grande faveur; cependant Bracket (de Lyon) l’a conseillée en lui faisant subir toutefois quelques modifications. Ce n’est plus le doigt qui va faire les onctions : llrachet conseille de placer le médicament sur la langue, qui va opérer elle-même la friction contre le palais. Les frictions glosso-palatincs se font matin et soir.
Ces dilférentes méthodes n’ont guère qu’un intérêt historique, et aujourd’hui on emploie peu en France les onctions mercurielles; on réserve ce mode d’administration pour certains cas spéciaux : chez les enfants, par exemple. Il n’en est pas de même, avons-nous dit, à l’étranger, et particuliérement en Allemagne.
Barensprung (de Berlin) (1) dit que les onctions produisent une action plus sûre et plus prompte que toutes les autres médications mercuVielles. Il avoue cependant qu’elles ont l’inconvénient de produire une salivation trop intense. Selon lui, l’efficacité de l’onguent gris tient à la quantité d’oxydule qu’il renferme : celui-ci est en partie libre, en partie combiné avec un acide sébacique ; l’oxydule séhacique entre avec la graisse en excès par la peau et les muqueuses dans le sang, et produit ainsi promptement une action mercurielle générale. Quelle que soit la valeur île la théorie, la méthode des frictions a repris quelque faveur aujourd’hui en Allemagne, surtout par l’inlluence de Sigmund (de Vienne), dont nous allons maintenant faire connaître la pratique générale pour les onctions merciuielles.
C’est en 1859 que ce médecin (2) a publié le résultat général de ses recherches sur ce mode de traitement dont il se sert exclusivement depuis dix-huit ans, pour cinq cents malades environ par année. Ce traitement comprend trois temps : 1“ \à préparation des malades, 2" les frictions, 3“ le traitement après les frictions.
1° La préparation des malades dure de six h dix jours. On cherche à régulariser le régime, à écarter ou à modifier diverses affections, comme les fièvres, les diarrhées, et surtout les affections des gencives. Un rend
(1) Annalen des Charité krankenhauses, 1838, vol. Vit, p. 2.
(2) Die Enreibungseur mil graver Salbe bei Syphilisfarmen [Des onctions avec l’onguent gris comme cure des formes syphilitiques], 2'^ édition. Vienne, 1839, in-8.
aussi la peau plus souple par l’adminislralion de bains dont la lempéralure varie de 24“ à 27“ 11.
2“ On fait ordinairement les frictions sur les deux jambes, les deux cuisses, les faces antérieures de la poitrine et du ventre, sur le dos et sur les bras: chaque friction dure au moins vingt minutes. Elles doivent être pratiquées le soir avant le coucher, et l’on enveloppe ensuite les parties frictionnées dans des draps de toile ou de coton. Le changement de linge après chaque friction est nécessaire.
La dose d’onguent mercuriel employé dépasse 1 gramme par jour. Le nombre des frictions varie de vingt h trente. Les malades doivent garder le lit pendant dix-huit heures et peut manger; mais dans l’alimentation il faut toujours tenir compte des complications anémiques qui contreindiquent la diète. En môme temps on devra prescrire des gargarismes au sublimé, à l’alun, à la teinture d’iode, suivant qu’il y a ou non ulcération de la muqueuse buccale ou pharyngée. On suspend les frictions pendant la période menstruelle ; il n’en est pas de môme pendant la grossesse, et Sigmund pense qu’appliquées de bonne heure, elles peuvent prévenir l’infection du fœtus. Chez les femmes en couches on laisse passer de deux à trois semaines avant de commencer les frictions, jusqu’à la disparition de l’anémie qui suit en général l’accouchement. Les frictions faites chez des nourrices ne paraissent pas avoir d’influence sur la sj’philis. des enfants qu’elles allaitent; aussi sont-elles en môme temps employées chez ces enfants. La cicatrisation des blessés et des opérés n’est pas retardée par ce mode de traitement.
En môme temps qu’on prescrit les frictions, on peut donner des médicaments internes : la décoction de Zittmann, de Pollini, les diurétiques, les narcotiques, les iodés, les ferrugineux, les amers, l’huile de foie de’ morue.
La saison la plus favorable pour l’emploi de cette médication est le printemps et la première moitié de l’été.
3“ Après la dernière friction, les malades prennent un bain de savon (25" à 27“ R.) d’une demi-heure. On les fait encore rester plusieurs jours au lit pendant quatorze heures, en cherchant à provoquer la transpiration. Leur alimentation est en môme temps augmentée peu à peu.
Ce traitement donne lieu à quelques accidents. On observe quelquefois des inflammations cutanés et des eczémas ; mais ils sont rarement assez intenses pour faire suspendre le traitement.
La salivation est un autre accident plus sérieux, mais ce n’est pas le résultat que Sigmund désire obtenir. D’ailleurs, il n’a vu que rarement des salivations, et presque jamais elles n’étaient assez intenses pour faire cesser les frictions: mais il a dû suspendre la médication dans certains cas de sueurs abondantes, de diarrhées rebelles, de fortes congestions vers la tôte, le cœur cl les poumons, d’épistaxis, d’hémorrhagies par l’anus et l’utérus, et d’attaques épileptiques. Dans quelques cas aussi certaines douleurs paraissaient augmenter sous l’influence des frictions,
DE LA. SYPUILIS. 751
et l’aggravation de l’insomnie l’a forcé de renoncer deux Ibis à l’emploi de cc moyen.
b. Administration du me7'cure à Vintérieur. — Cette méthode est moins ancienne que celle que nous venons d’examiner; elle s’est substituée peu
peu à la méthode dite des frictions, et en France du moins, on n’admfnistre le mercure à l’extérieur que lorsque l’estomac ne peut pas tolérer les préparations internes. Ces préparations données à l’intérieur sont nombreuses, et chacune, vantée à son tour par quelque médecin en renom, a eu son moment de vogue et de succès. Nous nous garderons bien de parler de toutes ces formules dont la plupart sont oubliées aujourd’hui; nous n’insisterons que sur les préparations les plus importantes et les plus usitées.
On emploie peu de nos jours les préparations où le mercure entre à l’état métallique. Les pilules de Belloste (1) sont en eü'et rarement conseillées contre la syphilis, et ce n’est qu’exceptionnellement qu’on voit prescrire les pilules bleues (2) ou les pilules de Sédillot (3). Cependant Rayer assure avoir obtenu d’excellents effets de ces dernières pilules, et les recommande encore.
On préfère généralement des composés mercuriels dans lesquels le mercure, rendu plus actif par sa combinaison avec d’autres corps, n’a pas besoin d’être administré à une dose aussi forte pour produire les mêmes effets.
Les composés de chlore et de mercure, d’iode et de mercure, sont les plus vantés et forment chez nous la base du traitement classique de la syphilis. Parmi les composés de chlore et de mercure, le plus fréquemment et le plus justement mis en usage, c’est le sublimé. On l’emploie à l’état de solution et sous forme pilulaire. La solution de Van Swieten est constituée par du deutochlorure. Voici sa formule :
Deutochlorure de mercure sublimé. . 80 cenligr.
Eau-de-vie de grains 1 kilogr.
Van Swieten en conseillait 2 cuillerées par jour.
Cette solution est encore employée très fréquemment et avec un grand succès; mais la formule en a été diversement modifiée. Celle donnée par Mialbe, toutes réserves faites sur les théories physiologiques qui lui ser-
(1) Belloste : Mercure métallique, aloès ââ o,05
Rhubarbe , scammonée aâ o,02
Poivre noir 0,01
(2) Pilules bleues : Mercure métallique.... 0,05
Conserve de roses, poudre de réglisse. aa 0,10
(3) Sédillot; Onguent napolitain 0,10
Savon, poudre de guimauve aa 0,t0
DES MALADIES VIRULENTES
vent de base, paraît fournir une solution qui est mieux tolérée par les malades que la solution ancienne. Voici cette formule ;
Sublimû 1 gram.
Chlorhydrate d’ammoniaque 5 gram.
Blanc d’œuf. n“ 2.
Eau q. s.
Pour 1000 grammes de liquide. De 1 à 3 cuillerées; chaque cuillerée conlienl 0,015 de sublimé.
Barensprung (de Berlin), tout en préférant les onctions mercurielles, emploie quelquefois ce médicament à l’intérieur. Il n’est pas sans intérêt de rapprocher ici la formule de la liqueur de Van Swieten, donnée par Mialhe, de la remarque faite par Barensprung et Michaelis sur l’inlluence favorable que l’albumine exerce dans ce cas pour empêcher l’action, quelquefois si pénible, du sublimé sur l’estomac. Ces médecins allemands ont recherché surtout les préparations qui causent le moins de troubles à cet organe; et pour cela ils unissent le sublimé à l’albumine : l’albuminatc de mercure possède pour eux tous les avantages de l’iodure et du protochlorure sans avoir leurs inconvénients.
Voici d’ailleurs la formule recommandée 'par le clinicien de Berlin :
Sublimé 2 grains.
Œuf. '• n° 1
Eau distillée 6 onces.
Hydrochlorate d’ammoniaque 1 gros.
Une cuillerée toutes les deux heures.
Le malade prend ainsi par jour la valeur d’un grain de suhlimé.
Michaelis pense aussi que le sublimé est le spécifique par excellence ; mais l’estomac doit toujours, selon lui, renfermer une certaine quantité d’albumine au moment de l’administration de ce médicament.
Ce n’est pas seulement en solution que le sublimé est administré à l’intérieur; on l’a donné en pilules, et celles dites de Dupuytren ont pour principe actif le sublimé.
Voici leur formule :
Sublimé corrosif. 0,012
Extrait d’opium 0,025
Extrait de gaïae 0,050
Les iodures de mercure ont été introduits par Biett dans la thérapeulique de la syphilis : il employa d’abord le bi-iodurc, qu’il administrait en pilules à la dose de 2 à 3 centigrammes par jour. 11 y renonça plus tard, et lui préféra le protoiodurc, qui aujourd’hui encore possède en sa laveur les autorités, si divergentes sur d’autres points, de Cazenave cl de Bicord.
DE LA SYPHILIS
Cazcnave donne, dans les vingt-quatre heures, de dcu.x à quatre pilules ainsi formulées :
Protoiodure de mercure 0,50
Thridace 1,50
Pour vingt pilules.
Ricord associe le protoiodure à l’opium. Voici la formule qu’il préfère aujourd’hui :
Protoiodure d’hydrargyre ')
âS 3 gram.
Extrait lliébnïque 1 —
Conserve de roses 6 —
Pour soixante pilules. De une à deux, trois, etc., par jour.
Le hi-iodure, que Biclt avait d’ahord vanté, est aujourd’hui employé par Bazin et Gibcrt qui le prescrivent tous deux sous forme de sirop, avec cette différence toutefois que Bazin le donne isolé, tandis que Gibert l’associe à l’iodurc de potassium et en fait une hase de traitement mixte : la cuillerée de ce sirop représente 0,01 de bi-iodure de mercure et 0,05 d’iodurc de potassium. .
Action physiologique et pathologique du mercure. — Quel que soit son mode d’administration, le mercure a sur l’économie une double action^ physiologique et pathologique, qui doit être signalée avec d’autant plus de soin qu’on a voulu attribuer aux seuls effets de la médication hydrargyrique certains symptômes de la syphilis.
Le mercure agit d’abord localement; il est ensuite absorbé et produit alors sur l’économie une action générale ; plus tard il se trouve éliminé par les sécrétions.
Localement, il agit comme un irritant; cette irritation explique les douleurs gastralgiques que produit le sublimé, et les entérites causées par le protoiodure. Le mercure absorbé altère profondément la nutrition, fait baisser le chiffre des globules du sang, diminue la quantité d’albumine et le degré de coagulabilité de la fibrine. Celte action altérante commande au médecin d’insister sur la nécessité d’une alimentation réparatrice, et au malade d’éviter les causes de diminution des forces.
I.e mercure s’élimine par les urines, la sueur, la salive, la sécrétion intestinale. Ces sécrétions sont supplémentaires les unes des autres, et si la sécrétion urinaire vient à diminuer, on s’explique que, la sécrétion salivaire augmentant, il se produise rapidement la salivation mercurielle, un des plus fréquents accidents auxquels donne lieu l’administration du mercure.
Les accidents produits par l’hydrargyre se manifestent à la peau, sur le système nerveux ou dans la bouche. On a aussi parlé d’une cachexie mercurielle, qui n’est que l’excès de cette action physiologique du mercure sur l’organisme déjà profondément altéré, et qui réclame les mêmes soins hygiéniques et une médication analogue (toniques internes cl ex-
DES MALADIES VIRULENTES
ternes). Les éruplions cutanées mercurielles sont peu connues, elles ont en général une forme eczémateuse; quant aux accidents nerveux, ils soutirés rares chez les sujets qui prennent du mercure sous forme médicamenteuse; on no les observe guère que chez les ouvriers qui travaillent ce métal.
La stomatite mercurielle, beaucoup moins fréquente aujourd’hui qu’au- Lrefois à la suite des frictions larges et répétées, mérite de fixer sérieusement l’attention du chirurgien. Elle s’annonce par la fétidité de l’haleine; le malade perçoit en môme temps une saveur métallique; ses geneives deviennent rouges, se tuméfient, et l’on observe un liséré blanchâtre à l’intersection de la dent et de la gencive. La maladie débute ordinairement par la gencive interdenlaire, incisive inférieure ; cependant, quand il y a des dents cariées, c’est assez souvent autour d’elles que liait la gingivite; l’inllammalion s’él'end ensuite à la bouche, à la langue.
La salivation est consécutive à la stomatite et dépend d’elle. Celte inllammation va quelquefois jusqu’à produire de véritables phlegmons à la langue; dans d’autres cas, on voit des eschares gangréneuses, mais le plus souvent on n’observe que des ulcérations d’un rouge livide, à bords sinueux et irréguliers, placées en avant des piliers antérieurs au milieu d’une muqueuse enllammée, tous caractères qui les difl'érencient des ulcères .syphilitiques. A un degré plus avancé, la stomatite fait éprouver une sensation d’allongement des dents; la mastication est douloureuse; les dents s’ébranlent, peuvent môme tomber, et leur chute est suivie de carie de la mâchoire. La stomatite mercurielle s’accompagne quelquefois d’accidents généraux auxquels on a donné à tort le nom de fièvre mercurielle.
Il est très rare aujourd’hui do voir arriver les accidents à ce degré; mais une stomatite mercurielle légère se montre encore assez fréquemment. Il y a quelques années on suspendait alors le traitement, et l’on se servait d’astringents locaux ou de caustiques énergiques ; l’acide chlorhydrique fumant, par exemple. Maintenant il suffit, pour combattre celte salivation, d’administrer le chlorate de potasse, et ce médicament, qui s’élimine par les glandes salivaires, peut être donné en gargarismes concentrés ou à la dose de 3 à 4 grammes dans une potion, que l’on prend par cuillerées toutes les heures.
Mais quand on preserit le chlorate de potasse, il n’est pas nécessaire de suspendre le traitement. On sait, en cüét, que l’on peut donner à un malade du calomel à dose fractionnée en même temps qu’on lui fait prendre du chlorate de potasse, sans avoir à redouter de salivation. Lasègue a fait sur ce point, à l’hôpital de Lourcine, les expériences les plus concluantes.
Celte salivation mercurielle que nous venons de décrire comme un accident de la médication a été longtemps recherchée comme une circonstance heureuse; c’était la méthode de Boerhaave (1). Pour obtenir la salivation, on faisait avaler au malade une grande quantité de boissons tièdes,
(I) Aphorismes, édit, de 1720, p. 279.
DE LA SYPHILIS
•<le tisanes sudorifiques, de manière, disail-on, à faire ouvrir les pores absorbants ; on donnait ensuite le calomel à doses fractionnées (méthode de Law). Le même résultat était obtenu aussi par les frictions. En général, on regardait comme suffisante une salivation de 3 à è livres par jour, et on l’entretenait à ce degré pendant six semaines, puis à un degré un peu moindre pendant six autres semaines. La méthode de salivation ou de Boeihaavc fut remplacée par la méthode dite d'extinction ou de Montpellier, sur laquelle Haguenot, professeur à cette école, écrivit un travail (1).
Dans cette méthode, on se propose d’éviter la salivation et de la combattre quand elle se montre. Il faut alors employer des préparations que l’on pourra prendre pendant longtemps sans craindre le flux salivaire : les pilules avec le mercure métallique, les préparations de sublimé ou de proto-iodure. Au lieu de fractionner les doses, on donnera la préparation en une ou deux fois avant le repas. Ce traitement doit être longtemps continué; suivant Dupuytren, il doit durer un temps double de celui qui a été nécessaire pour obtenir la disparition des accidents que l’on (îombattait.
Les inconvénients dont est parfois suivie l’administration du mercure ont fait rejeter par certains médecins l’emploi de ce moyen; d’autres ont été plus loin, et ont attribué à ce médicament les symptômes mômes (le la syphilis. Il suffit, pour réfuter cette étrange opinion, de faire remarquer qu’il n’est pas rare de voir des malades non encore traités par le mercure, présenter le cortège si bien connu des symptômes syphilitiques; je ne voudrais pas insister longuement sur une opinion tenue pour fausse aujourd’hui par la plupart des médecins, mais je veux mellre sous les yeux (les lecteurs quelques propositions extraites d’un travail publié récemment à Vienne par un antimcrcurialiste. Cette citation, qui semblera
• étrange à ceux qui sont familiarisés avec l’évolution de la syphilis, me -dispensera de plus amples commentaires.
Voici comment s’exprime le docteur J. Hermann (devienne) dans son rapport annuel sur les maladies traitées dans l’hôpital de la Wieden, du 1" août 1858 au 31 juillet 1859 (2) :
1” La syphilis est une maladie locale; le chancre peut être suivi de bubons, de condylomes, d’exanthèmes, et imuiie, mais rarement, d’ulcères «du pharynx. Ces différentes formes morbides ont un rapport immédiat et
• évident avec l’aflèction primaire.
2® Le condylome large (papule muqueuse, plaque muqueuse) n’est pas la -conséquence exclusive du chancre syphilitique; il est souvent le produit •<le la blennorrhagie seule.
3» Hors des limites de la nature locale de la syphilis se trouve l’hy- ■drargyrose : l’ulcère du pharynx, l’ulcère chronique et serpigineux de la peau, la douleur ostéocopc, l’ostéite, la périostite, la carie, la nécro.se, se
(1) Mémoire contenant me nouvelle méthode de traiter la vérole. Montpellier, 1737.
{i)-$clmidl’s Jahrbücher, I8C1, n® 3, p. 30G. •
DES MilLADlES VIRULENTES.
inonlranl plus ou moins longtemps après le chancre syphilitique chez des individus mercurialisés, sont des formes de l’hydrargyrose chronique.
La syphilis pure est facile à guérir dans toutes ses formes, et n’a pas (le récidives (excepté les hlennorrhagics), pourvu qu’il n’y ait pas uiudyscrasie mercurielle. Par contre, quelques formes de l’hydrargyrose, considérées jusqu’aujourd’hui comme des accidents secondaires et tertiaires de la syphilis, ne guérissent quelquefois jamais; quand ces formes s’améliorent, l’amélioration s’obtient difficilement, et encore on observt-souvciit des récidives.
5“ La syphilis, traitée sans mercure, met beaucoup moins de temps à guérir que si l’on emploie cet agent thérapeutique.
6° Le mercure n’est pas un spécifique; l’iodure de potassium, au contraire, a cette propriété, et guérit l’hydrargyrose, c’est-à-dire l’ensemble des accidents appelés jusqu’ici secondaires et tertiaires.
1" L’action de l’iodure de potassium consiste dans la propriété qu’il possède d’éliminer le mercure.
Parlant de cette opinion que l’iodure de potassium est un antidote du mercure, J. Hermann a fait examiner l’urine de six malades qui, soumis auparavant à la médication mercurielle, prenaient de l’iodure de potassium au moment de l’examen. On trouva des traces manifestes de mercure chez le premier malade, des traces incertaines chez le deuxièmeet le quatrième, et rien chez les trois autres.
Waller (1) (de Prague) a voulu vérifier l’opinion des antimercurialistcs. sur l’influence présumée de l’iodure de potassium, et, à cet effet, il a analysé l’urine de huit malades traités par le mercure seul; or celteurine contenait ce médicament sans que l’iodure de potassium eût éléadministré. Cette excrétion du mercure commence quelque temps après le début du traitement, et continue pendant une période indéterminée. Jamais ce syphilographe distingué, dans les cas où il donna le mcicure, n’a observé aucun des symptômes de VJnjd7xirgij}vse.
2“ Traitement par fiodure de potassium des accidents tertiaires.
Si le mercure fait disparaître d’une flicon très manifeste certains symptômes de la syphilis, l’efficacité de cet agent thérapeutique n’est pas aussi complète pour tous les accidents de cette maladie. La syphilis dite tertiaù'e résiste aux diverses préparations mercurielles, et c’esi contre elle que réussit surtout l’iodure de potassium. Ce médicament a été employé pour la première fois en Italie, par Brera, en 1822; mais son emploi était passé inaperçu lorsqu’en 1836 ^^■allace (de Dublin), dans une leçon célèbre, fit connaître la valeur de cet agent (2). Bicord a
(1) licilrllge zur Lüsung einiger Stveitfragcn in der Syphilidologie [CoulnbuÜons ù I;» solution de quelques questions controversées en syphilidologie] {Piager Viertcljahissclirifiy 1850, vol III).
(2j Journal des connaiss. médico-chirurg., t. IV, p. 1 57 (traduction).
DE L.V SYPHILIS
ir>i
surlOlU conlribué, par scs expériences, à vulgariser riodurc de polas- -simn, cl à lixer ses indications eonlrc les accidents tertiaires. Depuis lors <le nombreux travaux ont été publiés sur ce sujet, parmi lesquels on remarquera surtout un mémoire de Basseroau, présenté à la Société de mé- <lecine de la Seine en 18^5, et des expériences faites par Puebe, pour démontrer l’innocuité de riodurc de potassium à des doses considérables. L’iodure de potassium, bien connu en France, n’a pas tardé k devenir la base d’une médication classique en .Angleterre, en Allemagne et ailleurs.
L’iodurc de potassium est indiqué contre les accidents tardifs, les .sypbilides luberculo-ulcéreuses , les gommes, l’albuginitc , les exostoses, etc.
L’administration de l’iodure de potassium procbiit quelques légers acci- <lenls du côté des muqueuses : c’est le plus souvent un corvza, avec une sécrétion de larmes très abondante; c’est souvent aussi une éruption acnéiforme, quelquefois très marquée au front; on observe encore, mais plus rarement, du ptyalisme, de la sécheresse de là gorge, des vomissements. Ces accidents disparaissent en général rapidement, la médication est tolérée, et il n’est quelquefois pas nécessaire de suspendre le traitement. Pour les prévenir, il ne tant pas donner immédiatement une forte dose d’iodure; on devra commencer par ü,.')0, ou 1 gramme du médicament, et augmenter progressivement. Wallace ordonnait 2 grammes Ml’iodure; llicord le donne depuis 3 grammes jusqu’à 6 grammes; il l’administre souvent dans un sirop amer.
On peut le donner commodément dans la solution titrée suivante, dont |<<‘haque cuillerée représente k peu près 1 gramme de médicament.
Eau 300 gram.
lodure de potassium 20 —
3* Traitements succédanés du mercure.
Les médications que nous allons e.xaminer, dans ce paragraphe, ne sont iplus, pour nous du moins, des médications spécifiques ; beaucoup d’entre K'iles môme n’ont guère aujourd’hui qu’une signification historique. Nous 1 passerons donc rapidement en revue les traitements anlisyphilitiqucs pailles bois sudorifiques, les préparations d’or, d’argent, de platine, d’antimoine, •d'ammoniaque, Voxygène pur, le lohelia, le daphné, Vastra gains, Viode, la >sy phi Usât ion, les vésieatoires, et la vaccination.
Hois sudorifiques. — Les navires portugais apportèrent du nouveau imonde, vers 1517, le bois de gaïae, dont |la décoction avait la réputation <<le guérir radicalement de la syphilis les habitants de Saint-Domingue. urne époque où l’origine américaine de la vérole avait une si grande faveur, iil n’était pas surprenant que ce traitement fût accepté avec enthousiasme. IL’Amérique nous avait donné la syphilis, il devait paraître naturel d’aller (chercher dans cette contrée les agents curatifs de celte maladie. D’aillleurs, l’abus qu’on avait fait des préparations mercurielles, et les acci-
DES MALADIES VIRULENTES
dénis causés par des frictions trop prolongées, on des fnniigalions maladroitement administrées, avaient préparé les esprits à s’enquérir d’autres médicaments et k accepter la réputation des bois sudorifiques.
Nicolas Poil vanta beaucoup la valeur tbérapeulique du gaïae, et il nousapprend que l^squine donna quelque soulagement k Cbarles-Quint (1535). Le gaïae a été aussi préconisé par Ulric de Hutten, Nicolas Massa, Musa Brassavolc, Lccoq, Vésalc, Fallope. C’est un peu avant cette époque qu’on essaya la salsepareille, qui entre seule dans la composition des tisanes autrefois si vantées de Cestoni et de Fordyce, et qui fait la base des tisanesde Callac, de Fcltz et du sirop de Cuisinier. Ce fut plus tard qu’on ordonna le sassafras.
Les bois sudorifiques ont eu tour k tour des moments de vogue et des périodes de défaveur. Aujourd’hui il est d’un usage banal, pour quelques médecins, d’en faire le complément obligé du traitement mercuriel ; maispersonne ne croit plus k leur valeur anlisyphilitique. Ces bois, en effet, ne paraissent avoir rendu des services que chez des malades faliguéspar un trop long traitement mercuriel et quand on les substituait alors au mercure. Mais dans ce cas doit-on attribuer l’amélioration obtenue k l’action des bois sudorifiques, ou bien k la cessation de l’influence débilitante du mercure sur des malades déjk épuisés? Nous penchons pour celte dernière hypothèse ; il s’est produit Ik quelque chose d’analogue k ce qu’on observa après les exagérations de la doctrine physiologique,, quand on guérissait par une alimentation tonique quelques malades anémiés par la diète. Mais pour bien juger ces médicaments et ceux qui vont suivre, on doit se rappeler que la syphilis* est assez souvent bénigneet peut guérir par le traitement le plus simple. Bassercau se demandeaussi si les succès qu’on dit avoir tirés autrefois du gaïae ne seraient plusobservés aujourd’hui, parce que la vertu de ce bois reposerait dans les jeunes pousses de l’arbre, que l’on n’envoie plus depuis longtemps en Europe. Il cite k l’appui de cette hypothèse une observation du traitement de Guyon de la Nauche, en 1563, mais il pose la question sansla résoudre. (Loys Guyon-Dolois, sieur de la Nauche, premières Leçons,, livr. IV, chap. v, Lyon, 1625.)
Préparations d'or, d’argent, etc. — Gervay Ucay est le premier médecin, qui ait conseillé les préparations d’or contre la syphilis. Lccoq, Loss, Ilobensfrost vantèrent aussi autrefois ce médicament. On le donnait en poudre ou dissous dans l’eau régale et le mercure. En 1811, Chreslicn (de Montpellier) (1) fit un travail très complet sur ce sujet, et Payan (2) a publié aussi quelques remarques sur la médication aurique; mais, tout en accordant des avantages k ce médicament, Payan ne conseille l’emploi de l’or que dans certaines circonstances fort restreintes. Enfin, Ricord et Cazenave, dans leurs e.xpéricnces, sont arrivés l’un et l’autre k des résultats fort peu encourageants qui doivent conduire k n’employer
(1) De la méthode ialraleplique, etc. Paris, 1811.
(2) Annales delà syphilis, t. H, p. 29.
DE LA SYPHILIS. 759-
les préparations d’or que dans des caS où la médication spécifique ordinaire aurait complètement échoué.
Serres (de Montpellier) a fiiit connaître, dans un mémoire publié en' 1836, l’heureux effet que les préparations d’argent avaient, selon lui, contre la syphilis (1). Mais les succès qu’il annonçait ne se sont pas renouvelés entre les mains des médecins qui depuis lui ont employé ce médicament. Biett, Cazenave et Bicord n’ont observé aucun résultat de quelque valeur. Il en a été de même pour les préparations de platine qui ont été préconisées par le docteur llœfer (2).
Emétique, oxygène, ammoniaque, etc. — émétique a été employé contre cette maladie. Le docteur Wilenhrand, médecin de l’hôpilal de la marine de Finlande, a surtout expérimenté cette préparation; mais, comme pour beaucoup de médications trop préconisées, l’émétique a été donné sans que le diagnostic ait été bien précisé : on l’administrait contre les accidents vénériens les plus divers, et de là on tirait des conclusions erronées. Nous ne ferons que mentionner l’emploi de Voxxjgène qu’expérimenta en 1793, à Bombay, un chirurgien anglais du nom de Scott, et dont, firent usage plus tard Bollo et Cruikshank, chirurgien de Woolwicb. 'L’ammoniaque a été conseillée en 177à par Peyrilhe, qui préparait ses malades comme s’il eût dû les soumettre à la méthode des frictions, et le Lobelia syphilitica, ou Rapunculus americanus [cardinale bleue), fut vanté par un médecin suédois nommé Kalus, qui en avait vu d’heureux résultats dans la Virginie, d’où il l’apporta. Linné et Hevermann en ont aussi parlé. La racine de saponaire a été préconisée par Lombard et Pelit-Badcl avec aussi peu de succès que le Daphné mezereum par Bassel et Horu, cl V Aslrugalus exscapus par Quarin.
Iode. — L’iode a été employé contre la syphilis avant l’iodure de potassium. Richond des Brus (1823), à l’époque du règne de la doctrine physiologique, recommanda l’iode que Coindet venait de découvrir. Eusèbe de Salle, Lallemand (de Montpellier), Martini (de Lubeck), expérimentèrent le môme médicament ; mais leurs essais, incomplets et infructueux, trouvèrent peu d’imitateurs. Cependant à l’étranger l’iode est encore employé. Ainsi pour Fantonetti (3) l’action de l’iode est beaucoup plus durable que celle de l’iodure de potassium dont l’élimination est si rapide par les urines. Il conseille surtout la préparation suivante : Mettre 5 centigrammes d’iode dans un mortier de porcelaine ou de verre, verser dessus 9 à 10 gouttes d’alcool; triturer jusqu’à ce que la solution soit complète ; ajouter enfin, en les mélangeant intimement, 12 grammes, d’abord, puis 25 grammes de sucre raffiné. Le tout sera divisé en quatorzeparties, dont le malade prendra trois, quatre ou cinq fois dans les vingtquatre heures. On ne doit pas préparer en une seule fois une dose plus
(1) Mémoire sur l’emploi des préparations d’argent dans le traitement des maladies vénériennes. Montpellier, 1836.
(2) Gazette médicale, novembre 1840.
(3) Noirot, Annuaire pour 185", p. 14, extrait du Giornale dette scienzemed. d» Torino.
DES MALADIES VIRDLENTES.
forte que celle que nous venons d’indiquer, à cause de la volatilisation de l’iode.
Toniques et ferriujineux. — Henri Behrend (de Liverpool) a conseillé d’employer à l’intérieur le tarlrdte de potasse et de fer {Lancet, 15 et 20 décembre 1856), et il dit n’avoir jamais vu de manifestations constitutionnelles à la suite de ce traitement. Ce médecin aurait dii, pour donner quelque valeur à son observation, préciser le caractère des accidents contre lesquels il préconise les ferrugineux; car du moment qu’il est admis que tous les chancres ne sont pas suivis de symptômes constitutionnels, les faits de Behrend ne prouvent lâen.
Quelques médecins anglais reviennent aussi peu à peu au simple traitement. Ainsi Marsden, médecin du Royal Free Hospital de Londres, où il y a les formes les plus variées de S5'pbilis, et principalement les éruptions secondaires, traite exclusivement ces affections par l’administration de remèdes stomachiques et toniques; il conseille aussi unlrégime fortifiant et l’emploi de la poudre suivante :
Soufre 4 gram.
Sulfure d’antimoine 25 centigr.
Azotate de potasse 25 —
Mêlez. A prendre en deux doses, l’une le matin, l’autre le soir.
Il met en pratique cette médication depuis vingt-sept ans, dit-il, et il compte fort peu de récidives. Dans les formes primaires, il se contente de prescrire les stomachiques et un bon régime {The Lancet, Tl juillet 1857, p. 650). Nous dirons plus loin ce que nous pensons de ce simple traitement.
Bichromate de potasse, sulfate d’oxyde de cadmium; eaux minérales.
Le bichromate de potasse a été vanté comme antisyphilitique par Arrastia(l). Ce médecin, dirigé par des vues théoi’iques, considère le virus syphilitique comme un ferment, et le bichromate de potasse comme un antifermentescihle. Le sulfate d’oxyde de cadmium jouirait aussi d un pouvoir antiputride qui le placerait immédiatement après le bichromate de potasse. Les observations contenues dans la thèse d’Arrastia sont trop peu nombreuses et trop peu concluantes pour engager à employer ce nouvel agent dont les indications ne reposent que sur des hypothèses.
Les eaux minérales ont été souvent préeonisées contre la syphilis. Engelman a publié, en 18Z|9, un travail intéressant sur l’emploi des eaux de Creuznach, dans le traitement de cette maladie ; mais il a fréquemment aidé ou préparé l’effet des bains par l’emploi de la tisane de Zittmann. Ce médecin a surtout constaté l’efficacité de ces eaux contre la cachexie syphilitique et contre la syphilis héréditaire : il n’hésite pas à déclarer que pour les formes secondaires les eaux de Creuznach ne guérissent pas plus sûrement que les autres moyens, qu’elles ne préservent pas même des
(1) Thèse de Paris, 1856.
DE LA SYPHILIS
récidives ; mais il constate qu’elles sont surtout utiles dans le traitement de la syphilis compliquée de scrofules et de la syphilis invétérée {Annales de lu syphilis, t. III, p. 331). En France, les eaux sulfureuses, et surtout 4'elles de Hagnères-de-Luchon, ont été vantées dans le traitement de la syphilis. Marc Pégot a écrit sur ce sujet un travail qui renferme quelques faits dignes de remarque (1).
^'syphilisation. — L’histoire de la syphilisation s’est simplifiée par les nouvelles études sur l’évolution des chancres, et aujourd’hui l’action thérapeutique de ce moyen est réduite à sa juste valeur.
C’est Auzias-Turenne qui eut le premier l’idée de la chose et du mol. il crut s’apercevoir, en cherchant à transmettre la. syphilis aux animaux, qu’au bout d’un nombre indéterminé d’inoculations positives, le pus virulent ne s’inoculait plus. Cet état d’immunité contre de nouveaux «■hancres, cette sorte de saturation de l’économie par le virus syphilitique, c’est la syphilisation. La grande difficulté d’inoculer le virus syphilitique aux animaux ne doit pas rendre chez eux l’expérience bien convaincante, et c’est sur l’homme qu’on a le mieux/dudié les inoculations syphilisatrices.
Historique. — Le premier travail sur la syphilisation fut une communication d’Auzias-Turenne, adressée à l’Académie des sciences, dans la séance du 10 novembre 1850, et l’on ne larda pas à appliquer à la thérapeutique de la vérole ces idées séduisantes : Sperino, à Turin, commença à traiter par la syphilisation les prostituées de son syphilocome; et, quelque temps après, Bœck introduisit la syphilisation à Christiania. Mais, en dehors de ces trois médecins, la syphilisation ne compte guère de partisans radicaux, et il est môme permis de croire que le zèle de ces syphilisateurs s’est un peu ralenti. 11 parait bien de temps en temps quelques mémoires .sur ce sujet, mais ce sont des essais timides et qui révèlent la décadence <le la méthode. Toutefois il faut justement reconnaître que les syphili- •sateurs ont mis en lumière quelques faits intéressants pour l’histoire naturelle de la vérole, et l’on peut admettre que dans certains cas la syphilisation a agi d’une façon curatoirc. Nous verrons seulement si elle doit ce jirivilége au pus syphilitique.
Les principaux travaux à consulter sur la syphilisation sont les suivants :
Auzias-Turenne, De la syphilisation on vaccination syphilitique {Archives de médecine, 1851, 4' série, t. XXVI. ■ — Idem, Correspondance sy philographique.
Paris, 1860. Sperino, La syphilisation étudiée comme méthode curative et comme
(1) Essai clinique sur l'action des eaux de Bagnères-de-Luclion dans le traitement de la syphilis, 185i.
J’ai souvent envoyé des syptiilitiQUCS aux eaux sulfureuses, et je me suis convaincu (jue si ces eaux n’onl aucune action spécifique, elles servent du moins à fortifier le malade et à faire tolérer très facilement la médication mercurielle. A ce litre, elles doivent être utilement conseillées.
DES MALADIES VIRDLEKTES.
mo\ien prophylactique des maladies vénériennes, traduit de l’italien par Trcsal. Paris, 1 863. ■ — \V. Boeck, flecherches cliniques sur la syphilisation {Revue médicochirurgicale de Paris, septembre 1 854), ~ Idem, De la syphilisation appliquée aux enfants, traduit par llagen, 1857. — Idem, De la syphilisation, état actuel et statistique. Christiania^ 1860 (en français). — Bulletin de l’Académie de médecine, 1851, 1 8 52. Toutes les communications ont été réunies en un volume sous ce titre : De h syphilisation, etc., 1 853. — Hagen, De la syphilisation (thèse de Strasbourg,
4 855). — J. -II. GuÉuault, Observ. médic. recueillies pendant le voyage du prince Napoléon dans les mers du i\''ord (thèse, Paris, 1857). — Melchior Rodert, Bulletin de la Société impériale de médecine de Marseille, n° 4, 1 859.
La syphilisation a eu la prétention d’étre préventive et curative de la vérole ; cette double tendance se résume dans les deux propositions suivantes : Un individu soumis à un nombre plus ou moins considérable, aujourd’hui indéterminé, d’inoculations chancreuses, n’a plus la réceptivité syphilitique. — Un malade vérolé traité par ces inoculations n’est lilus exposé à aucune manifestation de cette maladie ; en un mot, est guéri de la syphilis.
<( La syphilisation universelle pourrait éteindre dans le monde la s}-philis, écrivait Auzias-Turenne; on devrait, disait-il, syphiliser toutes les filles publiques, tous les militaires et tous les marins; tous ceux qui passent leur vie ensemble et en grand nombre: prisons, bagnes, manufactures, etc.; enfin tous ceux qui peuvent être exposés à la contagion. » Cette ambitieuse perspective est aujourd’hui très loin de nous, et la syphilisation préventive est restée à l’état de projet pour l’amélioration do bespèce humaine. Si la syphilisation a encore des adeptes, elle n’est plus acceptée qu’à titre de procédé curatif, et non comme un moyen de prophylaxie générale de la syphilis. Bœck a soin de proclamer, en effet, qu’il n’a jamais employé la syphilisation que chez les personnes atteintes de vérole constitutionnelle; il a toujours refusé de donner à un individu, vierge de syphilis, une maladie souvent fort grave, et il pense, comme nous, que l’auteur d’un projet si bienfaisant pour l’humanité devrait, pour être autorisé à en faire jouir les autres, commencer àl’appliquer sur lui-même. Cependant, réduite à des proportions beaucoup plus modestes, la syphilisation peut-elle rendre certains services et réaliser quelquesunes des espérances qu’elle avait fait conccAmir? Examinons d’abord la question de V immunité chancrcuse, argument fondamental des syphilisateurs.
Sans prétendre à la syphilisation prophylactique, bien vite abandonnée, les syphilisateurs ont cherché à démontrer que les sujets syphilisés possédaient l’immunité chancreusc. Pour eux, cette question de l’immunité domine tout le traitement par la syphilisation : un maladi* verra ses symptômes disparaître et ne sera plus exposé à aucune manifestation syphilitique, par cette raison qu’il n’est plus apte à la réceptivité du virus chancreux. Le seul critérium de la guérison de la syphilis serait donc la perte de cette réceptivité.
Nous ferons d’abord remarquer que cette manière de raisonner est tout à fait erronée, et, avant de voir si les faits confirment la théorie des syphi-
DE LA SYPHILIS
lisaleurs, il est bon d’élabljr qu’il n’y a pas la moindre relation entre la réceptivité chancreuse et l’existence ou la disparition de la syphilis constitutionnelle. L’étude complète que nous avons faite des chancres et de leur degré d’inoculabilité sur un syphilitique, est là pour le démontrer.
Mais acceptons un instant cette corrélation qui ne cadre plus avec lesrecherchcs sur les deux espèces de chancres, cl voyons si les syphilisaleurs sont bien affirmatifs sur cette prétendue immunité ; nous rechercherons ensuite les guérisons qu’ils ont annoncées.
Sperino ne mit pas d’abord en doute l’immunité chancreuse. Bœck l’accepta également, mais d’une façon moins absolue que Sperino, car il dit que la démonstration de ce fait est difficile; il ne s’est pas cru autorisé, au bout d’un certain temps, à pratiquer de nouvelles inoculations à scs syphilisés, et il ajoute que si malheureusement ces inoculations donnaient lieu à des chancres, il craindrait la possibilité d'une nouvelle syphilis constitutionnelle. Ces incertitudes de Bœck, partagées, dit-on, aujourd’hui, par Sperino, ne sont pas rassurantes pour les syphilisés. J’incline aussi à croire que si l’on publiait /oms les faits de syphilisation, on en trouverait un assez bon nombre où Vimmunitén a jamais été obtenue^ et d’autres où elle n’a été que temporaire. Un médecin qui s’est livré à des expériences sur lui-méme , Lav..., réfractaire aux inoculations de Gosselin, est enfin parvenu à se faire inoculer avec succès par Ricord.
Mais si Bœck craint pour l’avenir la disparition de l-’immunilé, s’il ne nous donne point de ce fait une démonstration éclatante, il ne nous a pas moins lait connaître des recherches curieuses sur la décroissance habituelle de la virulence chancreuse. J’ai déjà exposé cos travaux dans une revue critique des Archives de médecine (1), et j’y renvoie le lecteur pour plus de détails.
Je faisais alors remarquer les différences d’intensité que Bœck signalait en inoculant toujours la même matière sur le même individu, jusqu’à ce que cette matière ne donnât plus de résultat. Dans une première série d’expériences sur cinq malades, il a exclusivement employé jusqu’à l’immunité la matière d’un seul chancre provenant d’.Unglcterrc. Chez les deux premiers sujets, la syphilisation a duré un peu plus de six mois : le premier a eu 222 chancres et le second 290. Chez le troisième et le quatrième, le pus ayant été emprunté aux deux premiers parvenus au quatrième mois de la syphilisation, l’immunité s’est établie au bout de trois mois; le troisième sujet ayant eu 133 chancres et le quatrième 91. Enfin le cinquième sujet, dont les inoculations ont commencé un mois plus lard que chez le troisième et le quatrième et avec le même pus, était immuni au bout de deux mois et après 71 chancres.
Bœck a encore fait connaître une autre série de faits curieux sur cette décroissance de la virulence. Ce sont ceux où il rapporte comment un
(I) Füllin, De quelques doctrines modernes sur la syphilis et de la syphilisation (Archives de tnéd., janvier 1856).
DES MALADIES VIRULENTES
malade ne pouvant plus être inoeulé par le pus qu’il sécrète, peut encore donner des inoculations positives par un pus d’une autre origine.
Mais les syphilisatcurs, dans le récit de leurs expériences, n’ont jamais décrit avec beaucoup de détails les caractères des chancres auxquels ils empruntaient le pus de leurs inoculations. Cependant, aujourd’hui que l’on a sur les diverses sortes de chancres des notions assez complètes, cette description serait d’une importance capitale pour juger la nature du pus inoculé. On est donc, par cette absence de détails, conduit à se demander si l’immunité n’aurait pas été obtenue par cela seul que le pus inoculé n’avait pas précisément la propriété de s’inoculer sur un sujet syphilitique. Car un médecin allemand qui s’est couvert le corps de 2210 chancres simples, n’a jamais pu obtenir cette saturation que les syphilisatcurs regardent comme le dernier terme de leurs efl'orts.
Recherchons enfin l’influence de la syphilisation sur la guérison de la syphilis. Nous sommes forcé d’aller prendre nos statistiques k l’étranger, et nous en choisirons deux.
Une statistique de Sperino signale 76 individus atteints de vérole et guéris par la syphilisation seule; mais sur ce chiffre de 7G, 45 n’étaient affectés que de symptômes primitifs trop peu nettement précisés pour qu’on les considère comme des symptômes syphilitiques. Il ne reste donc que 31 faits de quelque valeur; mais sur ces 31 faits il y a d’abord 5 insuccès. Quand on sait, d’autre part, la facilité avec laquelle, dans certaines formes de syphilis dites décroissantes, les symptômes constitutionnels disparaissent, on est force de faire bien des réserves sur ces 31 faits. Pour quelques-uns d’entre eux, les chancres de la syphilisation n’ont pas eu une action plus puissante que les vésicatoires dont nous parlerons plus loin, et ce dernier moyen est moins dangereux k manier.
Les résultats de Bœck ne sont guère plus concluants que ceux de Sperino. 11 a souvent inoculé en moyenne 322 chancres pour des syphilis scconilaires, et cependant il n’était pas k l’abri des récidives. Les symptômes secondaires ■niettaient même une certaine lenteur k disparaître. Les syphilis tertiaires ont été surtout rebelles, et quelques-unes n’ont pu se résoudre, malgré l’inoculation moyenne de 570 chancres et un traitement de huit mois. Il a fallu assez souvent, pour guérir les malades, recourir k un traitement, soit mercuriel, soit iodé. Malgré ces résultats peu satisfaisants, l’honorable médecin de Christiania a été encouragé par quelques cas heureux k continuer la pratique de la syphilisation.
On n’entendait guère plus parler de la syphilisation en France, lorsque Melchior Robert a récemment entrepris des expériences qui semblent favorables k ce moyen. Ce médecin admet que, sous l’inlluence d’un petit nombre d’inoculations chancrcuses ne dépassant pas 36 , on peut faire résoudre assez facilement des chancres indurés, guérir des accidents secondaires et tertiaires, enfin imprimer k l’économie une modification telle que des accidents réfractaires k l’emploi des spécifiques deNiennent ensuite très sensibles même k de faibles doses de ce médicament. Mais
DE LA SYPHILIS
malgré ces grands avantages, il conclut encore à l’emploi du traitement mercuriel, et ne réserve la syphilisation que pour des cas tout à fait exceptionnels.
Quant à nous, nous dirons que l’immunité absolue n’est pas prouvée, et que la guérison de la syphilis par la syphilisation l’est encore moins. Si même nous pouvions admettre une intluence heureuse de la syphilisation .sur la ilisparition des symptômes constitutionnels, nous ne conseillerions pas encore d’employer ce moyen. Pourquoi condamner à une pratique «légoùtante, pénible, fort longue, un malade que le mercure ou l’iodure de potassium guériront mieux et plus vite? Pourquoi l’exposer à toutes les complications qu’un cbancrc peut présenter, le phagédénisme par exemple? Que si cependant on se trouvait en face de ces syphilis graves, rebelles à toutes les médications spécifiques, on pourrait, dans ce cas, essayer, comme dernière planche de salut, la syphilisation, et l’on aurait, pour excuse de ce traitement irrationnel, l’insuccès résultant des autres médications.
Le professeur Sigmund, qui vient de publier récemment dans la Gazette hebdomadaire de Vienne (16 février 1861) le résultat des syphilisations qu’il a pratiquées, ne porte pas un jugement plus favorable que le nôtre sur ce procédé thérapeutique: il admet la récidive des accidents, et croit que leur disparition est plutôt duc à la marche naturelle de la maladie et aux influences diététiques qu’à la syphilisation. 11 conclut enfin que les autres méthodes de traitement doivent être préférées à un moyen si long et qui offre tant d’inconvénients jmur le malade, la société et le médecin.
Vésicatoires. — Puisque la syphilisation annonce quelques succès, il était important de rechercher si les chancres ont dans ce cas une action propre, ou s’ils n’agissent pas simplement comme des vésicatoires. C’est ce qu’a pensé et fait Cullericr en traitant un certain nombre de syphilitiques par ce dernier moyen. Or cette médication, encore récente, et peu employée, semble devoir donner l’explication de certaines cures par la syphilisation. Cependant il serait impossible de porter aujourd’hui un jugement définitif sur sa valeur, et, à défaut de cette appréciation critique, nous allons nous contenter d’exposer le procédé »lc Cullericr et les résultats qu’il a obtenus. Ces résultats ont été indiqués par un des internes de cet honorable chirurgien, dans sa thèse inaugurale (1).
Celte méthode de traitement, expérimentée par Cullericr, à l’hôpital du Midi, consiste à appliquer, chaque jour, quatre à six vésicatoires volants de la grandeur d’une pièce de 5Ü centimes sur la face antérieure de la poitrine ; e.xceptionnelleinent, Cullericr faisait mettre de grands vésicatoires. 11 a écarté, du moins ])Our une première série de sujets, toute médication soit mercurielle, soit iodique.
f.a thèse de l’arisot repose sur vingt-deux observations de syphilis pri-
{ I ) K. Parisot, Etudes sur un nouveau (railement de la syphilis expérimenté à l'hôpital du Midi eu ISjT (Uicsc, Paris, I8ü8, n“ 1 17).
DES MALADIES VIRULENTES
mitivc, secondaire cl, tertiaire, et l’on y trouve que cette médication paraît avoir réussi contre un certain nombre de manifeslations de la diathèse. Ainsi ce traitement a lait disparaître des syphilides papuleuses, pustuleuses, squameuses, tuberculeuses, les plaques muqueuses de la peau; mais il échoua quand les accidents intéressaient les tissus situés plus profondément (la gorge, la bouche). La médication mercurielle préalable à laquelle les syphilisateurs ont souvent attribué leurs insuccès n’exerçait pas la môme inllnence sur les malades traités par les vésicatoires.
La modification que celte méthode lait subir h l’économie n’est pas facile à définir; et devant cette difficulté, on s’est demandé s’il n’existerait pas une absorption du principe actif des cantharides, qui modifierait les accidents de la syphilis. L’absence de cystite, de ténesme vésical, d’albumine dans Turine, fait voir que cette absorption cantharidienne ne doit avoir lieu que dans des proportions trop faibles pour être curative.
Les surfaces soumises à l’action des vésicatoires prennent ordinairement un aspect en rapport avec le tempérament du sujet; elles deviennent de temps à autre, chez les personnes lymphatiques, le siège de poussées inflammatoires, et se couvrent alors de croûtes impétigineuses. Les cicatrices, consécutives à l’application réitérée des vésicatoires volants, sur le même point de la peau, présentent souvent des macules avec une teinte bistre plus ou moins foncée à laquelle la syphilis ne paraît pas tout à flvit étrangère.
Les vésicatoires sont rarement indiqués contre l’accident primitif, à moins que le chancre induré ou non ne se complique de phagédénisme. Si cette complication a été rebelle aux divers moyens ordinairement employés, on peut appliquer alors avec avantage de larges vésicatoires à la face interne des cuisses.
Cette méthode ne devra être prescrite contre les accidents secondaires que dans les cas où le traitement mercuriel serait impossible, ou bien quand, ayant épuisé son action, on serait par la gravité des symptômes obligé d’agir plus énergiquement. Les vésicatoires peuvent être indiqués quand des accidents mercuriels forcent de suspendre la médication ordinaire. Mais si la méthode de Cullerier trouve quelquefois son omploi dans le cas de syphilis secondaire, il n’en est plus de même contre les accidents tertiaires. Ces manifestations, en raison de leur gravité, demandent une intervention plus prompte; elles sont d’ailleurs peu modifiées par les vésicatoires.
Si l’on recherche maintenant les analogies qui existent entre la syphilisation et le traitement par les vésicatoires, on est forcé de reconnaître qu’elles sont grandes; mais, si ces deux médications modifient quelquefois bien les accidents secondaires, elles ne mettent pas à l’abri des récidives. Elles sont, d’ailleurs, peu utiles, si même elles ont quelque action contre, les accideiifs tertiaires. 11 y a cependant certaines différences entrc les deux méthodes, mais ces différences sont favorables au traitement par les vésicatoires, qui ne donne pas lieu aux graves accidents dont peuvent
DE LA SYPHILIS
SC compliquer les cluiucrcs d’inoculation. En outre, le traitement par les vésicatoires demande un temps moins long que la syphilisation. La duréiî moyenne du traitement syphilisateur est, suivant lîœck, de trois mois chez les individus non mcrcurialisés, et de six mois chez les malades déjà traités par le mercure ; tandis que les accidents n’ont persisté que trois mois et dix jours chez les sujets traités par les vésicatoires, qu’ils eussent pris ou non du mercure. Ce même avantage se retrouve au point de vue du nombre des chancres d’inoculation et des vésicatoires. Il n’a fallu que 85 vésicatoires pour amener la guérison , tandis que l’inoculation de 300 à àOO clnmcres a été souvent nécessaire avant de voir disparaître les accidents constitutionnels.
Vaccination. — Nous rapprocherons de la syphilisation curative, et du traitement par les vésicatoires, cette nouvelle médication dont les essais, répétés en France, n’ont eu qu’un résultat négatif.
L’idée de se servir de l’inoculation vaccinale pour modifier quelques accidents syphilitiques reçut un commencement d’exécution en lUissic, en 1858, avec assez de succès, dit-on, pour que Papolf (de Moscou) Ei’ùt devoir soumettre à ce traitement un grand nombre des mahules de l’hôpital Sainte-Catherine. Les résultats des expériences instituées d’après -ces données nous ont été communiqués par Kreyser (1) et par un travail du docteur Jcltzinsky, médecin à la clinique de l’hôpital de Moscou. Ce dernier ouvrage, écrit en russe, ne nous est connu que par des extraits (2). Une première publication de Kreyser, adressée à la Société médicale de Berlin, rapporte vingt-quatre observations faites sous la direction de Papoff. D’après ces observations, les accidents primitifs guériraient plus promptement que d’habitude sans laisser d’induration ; les formes graves se transformeraient en syphilides plus légères, et les ulcères phagédéuiqucs prendraient un caractère plus bénin. Les exostoses seraient moins douloureuses et disparaîtraient très vite. Mais, en signalant ces surprenantes modifications, l’auteur ne dit pas combien <lc lemps la guérison persistait, et dans un second travail il ne se prononce jias davantage sur la durée de ces guérisons.
Le travail de Jcltzinsky donne l'iiistorique de cette méthode, et décrit les phénomènes locaux. Selon lui, ces pustules passent par quatre périodes analogues aux périodes de la vaccine ordinaire; mais elles ne sont pas identiques avec les pustules du vaccin normal. Les vaccinations ont été pratiquées à la face supérieure et interne des cuisses et des bras; pour éviter la confluence des pustules, on faisait les piqûres à une distance d’un pouce les unes des autres. L’àge, la constitution et la réaction générale fixent le nombre des piqûres. Les sujets au-dessous de quinze ans n’ont besoin que de dix piqûres dans chaque séance; on
(1) Die Vaccinalion als Ileilinitlel gegen Syphilis [La vaccination comme moyen de gué- <ison de la syphilis] (Mcdic. Centra l-Zeilung, 1860, l. XXIX, p. 49).
(2) Schmidl’s Jahrbüchci'y 1860, vol. C\lll, p, 321.
DES MALADIES VIRULENTES
en a l'ail aux adultes de quinze à vingt. Le vaccin doit Cire frais. Quelquefois il faut répéter ces inoculations le septième jour; quelquefois laisser écouler vingt à trente jours aA antde pouvoir y revenir. On peut recommencer de nouvelles inoculations quand les pustules sont desséchées.
Cette méthode de traitement, mise en pratique en France par son inven- Icur, capitaine du corps forestier russe, n’a pas mérité de fixer l’attenlioii des chirurgiens habiles devant lesquels on l’expérimentait. Nous l’aurions à peine mentionnée pour elle-même ; mais il n’est pas sans importance de la rapprocher de la syphilisation et du traitement parles vésicatoires, car .si elle a pu donner, quoique très rarement, quelques modifications avantageuses, CCS faits nous éclairent encore sur la valeur de la syphilisation.
Résumé et indications générales du traitement. — Dans le long exposé que nous venons de . faire des diverses méthodes thérapeutiques de la syphilis, il est deux points cjuc nous n’avons pas encore abordés : l’époque à laquelle le traitement général doit être commencé, et la quantité de mercure qui doit être administrée. Ces deux questions nous paraissent êtremieux à leur place ici, après un résumé très succinct des règles principales qui doivent guider le médecin dans le traitement de la syphilis.
Les accidents dits secondaires seront Irailés par le mercure, et les» accidents tertiaires par l’iodure de potassium. Certains accidents de transition, comme les syphilides tuberculeuses, l’iritis, etc., se trouvent bien d’un traitement mixte par ces deux médicaments.
L’administration interne du mercure dans les accidents secondaire.s doit être préférée à la méthode des frictions.
Le protoiodure de mercure et le sublimé sont les deux composés mercuriels qu’on emploie le plus souvent; ils ont des avantages et de.s inconvénients : si l’un expose à la diarrhée, l’autre s’accompagne quelquefois de douleurs gastralgiques. Cependant nous donnons la préférence au sublimé à cause de sa solubilité : quand le sublimé n’est pas toléré, on doit lui substituer le protoiodure associé à l’opium. Le proloiodure sera en général donné à la dose de 0,05 par jour; mais chez les sujets faibles, chez les femmes, on commencera par 0,025. Dans certains cas il sera nécessaire de recourir à 0,10, 0,15 et môme 0,20 centigrammes de protoiodure. Le sublirné peut être administré en solution {liqueur de Van Swieten), ou dans un sirop, ou bien sous forme pilulaire. La dose du médicament est de 1 à 3 centigrammes.
Le médecin, pour augmenter la dose du mercure, sera guidé par l’action du médicament sur les .symptômes qu’il veut combattre, et aussi par sou action sur les gencives. S’il y a stomatite, on ne devra pas suspendre le traitement mercuriel; il faudra seulement donner du cbloratc de potasse en gargarismes ou dans une potion {U grain.). Le traitement général pourra être aidé par des bains de sublimé, surtout s’il s’agit de combattn^ une syphilide.
Dans le cas de plaques muqueuses, on emploiera avec succès les lolion.'i au sublimé, avec une pommade au calomel.
DE LA SYPHILIS
Les accidenls lerLiaires seronl combatlus par riodupc de potassium : on comniencei-a par la dose de 1 gramme par jour, et l’on arrivera facile- .ment, sans danger, à la dose de 2 et 3 grammes. Cette dose devra n’êlre qu’exceptionnellement augmentée. L’iodure de potassium est plus convenablement administré en solution que sous toute autre forme.
Telles sont les indications les plus générales du traitement de la syphilis; mais combien de tenqjs devra-t-on le continuer? On ne <îit plus aujourd’hui qu’un traitement mercuriel de six mois sulTlt pour prévenir toute récidive. Les exemptes qui fournissent à celle assertion un démenti absolu sont aujourd’hui trop nombreux pour qu’il soit utile d’y insister. On ne peut guère non plus prétendre que l’on doit <;ontinuer le traitement mercuriel pendant un temps égal à celui qui a -été nécessaire pour faire disparaître les manifestations syphilitiques; car l’e.xpérieuce viendrait souvent donner tort à celui qui soutiendrait cette doctrine. Mais s’il est peu satisfaisant de ne pas avoir sur la durée du traitement mercuriel des règles certaines, il vaut encore mieux être renseigné à cet égard, et ne pas se bercer d’illusions qu’une pratique, même peu étendue, viendrait bientôt dissiper. Le mercuic fait disi)araili e les manifestations syphilitiques, souvent il les éloigne, et quelquefois même les éteint à jamais; mais ou ne doit pas conclure de ces exemples que le mercure guérit absolument la syphilis. Cependant les plus grandes chances de guérison nous paraissent être dans un traitement mercuriel il dose progressivement croissante et très longtemps continué. Cbomel Icnait pour certain que les meilleures guérisons de la syphilis étaient dues à des traitements très longs ; mais dans ce cas il se contentait d’administrer de très faibles doses d’hydrargyre. Du reste, s’il est des cas où le mercure doit être continué après la disparition des symptômes que l’on .combat, il en est d’autres où une chloro-anémie, créée par le médicament, rend la continuation du traitement mercuriel dangereuse.
Quelques médecins conseillent de faire suivre le traitement mercuriel <run traitement plus ou moins prolongé par l’iodurc de potassium. Cette pratique .serait fort sage si les faits chimico-pbysiologiqucs sur lesquels elle l’cposc étaient prouvés. Les médecins devienne, qui rejettent aujour- «l’hui le traitement mercuriel, pensent en effet qu’on peut obtenir par J’iodure de potassium l’élimiiiation du mercure qui a séjourné jiendant des -années dans l’organisme à l’état latent. Nous connaissons trop l’exagération des anti-mercurialistcs pour ne pas taire ici de grandes réserves; cependant on consultera avec intérêt sur ce j)oiut les Iravau.x de Xalalis Ciuillot et Melseirs {Arckiven de médecine, série, 18/i9, t. XIX, p. 372, et Journal de chimie médicale, 18-Ù9, p. 136), de Lorinscr (I) (analyse dans Archives de médecine, mars 1859), de J. Hermann (2), et le mémoire de
(1) iricner m'-dizinischc Wochenrehrift, 1808,11*” 19 à 21.
(2) Die Nachthei'e '1er .1/ciruria'cur [Les désavantages <!u Iraiternenl mercuriel]. YVien, I8Ô9.
fl9
DES MALADIES VIIVELENTES.
Waller déjà elle plus haul. Ce sujet, rempli d’asserlioiis eonlradicloircs,. exige donc encore de nouvelles recherches.
Mais, le Irailcinent mercuriel admis contre les accidents secondaires de la syphilis, làut-il, lorsqu’un malade est atteint de chancre induré, allendrc l’éclosion de ces accidents? A quelle époque, doit-on commencer à administrer le mercure? C’est ce qu’il nous reste maintenant à examiner.
Certains médecins administrent le mercure, quel que soit l’accident vénérien qu’ils observent; d’autres veulent attendre l’apparition de la diathèse, une syphilide par exemple. Nous n’hésitons pas à repousser la médication mercurielle au début dans le chancre mou; mais si le chancreest induré, taillé à l’évidoir, avec son bubon indolent, comme il est presque toujours suivi de symptômes constitutionnels, nous conseillons de donner tout do suite le traitement mercuriel. On ne doit pas, pour attendre la roséole, laisser le malade exposé à des accidents graves ou ennuyeux, à une iritis, à un ecthyma syphilitique, à une angine, qui causent une gène très grande, et demandent un traitement assez long. En donnant du mercure dans ce cas, nous espérons voir ces manifestations de la vérole s’éloigner, ou se montrer sous une forme plus bénigne, ou même ne jamais se produire. Du moment que l’on observe tout autre accident primitif sur la nature duquel on a le moindre doute, il faut attendre; le mercure, outre qu’il serait souvent inutile, aurait de plus le grave inconvénient de laisser le malade elle médecin dans l’incertitude sur la nature de la maladie. 11 ne faut pas condamner au mercure, c’est-à-dire à une médication qui n’est pas toujours exempte d’inconvénients, un. malade qui présente un accident douteux. C’est en suivant cette pratique que se trouvera élucidée la question de la nature des chancres, deleur valeur diagnostique et pronostique et de l’inlluence du traitement :: le médecin qui saura agir ainsi méritera également bien et du malade et de la science.
On a récemment conseillé de s’abstenir de tout traitement dans certaines véroles qu’on désigne sous le nom de syphilis faible. Diday, qui vient de publier (1) quelques indications sur ce point intéressant de la thérapeutique de la vérole, croit pouvoir reconnaître à certains signes les syphilis fortes et les syphilis faibles. Les premières succèdent surtout, selon lui, au chancre induré huntérien, et les syphilis faibles, soit à un chancre parcheminé, soit aune lésion secondaire. Si l’incubation est longue, si la première lésion tégumenlaire est exanthématique ou papuleuse, si les poussées successives sont décroissantes, on peut soupçonner une syphilis faible, s’abstenir de mercure, et recommander seulement une hygiène tonique. Au cas contraire, Diday emploie le traitement mercuriel..
Quelques faits observés par nous semblent favor.ables à cette manière de voir, car dans ces cas la syphilis, après une ou deux poussées de syphilides, s’est promptement effacée; mais ces faits sont trop peu nombreux
(1) Ga selle hebdomadaire, 21 juin 1861.
DE LA SYPHILIS
et trop en dehors de la marche hahiluelle de la vérole, pour nous autoriser aujourd’hui à conseiller l’expectation. On n’est Jamais, dans un cas donné, assez sûr de la bénignité de la syphilis pour s’exposer, par soni inaction, à laisser se manifester des symptômes désagréables, souvent sérieux, et de longue durée : cette inaction serait d’autant moins explicable, que l’on a sous la main un médicament dont les effets sont presqm*infaillibles et les dangers souvent imaginaires.
§ VII. — Syphilis des uouveau-nés.
La syplijlis des nouveau-nés se présente au médecin avec une physionomie si particulière, elle soulève dans l’esprit tant de curieux problèmes, qu’il convient de l’étudier isolément. Déjà familiarises avec riiisloire générale de cette maladie, nous n’aurons plus qu’à faire ressortir les traits propres à la syphilis infantile.
lIisToniQUE. — Dans la plupart des écrits anciens sur la vérole, on trouvede précieux documents sur cette affection chez les nouveau-nés; mais c’est Paracelse qui le premier affirma l’hérédité de la syphilis. Celle vérité fut oubliée pendant longtemps, et Hunter lui-méme doutait de cette transmission héréditaire. C’est à partir de l’époque oii fut ouvert à Yaugirard un hôpital spécial pour les femmes enceintes atfectées de syphilis, et pour leurs enfants, que datent parmi nous des études sérieuses sur la syphilis infantile. Cet hôpital, créé à la lin du siècle dernier par les soins du lieutenant de police Lenoir, cul pour premiers médecins Colombier, Faguer et Doublet, qui nous a laissé sur ce sujet un mémoireintéressant, fondé sur l’observation de 150 enfants syphilitiques. Il fut en 1793 transporté dans l’ancien couvont des Capucins, cl c’est là que Berlin put recueillir les matériaux du livre qu’il a publié sur la maladie vénérienne des enfants. Depuis ce judicieux observateur l’élude de la syphilis des enfants a été continuée dans quelques travaux remarquables, parmi lesquels nous citerons surtout ccilx de Trousseau et Lasègue, Diday, Butégnal (de Lunéville), Émile Vidai. C’est dans ces diverses monographies qu’on devra chercher tous les développements que comporte l’hislüire de la syphilis des nouveau-nés.
Doublet, Mémoire sur les symptômes et le traitement de la maladie vénérienne dans- ^ les enfants nouveau-nés, lu à l’assemblée particulière de la Faculté de médecine, 1781. — Bertin, Traité de la maladie vénérienne chez les nouveau-nés, les femmes enceintes et les nourrices. Paris, 1810. — TROUSSEAU et LaséoUE, De la syphilis conslitutiomielle des enfants du premier Oge (Archives de médecine, octobre 18 47). — Diday, Traité de la syphilis des nouveau-nés el des enfants à la mamelle. Paris,
■1 8.t4. — PuTÉr.NAT, Traité de la syphilis des nouveau-nés el des enfants à la mamelle. Paris, 1854. — Fmile Vidal, Delà .syphilis congénitale (ibèse pour l’agrégation, Paris, 1860).
La syphilis des nouveau-nés peut être acquise ou héréditaire. Dans Ir premier cas, elle suit un développement identique avec celui de la syphilis des adultes. Elle commence le plus souvent par un chancre, et poursuit
DES MALADIES VIRULENTES
rcncliaincmcnt de ses symptômes habituels; mais il faut dire cpie celte forme de la vérole est rare chez renfant. Nous n’avons que peu de chose à ajouter à ce que nous connaissons déjà à cet égard ; c’est la syphilis héi'éditaire qui doit surtout nous occuper maintenant.
Symptomatologie. — La syphilis héréditaire se manifeste par un certain nombre de symptômes constitutionnels qui correspondent aux accidents secondaires de l’adulte. Avant d’examiner isolément quelques-uns de ces symptômes, voyons quelle impression générale la vérole exerce sur l’économie des nouveau-nés.
Les enfants vérolés naissent dans des conditions variées. Les uns, mais c’est le plus. petit nombre, sont amaigris ; leur peau est ridée et terreuse, leurs chairs molles : ils ressemblent, comme on l’a dit, à de petits vieillards décrépits, cl souvent dans ce cas ils ne vivent que quelques heures ou quelques jours. Les autres, au contraire, ont le plus souvent toutes les apparences d’une bonne santé. La décrépitude des premiers a plutôt sa source dans les mauvaises conditions des parents que dans la syphilis proprement dite.
La syphilis héréditaire ne se manifeste, en général, au moment de la naissance, par aucun signe extérieur. Trousseau et Lasègue n’ont jamais vu de lésions syphilitiques sur un enfant qui vient de nailre; Huguicr a constaté à Lourcine un seul cas d’accidents spécifiques à la naissance; Cullerier en a trouvé deux cas en dix ans, et Deville, au dire de Bouchut, a observé, chez un enfant mort-né, des plaques muqueuses bien caractérisées et en grand nombre sur diverses parties du corps. C’est du premier au troisième mois de la vie extra-utérine qu’on aperçoit ordinairement les premières manifestations de la vérole. Il est exceptionnel de voir la maladie se montrer au delà de cette époque ; cependant Trousseau et Lasègue ont vu la syphilis se développer au septième mois, et Cullerier donne une année comme limite extrême de cette apparition. On doit donc n’accepter qu’avec les plus grands doutes ces faits de syphilis héréditaire développée une ou plusieurs années après la naissance.
En résumé, la syphilis héréditaire se montre très rarement au moment de la naissance, très rarement aussi au delà du troisième mois, et d’autant plus rarement qu’on s’éloigne de cette époque.
Les signes de la syphilis héréditaire sont assez nombreux et forment un ensemble caractéristique : ce sont des éruptions cutanées, des phleymasies des muqueuses, des altérations osseuses ou viscérales.
Du côté de la peau on peut rencontrer une coloration spéciale presque caractéristique et toutes les formes des sijpkilides.
Celte teinte particulière de la peau est souvent très marquée au visage. Les téguments de la face perdent de leur transparence, ils sont ternes sans qu’il y ail bouffissure ou amaigrissement; puis survient une teinte bistrée caractéristique. Elle est surtout évidente sur les points saillants du visage, au bas du front, sur le nez, aux paupières, sur les saillies des joucL Le creux de la joue et le sillon naso-labial en sont généralement
DE LA SYPHILIS
présorvcs. Cette teinte bistrée, lorsqu’elle est très forte, représente assez bien des éphélides; son apparition est précoce. Quand elle siège seulement à la face, le reste de la peau est souvent pâle et blafard.
La syphilis constitutionnelle débute souvent chez les enfants par la syphilide érythémateuse, qui donne à certaines parties du corps une rougeur marquée, laquelle a fait appliquer à ces petits êtres l’épithète de semi-cocti. Cette rougeur érythémateuse est surtout vive à l’anus, aux cuisses, aux talons, aux parties génitales, qui, outre leur coloration, ont une sensibilité exagérée. Ailleurs la rougeur est moins uniforme ou se dispose par petites taches séparées les unes des autres, et revêt ainsi l’aspect tigré de la roséole. Mais de toutes les éruptions cutanées les pustules muqueuses sont les plus fréquentes; on les voit naître de préférence dans la scissure interfessière, à l’ombilic, dans les plis des cuisses, là enfin où la peau saine de l’enfant éprouve quelques frottements marqués. Ces papules muqueuses forment, soit de petites sailles lenticulaires aplaties, soit des plaques plus étendues qui donnent lieu au snintemont d’une humeur séreuse et fétide; dans, quelques cas plus rares les papules sont sèches et comme écailleuses. Des plaques se voient aussi à Touverture et à l’intérieur de la bouche, sur la langue et à la commissure des lèvres; dans ce dernier endroit ce sont surtout des scissures plus ou moins profondes et quelquefois saignantes.
On observe encore chez les enfants syphilitiques des altérations particulières des pieds et des mains, qu’il serait difficile de rapporter à une syphilide érythémateuse, et qui doivent être mentionnées avec soin. La peau y est d’abord rugueuse, épaissie, ridée, et, suivant une comparaison de Trousseau et Lasègue, semblable à la peau des mains chez les femmes qui lavent habituellement le linge avec une solution de potasse ; plus tard elle se tuméfie et devient plus ou moins rouge. Quelquefois les surfaces sont pâles et indurées. Sous rinfluence de ces lésions, l’épiderme se détache sous la forme de squames -plus ou moins étendues. A un second degré de cette altération, le gonflement disparait, les doigts et les orteils deviennent mous, et un épiderme rouge, luisant, deformation nouvelle, remplace celui qui s’est détaché. L’extrémité des phalanges est souvent alors d’une coloration violacée intense , les ongles sont ramollis et entourés de tournioles.
Les syphilides papuleuse, pustuleuse et tuberculeuse se manifestent surtout aux fesses, aux mains et aux membres.
La syphilide bulleuse, ou pemphicjus, se montre en général sous une forme aiguë. Il se développe des bulles dont le volume varie depuis celui d’un petit pois jusqu’à celui d’une noisette, et même davantage. Le nombre de ces bulles est fort variable. J’ai vu un enfant dont le corps en était couvert, mais le plus souvent leur nombre estassez restreint. Le liquide renfermé dans chaque bulle est tantôt de la sérosité légèrement citrine, tantôt du pus, et quelquefois un liquide sanguinolent. Chez l’enlant dont j’ai déjà parlé, chaque bulle avait été le siège d’une hémorrhagie, et d’assez
nii
H ES :UALA1)]ES VJ ilULENTES.
Jai-ges taches noires élaieiiL ainsi répandues sur tout le corps. C'est à la lace phuiLaire des pieds, ou palmaire des mains, que les bulles ont leur -Siège habituel. Si l’on enlève l’épiderme qui recouvre les bulles, on obsej-ve, peu de temps api-ès leur rormalion, des érosions dn derme recouvertes d’im dépôt pseudo-membraneux : ces éi-osions augmentent chaque jour, et finissent par donner lieu à des ulcérations à bords relevés et arrondis. Quelquelbis la bulle du pemphigus s’allaisse subitement et se ride, puis se remplit de nouveau.
Le pemphigus est une éruption qui naît d’ordinaire chez ces enfants cachectiques que la maigreur de leurs ti'aits et la sécheresse de leur peau ■ont surtout fait comparer à de petits vieillards; on l’a vu aussi sur des enfants mort-nés.
Les observateurs ne s’accordent point sur la nature syphilitique du pemphiyus neo-natorum (1). Paul Dubois, qui voit là une expression de la syphilis, fait remarquer, à l’appui de son opinion, la coïncidence avec ■d’autres syphilldes, l’existence de la vérole chez les parents, enfin la guérison de la maladie par le mercure. Cazeaux, qui, dans une discussion ;à l’Académie de médecine, en 1851, a combattu l’opinion du savant •doyen de la Faculté, répond à ces assertions : 1° Que la desciûption du pemphigus soi-disant syphilitique des nouveau-nés ne diffère en rien du pemphigus simple des adultes ; 2" que cette espèce de pemphigus parait •à la naissance ou immédiatement après, tandis que les symptômes de la syphilis héréditaire ne se montrent que plus tard ; 3° enfin qu’à Lourcine, ■où l’on voit beaucoup de femmes vérolées, on n’aiu’ait jamais vu d’enfant atteint de pemphigus. Où est la vérité dans ces, opinions contradictoires? 11 faut constater qu’aucun des arguments invoqués par Cazeaux n’est absolument hors de contestation. D’autre part, nous dirons, avec Diday, ■que le nombre des cas de pemphigus infantile, où l’affection syphili- •tique a pu être constatée chez les parents, est aujourd’hui assez considérable pour faire impression sur les esprits non prévenus. Ajoutons que la guérison de quelques pemphigus par le mercure vient encore fortement à l’appui de l’opinion soutenue par P. Dubois et Depaul. Ceux ■qui ne veulent point reconnaître l’origine syphilitique de cette maladie, admettent qu’elle est l’expression d’un état cachectique.
Les différentes éruptions syphilitiques que nous venons de signaler ■donnent souvent lieu à des érosions ou à des ulcérations de la peau, surtout aux fesses, au scrotum, aux plis de l’aine et du jari'et, là où habituellement les enfants gras se coupent. Quelquefois ces ulcérations se développent sur un point de la peau qui n’a été le siège d’aucune éruption. Ces ul- /:èrcs arrondis, saignants, ont un fond grisâtre, des bords durs, entoui'és
(1) On trouvera dans la tlièse de Kraxiss [Bisser latio de pemphigo neo-nalorum, Bonn, l83i), et dans la inonograpliie de Gilibert [Monographie du pemphigus, ou traite de la maladie vésiculaire, Paris, 1813), la manifestation de ces dissidences, qui se sont renouvelées de «os jours dans la discussion académique.
DE LA SYPIliLIS.
parlais d’im bord marginal sanguin ; plusieurs ulcères voisins les uns des autres peuvent se réunir. Tantôt ces ulcérations gagnent en profondeur, tantôt elles marchent d’une façon serpigineuse, comme on peut le voir sur le pied de l’enfant syphilitique dont le membre inférieur est repré.senté •ci-dessous (lig. 80). Ces ulcères, qui peuvent quelquefois guérir par des
l'io. 80. — Bulles aflaissées de penipliij'us ; ulcérations arrondies, isolées ou serpijineuscs, sur le membre
' inférieur d'un enfant svpliililiqiic.
.soins de propreté, laissent après eux une cicatrice violacée, rarement cuivrée. l’union îles muqueuses et de la peau, à l’anus et à la bouche, par exemple, ces ulcères sont des tissures à fond rouge et à bords frangés, saignantes, souvent difticiles à cicatriser, et qui empêchent les malheureux enfants de teter.
Un des phénomènes les plus précoces de la syphilis infantile, c’est un coryza, qui s’annonce par un léger enchifrènement et une expression nasillante de la voix et du cri. bientôt le nez se tuméfie et rougit; un suintement .sanguin, séro-sanguin, puis purulent, se manifeste par les narines; les matières liquides se dessèchent à l’entrée des fosses nasales, et y forment des croûtes ijui arrêtent l’inspiration et forcent le malade à respirer par la bouche. Dans le cas où l’affection a marché librement, le nez peut perdre le soutien que les os lui forment, et il s’étale d’une façon très disgracieuse au niveau des autres parties du voisinage. Si l’on examine rinlérieur des fosses nasales, on trouve la muqueuse rouge, gonflée, couverte en certains points d'ulcérations ; les os sont aussi quelquefois altérés et la cloison cartilagineuse perforée. A mesure que ces lésions envahissent les fosses nasales et même le larynx, la respiration devient plus gênée, la succion impossible; enfin, le jeune enfant maigrit, et, s’affaiblissant peu à peu, finitpar succomber à l’inanition .
Quelques écoulements purulents par le conduit auditif externe ont coexisté avec d’autres formes de la syphilis infantile. Les lésions d’autres •os que ceux du nez sont rares, bertin, Rosen, Doublet, Mahon, Laborie,
DES , MALADIES VIRULENTES
(ÀTivcilhici-, Bouduü, ont, ù la vérité, cité chez des nouveau-nés quelques^ faits de carie, de périostose, etc., coïncidant avec des signes évidents de .syphilis; mais il importe de faire quelques réserves sur certains de ces cas oïl la nature spécifique de la lésion osseuse n’est pas démontrée. La' syphilis réveille d'autres diathèses.
Lorsque la maladie est abandonnée à, elle-même, et quelquefois sous, rinlluence des lésions viscérales que nous allons décrire , la santé générale de l’enfant, déjà profondément viciée, s’altère de plus en plus : la décoloration de la peau augmente, des ophthalmies calarrhales surviennent, le visage se bouffit; des abcès cachectiques se montrent sur différents points du corps; en même temps l’enfant tette moins, dort mal ou peu, pousse des cris fréquents et finit par être atteint d’une diarrhée séro' sanguinolente très tenace. La mort arrive, soit par quelque maladii*' épidémique intercurrente, facile à contracter dans ce cas, soit subitement, sans cris et sans convulsions.
Anatomie pathologique. ' — On ne trouve quelquefois rien à l’autopsii^^ des enfants syphilitiques; tout se borne dans d’autres cas à des épanchements séreux dans les plèvres et le péricarde; enfin, dans des cas encore assez nombreux, on découvre certaines lésions des organes splanchniques dont nous avons déjà dit quelques mots, mais sur lesquelles nou.^^ allons revenir en insistant sur ce qu’elles ont de propre à l’enfance.
C’est chez les en''ants qu’on a le mieux observé les lésions viscérales de la syphilis : de ce nombre sont ces altérations du thymus, des poumons^ du foie, dont nous avons parlé en traitant de la syphilis des adultes.
Paul Dubois a signalé le premier une affection singulière du thymus chez des enfants qui succombaient peu de temps après la naissance, et dont les parents avaient eu la .syphilis. L’organe paraît sain à l’extérieur; mais en l’incisant et le comprimant, on en fait sortir un suc demi-liquide d’un blanc jaunâtre, dans lequel Donné a rencontré les caractères div pus : ce pus est infiltré et non réuni en foyer. On a vu cette affection coïncider avec des syphilides, des indurations pulmonaires et du pemphigus- Les observations de P. Dubois viennent d’ètre confirmées par un récent et intéressant travail de G. AVeisllog (I).
Nous avons fait connaître plus haut les lésions pulmonaires syphilitiques r mais nous voulons insister encore sur ces altérations chez le nouveau-né., altérations dont Depaul a donné une description détaillée (2). On trouve au sein du poumon des indurations variables en nombre et en volumCy d’une consistance analogue à celle du foie; quelques-unes font saillie sous la plèvre et donnent au tissu de l’organe une teinte jaunâtre assez foncée.. Plus tard, cette masse indurée se ramollit, et l’on trouve à son centre une cavité qui renferme un liquide séro-purulent. La plupart de ces indura-
(1) Beilrag zur Kennlniss der Duboü’schen Thynius-Abcessc bei angehorner Syphilis [Contribution à la connaissance de l’abcès du tliymus décrit par Dubois dans la syphilis congénitale] (diss. inaugur.). Züricb, 18C0.
(2) Gazelle médicale, 1851, p. 372.
DE 1^1 SYPHILIS
fions sont développées au moment de la naissance, et elles ne tardent point à subir le phénomène du ramollissement; les symptômes de ceslésions sont ceux des pneumonies lobulaires.
Mais quelle relation existe-t-il entre ces altérations du poumon et la syphilis? Depaul a soutenu avec raison l’origine syphilitique de ces indurations pulmonaires en s’appuyant sur leur coïncidence avec d’autres lésionssyphilitiques : ainsi on a observé dans quelques-uns de ces cas des suppurations du thymus, des bulles de pemphigus et une augmentation de volume du foie; dans d’autres, des pustules et des plaques muqueuses; maisil faut reconnaître que, dans quelques cas aussi, l’induration pulmonaire était la seule lésion. On a enfin invoqué, en faveur de l’opinion que nous exposons, l’existence de la syphilis constitutionnelle chez les parents. Cazeaux s’est élevé contre l’opinion de Depaul, en soutenant que ces lésions étaient de nature inflammatoire, mais ses preuves ne sont pas jilus convaincantes ici que pour le pemphigus.
Nous avons vu plus haut comment d’anciens syphilographcs avaient placé dans le foie un certain nombre d’affections syphilitiques, et nous avons indiqué l’historique de celte intéressante question. Guider a surtout bien étudié le foie des jeunes enfants syphilitiques, et il en a fait conuailre les lésions, tantôt générales et tantôt partielles, caractérisées par des îlots de tissu hépatique jaunâtre, induré, dont les éléments normaux sont infiltrés d’éléments lihro-plastiques et d’un liquide albumineux analogue à la sérosité du sang. Ces indurations tranchent, par leur contour, leur dureté, leur résistance aux injections les plus fines, avec h* tissu sain de l’organe. Elles se rapprochent, par leur nature plastique, des altérations qui constituent le sarcocèle syphilitique ou les tumeurs connues sous le nom de gommes; ce seraient donc <les accidents de la période tertiaire. Mais chez l’enfant on ne rencontre, avec ces lésions du foie, aucun autre accident tertiaire, on voit plutôt des éruptions cutanées de la période secondaire; c’est alors un accident de transition. Diday trouve là une lésion analogue au chancre induré': elle serait, selon lui, l’effet du trans])ort du virus qui ])rovient du sang de la mère, et qui déterminerait sur sa route, dans le foie, cette même induration que le pus virulent, absorbé pendant le coït, détermine autour du chancre, puis dans le premier ganglion qu’il traverse. Cette hypothèse e.xclurait dans ce cas l’infection provenant du père, mais elle n’a point jusqu’alors reçu de démonstration.
Les petits enfants atteints de celte lésion du foie poussent des cris plaintifs et répétés; ils présentent une altération profonde des traits et des troubles gastro-intestinaux; ils vomissent et ont de la diarrhée ou une constipation insolite; leur ventre se méléorisc et devient très sensible à la pression; enfin ils s’affaiblissent, et meurent très promptement quelques jours après le début des premiers symptômes.
Simpson (1) a vu plusieurs cas de péritonite mortelle chez des enfants
(1) F.dinb. Med. and Surg. Journal, n“ 137, p. 19.
MES MALADIES VIHULENTES.
tlonl les mères avaiciU eu la vérole, et il a été porté à conclure que l’intlammation péritonéale était une des lésions de la syphilis infantile. Peut-être s’agissait-il tout simplement ici d’enfants atteints de quekpie lésion syphilitique du foie, avec propagation inflammatoire au péritoine.
Étiologie. — L’étiologie de la syphilis des nouveau-nés comprend deux ordres de questions : Vinfection de l'enfant et V infection par l’enfant. La première question se subdivise encore en deux autres ; l’enfant est infecté pendant la vie intra-utérine, ou bien il prend la syphilis en naissant ou après la naissance. Dans le premier cas, on dit la syphilis congénitale ; dans le second elle est acquise.
Infection de l’enfant. — 1" Syphilis congénitale. La syphilis peut, dit-on, être transmise par le père ou la mère isolément; elle l’est fatalement, ajoute-t-on, quand l’un et l’autre sont malades.
a. Transmission par le père. — Le père étant seul syphilitique, peut-il donner la syphilis à l’enfant? Cette opinion est aujourd’hui fort controversée. Trousseau pense que ce mode de transmission est le plus fréquent. Diday, qui l’admet aussi, cite à l’appui de cette doctrine des observations empruntées à Swediaur [Traité des malad. vénér.., t. IL p. 1 1) ; à Bertin [Traité sur la malad. vénérienne chez les nouveau-nés, p. 163); à Depaul [Gazette médicede de Paris, 1851, p. 392); à Hasse (AZ/i/eiiiem. mediz. Annalen, févr. 1829 , p. 19^i); à CL Guérard [Journal de Siebold, t. X, p. 553); à Boehr [Jowmal der prakt. Heilkunde, 1836). Il serait possible d’allonger encore beaucoup cette liste.
F. Mayr, médecin d’un hôpital d’enfants à Vienne, va plus loin que les partisans ordinaires de ce mode de transmission de la vérole ; d’abord partisan de la contagion par la mère, il y a plus tard renoncé ; et dans un travail (1) qui repose sur quarante-neuf observations, il conclut que la syphilis est seulement transmise par le père. Eh bien ! la lecture de toutes ces observations n’a pas encore fait pénétrer la conviction dans notre esprit.
Cullerier professe sur la transmission de la syphilis par le père une opinion diamétralement opposée à celle de Trousseau, Diday, etc., et il a soutenu cette doctrine dans un mémoire très intéressant, inséré parmi ceux de la Société de chirurgie (2). L’observation d’euflmts sains, provenant de pères syphilitiques, lorsque lanière était saine elle-même, l’a conduit à admettre que l’hérédité de la syphilis n’est due qu’à l’influence de la mère, le père y restant tout à fait étranger.
Cette doctrine, que Cullerier ne basait que sur un très petit nombre de faits, a pour elle l’appui d’un autre observateur distingué. Xolhi a publié un travail (3) dans lequel il a rassemblé onze observations qui nous montrent des enfants sains naissant de pères syphilitiques, avec ou sans
(1) Recherches sur la srjphilis héréditaire chez les enfants (.Annales de la syphilis et des maladies de la peau, t. IV, p. 263).
(2) Mémoires de la Société do chirurgie, t. IV, p. 230.
(3) Mémoire sur V hérédité de la syphilis [Archives de médecine, mars 1860).
DE LA SYPlllLIS.
manifeslalious, laiU que les mères sont saines. Les enlanls sonl syphilitiques au contraire dans quatre cas où le père et la mère sont syphilitiques. Nous pouvons aussi apporter six faits de notre pratique ii l’appui de l’opinion de Gullcricr. Toutefois il serait imprudent de se prononcer d’une façon absolue, et c’est encore là une question à l’étude.
Parmi les partisans de l’hérédité paternelle, quelques-uns croient que pour la possibilité de cette transmission, il faut que le père soit affecté, au moment du coït, de manifestations syphilitiques. Entin Bassereau [Traité des syp/iil., p. 5ZiO) pense que les accidents sont transmissibles dans leur espèce : ainsi un fœtus infecté par un père atteint de syphilis tertiaire n’aura pas de syphilis secondaire, et il cite deux faits à l’appui de cette opinion.
On a encore émis l’hypothèse que les accidents secondaires seuls étaient transmissibles, et que les accidents tertiaires, non contagieux, pi’oduisaient sur le fœtus d’autres maladies générales, la scrofule par exenqile. Nous n’acceptons pas, pour notre compte, la possibilité de cette transformation des diathèses. On hérite la scrofule d’un scrofuleux, la syphilis d’un syphilitique; mais ces maladies ne dérivent pas l’une de l’autre; les diathèses ne se transforment pas.
La difficulté de résoudi'c facilement toutes ces questions de l’hérédité par le père vient des obstacles moraux et physiques qu’on éprouve souvent à constater la syphilis chez la mère. C’est par ce coté important que pèchent la plupart des observations publiées en faveur de l’hérédité paternelle.
Quant à admettre avec certains auteurs que la syphilis peut se transmettre directement au fœtus déjà formé, parce que sa mère aura cohabité durant sa grossesse, 7nais sans être infectée, avec un homme atteint de syphilis, nous aimerions autant croire, avec les Caraïbes, que le père, sitôt après l’accouchement, doit se mettre au lit, et s’abstenir six mois de manger des oiseaux ou des poissons, pour que le nouveau-né ne participe pas aux défauts naturels à ces animaux. (Lucas, ’lraité de l'héi'édité, l. Il,
b. Traiismission par la méi'e. — Cette influence n’a jamais été contestée, et si nous en exceptons Cazenave, tous les auteurs admettent que l’infection par la mère est plus fréquente que celle par le père. Mais deux cas se présentent ici : la mère pouvait être syphilitique dès la conception, ou bien elle n’a pris la vérole que depuis qu’elle est enceinte. Dans cette dernière hypothèse nous avons encore à rechercher si la mère peut transmettre le mal à quelque époque de la grossesse qu’elle ait été infectée.
Mandron (1) ne croit pas que la mère infectée pendant la yrossesse puisse transmettre la syphilis; mais cette opinion isolée est combaltue l)ar presque tous les syphilographes. Si l’accord paraît si complet sur
, (1) Gazette hebdomad., Zol.
DES MALADIES VIRULENTES
le fail (le l’infcclion, celte unanimité disparaît lorsqu’il s’agit de déterminer l’époque de la grossesse ii laquelle la mère doit être infectée pouiavoir la faculté d’infecter le foetus. Ainsi Cullerier croit cette infection possible pendant toute la grossesse. Berlin, sans bien préciser les faits, dit que l’infection ne s’observe plus chez les femmes affectées d’accidents primitifs dans les derniers mois. Natalis Guillot et Bois de Loury ont vu des faits confirmatifs de celte opinion. Ricord donne comme limite le* si.xième mois ; Abernelhy le septième. Enfin Diday a tiré du dépouillement de onze cas peu probants, et de quelques hypothèses, cette conclusion, que la syphilis contractée seulement, soit avant la quatrième semaine, soit après le septième mois révolu, n’a pas été cause de syphilis poiul’enfant.
c. Transmission 'par le père et la mère. — Celte action combinée ne peut être contestée, puisque l’on admet l’influence isolée de l’un et de l’autre ; mais on a été plus loin, et l’on a considéré comme fatale dans ce cas l’infection du fœtus. Cette infection héréditaire n’est pas fatale pour l’influence isolée et du père et de la mère ; elle est excessivement probable si les deux époux sont syphilitiques; cependant elle n’est que très probable, sans être tout à fait absolue.
Il semble d’ailleurs que dans tous les cas, la puissance de l’infection héréditaire aille en s’épuisimt, et à une certaine époque l’immunité parait être complète. Je citerai, à l’appui de cette décroissance du pouvoir de transmission, un fait curieux que j’ai observé. Une femme contracte la syphilis deux mois après son mariage et devient enceinte. Elle accouche à sept mois et demi d’un enfant monstrueux, avec éventration des viscères. J’ai présenté ce monstre à l’Académie de médecine, et il ne serait peut-être pas étrange de supposer que les lésions qui ont donné lieu à ces monstruosités étaient de nature syphilitique. Redevenue enceinte Tannée suivante, cette femme met au monde un enfant qui, deux semaines après sa naissance, a les manifestations syphilitiques les plus classiques, et communique la vérole à sa nourrice. Enfin, deux ans après, cette femme accouche d’une petite fille qui n’a jamais présenté les moindres signes de syphilis. Il faut ajouter que durant tout ce temps cette femme n’avait suivi c[ue des traitements] incomplets, et s’était toujours plainte de quelques accidents secondaires.
2“ Syphilis acquise. — L’enfant, au moment où il naît et après sa naissance, peut prendre la syphilis de trois façons ; a. par infection au passage, b. par cause étrangère, c. par V allaitement.
a. L’infection au passage est à la rigueur possible, cependant elle ne nous paraît pas aisée : l’enfant est alors couvert d’un enduit graisseux qui doit rendre la contagion bien difficile. Bosquillon ne croyait pas a celle contagion, tandis cpic CTirtanner et Nishett considéraient l’infection au passage comme le seul procédé jiossihle de contaminer le fœtus. La vérité est plus près de la doctrine de Bosquillon que de celle des autres observateurs.
DE LA SYPHILIS
h. La possibilité de Vinfection par une cause étrangère est trop évidente pour nous y arrêter : un entant nouveau-né est dans la condition d’un adulte; il n’y a là rien de particulier. Nous citerons cependant coninie j)rocédé un peu ditférent, la contagion par la vaccination, et nous renvoyons sur ce sujet au mémoire déjà cité de Viennois.
c. L’infection par l'allaitement peut s’opérer, dit-on, de deux façons ; par le lait que reçoit l’enfant d’une nourrice syphilitique, et par une lésion morbide dont cette nourrice est ali'eclée.
Le mode de transmission par le lait a été accepté jiar lîertin, Mahon, Itell, Astruc, et vivement repoussé par Swediaur, Nisbett, Hunier, Hicord, Venot, Nouai, Natalis Guyol, Cullerier, Seux.
Le mémoire de Cullerier il) contient cinq observations de femmes syphilitiques ayant pu donner le seUi à leurs enfants sans les infecter. Ces faits, dit-on, prouvent que l’infection dans ce cas n’est pas forcée, mais ils ne prouvent pas qu’elle soit impossible. Cela est incontestable cl peut être dit de tous les faits négatifs; mais on est en droit de demander à ceux qui ■croient à ce mode d’infection de nous fournir des observations plus probantes que celles qui ont été publiées, sans en excepter les faits de Melebior Robert contenus dans la nouvelle édition de son excellent Traité des maladies vénériennes (Caris, 18G1, p. 698). C’est encore là pour quel- >qucs médecins une question à l’étude ; mais c’est pour nous une question résolue par la négative.
Pendant assez longtemps la doctrine de la non-contagion des accixlents secondaires empêcha de bien constater ^ rinfection du nourrisson par la' nourrice, cl l’on chercha les interprétations les plus forcées pour jirrivcr à nier ce mode de transmission de la vérole. Cependant les enfants prennent assez souvent la syphilis par une lésion secondaire qui siège sur le sein de leurs nourrices. Cet accident, chez la nourrice, a ortiinaircmcnl une origine congénitale, c’est-à-dire qu’il provient d’une source secondaire. 11 a été transmis à celle femme par un enfant infecté, et celle-ci le transmet ensuite à un autre nourrisson. Hicord cl son école expliquaient naguère ces accidents mammaires par des pratiques arliiicielles, par un raftincmcnl de débauche, ou bien encore par un contact .avec des personnes étrangères alleinlcs de .syphilis ; mais aujourd’hui il est inutile de chercher des explications aussi ingénieuses.
Diday, frappé de la relation qui existe entre l’accident mammaire des nourrices et l’accident buccal des nourrissons, avait admis une virulence spéciale et plus contagieuse du pus d’origine congénitale. Celle explication, destinée à faire cadrer son ob.servation vraie avec la doctrine fausse dcriiopital du Midi sur la non-contagion des aiaddenls secondaires chez l’adulte, n’est plus nécessaire, aujourd’hui que tout le monde accepte, plus ou moins franchement, il (;sl vrai, la possibilité de cette contagion. Itollet a en outre démontré, comme nous l’avons déjà dit, que
(1) Union médicale, 1854.
DES MALADIES VIRULENTES
ruccidcnt niaraïuairc élait, dans ccs circonslanccs, un chancro, quoiqu’il eût une origine secondaire.
Infection par Cenfnnt. — Nous indiquerons rapidement ce qui touche à Vinfection par l’enfant, à cause des nombreux points de contact de celte question avec celles que nous venons d’étudier.
L’enlant syphilitique peut, prétend-on, infecter : 1» sa mere pendant la grossesse ; 2“ sa nourrice ou toute autre personne étrangère.
1“ Le fœtus rendu syphilitique par rinfluencc du père peut-il, en effet, durant la grossesse, infecter sa mère? Cette question, comme toutes celles qui touchent à la syphilis congénitale, a scs défenseurs et ses opposants. Maisonneuve et Montanier nient absolument ce mode de contagion, qui est accepté par Ricord et Depaul.
Nous avons examiné avec attention les observations citées à l’appui de cette hypothèse, et nous ne craignons pas de soutenir que les trois cas cités par Diday [Traité de la syphilis des nouveau-nés, p. Ihh et 247); ceux de Melchior Robert, contenus dans la nouvelle édition de son ouvrage (p. 68Ü, 681) ; enfin ceux que renferme le travail de Hutcliinson [Medical Times and Gazette, 1856, extrait dans la Gazette médicale, 1857, p. 646), n’ont pas porté la moindre conviction dans notre esprit, car tous ces hiits sont privés de détails suffisants pour établir que le père n’a pas pu transmettre à sa femme quelque accident contagieux, et que cette femme n’a point eu antérieurement des accidents syphilitiques.
2" La transmission de la vérole du nourrisson à la nourrice est aujourd’hui incontestable et appuyée par un très grand nombre d’exemples. Elle se fait suivant les conditions énoncées au paragraphe où nous avons déjà traité des accidents secondaires. 11 est inutile de revenir sur ces faits acquis aujourd’hui à la discussion.
Pronostic. — Le pronostic de la syphilis des nouveau-nés doit être envisagé à plusieurs points de vue diflérents. L’infection syphilitique peut, avant la naissance de l’enfant, être suivie de l’avortement à des époques variables de la grossesse. Cet avortement est du fait de la syphilis et no peut être attribué au mercure ; car plusieurs cas, au contraire, prouvent de la façon la plus nette que cette disposition fâcheuse à l’avortement a pu disparaître sous l’influence d’un traitement mercuriel. L’observation apprend encore que cette action funeste du virus va en s’affaiblissant. Dans un fait de Rertin, qu’on peut rapprocher de celui que j’ai observé et dont j’ai parlé plus haut, on voit le premier enfant naître à six mois, le deuxième à sept, le troisième à sept et demi ; le quatrième venir à terme, mais ne survivre que dix-huit heures; le cinquième, à terme aussi, vivre six semaines ; enfin le sixième vécut quatre mois sans traitement.
Après la naissance la mort est fréquente chez les enfants syphilitiques, et ils succombent, soit à une altération générale de l’économie, soit à quelques-unes des lésions viscérales que nous avons rappelées plus haut.
Traitement. — Lorsqu’un enfant naît de parents ayant eu ou ayant