III. — Tumeurs solides
Il convient de les ranger en deux groupes comprenant : le premier les tumeurs solides non ulcérées, le second les tumeurs solides ulcérées.
§ 1". — Tumeurs non ulcérées.
Toutes les tumeurs appartenant à ce groupe présentent, comme caractère commun, une consistance plus ou moins dure, osseuse ou cartilagineuse pour les unes, charnue ou lipomateuse pour les autres; elles se distinguent des tumeurs liquides par l’absence de fluctuation.
Le siège de ces tumeurs (enveloppes scrotales, testicule et épididyme ou cordon), est assez facile à reconnaître, si l’une de ces parties se laisse séparer de la masse. Mais dans certains cas où la production a pris un grand développement, toutes les parties se trouvant confondues, le point de départ et le siège primitif ne peuvent être déterminés.
1° Tumeurs solides du scrotum. — Sauf l’éléphantiasis, dont les symptômes sont si tranchés qu’il est impossible de la confondre avec aucune autre, ces tumeurs sont rares.
On a signalé quelques exemples de fibromes et de lipomes, développés dans l’épaisseur du scrotum, avec les caractères propres à ces tumeurs, dureté dans un cas, mollesse et pseudo-fluctuation dans l’autre.
L’examen des commémoratifs permettra d’éviter facilement l’erreur qui consisterait à prendre pour un fibrome les restes d’un caillot fibrineux ancien et transformé.
Le cancer du scrotum est une ulcération plutôt qu’une tumeur proprement dite.
Enfin les corps étrangers de la tunique vaginale sont très rarement accessibles en clinique; ils coïncident le plus souvent avec une hydrocèle, et, quand par hasard ils existent sans épanchement, on les recon- : naît à leur mobilité.
-° Tumeurs solides du testicule et de l’ épididyme. — Les tumeurs du testicule se distinguent de celles de l’épididyme par la forme de ces
organes et par leur situation réciproque. L’inversion testiculaire pourrait être la causerd’une méprise qu’un examen attentif permettra d’éviter et que l’on ne commet le plus souvent que faute d’avoir songé à la possibilité même de cette anomalie.
Pour établir le diagnostic différentiel des tumeurs dont il s’agit, il convient de les diviser en tumeurs inflammatoires aiguës et chroniques, et en tumeurs non inflammatoires.
A. Tumeurs inflammatoires aiguës. — Ces tumeurs présentent trois variétés : l 'orchite, l’ épididymite etl 'orchi-épididymite; et les causes qui président à leur développement sont elles-mêmes au nombre de trois: les traumatismes à la suite desquels le testicule est seul enflammé, et reste seul affecté pendant toute la durée de la maladie ; les phlegmasies de l'urèthre dans lesquelles l’épididyme est souvent, mais non toujours, le siège unique de la tuméfaction; enfin les maladies générales dans lesquelles l’inflammation atteint à la fois le testicule et l’épididyme.
Les considérations qui précèdent présentent une grande importance pour le diagnostic, et permettent, le siège une fois déterminé, de remonter à la cause.
La maladie, quelle qu’en soit l’origine, se caractérise par les signes ordinaires de l’inflammation aiguë. La coexistence d’une vaginalite aiguë s’observe dans l’immense majorité des cas; et l’orchi-épididymife d’origine uréthrale se complique parfois d’une funiculite ou d’une déférentite.
B. Tumeurs inflammatoires chroniques. — Tantôt le testicule est seul atteint, tantôt c’est l’épididyme, tantôt enfin épi didyme et testicule sont envahis simultanément.
a. Épididymite chronique simple. — Elle est caractérisée par des noyaux d’induration occupant la tête et la queue de l’épididyme. Celle-ci, en se réfléchissant de bas en haut, décrit une anse dont les contours peuvent être suivis nettement, tandis que rien de pareil ne s’observerait ni à 1 état
sain ni dans la tuberculose (Reclus).
b. Orchi-épklidymite ticberculeuse. — Le diagnostic de cette affection repose moins sur les caractères mêmes des nodosités qui occupent le corps, plus fréquemment la tête et la queue de l’épididyme, et des indurations circonscrites que l’on rencontre parfois dans le corps même du testicule, que sur la tuberculose concomitante des organes génito-urinaires, sur l’état général du sujet, sur ses antécédents personnels et de famille, enfin sur les signes actuels d’une tuberculose pulmonaire.
1 Dans les cas où il persisterait des doutes, la marche de la maladie locale, le ramollissement des masses caséeuses, la formation d'un abcès, l’établissement d’une fistule et la nature du pus, établiraient définitivement le diagnostic. ,
c. Testicule syphilitique. — Le sarcocèle syphilitique revêt deux
formes : l’orchite interstitielle et la gomme. .
L’ orchite interstitielle est caractérisée : par la sclérose de l'albuginée
et les saillies hémisphériques qui bombent à sa surface; par l’indolence de la glande et surtout la perte de sa sensibilité spéciale; par la bilatéralité fréquente de la lésion; enfin par la tendance à la rétraction et à
l’atrophie.
L 'orchite gonmeuse suppurée ou non a été longtemps confondue avec la tuberculose du testicule, ce qui s’explique d’autant mieux que Ricord et d’autres syphiliograpbes distingués niaient résolument la suppuration du testicule syphilitique.
Le diagnostic est basé surtout sur les antécédents, sur l’état des organes génito-urinaires, enfin sur les effets du traitement antisyphi-
litique.
C. Tumeurs non inflammatoires. — On peut admettre, au point de vue clinique, deux classes de tumeurs non inflammatoires du testicule: les tumeurs bénignes et les tumeurs malignes, a. Tumeurs bénignes. — Elles ne s’observent que rarement. Ce sont des
fibromes et des enchondromes, qui se présentent dans le testicule avec les mêmes caractères que les tumeurs de semblable nature développées dans les autres régions.
On a cependant signalé quelques cas de généralisation d’enchondromes purs et indépendants de toute production cancéreuse, avec propagation au cordon et aux ganglions.
b. Tumeurs malignes. — Parmi ces tumeurs, la seule qui se distingue par des caractères propres, et qu’il soit possible de diagnostiquer d’une façon à peu près certaine, est le squirrhe.
La tumeur est petite, irrégulière, bosselée, extrêmement dure. Elle est assez souvent le siège de douleurs très intenses, caractère important, et qui permet de différencier la tumeur dont il s’agit de certaines orchites syphilitiques, avec lesquelles elle présente une grande ressemblance.
Entre le sarcome et l’ encéphaloïde , la distinction est impossible.
Une tumeur exclusivement solide pourrait être confondue avec une orchite syphilitique, un fibrome ou un encbondrome; les antécédents dans le premier cas, la consistance spéciale dans les deux autres, enfin la marche toute différente de la lésion dans les cas d’encéphaloïde ou de sarcome suffiront presque toujours pour établir le diagnostic.
Il est beaucoup plus difficile, dans les conditions que nous supposons, parfois même impossible de faire le diagnostic entre une tumeur maligne, encéphaloïde ou sarcome, et une vaginalite chronique simple ou hémorrhagique. La ponction exploratrice reste elle-même impuissante à lever les derniers doutes. Un signe particulier qui n’est pas indiqué par les auteurs et auquel j’accorde une certaine valeur, c’est le développement anormal de l’artère spermatique et la perception beaucoup plus aisée de ses battements dans le cas d’encéphaloïdes ou de sarcome.
Le lymphadénome ne présente pas avec le sarcome et l’encéphaloïde de différence bien tranchée. Sa forme est régulière, sa consistance uniforme; mais le néoplasme épargne souvent l’épididyme, il a une ten-
dance à envahir simultanément ou successivement les deux organes; enfin le malade, outre la tumeur du testicule, offre souvent en un ou plusieurs points du corps d’autres tumeurs lvmphadéniques.
Le myxome pur est très rare et caractérisé par sa forme régulière, sa consistance spéciale et la rapidité extrême de son développement.
c. Les tumeurs solides du cordon sont fort rares et ne nous arrêtero nt pas longtemps.
Les gommes et les tubercules s’accompagnent de lésions analogues du testicule et des voies séminales; les lipomes, les fibromes, les myxomes, les sarcomes et les encéphaloïdes, présentent dans le cordon les caractères ordinaires de ces tumeurs dans les autres régions.