TROUBLES FONCTIONNELS DES MUSCLES
Il se produit dans les muscles, le plus souvent sous l’influence d’altérations du système nerveux, deux ordres de troubles fonctionnels : les uns sont caractérisés par un défaut de contraction volontaire du muscle, esautrespai une contraction involontaire, spasmodique ou permanente, istoire de ces paralysies et de ces contractures musculaires tient par n r s gram nombre de points a la médecine proprement dite, mais le
mn!>r?en SOrnt,appelé ^ (^ru're les résultats de ces phénomènes app i cation d’appareils et même par des opérations gantes; il faut donc présenter ici un aperçu très sommaire de ce
qu ont de véritablement chirurgical les paralysies el les rétractions mus-, culaires.
Historique. — 11 y a un grand nombre de documents tant sur l’histoire des paralysies el des contractures musculaires que sur celle des lésions consécutives a ces troubles d’origine nerveuse, et nous n’avons pas la prétention de les indiquer tous ici. Nous citerons surtout les travaux de cetle nature que le chirurgien, dans le but déterminé que nous avons mentionne plus haut, est appelé à consulter, et en particulier, les différents traités sur l’électricité médicale. C’est là qu’il faut chercher tous les éléments d’une étude qui est encore loin d’être faite.
Bouvier , Leçons cliniques sur les maladies chroniques de l'appareil locomoteur. Paris I 808. — H. Friedberg, Pathologie uncl Tlwrapie der Muskellâhmung . Wien I 85s!
Althaus, A Treatise un Medical Eleclricitij, etc. London 1859 Landry
Traité des maladies nerveuses. Paris, 1859. - Becquerel, Traité des applications de l’électricité à la thérapeutique médicale et chirurgicale. Paris, 1860.
Bemak, Galvanotliérapie ou du traitement des maladies nerveuses et musculaires par le galvanisme, traduit par Morpain, 1860. — Duciienne (de Boulogne), De l'électrisation localisée el de son application à la pathologie et à la t Itéra veut unie '»<■• édit Paris, 1861. ' ’’
§ — Paralysies musculaires.
On doit en distinguer d’abord deux grandes variétés : les paralysies musculaires qui tiennent à quelques désordres des centres nerveux, et les paralysies consécutives à des lésions périphériques qui paralysent un groupe musculaire ou môme un muscle isolé. Ces dernières, qui ont seules de l’intérêt pour le chirurgien, nous occuperont surtout ici.
Étiologie. Les paralysies musculaires qu’on peut appeler périphériques, pour les opposer à celles qui dépendent d’une altération du système nerveux central, tiennent a des causes très variées qui atteignent, soit les I nerfs et les vaisseaux sanguins qui se distribuent dans le tissu musculaire, soit la substance propre du muscle.
La compression d’un rameau nerveux peut entraîner la paralysie d’un t groupe musculaire. Ainsi des exsudais plastiques, des dépôts sanguins, des tumeurs, peuvent amener des paralysies musculaires en comprimant certains nerfs, comme le font. aussi quelquefois des bandages vigoureuse- 1 ment appliqués a la surface de la peau sur le trajet d’un cordon nerveux.
La section des nerfs que nous étudierons dans le chapitre suivant con- a duit à des résultats identiques. La contractilité musculaire persiste là encore un certain temps, puis elle s’efface peu à peu et disparaît.
Il y a des paralysies musculaires qui semblent tenir à quelque arrêt dans la circulation par thrombose ou ligature artérielles. La paralysie embolique s’accompagne, en général, d’anesthésie et de troubles progressifs dans la nutrition des parties; puis, elle amène plus tard des con-
MALADIES DES MUSCLES ET DES TENDONS
t raclures musculaires et. des douleurs persistantes. Lorsque l’obstacle à la circulation artérielle s’efface, ces paralysies, dont quelques expériences de Brown-Séquard permettent de bien comprendre la nature peuvent disparaître.
On voit encore d’autres espèces de paralysies dont il est moins facile de découvrir l’origine anatomique; de ce nombre sont celles qu’on trouve dans le rhumatisme, l’hystérie, l’intoxication saturnine, la syphilis, mais nous n’avons pas à en parler ici.
Anatomie pathologique. — Nos connaissances sont si incomplètes sur les lésions des paralysies musculaires périphériques, qu’elles ne peuvent servir de base à un article général sur ce sujet, mais nous connaissons mieux les changements de nutrition qui s’accomplissent dans les muscles déjà paralysés, et nous allons en dire quelques mots.
Le tissu musculaire peut éprouver deux altérations bien distinctes: Y atrophie simple et la métamorphose graisseuse.
L 'atrophie simple peut s’observer aussi dans les muscles soumis à une compression ou à une distension exagérées, et dans les maladies débilitantes, à la suite d’une diète prolongée. On trouve tous les degrés de ces atrophies musculaires simples dans les muscles qui avoisinent les moignons d’amputation, sous des tumeurs, dans les muscles abdominaux énormément distendus par des kystes de l’ovaire très volumineux. Les faisceaux musculaires sont alors décolorés, amincis, quelquefois même déchirés.
L’examen microscopique fait découvrir des faisceaux primitifs très réduits d’épaisseur et de longueur, et ce raccourcissement explique bien la rétraction qui peut succéder à la paralysie. Les stries transversales des faisceaux primitifs ont disparu comme les noyaux qu’on aperçoit longitudinalement sur le sarcolemme, et les éléments primitifs du muscle sont réduits à des filaments transparents ou à des gaines incomplètement remplies d un contenu granuleux qui n’est pas de nature graisseuse. Dans celle espèce d’atrophie, les éléments gras du muscle n’ont pas augmenté de quantité.
La métamorphose graisseuse des muscles paralysés est plus fréquente; elle se voit aussi à la suite de troubles inflammatoires dans le muscle ou à la surface du muscle.
Le muscle qui s altère ainsi diminue un peu de volume, mais surtout de consistance et d élasticité; il devient mou, flasque, peu propre à agir. Sa couleur change notablement; des taches ou des stries jaunes sont répandues çà et là sur divers points du muscle, et peu à peu toute la substance musculaire est transformée en une masse jaunâtre ; la disposition fasciculéc peut persister, mais les faisceaux sont plus ramollis, moins distincts, plus dilacérables qu’à l’état normal.
Les stries transversales des faisceaux primitifs s’effacent peu à peu, et fin même temps des granulations graisseuses apparaissent au centre de ces faisceaux. Un voit aussi des globules gras très brillants dans l’inter-
LESIONS DES TISSDS.
valle de ces mêmes faisceaux. A mesure que la lésion augmente, l’enveloppe de la fibre musculaire primitive se vide de ses éléments normaux pour se remplir de gouttelettes de graisse. Ces altérations de la fibre musculaire ne se montrent pas au même degré dans toute son étendue, et l’on distingue encore, des stries transversales sur des fibres en grande partie graisseuses (fig. 30).
Lorsque la lésion est arrivée au plus haut point, les faisceaux musculaires, déjà diminués de volume, peuvent perdre leurs contours, s’effacer
tout à fait, et être alors remplacés par des vésicules adipeuses ; quelquefois ils persistent assez longtemps et ne diminuent que très lentement de volume.
11 est rare, dans ce cas, de trouver la lésion limitée aux muscles. Les parois des vaisseaux sanguins du muscle graisseux sont aussi infiltrées d’éléments gras.
Symptomatologie. — Il n’est pas possible de tracer une symptomatologie
l'ic. 30. — Métamorphose graisseuse des musclés, générale des paralysies musculaires.
— a, fibres primitives à l’état normal ; b, fi- NOUS étudierons plus tard, à propos brcs dans lesquelles les granulations graisseuses . .
commencent à se montrer; c , infiltration corn- U6S dluOriïlltéS C1GS piCuS 6l (1GS IïlftinS, plete des fibres primitives par des granulations Jes p]us importantes de Celles qui in-
téressent le chirurgien, mais il faut fouir compte ici d’un précieux moyen de reconnaître l’état du muscle malade, c’est l’électrisation localisée.
Dans les paralysies musculaires qui tiennent à la compression ou à la section d’un nerf, la contractilité électro-musculaire est diminuée ou abolie même suivant la profondeur de la lésion. Au contraire, dans les paralysies cérébrale, rhumatismale et hystérique, la contractilité élee- L ique est toujours normale au début, mais peu à peu elle diminue à mesure que la fibre musculaire s’altère. L’électrisation localisée est dans de tels cas une ressource précieuse pour montrer quels muscles l’altération envahit et à quel degré elle s’y développe. On arrive ainsi à savoir qu’on doit appliquer la faradisation à certains faisceaux musculaires délerminés.
Le muscle peut perdre, outre sa contractilité, sa sensibilité, mais celte sensibilité musculaire persiste plus souvent que la contractilité ; elle est. au contraire, plus ordinairement lésée que la sensibilité cutanée. 11 est des cas enfin où la contractilité, la sensibilité musculaires et la sensibilité cutanée sont complètement éteintes : c’est qu’alors il n’existe plus aucune communication nerveuse entre la moelle et le membre paralysé.
Pronostic. — Une paralysie traumatique est d’autant plus grave que la
sensibilité musculaire est plus diminuée; ce pronostic, au contraire, est beaucoup moins sérieux, quand la contractilité électro-musculaire étant éteinte, la sensibilité des muscles est conservée ou faiblement diminuée. De plus, l’exaltation de la sensibilité des muscles et des nerfs par la faradisation localisée est un signe favorable, et qui annonce le retour de la contractilité musculaire ; un signe plus favorable encore est l’intégrité de la contractilité électrique des muscles paralysés consécutivement à une lésion traumatique des nerfs mixtes.
Quand le tissu musculaire a subi une atrophie graisseuse, la contractilité électro-musculaire est à tout jamais abolie.
Traitement. — Il faut se guider dans le traitement de ces paralysies par la connaissance de la lésion qui a amené le trouble musculaire. Ainsi quand la paralysie est produite par compression, on la fera cesser en enlevant l’agent compresseur. Les béquilles, qui compriment souvent avec force les faisceaux nerveux qui se rendent aux divers segments du bras, causent quelquefois une paralysie de cette espèce. J’en ai vu un cas très remarquable sur un amputé de jambe qui, marchant avec des béquilles avant d’avoir son appareil définitif, eut une paralysie des extenseurs de la main. Cet accident disparut peu à peu dès qu’on eut fait supprimer l’emploi des béquilles. Les paralysies qui tiennent à la section d’un nerf n’ont de chance de guérir que parle rétablissement des fibres nerveuses dans la cicatrice, et celles qui dépendent d’une thrombose ou d’un autre arrêt dans la circulation artérielle, ne peuvent s’effacer que par le rétablissement d’une circulation collatérale suffisante. Quant aux paralysies rhumatismale, hystérique et saturnine, elles ne sont avantageusement modifiées que par le traitement général, quoiqu’on doive agir directement sur le muscle pour l’exciter à se contracter.
On essaye par divers moyens d’exciter les muscles paralysés. Des frictions qui exaltent la circulation capillaire, des bains, des exercices gymnastiques limités aux muscles malades, peuvent rendre de véritables services, mais sont de beaucoup inférieurs à la faradisation localisée.
L’influence de la faradisation localisée se manifeste d’abord sur la sensibilité, qui s’exalte même ; mais cette exaltation, seulement momentanée, est le prélude du retour de la nutrition et des mouvements. Bientôt après, la température cpii s’était abaissée se relève, la circulation se fait mieux, et la peau n est plus violacée ni œdématiée. La nutrition éprouve aussi une influence heureuse, et le retour des mouvements volontaires s’annonce par celui de la tonicité du muscle. La guérison complète des paralysies musculaires périphériques s’obtient le plus ordinairement par la faradisation, et cette action thérapeutique paraît se manifester d’autant plus ''te que le muscle paralysé est plus rapproché des centres nerveux. Quelquefois, après le retour des mouvements, un affaiblissement de la con- Iraclilitc électro-musculaire persiste encore pendant longtemps, et l’on 'oit ainsi se contracter par la volonté des muscles qui semblent ne point 'lagir pari action de l’électricité ; c’est là un fait intéressant, que le rai-
sonnemenl n’aurait jamais fait supposer, et que Duehenue (de Boulogne) .1 parlai lement mis eu lumière.
A quelle époque faut-il farad iser les muscles paralysés? Duehenue, dont 1 expérience est grande en celte matière, a soin de distinguer h ce point de uie plusieurs cas suivant la persistance ou la disparition delà contractilité eectro-musculaire : si elle n’est pas abolie, il faut faradiser le plus tôt possible ; mais si elle est perdue, il faut, selon lui, attendre que la lésion nen euse soit guérie, que la force nerveuse spéciale arrive aux muscles, a travers le nerf cicatrisé ou débarrassé de ses exsudais plastiques, etc. c est-a-dire, quatre, six, huit ou dix mois, enfin d’autant plus tard que là sensibilité musculaire est plus diminuée.
Chaque muscle doit être faradisé d'une manière spéciale, suivant qu’il a plus ou moins souffert dans sa contractilité électrique et dans sa nutrition. Ainsi plus un muscle est atrophié, plus sa contractilité est diminuée, plus il doit être longtemps soumis ii l’excitation électrique, et plus le courant dirigé sur lui doit être intense et les intermittences rapides. Il ne faut pas faire de trop longues séances qui fatiguent et épuisent le muscle : on doit fixer la durée de chaque séance à dix ou quinze minutes au plus, et ne donner que rarement plus d’une minute à chaque muscle. Mais il faut quelquefois une grande persévérance dans ce traitement, car si l’on a vu des cas heureux guéris en quelques séances, il y a des exemples de paralysies qui n’ont disparu qu’après plusieurs mois, et même plusieurs années de traitement.
Quand on s est assuré de la paralysie absolue d’un muscle, il est envoie possible de tirer quelques avantages de certains moyens de prothèse musculaire physiologique, qui ont pour but de suppléer à l’action des muscles paralysés ou atrophiés. Cette prothèse est quelquefois une dernière ressource dans des paralysies permanentes, tandis que dans d’autres cas elle ne sert qu a prévenir certaines déformations articulaires, pendant qu’on traite par d’autres moyens des paralysies d’ailleurs curables. C c si pai d ingénieuses combinaisons de ressorts élastiques et de lames de caoutchouc prenant insertion, soit sur un gantelet s’il s’agit de la main, soit sur une guêtre enveloppant le pied, qu’on est arrivé ii construire les divers appareils de celle prothèse musculaire physiologique dont la première idée remonte à Delacroix (1) et que Duchenne (de Boulogne) a tant perfectionnée. Nous renvoyons le lecteur qui voudra étudier avec détail les moyens assez compliqués de la prothèse musculaire, à l’intéressant article que Duchenne a inséré sur ce sujet dans son traité de 1 ’ E lect msnt i on localisée.
(1) Dictionnaire des sciences médicales eu 00 volumes, art. Okthopédie.
MALADIES DBS MUSCLES ET DES TENDONS
§11. — Des contractures musculaires.
Nous avons établi qu’il existait deux variétés de contractures musculaires, les unes temporaires, spasmodiques, les autres continues. On a distingué par les noms de contracture et de rétraction ces deux formes morbides. Ainsi la contracture est le raccourcissement spasmodique, aigu et nécessairement momentané de la fibre musculaire, qui, simplement plissée, peut néanmoins revenir immédiatement à sa consistance et à sa longueur normales par la cessation du spasme nerveux: la chorée, l’éclampsie, le tic convulsif de la face, sont des exemples généraux et locaux de cette variété de contracture. La rétraction musculaire, au contraire, est le raccourcissement définitif qui succède à la contracture; elle implique une tendance du muscle à perdre la texture charnue pour passer à l’état fibreux, ce qui explique un certain degré de paralysie et un arrêt de développement des muscles rétractés. Quoiqu’il ne soit pas i besoin de deux mots différents pour désigner des phénomènes du même ordre, nous conserverons l’expression générale de contractures et de rétractions pour désigner plus facilement ces phénomènes morbides.
Nous n’avons pas à étudier ici les contractures spasmodiques , et nous 11e parlerons guère que des contractures permanentes ou rétractions pour lesquelles le chirurgien est le plus souvent consulté.
Étiologie. — Les contractures permanentes tiennent à des causes variées qu il est important de bien apprécier dans le diagnostic de cette lésion. Les unes sont primitives, c’est-à-dire qu’elles tiennent à une lésion primordiale du muscle ou du nerf qui l’anime ; les autres peuvent être considérées comme secondaires à un déplacement des os, à une rétraction du tissu fibreux.
Pendant longtemps on a cru que toutes les rétractions musculaires étaient consécutives à des altérations des parties voisines, os, articulations, etc.; mais lludolphi (1), développant une idée émise d’abord par ocrg (2) et plus tard par Delpech dans sa Chirurgie clinique, a démontré a propos du pied bot, que le déplacement des os, le raccourcissement de < ponevrose plantaire, de quelques muscles et des ligaments, étaient au mn traire des phénomènes consécutifs à des troubles de l’action museu- |n e normale. Jules Guérin (3), dans une série de mémoires intéressants < mieux pénétre encore dans le mécanisme des rétractions musculaires pi inn laves, et expliqué par elles les déviations du rachis et toutes les variétés du pied bot. Il a bien fait connaître l’influence que les maladies
(I) Grundriss der Physiologie, 1821-1828, t II p 519
£ T" *T*"te* ““ ««*»» Marbourg ,S00
(3) Memotre sur l étiologie générale des pieds bols congénitaux is-s __ „
es var'étrs anatomiques du pied bot connénital dans I, ’ ' , cmo‘>c sur
eulaire convulsive, 1839. apports avec la rétraction mus-
UKS10NS UUS TISSUS.
du système nerveux exercent sur la rétraction des muscles, et l’action des muscles rétractés sur la forme et les rapports des os. Ainsi, dans cette doctrine, les déformations osseuses se trouvent subordonnées à l’action fonctionnelle des muscles troublée elle-même par une altération du sys- | tème nerveux cérébro-spinal.
Cela dit, examinons rapidement les différentes causes de rétraction musculaire.
«. Nous placerons en première ligne les altérations du système nerveux . cérébro-spinal. Une série d’observations faites sur des monstres et sur des i fœtus a permis de saisir des corrélations frappantes entre l’étendue, la gravité des altérations nerveuses et le nombre ainsi que la gravité des j lésions musculaires. Or, l’altération du système nerveux étant souvent I intra-utérine, la rétraction musculaire se produit nécessairement alors dans j le sein de la mère, de sorte que l’enfant naît avec une rétraction congé- ) nitale. De même encore, après la naissance, c’est un état particulier des \ centres nerveux qui, parles convulsions qu’il entraîne, produit des contrac- 1 tures, et par suite des rétractions musculaires. La lésion primitive peut j être dans le cerveau, et consister en quelque processus inflammatoire, en 1 un épanchement sanguin, ou bien en un dépôt tuberculeux; elle se trouve | plus rarement dans un nerf ; enfin elle peut tenir à quelque action réflexe. C’est de cette dernière façon qu’on peut expliquer certaines rétractions musculaires permanentes qui se manifestent dans des arthrites très douloureuses. La contracture permanente est le dernier terme de l’affection nerveuse qui lui a donné naissance. Ainsi cette affection qui, à un faible degré, ne détermine qu’une contracture passagère, entraîne à un degré plus intense une contracture qui persiste alors qu’a cessé la convulsion, et qui dépouille les muscles d’une partie de leur contractilité volontaire.
b. Il y a une seconde classe de contractures permanentes qui dépendent d’une altération propre du muscle; c’est là qu’il faut placer les rétractions musculaires dues à une myosite spontanée ou traumatique, à l’action du rhumatisme ou de la syphilis sur les muscles; enfin à une perte de substance du muscle dont la cicatrice peut devenir adhérente à des par* ties voisines.
c. D’autres contractures musculaires résultent du raccourcissement forcé d’un muscle; elles se produisent toutes les fois que les points d’insertion opposés sont définitivement rapprochés. Ainsi quand de fortes brides cicatricielles, une ankylosé, etc., maintiennent le membre dans une flexion forcée et permanente, les fléchisseurs mécaniquement raccourcis subissent à la longue cette rétraction passive; il en sera de même pour des muscles sains situés du même côté que ceux atteints d’une rétraction primitive. Dans tous les cas, les muscles passivement rétractés éprouvent la dégénérescence graisseuse, comme le font ceux qui sont condamnés à l’inaction par une cause physique ou une lésion profonde de l’innervation.
MALADIES DES MUSELES ET DES TENDONS
Les muscles antagonistes de ceux qui sont rétractés se trouvent dans un état de tension continuelle ; ils résistent en vertu de leur tonicité à la force qui tend à les attirer, réagissent comme des ressorts sur les parties auxquelles ils s’insèrent, et produisent ainsi des déplacements et des déformations secondaires qui s’ajoutent aux effets primitifs de la rétraction. Mais ces antagonistes des muscles rétractés perdent leur action et finissent par s’atrophier.
d. On peut encore considérer comme cause de rétraction musculaire l’état de contraction tonique permanente des muscles antagonistes de ceux qui sont paralysés. Tel est l’état des muscles fléchisseurs de la main et des doigts, lorsque les extenseurs ont subi la paralysie saturnine. La section du nerf facial permet aussi d’étudier cette forme de contracture : dès que les muscles animés par le facial ont été paralysés et ne font plus contre-poids à leurs antagonistes, les muscles du côté sain attirent vers eux les parties molles du visage, et la paupière supérieure est fortement attirée en haut par l’élévateur de la paupière.
Anatomie pathologique. — Les muscles rétractés depuis un certain temps changent de couleur et de consistance ; ils prennent l’apparence fibreuse, non pas qu’il y ait une transformation de la fibre musculaire en tissu fibreux, mais parce que l’élément, musculaire se résorbant peu à peu, il ne reste plus que les gaines celluleuses des fibres musculaires. Quoi qu’il en soif, les muscles ainsi modifiés présentent un remarquable amoindrissement de toutes leurs dimensions. Ils sont réduits d’un quart, d’un tiers même de leur volume primitif, ce qui explique l’aspect si grêle des membres dont les muscles sont ainsi altérés.
La rétraction agit avec toute la puissance d’une force lente et continue, et il n’est aucune partie d’un membre qui ne se ressente de ses effets. Les ^ os, surtout ceux d’un petit volume, sont déformés : ainsi dans les rétractions du pied sur la jambe, les os du tarse, par exemple, sont tellement défigurés par leurs nouveaux rapports et les pressions qu’ils subissent, qu’il devient impossible de les reconnaître. Les articulations offrent tous les degrés de la lésion, depuis les simples déplacements jusqu’aux luxations complètes. Les ligaments, qui sont tiraillés, s’allongent et s’amincissent, tandis que ceux dont les points d’insertion sont rapprochés se rétractent.
Symptomatologie. — Il est à peu près impossible de tracer un tableau général des symptômes de la rétraction musculaire ; c’est dans les articles spéciaux où il sera traité du Pied bot, du Torticolis, du Strabisme, etc., que certains de ces symptômes seront mieux étudiés. 11 faut se borner k mentionner seulement ici un changement dans la direction du membre et l’abolition du mouvement dans les muscles rétractés qu’on sent comme une corde roide au-dessous de la peau.
L’arrêt de développement des muscles rétractés semble se lier à leur paralysie, et l’on comprend ainsi comment les difformités dues à la rétraction augmentent par le seul lait des progrès de l’âge, puisque, les muscles
LESIONS DES TISSUS.
malades ne s’accroissant plus alors que les os continuent de le faire, les premiers deviennent de plus en plus courts relativement aux seconds.
Quand on cherche à effacer des contractures inflammatoires ou réflexes, on développe une douleur vive, tandis que les contractures par adhérence, par cicatrice ou par raccourcissement prolongé, ne produisent, lorsqu’elles sont soumises aux mêmes efforts, qu’un sentiment de tension plus ou moins désagréable.
I/anesthésie chloroformique est quelquefois un précieux moyen de séparer les espèces de contractures. Ainsi, celles qui ne dépendent pas d’une lésion musculaire cèdent facilement à la chloroformisation, et l’on peut reconnaître par ce moyen si la courbure d’un membre dépend d’une rétraction musculaire simple ou compliquée d’une rétraction des parties voisines et de l’ankylose d’un membre.
Traitement. — Les rétractions musculaires doivent être traitées différemment, suivant les indications qu’on tire d’une connaissance exacte de leurs causes. Ainsi, les rétractions qui tiennent à quelque lésion du système nerveux cérébro-spinal ne peuvent guère s’améliorer qu’avec la lésion qui leur a donné naissance, et celles qui dépendent de quelque état phlegmasique d’un muscle doivent se modifier avec la phlegmasie qui les a produites. Mais en dehors des renseignements fournis par la cause première de la rétraction, il est deux indications principales prises dans le seul fait de cette rétraction musculaire. 11 faut, d’une part, faire disparaître ou chercher à diminuer l’action des muscles rétractés, de l’autre fortifier les muscles paralysés ou affaiblis contre lesquels, dans quelques cas, luttent des muscles antagonistes assez puissants.
Ün remplit la première indication par une extension progressivement lente, par la chloroformisation , Y électrisation à courants constants, la ténotomie ou la myotomie.
L 'extension lente et progressive s’exécute sur les muscles rétractés à l’aide des appareils à extension dont nous parlerons en traitant des Ankylosés. Cette extension doit être pratiquée avec une douceur extrême, dans la crainte d’amener des tiraillements douloureux, pou favorables à un relâchement des fibres musculaires.
La chloroformisation permet assez souvent de faire disparaître des contractures qui persistent depuis assez longtemps; l’action du chloroforme doit être poussée dans ce cas jusqu’à une résolution complète.
L 'électrisation à courants constants me parait très indiquée dans le cas de contractures permanentes, mais de date peu ancienne. J’ai vu un succès très remarquable de ce moyen sur une contracture du sterno-mastoïdien.
La ténotomie ou la myotomie sont, dans un assez grand nombre de cas, les seuls procédés qui puissent effacer une rétraction musculaire permanente. La section lendineusc ne fait pas seulement disparaître le raccourcissement, mais aussi l’état tonique dans lequel se trouve un muscle rétracté, et, après celte lé no loin ic, le muscle se laisse étendre assez facir
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lement. Cette action se fait aussi remarquer sur la nutrition du muscle qui peut reprendre son volume et sa forme.
foui i emplii la seconde indication et fortifier les muscles paralysés ou affaiblis, on a recours à des moyens très variés, comme les frictions excitantes, les moxas , la gymnastique , la faradisation musculaire.
On ne doit pas attacher une grande importance aux frictions sèches ou avec des liquides irritants, ni aux moxas. La gymnastique peut rendre de véritables services à la condition de ne pas l’appliquer à tout le corps, mais seulement aux muscles malades ; car si l’on obligeait le patient à suivre toutes les manœuvres de la gymnastique générale, on verrait bientôt les groupes de muscles sains se contracter avec énergie et*augmenter proportionnellement les désordres des muscles paralysés.
C est 1 électrisation localisée et à courants interrompus qui doit être employée de préférence, d’après les indications si bien établies par Duchenne (de Boulogne), et que nous avons rappelées dans l’article précédent.
ARTICLE IV