III. — MALADIES DES VÉSICULES SÉMINALES ET DES CONDUITS
ÉJACULATEURS.
La pathologie des vésicules séminales et des conduits éjaculateurs a été singulièrement négligée jusqu’ici, et même passée sous silence dans les traités classiques.
Le mémoire d’Albers, paru en 1833, constitue la première étude d’ens emble sur ce sujet. D’autres travaux ont été publiés depuis cette époque, p armi lesquels nous citerons deux thèses remarquables de Faye, l’article de Rocher dans ('Encyclopédie de Pitha et Billroth, le chapitre de Le Dentu dans son Traité des maladies des voies urinaires, enfin une excellente thèse du docteur Guelliot.
Albers, Ueber die Krankheitein der Semenblaschen ( Journal der Chirurgie vonv. Grcife, 1833, p. 174). — Faye, De vesiculis seminalibus dissertatio, Skienæ, 1840 et 1841. — Humphry, Affections of the vesiculœ séminales (in Holmes, A System of surgery, t. V, 1871). — Rocher, Krankheiten der Samenblasen (in Pitha et Dillrotii, Handbuch der allgemeinen und speciellen Chir., t. 111, p. 403). — Le Dentu, Traité des mal. des voies urinaires, t. II. — Guelliot, Des vésicules séminales, Thèse de Paris, 1859.
ARTICLE PREMIER
LÉSIONS TRAUMATIQUES DES VÉSICULES SÉMINALES ET DES CONDUITS ÉJACULATEURS.
Les lésions traumatiques des vésicules séminales sont extrêmement rares en raison de la situation profonde qu’elles occupent dans le bassin.
Cependant un instrument piquant ou contondant introduit par l’abdomen ou le périnée pourrait les atteindre. Demarquay a diagnostiqué u ne blessure de la vésicule, dans un cas de plaie par arme à feu où la balle perfora à la lois le rectum et la vessie. Il se produisit un gonflement du testicule que l’on attribua à une lésion de la vésicule et du canal déférent correspondant.
Ce cas est douteux. Le seul authentique avec autopsie à l’appui a été mentionné par Velpeau : l’ischion brisé avait déchiré la vésicule séminale correspondante.
Beaucoup plus fréquentes sont les plaies chirurgicales résultant de la maladresse de 1 opérateur. En pareil cas, les canaux éjaculateurs sont le plus souvent sectionnés soit seuls, soit en même temps que les vésicules.
La section des brides du col, la ponclion périnéale de la vessie, la ponction par le rectum et les divers procédés de taille périnéale, ont été plusieurs fois suivis d’accidents de ce genre.
La blessure est presque infaillible dans le grand et le petit appareil ; elle est plus rare dans la taille latéralisée ou bilatérale; elle est fréquente encore dans la taille recto-vésicale de Sanson.
La blessure des éjaculateurs et des vésicules séminales s’annonce par des inflammations du testicule correspondant, se répétant à intervalles plus ou moins rapprochés, et pouvant aboutir à l’atrophie de la glande.
Dans certains cas, l’accident a laissé à sa suite une ou plusieurs fistules, constituant une voie anormale, par laquelle on a vu le sperme s’écouler au moment de l’éjaculation. Parfois aussi, par suite de déviation cicatricielle des conduits excréteurs, il y a reflux du sperme dans la vessie.
Il paraît, cependant, que les éjaculateurs sectionnés pourraient se réunir bout à bout. Guillabert, cité par Guelliot, en aurait observé un exemple au musée de Montpellier.
Quoi qu’il en soit, la stérilité est une conséquence à peu près constante de la section des deux éjaculateurs.
LÉSIONS VITALES ET ORGANIQUES DES VÉSICULES SÉMINALES ET DES CONDUITS ÉJACULATEURS.
1° Inflammation (spermatocystite; vésiculite).
Nous étudierons successivement l’inflammation aiguë et l’inflammation chronique.
Naumann, Handbuch der medicinischen Klinïk. Berlin, 1837 . — E. Rapin, De
i inflammation des vésicules séminales et des canaux éjaculateurs, Thèse de
Strasbourg, 1859.
A. Spermatocystite aiguë. — On a parlé d’inflammation aiguë des vésicules succédant à un traumatisme, à des excès de masturbation ou de coït; en réalité cette affection est presque toujours, sinon toujours, d’origine blennorrhagique ; et de même que pour l’épididyme, elle résulte de la propagation directe de l’inflammation de l’urèthre à la vésicule.
Symptomatologie. — Un des symptômes principaux est la douleur rapportée lantôL au périnée, tantôt et plus souvent aux aines, à la partie inférieure de l’abdomen, ce qui s’explique par la participation probable du canal déférent à. la phlegmasie.
On a noté également des douleurs très vives dans la région lombaire ou au voisinage de la hanche ( névralgie iléo-lombaire).
Le coït exaspère la douleur, la défécation et la miction la réveillent
MALADIES DES ORGANES GÉNITAUX DE l’üOMME. 415
d’autant plus .que ces deux fonctions ne s’accomplissent plus normalement. La constipation est opiniâtre; dans l’intervalle des selles, le malade accuse une sensation de lourdeur du côté de l’extrémité inférieure du rectum. Les envies d’uriner acquièrent une fréquence extrême, et la miction est parfois douloureuse au point d’arracher des cris (Reliquet).
Des troubles non moins remarquables s’observent du côté de l’excrétion et de la sécrétion du sperme. Les malades sont pris d’éjaculations spontanées, le plus souvent douloureuses et parfois sanguinolentes.
L 'hémospermie s’accompagnant de douleur est considérée par Guelliot comme un symptôme presque pathognomonique de la spermatocystite aiguë. Parfois le sang est presque pur; le plus souvent il est mélangé au sperme, et lui communique une coloration brune, rouillée, café au lait.
Les symptômes que nous venons d’énumérer présentent sans doute de l’importance; mais le toucher rectal est indispensable pour établir le diagnostic.
On constate alors que la prostate tuméfiée ou non est douloureuse dans toute son étendue, plus souvent dans une de ses moitiés. De ce côté, la corne prostatique est prolongée par une saillie allongée, dirigée en arrière et un peu en dehors, plus ou moins accusée, donnant au doigt la sensation d’un cylindre de 5 ou G millimètres de diamètre, mais surtout très sensible à la pression.
Les symptômes généraux sont à peu près nuis.
La terminaison habituelle est la résolution. Les douleurs spontanées s’apaisent graduellement ainsi que les douleurs provoquées, et le liquide d’éjaculation se décolore peu à peu pour reprendre bientôt son aspect normal.
La terminaison par suppuration a été également observée. Elle serait même, d’après Guelliot, beaucoup plus fréquente qu’on ne le suppose généralement, puisque le sperme des individus atteints de blennorrhagie contient des globules purulents; puisque d’autre part, dans toutes les autopsies de blennorrhagiques, du pus a été trouvé dans les vésicules. Parfois la quantité de ce liquide devenant plus considérable, il se fait un véritable abcès qui a de la tendance à s’ouvrir dans le rectum. Guelliot cite un fait de ce genre, observé par Gock, dans lequel l’abcès ainsi formé fut incisé parle chirurgien.
La péritonite est une autre terminaison, ou plutôt une complication de la spermatocystite aiguë, qui n’est pas très rare, et dont la contiguïté de la séreuse et de la vésicule rend parfaitement compte.
Tantôt la péritonite reste limitée et le malade guérit (un cas de Gosselin); tantôt elle se généralise et le malade succombe (deux faits de Ricord, un de Peter). Tantôt la phlegmasie se propage de proche en proche; tantôt il s’agit d’une véritable péritonite par perforation, la vésicule séminale remplie de pus s’étant ouverte dans le cul-de-sac vésico-rectal.
D’autres fois, ce n’est plus la séreuse, mais le tissu cellulaire souspéritonéal qui participe à l’inflammation, d’où la formation d’un phlegmon sous-péritonéal iliaque ou prôvésical. Faucon (1) et Iteliquet ont appelé l’attention sur cette complication, dont ils ont chacun rapporté une observation.
Comme dernière complication de la spermatocystite aiguë, Guelliot signale l 'infection purulente; et il en rapporte deux exemples : l’un de Beer, dans lequel les lésions étaient très complexes; l’autre de Purser (de Dublin), dans lequel l’auteur explique l’infection par une véritable pullulation de micrococci.
Quelques rares autopsies, une de Guelliot en particulier, ont montré :
1° Des altérations superficielles de la muqueuse de la vésicule, du canal déférent et des conduits éjaculateurs : rougeur, gonflement, desquamation; et des altérations du contenu : sang, épithélium, pus;
2° Des lésions inflammatoires extérieures aux canaux atteints : ‘périvésiculite et péridéfêrentite.
Traitement. — En raison des accidents graves qui peuvent survenir, on instituera de bonne heure un traitement antiphlogistique énergique : sangsues au périnée, lavements émollients, bains, cataplasmes, narcotiques.
Si la suppuration s’établit, on lui donnera issue au moyen d’une incision pratiquée du côté du rectum.
B. Spermatocystite chronique. —.Les altérations des vésicules séminales imputables à l’inflammation chronique ont été souvent observées.
Étiologie. — Parmi les causes de la spermatocystite chronique, l’une des plus fréquentes est l’uréthrite chronique.
Dans d’autres cas, la maladie succède à une rétention d’urine occasionnée par un rétrécissement de l’urèthre ou une hypertrophie delà prostate. 11 se produit alors une dilatation plus ou moins accusée de la portion profonde de l’urèthre, qui se complique parfois de dilatation des canaux éjaculateurs, ainsi que Brémond et Civiale en ont rapporté des exemples; en même temps qu’une stagnation de l’urine, et une irritation de l’urèthre qui se communique aux vésicules.
Les calculs de la vessie et de la prostate, les néoplasmes, les tubercules, en particulier, peuvent également aboutir à des lésions des vésicules que l’on doit rapportera l’inflammation chronique.
Anatomie pathologique. — Le liquide contenu peut être tout à fait purulent; il est le plus souvent muqueux et mélangé d’une quantité variable de pus. On y rencontre parfois des gouttelettes graisseuses en abondance, mais les spermatozoïdes y font absolument défaut.
Les vésicules sont plus ou moins dilatées, et leurs parois hypertrophiées. Cette hypertrophie a été notée par mon père chez sepi vieillards,
(1) De la péritonite et du phlegmon sous-péritonéal d'origine blennorrhagiquê ( Arch • gén. de méd., 1877, t. 11, p. 385).
dont quatre avaient eu de la cystite chronique, et un, des fistules urinaires.
Les parois, dont l’épaisseur peut atteindre jusqu’à deux et trois millimètres, présentent, en outre, une induration plus ou moins accusée, qualifiée de squirrheuse par les anciens anatomo-pathologistes; et il n’est pas rare de voir des dépôts calcaires se former à leur intérieur (ossification). Clément (1) a vu les vésicules séminales complètement ossifiées, de la forme et du volume d’un noyau d’olive, d’un blanc de glace.
On rencontre également à l’intérieur des vésicules, des cloisonnements incomplets et des brides; quelquefois même une oblitération partielle des canaux déférents au voisinage de la vésicule.
En même temps le tissu cellulaire qui entoure le col de la vessie, la prostate, les vésicules séminales et les déférents, devient le siège d’une inflammation chronique et d'une sclérose qui rend parfois presque impossible la dissection des organes du petit bassin.
Une dernière conséquence de la spermatocystite chronique est la dilatation variqueuse des veines environnantes ( varices des vésicules ), d’abord décrite par Faye, avec formation de caillots s’incrustant facilement de sels calcaires. Cette lésion, que l’on rencontre chez un grand nombre de vieillards, me paraît devoir être mise plutôt sur le compte de l’âge.
Symptomatologie. — Les signes de la spermatocystite chronique sont très obscurs.
Les troubles de la miction et delà défécation, notés dans la plupart des observations, sont plutôt le fait d’une lésion concomitante de l’urèthre ou de la prostate.
La spermatorrhée n’est que rarement symptomatique d’une lésion des vésicules; mais l’hémospermie s’observe dans la forme chronique aussi bien que dans la forme aiguë de l’affection ; elle s’y produit avec les mêmes caractères de coloration, elle y est seulement moins douloureuse.
Le toucher rectal permet de reconnaître dans certains cas, soit la sensibilité anormale des vésicules, soit leur hypertrophie et leur induration.
Il est cependant un signe auquel il faudrait, suivant Guelliot, attribuer une grande valeur, c est la répétition fréquente et sans cause
S connue d orchites ou d épididymites présentant à peu près les caractères de celles qui compliquent la blennorrhagie (orchi-épididy mites à répétition ).
Enfin 1 inflammation peut se propager aux tissus voisins, et provoquer ainsi le développement d’un phlegmon pelvien, allant s’ouvrir à la ; marge de 1 anus. L’existence de fistules anales symptomatiques de
(1) Thèse de Montpellier, 1830, n° 5G.
vu. — 37
speimatocystite et de phlegmons subaigus périvésiculaires a été, avec raison selon moi, admise par le professeur Gosselin.
Le traitement esL le même que pour la forme aiguë. On évitera toute irritation de l’urèthre, et on observera un repos génésique absolu.
2° Concrétions et calculs. — Coliques spermatiques.
Sous le nom de calculs des vésicules séminales, les auteurs ont décrit : d’une part, des amas de matières organiques ne renfermant que de proportions insignifiantes d’éléments minéraux; d autre part, de véritables amas calcaires. Les premiers seront étudiés sous le nom de concrétions (Guelliot).
A. Concrétions. — Les unes sont formées par des amas d e sympexions ; les autres sont constituées presque exclusivement par du mucus.
A l’état normal, le liquide des vésicules renferme de ces corps azotés que Robin a appelés sympexions , dont les dimensions et la quantité 'arient avec l’âge ou l’activité des fonctions génitales.
Sous l’influence de causes encore inconnues, ces corps peuvent devenir assez nombreux et volumineux pour gêner l’excrétion spermatique. Ils s’agglomèrent et forment de petites masses polyédriques à anges mousses, mesurant un, deux, trois millimètres de diamètie.
Reliquet (1), qui a le premier bien étudié ces faits, a trouve chez un supplicié de vingt-cinq ans, une oblitération de l’éjaculaleur gauche et de nombreux sympexions dans la vésicule correspondante.
Dans un autre cas observé par le même auteur, le malade a\ai éprouvé des coliques spermatiques , provoquées par des amas de sympexions engagés dans l’éjaculateur gauche. Ces masses organiques sont solubles dans l’acide acétique, caractère qui les diflerencie des concrétions muqueuses. ™
Ces dernières, qui peuvent acquérir un volume assez consideiab e
sont pas exclusivement constituées par de la mucine; il entre dans leur composition : des sympexions, des granulations pigmentaires, des traces de sels calcaires, et parfois des spermatozoïdes en très grande abondance, constituant la majeure partie de la masse (un cas de Reh-
qUgl ColcttTs! — Dans un fait de Collard, les calculs étaient au nombre de sept irréguliers, formant des polyèdres pyramidaux tronqués, bruns inodores demi-transparents, fragiles, à cassure fibreuse, diminuant de volume par la dessiccation, se dissolvant dans la potasse causüque, contenant un peu de chlorhydrate et de sulfate de potasse et de chaux, ui “eï aCnine, .1 une forte proportion d’un mucus d’une nafure
particulière.
(1) Bull, de l 'Acad, de mêd.. 1874 el 1878, cl Gaz. des hôpitaux, 1879.
maladies des organes génitaux de l’homme. 41 y
Il a été rapporté quelques autres faits de calculs formés de matières organiques mélangées avec une certaine quantité de substances minérales.
Les vrais calculs, dont il existe également quelques exemples, sont formés presque exclusivement de phosphate de chaux, avec une très petite proportion de carbonate de chaux et de matière animale. Leur composition présente une analogie parfaite avec celle des calculs piostatiques.
Étiologie. Une seule donnée semble ressortir de la lecture des
observations, c’est que les concrétions et les calculs des vésicules ne s’observent que chez les individus dont les fonctions génésiques sont ralenties ou abolies. Ce sont tantôt des hommes arrivés à la période critique, tantôt des vieillards, tantôt enfin des sujets épuisés par une longue maladie ( phthisiques ).
Chez les deux ou trois sujets qui font exception, il se pourrait qu’il y ait eu, pour une cause quelconque, rétention prolongée du sperme. Dans ces conditions, les éléments liquides du sperme se résorbent, les éléments solides s'agglutinent et deviennent le centre d’une concrétion calculeuse.
Peut-être, comme le pense Eeliquet, l’inflammation joue-t-elle un rôle, en modifiant les liquides de sécrétion, en provoquant une sécrétion exagérée de mucus et la formation de sympexions.
Symptomatologie. — Reliquet a proposé le terme de coliques spermatiques pour désigner les douleurs spéciales produites par l’obstruction d’un conduit éjaculateur.
A la fin du coït, le malade ressent dans les parties profondes du canal une douleur extrêmement vive, s’étendant parfois de l’anus à l’extrémité du gland. Cette douleur peut même apparaître en dehors de tout rapprochement sexuel, et être déterminée par une simple érection.
L’éjaculation ne se fait pas, et contrairement à ce qui se passe dans certains cas d’aspermatisme, le sperme ne se retrouve pas dans les urines. Fait singulier, signalé par Reliquet, le défaut d’éjaculation existe alors même qu’un seul éjaculateur est obstrué, soit par suite d’une action I réflexe résultant de la douleur, soit plutôt parce que les deux éjaculateurs étant accolés dans l’inlundibulum prostatique, les masses qui obstruent l’un d’eux compriment également l’autre.
Les troubles de la miction sont presque constants. Le malade éprouve des envies fréquentes et impérieuses d’uriner; il ressent des douleurs pendant et après la miction ; parfois il y a hématurie. La défécation peut elle-même être douloureuse.
Enfin l’un des malades de Reliquet ressentait dans la station assise des douleurs lancinantes à l’extrémité de la verge, et ne pouvait conserver longtemps la môme position.
Par le toucher rectal, on reconnaît qu’un des lobes de la prostate présente une bosselure qui se prolonge en haut dans la direction de la vési-
Cille; dans d’autres cas, on sent, au milieu du sillon médian, une petite masse donnant la sensation d’une grosse lentille, bien délimitée et peu douloureuse à la pression. Au-dessus la vésicule est distendue par le sperme.
Le cathétérisme, combiné avec le Loucher, permet encore plus facilement de reconnaître la présence du corps étranger, que l’on peut quelquefois écraser entre le doigt et la sonde, et dont on provoque ainsi l’expulsion.
La colique spermatique n’a encore été observée que dans les cas de concrétions; peut-être pourrait-elle se produire aussi dans les cas de calculs vrais.
Le diagnostic est assez facile lorsque apparaissent les signes de la colique spermatique. En leur absence, ce qui a lieu pour les calculs,
le diagnostic est à peu près impossible.
Traitement. — Les crises douloureuses seront calmées par les bains, les lavements, les suppositoires et l’opium administré à 1 intérieur.
On s’efforcera ensuite de désobstruer les éjaculateurs et de rétablir le cours du sperme. Des pressions modérées seront exercées avec le doigt introduit dans le rectum, en même temps qu’une sonde aura été poussée dans l'urèthre.
Dans un cas de Reliquet, l’introduction d’un brise-pierre, dans le but de rechercher un calcul, suffit pour désobstruer le canal éjaculateur.
3“ Tuberculose des vésicules séminales.
Nous laisserons de côté tout ce qui concerne la tuberculose des organes génito-urinaires, l’envahissement des vésicules pouvant être regardé comme un épiphénomène. En effet, dans aucun cas, les vésicules n’ont été atteintes les premières ou atteintes isolément. Nous indiquerons donc seulement les particularités propres soit à l’anatomie pathologique, soit à la symptomatologie et au diagnostic de la tuberculose des vésicules. , ,,, ,
Anatomie pathologique. - La granulation tuberculeuse n a ete obsei-
vée qu’une fois par Guelliot. Elle se développe dans la muqueuse, soit immédiatement au-dessous de l’épithélium, soit plus profondément; et sa structure est la même que partout ailleurs. Plus tard, les tubercules voisins se réunissent et forment de petites masses, du volume d’une tête
d’épingle ou d’une lentille. ...
L’infiltration caséeuse est la seule forme décrite par les auteur,. Tantôt alors la matière tuberculeuse occupe isolément les alvéoles; tantôt la vésicule est complètement remplie et transformée en une poche à cavité
U Dant'le premier cas, l’organe est bosselé, irrégulier el comparable à, une masse de circonvolutions congelées (Verneuil). A la coupe ,1 montre des foyers caséeux, séparés par des parois plus ou moins épaisses.
Dans le second cas, qui représente un degré plus avancé, la vésicule lisse, distendue, forme une pyramide triangulaire, à bords mousses, dont la base répond à la prostate. En dedans, elle adhère à l’ampoule du déférent remplie elle-même de matière caséeuse (fig. 83). L’induration du tissu cellulaire périphérique la fait adhérer aux parties voisines et particulièrement à l’aponévrose prostato-péritonéale. A la coupe on ne trouve plus qu’une cavité unique, dont la paroi est mince, résistante, fibreuse.
La muqueuse, qui est la première atteinte, est aussi la première à se détruire. Il se produit une ulcération dont le fond répond aux couches profondes de la muqueuse, ou même à la musculeuse. Celle-ci est envahie et détruite à son tour, et il ne reste plus que la membrane fibreuse qui s’épaissit au point d’atteindre un millimètre et davantage, et oppose une barrière à l’envahissement tuberculeux.
Ce processus explique la rareté des fistules vésiculaires d’origine tuberculeuse. On cite quelques cas exceptionnels de communication des vésicules avec le rectum ou la vessie, avec une caverne prostatique, avec l’extérieur. Ce processus rend également compte de la possibilité, de la fréquence même de la guérison, qui d’après Guelliot, aurait lieu par transformation fibreuse des vésicules qu’on trouve alors sous forme d’une petite masse dure, criant sous le scalpel, sans aucune trace de cavité.
Symptomatologie. — Laissant de côté les signes de la tuberculose en général, et même ceux de la tuberculose des voies urinaires (hématuries, troubles de la miction), ou des organes génitaux (lésions du testicule et de l’épididyme), nous indique- 10ns seulement les symptômes propres à la tuberculose des vésicules.
Les Doubles des fonctions génésiques nous occuperont tout d’abord. Le début est parfois marqué par des phénomènes d’excitation génitale: pollutions, érections fréquentes, éjaculations rapides. Dans d’autres cas éréthisme existe, mais IVjaculation fait défaut, ou bien l’éjaculation est sanguinolente, il y b. hémospermie. Au début également, la fécondité
n est pas abolie, malgré la présence de tubercules dans les vésicules séminales.
Plus lard, à mesure
Fie. 83. — Tuberculose des vésicules sdmi nales, des conduits éjacuiateurs et de la prostate.
que l’envahissement fait des progrès, les désirs
disparaissent, il n’y a plus ni érections, ni éjaculations; le malade est à la fois stérile et impuissant.
Les signes fournis par le toucher rectal présentent une bien autre importance. Le doigt introduit dans le rectum rencontre tout d’abord la prostate augmentée de volume, dure, irrégulièrement bosselée; et au-dessus le col de la vésicule devenu perceptible, arrondi, dur, donnant la sensation d’un petit cylindre, qui se perd en bas dans la prostate, et qui le plus souvent se continue en haut avec une masse plus volumineuse, car la lésion semble marcher du col vers le corps de la vésicule.
Lorsque le corps est pris, les vésicules présentent deux aspects bien différents et qui répondent aux deux états anatomiques décrits plus haut : elles peuvent être dures, bosselées, inégales ; beaucoup plus souvent, d’après Guelliot, qui sur ce point est en contradiction avec le plus grand nombre des auteurs, elles apparaissent sous forme d’une masse pyramidale, volumineuse, soulevant la paroi rectale, lisse, unie, peu consistante, donnant au doigt la sensation d’un kyste sébacé, d’une poche injectée au suif ou remplie de mastic. Plus tard la masse se ramollit et devient nettement fluctuante.
La maladie peut alors se terminer de diverses manières : tantôt les produits tuberculeux, envahissant les organes voisins, s’évacuent du côté de l’urèthre, de la vessie, du rectum, ou à l’extérieur, et le malade succombe aux progrès de la phthisie génito-urinaire, ou à l’aggravation des lésions pulmonaires; tantôt, comme on l’a vu dans l’anatomie pathologique, les lésions se limitent par induration des parties périphériques et de la tunique fibreuse des vésicules, les produits caséeux s’éliminent ou se résorbent, et la guérison est assurée.
Mais dans ce cas, les vésicules ne reprennent jamais leur aspect normal; elles restent atrophiées, fibreuses, ou même disparaissent en tant que cavité. Le doigt ne les sent plus, ou perçoit seulement comme de petites masses dures et noueuses.
Dans ces conditions, la guérison n’est, donc obtenue qu au prix de l’abolition des fonctions génésiques.
Le pronostic et le traitement n’offrent rien de particulier. Peut-être y aurait-il lieu d’intervenir chirurgicalement dans certains cas d abcès tuberculeux des vésicules, comme on le fait parfois pour des abcès tuberculeux de la prostate.
4° Kystes. — Ectasies des vésicules séminales.
On connaît de nombreux exemples de kystes simples ou bydatiques développés entre la vessie et le rectum (1); mais aucun fait ne prouve
(I) Englisli, Med. Jahrbücher v. Stricker, Wicn, 1875, p. 127. — Charcot, Gai. medicale, 1852.
que de semblables kystes puissent se former aux dépens des vésicules. Deux exemples, publiés par Smith (de Baltimore) et par Ralfe (1), sont tout à fait contestables.
Il n’en est plus de môme de l 'ectasie des vésicules séminales. Dans la spermatocystite chronique, la dilatation est parfois considérable, les plis de la surface interne tendant à disparaître.
Suivant Klebs, l’oblitération de l’éjaculateur pourrait produire une ectasie de la vésicule correspondante.
Des exemples remarquables de cette dilatation ont été observés sur des chevaux. Chez l’homme, l’ectasie peut survenir sans oblitération de l’éjaculateur, probablement à la suite d’une inflammation chronique.
Dans un fait rapporté par English, il s’agit d’un kyste volumineux formé aux dépens des vésicules étalées en éventail, passant derrière les déférents et venant s’accoler sans communiquer ensemble.
Dans d’autres cas, il y a une véritable dégénérescence kystique, produite, d’après Guelliot, par dilatation isolée des alvéoles et oblitération de leur ouverture dans la cavité centrale, et qui paraît être également le résultat d’une inflammation antérieure.
Un exemple de cette lésion a été observé par Maisonneuve : les deux vésicules, très développées, présentaient un grand nombre de petites tumeurs arrondies, transparentes, dures, le plus grand nombre du volume d’un pois, quelques-unes plus grosses, les autres moins; elles étaient séparées les unes des autres par un tissu cellulaire lâche. Le contenu était visqueux, transparent, légèrement jaunâtre. Un cas à peu près semblable a été cité par Rocher.
D’autres fois, il n’existe qu’une cavité produite par la dilatation d’une seule alvéole dont les parois se sont hypertrophiées en même temps qu’elles se sont le plus souvent infiltrées de sels calcaires. Guelliot en a vu deux cas, et on en trouve trois autres dans le mémoire de mon père.
Ces petits kystes renferment un liquide épais, gélatineux, muqueux et parfois un peu de sang.
Nous n’avons rien à dire ni de la symptomatologie ni du traitement de ces variétés d’ectasies des vésicules séminales.
5° Cancer des vésicules séminales.
Dans 1 immense majorité des cas, sinon toujours, les vésicules sont envahies secondairement. Les observations recueillies par Guelliot sont au nombre de treize :
Un cas d Albers, dans lequel le cancer de la vésicule succéda à un cancer du testicule; la castration avait été pratiquée peu de temps auparavant ;
(1) Thèse de Guelliot.
Un cas de Chopart, où le rectum paraît avoir été le point de départ du cancer. Cependant on voit assez souvent les vésicules rester indemnes au milieu d’une tumeur cancéreuse du rectum;
Trois cas de cancer de la vessie propagé aux vésicules (deux de Fleming, un de Iîeath) ;
Enfin, huit cas dans lesquels le cancer avait débuté dans la prostate.
Contrairement à l’opinion des auteurs, Guelliot pense que le cancer peut se développer primitivement dans les vésicules; et il appuie cette opinion sur une observation unique, rapportée par Méricamp : Cancer du foie et du péritoine. Noyau cancéreux dans le poumon. Dégénérescence squirrheuse complète delà vésicule séminale gauche qui a 8 centimètres de longueur, 2 centimètres et demi d’épaisseur à sa base, qui est bosselée, dure, sans cavité distincte.
Méricamp et Guelliot sont d’avis que le cancer de la vésicule a été la lésion primitive, et que les altérations du péritoine, du foie et môme du poumon se sont produites secondairement. Mais cette interprétation me paraît plus que contestable.
La symptomatologie est encore très obscure. Le prolongement de l'induration de la prostate sur le trajet des vésicules a pu faire soupçonner parfois l’envahissement de ces dernières.
Quant aux troubles fonctionnels, ils se confondent avec ceux du cancer de la prostate ou de la vessie.
6° Fistules spermatiques.
Sous ce nom, on doit entendre tout trajet anormal partant des réservoirs du sperme (ampoules des déférents, vésicules, conduits éjaculateurs) et livrant passage au sperme (Guelliot). Parmi ces fistules, les unes sont traumatiques , les autres pathologiques.
11 existe quelques rares exemples de fistules traumatiques. Elles peuvent se produire à la suite de la taille, et surtout de la taille recto-vésicale. Sanson et Simonin (de Nancy) en ont rapporté chacun une observation.
Les fistules pathologiques sont encore plus rares. Le seul cas bien authentique a été observé par Lallemand : prostatite suppurée ouverte dans le rectum; passage du sperme par cette voie à chaque pollution; guérison spontanée au bout de deux mois.
Le diagnostic, relativement au point de départ exact de la fistule (déférents, vésicules ou éjaculateurs), est le plus souvent très difficile. Souvent même il serait peu aisé de déterminer si le sperme ne vient pas de l’urèthre.
Il n’existait dans la littérature médicale aucun livre didactique traitant de l’ensemble des maladies du pénis, lorsque l’ouvrage de Demarquay (1) parut en 1877. Nous aurons assez souvent l’occasion de le citer.
ARTICLE PREMIER