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aux parties molles, tantôt la continue jusque sur les os. Les pathologistes distinguent ces plaies du tissu osseux des fractures, où les libres de l’os 1 sont rompues par un mécanisme différent. On peut conserver cette division, cependant nous ne parlerons des plaies des os qu’en traitant dos fractures, et le présent article sera seulement destiné aux solutions de continuité des parties molles.
Historique. — La connaissance et le traitement des plaies remontent aux premiers âges du monde. Les poètes de l’antiquité, avant les médecins, nous parlent de ceux qui guérissaient les plaies avec des simples, comme ce fameux centaure Chiron, qui apprit son art à Hercule, à Thésée, â Achille, et ils n’oublient pas de mentionner les héros qui, comme Patrocle, arrachaient les flèches, lavaient les plaies et les pansaient.
On trouve déjà dans les livres hippocratiques de bonnes notions sur la marche des plaies, sur l’époque de leur inflammation et de leur suppuration, sur les dangers qu’elles entraînent, enfin d’excellents préceptes sur leur traitement. Quoique le traité d’Hippocrate sur les plaies ne soit point arrivé jusqu’à nous, on rencontre ces renseignements dans ses Aphorismes, ses Épidémies , l 'Officine du chirurgien et le Truité des ulcères. Celsc traite longuement des plaies en général et des plaies de chaque organe en particulier, dans les chapitres xxvt et xxvn de son livre V, mais il n’apporte que peu de connaissances nouvelles sur ce sujet. On y trouve cependant beaucoup d’indications de médicaments pour arrêter l’écoulement du sang, pour la cicatrisation, la formation du pus. Il recommande, dans les cas d’hémorrhagie, d’appliquer deux ligatures aux vais- j seaux à l’endroit de la blessure, et de couper ce qui reste entre elles. Galien n’ajouta rien aux descriptions de Celse, mais ses connaissances anatomiques lui permirent de donner un pronostic plus sûr des plaies.
Jusqu’au xvie siècle, l’histoire des plaies ne s’enrichit d’aucun fait nouveau, mais à cette époque nous avons à mentionner la grande réforme apportée par A. Paré dans le traitement des plaies d’armes à feu.
Vers le commencement duxvii0 siècle, Magatus étudiait avec une sagacité profonde lamarche naturelle de la cicatrisation desplaies, etconsignait ses judicieuses remarques dans son livre : De rara mediccitione vulnerum, etc. (Venise, 1 616). On peut dire que ce médecin posa lése rais principes du traitement des plaies en proscrivant l’abus des tentes, des tampons, celui des pansements trop multipliés. Au xviu' siècle, Belloste, profitant des vues de Magatus, sans nommer ce chirurgien, proposait les mêmes réformes du traitement des plaies, et J.-L. Petit, Garengeot, Lecat, Ledran, adop-
taient ses idées.
On étudia bien, dans la deuxième moitié du xvnr siècle, la physiologie pathologique des plaies, et J.-L. Petit fit connaître un des plus graves accidents de ces lésions, sous le titre de suppression de la suppuration des plaies. Pierre Fabre, observant, avec soin le travail de cicatrisation des plaies, montra dans quelle erreur on était sur la régénération des chairs dans les plaies avec perte de substance, et sur les vertus des médicaments
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sarcotiqucs cl incarualifs. Les travaux de l’Académie de chirurgie soûl remplis de faits intéressants pour l’histoire des plaies, et l’on cite surtout ceux de Pibrac sur l’abus des sutures. Mais, à cette époque, les travaux de Hunter doivent tenir la première place; car on trouve traitées dans scs ouvrages presque toutes les grandes questions relatives à l’histoire des plaies cl à la physiologie de la réunion immédiate.
Les éludes modernes d’histologie normale ont permis d’ajouter quelques faits nouveaux à l’histoire de la cicatrisation, et en même temps on a soumis à unejudicieuse critique la thérapeutique de ces lésions si fréquentes en chirurgie.
J’aurai souvent l’occasion, dans les différents articles de ce chapitre, de citer les travaux qui se rapportent à certaines espèces de plaies ou à leurs complications, et dès lors je n’indiquerai ici que quelques travaux ; qui s’appliquent à toutes les plaies en général.
John Bell, Discourses on lhe Nature and Cure of Wounds, 1795, traduction française par Estor. — Sanson, De la réunion immédiate (thèse de concours, 1 834). — Rupuytren, Traité des plaies d'armes de guerre, 1 834 (dans ses Leçons cliniques , t. Y et VI). — ÀUG. Amussat, De l’emploi de l’eau en chirurgie (thèse, Paris, 1 850). — J. GUYOT, Traité de l'incubation et de son influence thérapeutique, 1 840. — Parmentier, Quelques recherches sur la cicatrisation des plaies exposées au contact de l’air (thèse, Paris, 1854). — Michon, Mémoire et observations pour servir à l'histoire de V application de la suture au traitement des plaies ( Bulletin de thérapeutique, 1851). — Gosselin, Des pansements rares (thèse de concours, 1851). — Giroîjard, Cicatrisation des plaies à l’air libre (thèse, Paris, 1 858, n° 175). — Bouisson, Mémoire sur la ventilation des plaies ( Gazette médicale, 1858). — Fourgniaud, Sous-cutanisation des plaies par réunion collodionnée (thèse, Paris, 1859, n° 190). — Ritzinger, De la cicatrisation en général, et de celle dite souscrustacèe en particulier (thèse de Strasbourg, 1859, n° 471). — Bodereau, Essai sur l’alimentation des blessés et des opérés (thèse de Paris, 1 859, n° 99).
Les plaies sont le plus généralement produites par des instruments tranchants, piquants ou contondants; quelques-unes sont dues à de violentes tractions; d’autres sont compliquées du dépôt, dans leur intérieur, d’un \irus, d un venin, ou deviennent le siège ou le point de départ d’accidents variés, etc. Ces causes multiples des plaies et ces accidents serviront à établir les divisions suivantes dans ce vaste groupe de lésions :
1° Plaies par instruments tranchants, ou coupures; 2° plaies par instruments piquants, ou piqûres ; 3° contusions et plaies par instruments contondants / 4° plates par arrachement ; 5° plaies par morsure; 6° plaies empoisonnées et virulentes; 7° plates sous-cutanées ; 8° plaies par armes à feu ; 9° accidents des plates; 10 absence de cicatrisation des plaies et maladies des cicatrices.
Si nous ne craignions pas de répéter inutilement des faits insignifiants, nous essayerions de tracer une histoire générale des plaies ; mais bien persuadé qu’à l’exception de quelques détails futiles, les traits principaux de ce tableau d’ensemble peuvent rentrer avec profit dans l’étude des plaies par instruments tranchants ou piquants, nous n’hésitons pas à commencer tout de suite l’exposé de ces lésions en particulier.
DES LESIONS Tll A UMATIQUES.
ARTICLE PREMIER
1VLAIES PAR, INSTRUMENTS TRANCHANTS
Les plaies par instruments tranchants sont celles produites par des lames aiguisées qui glissent sur nos tissus en les incisant: plus ou moins étendues en longueur, elles présentent deux lèvres saignantes et réunies à angle aigu. Leur forme, leur direction, leur étendue, offrent les plus grandes variétés. Leur nombre atteint quelquefois un chiffre considérable, et l’on cite partout le fait d’un cordonnier observé par Dupuytren, et chez lequel on compta trois cent soixante-seize plaies faites avec un tranchet; de semblables mutilations ne sont pas rares chez les aliénés et chez certains mystiques dont les souffrances tiennent une belle place dans l’histoire des religions. L’instrument vulnérant atteint tantôt les téguments seuls, tantôt la peau et les tissus sous-jacents : de là des plaies superficielles et des plaies profondes. Quand plusieurs tissus différents sont compris dans la plaie, il existe des phénomènes propres à la lésion de chacun d’eux et des phénomènes communs à tous ces tissus : c’est ce qui apparaîtra bien dans l’exposé que nous allons faire de la physiologie pathologique des plaies.
Symptomatologie : phénomènes locaux des plaies par instruments tranchants. — Ces phénomènes s’observent au moment où la plaie est produite, ou plus tard dans la période de réparation; de là : 1° des phénomènes primitifs, et 2° des phénomènes consécutifs.
1° Phénomènes primitifs des plaies. — Ce sont : a. l’écartement des bords de la plaie; b. l’écoulement de sang; c. la douleur.
a. L’écartement des bords de la plaie est d’abord causé par l’instrument tranchant lui-même ; mais à cette action toutemécanique viennent se joindre des actions propres aux tissus lésés, telles que l’élasticité, la contractilité et la contraction musculaire. L’élasticité, si manifeste dans certaines parties, comme la peau, contribue beaucoup à l’écartement des lèvres d’une plaie cutanée; elle est moindre, mais encore assez marquée dans le tissu jaune élastique, le tissu cellulaire, les artères et les muscles, et elle devient à peu près nulle dans les tissus fibreux, nerveux et cartilagineux. La contraction musculaire agitaussi pour écarter les lèvres d’une plaie ; mais son action n’est point aussi étendue que quelques chirurgiens l’ont supposé. D’ailleurs cette rétraction musculaire varie suivant que le muscle adhère intimement aux parties lésées ou qu’il glisse avec facilité dans sa gaine. Dans le premier cas, elle s’ajoutera à l’écartement par élasticité des tissus; dans le second, elle agira isolément, cl le muscle se rétractera dans son enveloppe celluleuse. Quoi qu’il en soit, celte action musculaire semble n’avoir qu’une courte durée, et les muscles, à la surface d’une plaie d’amputation, agités d’abord de contractions convulsives, ne tardent point à se relâcher et à devenir flasques.
PLAIES P Alt INSTRUMENTS TRANCHANTS.
Cette inégalité notable dans l’élasticité des tissus donne une raison satisfaisante de la forme habituelle des plaies par instruments tranchants. La peau se rétracte largement d’abord, et les tissus sous-cutanés s’écartent d’autant plus, qu’ils sont moins éloignés d’elle. Il en résulte des solutions de continuité pourvues de deux lèvres réunies à angle aigu. Celte rétraction inégale des tissus explique encore comment les artères, remontées dans leur gaine, échappent parfois à l’œil du chirurgien, tandis que les nerfs, immobiles au milieu des autres parties qui se rétractent, font une véritable saillie à la surface des plaies.
La situation de nos parties au moment de l’accident ne contribue point, n comme l’avait cru Boyer, à cette rétractilité. Mais on ne saurait nier que i la position des parties ne fasse varier beaucoup le degré d’écartement de « la plaie. Tous les chirurgiens savent que les plaies du cou par instrument tranchant acquièrent parfois d’effrayantes proportions dans l’extension de j la région cervicale.
b. 'L'écoulement du sang s’observe en plus ou moins grande abondance
Idans les plaies par instruments tranchants. Chez certains individus dont la plasticité du sang est faible, l’écoulement peut se prolonger assez longtemps ; chez d’autres, il se réduit à de minimes proportions. Nous parlerons plus loin avec quelques détails, en traitant des hémorrhagies, de i la fâcheuse disposition qu’ont certains individus à des écoulements sanj' guins très prolongés à propos de la moindre piqûre. Cette diath'ese hémori rhagique mérite la plus grande attention de la part du chirurgien.
La syncope suspend l’hémorrhagie à la surface des plaies, et dans certaines affections asphyxiques, comme le choléra, on peut pratiquer d’assez i larges incisions sans voir couler le sang: c’est ce dont on peut s’assurer j en lisant les tristes expériences faites par Magendie en 1832, sur de malheureux cholériques auxquels il incisait en travers tout le muscle temporal (1). Ce sont quelques petites veinules, de grêles artérioles, et surtout des capillaires qui fournissent à l’écoulement sanguin des plaies ; mais nous traiterons dans un article spécial des lésions des grosses : artères et des grosses veines. Cette origine multiple du sang des plaies nous explique sa coloration intermédiaire au rouge vif du sang artériel et au noir du sang veineux.
c. Lu douleur eal un phénomène qui accompagne la plupart des plaies, elle est due a la section des filets nerveux qui traversent, la partie lésée. Aussi les parties les plus riches en nerfs sont-elles les plus sensibles à la douleur. La peau jouit, à cet égard, d’une triste supériorité; aussi dans les grandes plaies d amputation, la section delà peau est-elle le temps le plus douloureux de 1 opération. Les sections de la peau de dehors en dedans sont plus douloureuses que celles de dedans en dehors; car on coupe d’un trait, dans cette dernière section, quelques troncs nerveux qui distribuent leurs racines à un territoire papillaire assez étendu. La lésion de certains nerfs
(1) Leçons de il/. Magendie sur le cholcra-morbus ( Gazelle médicale , 1832, p. 235).
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