LÉSIONS TRAUMATIQUES DES MUSCLES
Il faut distinguer d’abord deux espèces de lésions traumatiques des muscles, celles qui se produisent au-dessous de la peau intacte, et celles qui s accompagnent d’une lésion correspondante des téguments. L’histoire de ces dernières blessures est faite dans celle des Plaies en général et ne commande pas d’autres développements. Aussi étudierons-nous surtout es lésions sous-cutanées des muscles, c’est-à-dire les contusions, les ruotuies sous-cutanées et les hernies musculaires.
1° Contusion sous-cutanée des muscles.
Lorsqu’un muscle a été contusionné, sa fonction est plus ou moins al-
nendàm T*"”®" f* pe" vi<>le,>te’ cc muscle » Pelotonne, tressaille endant quelques instants, puis reste dans un état de relâchement ou
énergie6 COntraCtlon lonKIuc. toul en perdant une quantité notable de son
Avec plus de force la cohésion des faisceaux musculaires est détruite dans une plus ou moins grande étendue. Les vaisseaux rompus hisse ni oou’er une eertaine quantité de sang qui peut agir sur les nXl,^
que fols Tl 1 T'"61; SanS ** réS°,be cn général, mais quelassez souvent ‘T '' “ S“pp.urallon- La contusion musculaire est ttST U0C ParalySle dU mU5C,e subil P»» » peu ratro-
Thaitement. — Il faut traiter ces contusions des muscles par le repos
et quelques antiphlogistiques, et, lorsque l’élément douloureux de la lésion a disparu, relever l’innervation et exciter la nutrition du muscle par la faradisation, la gymnastique localisée et le massage.
2° Rupture sous-cutanée des muscles.
Tous les muscles de l’économie peuvent se rompre, et l’on observe aussi bien des ruptures dans les muscles creux, comme l’utérus, la vessie, le cœur, etc., que dans ceux qui servent aux mouvements volontaires. Les ruptures musculaires sont moins fréquentes que celles des tendons. Ainsi sur quarante-neuf faits rassemblés parNélaton (1), on trouve quatorze cas où le corps du muscle était rompu, et vingt-neuf où la rupture s’était faite sur le tendon ou sur le point d’union du tendon avec le muscle ; dans six cas, le siège de la rupture n’était point indiqué. L’ensemble de ces faits montre que le tendon était brisé deux fois sur trois.
Bichat (2), raisonnant par induction, prétendait que la rupture musculaire était très rare, parce que, dans leur contraction, les libres charnues, condensées en quelque sorte, acquièrent une dureté égale et souvent supérieure à celle des fibres tendineuses qui leur font suite, de sorte que celles-ci, en raison de leur passivité, se rompent de préférence. Celte explication paraît vraie pour les contractions synergiques et régulières, c’est-à-dire quand toutes les fibres d’un même muscle, ou tous les muscles d’un môme système se contractent simultanément; mais elle cesse de l’être pour les contractions involontaires, ou lorsque des portions de muscles ou des muscles ayant leurs congénères se contractent isolément.
Historique. — La rupture musculaire a été très longtemps méconnue, et avant 1781, époque où Roussille Chamseru lut devant la Société de médecine ses curieuses observations sur les ruptures et les luxations des muscles, il n’existait rien de précis sur la matière. Quelques mots de Félix Plater, de van Swieten et de Lieutaud n’avaient pu donner que des idées I imparfaites sur ce sujet. J.-L. Petit (3), préoccupé de la rupture des ten- a dons, s’était contenté de mentionner la possibilité de cette lésion des i muscles, sans en faire l’objet d’aucune recherche. Ainsi le travail de Rous- i sille Chamseru, resté inédit, mais que nous connaissons par les extraits tj qu’en donne Sédillot, a eu presque l’honneur de la découverte, en pu- j bliant des faits qui ne permettaient plus le doute sur la nature de la maladie. Fayer l’aîné vint, l’année suivante, apporter devant l’Académie royale de chirurgie de nouveaux faits a 1 appui des idées de Roussille, et en 1786. Jean Sédillot préluda dans sa dissertation inaugurale: De ruptura musculari, au grand travail qu’il devait publier plus tard sur ce sujet.
(1) Eléments de pathologie chirurgicale, t. I, p. £>75.
(2) Anatomie générale, 1801, t. III, P- 234.
(3) Observation sur la rupture des tendons qui s’insèrent au talon {Mémoires de l'Acaidos sciences, 1722).
maladies des muscles et des tendons.
Enfin, il faut citer parmi les premiers travaux sur ce point de chirurgie une note de Michel Deramé, insérée parmi les Mémoires cle la Société médicale d’émulation pour 1797, p. 159.
Tous ces documents, joints à de nouveaux faits, ont été réunis avec soin dans un mémoire que J. Sédillot lut en 1817 à la Société de médecine de Paris. Cet important travail vint fixer l’état de la science sur ce sujet, et depuis lors, on a peu ajouté aux données générales qu’il renferme. Voici l’indication des principaux travaux à consulter sur la rupture des muscles :
Jean Sédillot, De ruptura musculari, 1786. — Idem, Mémoire sur la rupture musculaire ( Mémoires et prix de la Société de médecine de Paris, 1817, p. 155). — F. Schnell, Disserl. inauij . de natura reunionis musculorum vulneralorum . Tu— bingæ, 1804. — Roulin, Du mécanisme des ruptures musculaires ( Journal de physiologie expérimentale, 18 21, t. I, p. 295). — J. BOUQUET, De la rupture spontanée des muscles de la vie animale (Ihèse de Paris, 1847, a0 158).
Étiologie. — Le siège le plus fréquent de la rupture musculaire paraît être le point d’insertion des fibres charnues aux fibres tendineuses, ainsi que Sédillot l’avait déjà fait remarquer pour treize cas sur vingt et un, où le siège est indiqué. Dans les huit autres cas, la rupture eut lieu dans le corps même du muscle. Mais peut-être faut-il rapporter aux ruptures tendineuses un certain nombre des treize cas cités par Sédillot, car aux points qu’il indique la portion charnue est presque épuisée. Quoi qu’il en soit, pour Sédillot la fréquence de la rupture au point d’insertion du tendon paraît tenir principalement à la propriété élastique de ce dernier, qui tend à revenir sur lui-même pendant la contraction musculaire et à tirer en sens inverse de celui des fibres charnues. Le point d’union des deux ordres de fibres représente alors le point d’application de deux forces inégales et opposées. Ces ruptures s’observent surtout sur les fléchisseurs dont les fibres charnues sont très longues et les tendons très courts : ainsi, au tronc sur le grand droit de l’abdomen, le psoas et l’iliaque; au cou, sur le sterno-mastoïdien; au membre supérieur, sur le biceps; au membre inférieur, sur la longue portion du biceps crural et le couturier. Les extenseurs qui en ont offert quelques exemples, sont les jumeaux de la jambe, le crural antérieur, les muscles des gouttières vertébrales et le deltoïde.
La rupture musculaire est toujours due à un effort subit ou inopiné, mettant en contraction forcée certains muscles ou certaines portions de muscles : ainsi, elle survient le plus communément chez les individus les plus robustes, dans les muscles les plus forts et au côté droit du corps. La contraction qui produit cette rupture est le plus souvent involontaire, ou, quand elle estvolontaire, la partie à mouvoir se trouve, suivant Sédillot, dans une fausse position.
Certaines conditions morbides des muscles peuvent favoriser une dé- I chirure. Lne phlegmasie musculaire, une contracture spasmodique, mais
de longue durée, l’état typhoïde, sont favorables à la rupture des muscles. C’est ainsi que ces organes se rompent plus facilement dans l’épilepsie, l’éclampsie, le tétanos, le typhus, que dans d’autres affections.
Anatomie pathologique. — Nous connaissons peu l’état anatomique des muscles rompus. Tantôt le muscle est complètement déchiré, c’est surtout le cas des lléchisseurs, et tantôt il ne l’est qu’incomplétement, ce qui est le plus habituel aux extenseurs. Les fibres musculaires sont rompues au môme niveau, et du sang s’épanche dans l’intervalle qu’elles laissent alors entre elles. Larrey (1) a trouvé dans un cas de rupture du grand droit de l’abdomen, une masse de sang noirâtre et coagulé; et Richardson (2) rapporte un fait analogue à la suite de la rupture du muscle grand droit de l’abdomen et de l’artère épigastrique; deux livres de caillots de sang se trouvaient entre les bouts du muscle rompu.
Le mode de réparation des ruptures musculaires est encore peu connu, et les renseignements qu’on trouve dans la thèse de Schnell sur les plaies des muscles ne sont plus à la hauteur de nos connaissances en histologie.
Symptomatologie. — Au moment de la rupture, on peut entendre un bruit de craquement, comme celui d’une corde qui se rompt, et le malade éprouve quelquefois une secousse analogue à celle que produirait! un coup de fouet, de pierre ou de bâton. En même temps survient une douleur vive, aiguë, instantanée, qui s’accompagne de l’impuissance subite • I de mouvoir la partie ; aussi le malade tombe-t-il, si c’est au membre inférieur que se fait la rupture. Il est impossible de mouvoir la partie lésée ü sans renouveler la douleur, et faire éprouver au blessé un frémissement ? insupportable. Il y a, d’ailleurs, un sentiment intime de faiblesse si la 1 déchirure est considérable. On observe au niveau de la rupture une dé- - >i pression d’étendue variable qui augmente ou diminue avec l’extension ou le relâchement du muscle, et l’on sent au-dessus et au-dessous de cette dé- il pression deux tumeurs mollasses formées par les bouts dcsmuscles rompus, é Mais, dans le cas où le muscle est recouvert par de fortes aponévroses *3 et où se fait un épanchement sanguin considérable, ce signe peut ôtre> f masqué. Enfin il existe une ecchymose plus ou moins étendue, et d’autant plus rapide à apparaître que le muscle est plus superficiel. Cette ecchy- ! mose, qui n’est point immédiate, se montre, en général, vingt-quatre il heures après l’accident, si les barrières aponévrotiques qui la séparent de la peau ne sont pas considérables, et sa coloration, d’abord légère, se fonce peu à peu. Il faut noter toutefois que cette ecchymose peut manquer tout à fait.
Les signes de la rupture musculaire varieront suivant la région blessée. Ainsi la déchirure du droit antérieur de l’abdomen s’accompagne quelque- • : fois de nausées, de vomissements, d’envies d’évacuer, joints à une rigi-
(1) Mémoires de chirurgie militaire, t. III, p. 288.
(2) Tlie American Journal, 1857. et ( iasetle médicale, 1858, p. 1 19.
MALADIES DES MUSCLES ET DES TENDONS
dite et à une sensibilité du ventre telles, qu’on a pu prendre cette lésion pour une péritonite.
La douleur peut persister très longtemps, surtout lorsque l’affection est méconnue ou négligée, et la guérison doit dans ce cas se faire beaucoup attendre. Mais, en général, cette guérison ne tarde pas à arriver, et la cicatrisation s’opère par la formation d’un tissu fibreux intermédiaire. On a vu, dans des cas exceptionnels, la rupture musculaire occasionner des accidents variés. Ainsi la rupture de certains muscles fait naître des phénomènes inflammatoires graves. Dans un cas, cité par Boyer, de rupture du droit antérieur de l’abdomen, le malade succomba à une péritonite. On cite, d’après Deramé, un fait de rupture du psoas qui donna lieu à des abcès dans la région lombaire gauche, puis à la cuisse, et se termina par la mort, mais ce lait n’est pas très probant.
L’impuissance, l’amaigrissement et l’atrophie du muscle sont encore des conséquences assez fréquentes de sa rupture.
Diagnostic. — La rupture d’un muscle peut être distinguée de celle d’un tendon par son siège, par la manifestation instantanée de la douleur, car les tendons sont insensibles à l’état normal, et ne deviennent douloureux que consécutivement à la rupture ; enfin, par l’ecchymose, qui est fort rare et en tout cas peu considérable dans la rupture tendineuse. Les tendons sont peu pourvus de vaisseaux sanguins, et il n’y a que de petits capillaires de rompus.
Le pronostic de la rupture musculaire est favorable quand la lésion est récente, accessible à la vue, et qu’on peut la traiter convenablement; il est plus grave dans des conditions opposées, et la blessure peut alors s’accompagner d’une irritation locale habituelle.
Traitement. — Quand une rupture est récente, peu considérable ou incomplète, le repos, quelques antiphlogistiques, une compression douce, suifisent à éteindre la douleur et à maintenir en place les parties rompues ; mais quand la déchirure est complète, il faut de plus mettre le muscle dans le relâchement et l’immobilité. Pour arriver à ce résultat, Sédillot a surtout insisté sur la compression; car elle relâche le muscle, rapproche les lèvres de la plaie en s’opposant aux contractions musculaires, et favorise, avec la résorption de l’épanchement sanguin, la résolution de l’engorgement. Le meilleur mode de compression est réalisé, quand la région le permet, à l’aide d’un bandage roulé. A cet effet, Sédillot conseillait 1 emploi de trois bandes, dont on plaçait la première, des extrémités jusqu au-dessus de la lésion de continuité; la seconde, de la racine du membre au-dessous du point rompu, et la troisième, au niveau de ce point, en la promenant tour à tour au-dessus et au-dessous de lui.
Au cas d engorgement considérable ou d’inflammation, on emploierait iis saignées locales, les cataplasmes émollients ou laudanisés, les bains locaux. Les douches froides ou les vésicatoires volants ont été mis en usage avec succès contre les douleurs persistantes.
Quand la rupture musculaire est ancienne, les lèvres de la division doi-
vent se trouver cicatrisées séparément, et par suite dans un étal peu favorable à leur réunion ; la compression devient alors un moyen palliatif qui facilite seulement les fonctions du muscle. Dans un cas rapporté par Sédillot, la guérison fut impossible et la malade resta impotente.
ARTICLE V