LÉSIONS VITALES ET ORGANIQUES
1° Inflammations. — Angioleucite. — Phlegmon diffus.
A. Les plaies des doigts ou de la main s’accompagnent fréquemment d’angioleucite, qui ne tarde pas à s’étendre à tout le membre supérieur. L’inflammation peut gagner l’avant-bras, le bras jusqu’à la racine du membre, envahir les ganglions de l’aisselle et donner lieu à des abcès, et parfois à des phlegmons diffus. Les causes les plus ordinaires de l’angioleucite du membre supérieur sont, avons-nous dit, les piqûres des doigts et de la main; mais ce sont surtout les blessures faites par des instruments chargés de principes septiques qui donnent lieu le plus sûrement à ces angioleucites : telles sont en particulier les blessures produites dans le cours des autopsies.
Le début est tantôt brusque, après douze, vingt-quatre heures; tantôt, au contraire, plus ou moins tardif et insidieux.
L’anatomie pathologique et la symptomatologie de l’angioleucite ont
été étudiées ailleurs et n’offrent rien de spécial. On observe au bras les formes réticulaire et tronculaire, superficielle ou profonde.
La maladie se caractérise par l’apparition de plaques ou de traînées rouges, douloureuses à la pression, correspondant au trajet des lymphatiques superficiels.
Au début, le malade se plaint de cuisson au niveau des traînées inflammatoires, les ganglions [axillaires sont augmentés de volume et sensibles à la pression. La lièvre est forte et s’accompagne de vomissements et de céphalalgie intense.
Suivant Dolbeau, la marche de l’angioleucite au membre supérieur ne serait pas toujours centripète. On pourrait voir une lymphangite, née au niveau d’une plaie de l’avant-bras, s’étendre vers l’extrémité inférieure du membre.
La terminaison varie suivant la forme de la maladie. Tandis que la lymphangite réticulaire se termine presque toujours par résolution, la lymphangite tronculaire suppure souvent, donne lieu à des abcès de l’aisselle ou de la face interne du bras, soit au niveau du ganglion susépithrochléen, soit le long des vaisseaux lymphatiques, si nombreux en ce point.
Le pronostic est entièrement lié à la cause de l’angioleucite. Les lymphangites septiques, qui revêtent souvent la forme suppurative et même gangreneuse, se terminent très fréquemment par la mort.
Quant au traitement, il ne diffère pas de celui des affections de ce genre en général; toutefois nous devons signaler les excellents résultats qui ont été obtenus par l’emploi des bains antiseptiques prolongés et nous ne saurions trop engager les chirurgiens à avoir recours à ce mode de traitement.
B. Les phlegmons diffus du membre supérieur n’offrent rien de particulier à signaler. Ils reconnaissent pour causes ordinaires : une piqûre de la main, un panaris, un durillon forcé, etc., et présentent les mêmes caractères que les phlegmons de cette région; aussi renvoyons-nous le lecteur au chapitre précédent, concernant les inflammations diffuses de la main.
2° Anévrysme cirsoïde.
Cette affection, qui a été décrite ailleurs d’une manière générale,
| est assez fréquente à la main, et souvent sans qu’on puisse en découvrir la cause. Parfois elle est consécutive à un traumatisme, coup de pierre (Demarquay), morsure de chien (Krause), ou bien on la voit se développer au niveau d’une tache congénitale de la peau, d’un naevus.
La maladie suit une évolution variable; elle peut mettre sept, dix, vingt, trente-six ans à se développer, sans causer une gêne considérable aux sujets qui en sont atteints.
L’anévrysme cirsoïde siège en général à la face palmaire de la main. Elle est bosselée, de consistance molle, réductible. Elle est le siège de
battements isochrones au pouls, et son volume diminue si Ton vient à mettre obstacle à la circulation artérielle de l’avant-bras; au contraire elle devient turgescente si l’on s’oppose au cours du sang dans les veines. L’auscultation fait entendre à son niveau un bruit de souffle tantôt doux et continu, tantôt fort et saccadé.
De plus, les doigts au niveau desquels la tumeur s’est développée sont le siège d une hypertrophie, due à leur nutrition exagérée par suite de la dilatation des artères.
Le segment atteint présente une température locale plus élevée que le segment correspondant du membre opposé.
L’affection suit une marche progressive; la tumeur augmente de volume; il peut survenir des inflammations dans les parties voisines; la peau peut s’ulcérer, enfin les malades sont exposés à des hémorrhagies graves et fréquentes.
D’après tous les caractères que nous venons d’indiquer, on comprendra que le diagnostic de ces tumeurs est toujours facile. Le pronostic en est très grave; sur douze cas relevés par Polaillon, on n’a obtenu que trois guérisons.
Quatre méthodes de traitement ont été employées :
1° La section et la ligature de toutes les branches artérielles qui amènent le sang à la tumeur (Lawrence) ;
2° La ligature des troncs principaux du membre supérieur;
3° h' ablation à l’aide du bistouri (J. Eussel);
4° Les injections répétées de perchlorure de fer à l’aide de la seringue de Pravaz.
Nous renvoyons à l’article général sur l’anévrysme cirsoïde pour l’appréciation de ces diverses méthodes. Nous nous bornerons à rappeler que les chirurgiens semblent s’accorder pour donner la préférence aux méthodes mixtes, consistant à combiner la ligature avec les injections coagulantes ou les divers procédés de destruction de la fumeur.
3° Varices.
Les varices du membre supérieur sont extrêmement rares; c’est à peine si on en trouve treize cas dans la science. Le plus souvent (huit fois sur treize) l’affection est congénitale.
La dilatation des veines peut n’intéresser que les vaisseaux de la main ou de l’avant-bras; d’autres fois, au contraire, elle envahit tout le membre et même les parties voisines, comme chez un malade présenté par Bousquet à la Société de chirurgie (1) et chez lequel les varices se prolongeaient en arrière de l’omoplate.
Le pronostic de cette affection n’est pas grave, toutefois elle constitue une infirmité extrêmement gênante.
(1) üull de la Soc. de chirurgie, 1885.
Le traitement consiste à exercer une compression h l’aide d un brassard en tissu élastique. Baïardi et Verneuil auraient obtenu de bons effets des injections de chloral, mais ces heureux résultats n’ont été que passagers et l’infirmité a subsisté.