POURRITURE D’HÔPITAL
La pourriture d'hôpital , désignée sous les noms de mal d'hôpital, gangrène d hôpital ou nosocomiale, dégénérescence putride, ulcère gangréneux des plaies, typhus traumatique, dipht hérite des plaies, etc., est une affection caractérisée par une exsudation pseudo-membraneuse à la surface d’une plaie ou d’une cicatrice, le ramollissement gangréneux et l’ulcération des parties sous-jacentes à cet exsudât. Cet accident se développe sous l’influence de causes insalubres, épidémiquement, ou par contagion.
Historique. — La pourriture d’hôpital paraît avoir été connue des anciens, et quelques passages d’Aétius, de Paul d’Égine, d’Avicenne, sur les ulcères sordides et rongeants des plaies, semblent s’y rapporter. On trouvera encore quelques allusions à cette maladie dans des ouvrages postérieurs et dans divers endroits des œuvres de Paré. « Les navrés (blessés) » estoient (dit-il) très difficiles à guarir et souvent mouroyent de fort petites » playes... ce que bien remarquay, estant le siège devant Rouen. Car le vice » de l’air altéroit et corrompoit tellement le sang et les humeurs par trans- » piration et l'inspiration, que les playes en estoient rendues si pourries et » puantes qu’il en sortoit une feteur cadavéreuse. » (A. Paré, liv. IX, Des playes faites par arquebuse, édit. Malgaignc, t. II, p. 176) Mais c’est seulement vers la fin du siècle dernier que cet accident des plaies a été bien connu. De la Motte le signale déjà dans son Traité de chirurgie (1771) comme un accident fréquent des plaies à l’Hôtel-Dieu de Paris, et fait connaître qu’on le désignait vulgairement sous le nom de pourriture. Dans les œuvres posthumes de Pouteau on commence à trouver une description détaillée de la pourriture d’hôpital, et, à partir de celte époque, les monographies sur cette affection se succèdent. Celle de Dussaussoy, de Lyon ( Dissertation et observations sur la gangrène des hôpitaux, 1788), fut le travail le plus important jusqu’au moment où parut le mémoire si souvent cité de Delpech (1815).
L’histoire de la gangrène nosocomiale a été complétée par un grand nombre de travaux, inspirés le plus souvent par l’observation d’épidémies de pourriture, soit dans les hôpitaux civils, soit dans les ambulances de l’armée. Le travail d’Ollivier sur le typhus traumatique . celui de Pitha sur une épidémie de pourriture observée à Prague en 1850 ; les mémoires de Marmy et de Bonnard, etc., et quelques dissertations inaugurales qu’on trouvera dans le recueil des thèses des facultés, ont ajouté beaucoup de renseignements utiles à ce que nous savions déjà sur la pourriture d’hôpital.
Pouteau, Mémoire sur les moyens d’obvier dans les hôpitaux aux dangers d'inoculer par les pansements toutes sortes de virus, surtout celui de la gangrène humide Œuvres posthumes, 1783, t. III, p. 22 7). — Mémoires ou recherches sur les sym-
POURRITURE D’ilÔlMTAL.
plûmes de la gangrène humide des hôpitaux et sur les remèdes propres ù la combattre [Ibid., p. 239). — ÜUSSAUSSOY, Dissertation et observations sur la gangrène des hôpitaux. Genève, 1787. — Delpech, Mémoire sur la complication des plaies et des ulcères connue sous le nom de pourriture d'hôpital, 181 S ( Clinique chirurg., t. I, p. 78). — GERSON, Ueber den Hospitalbrand , nach eigenen wührend des spanischen Befreiungskrieges und in Belgien gemacliten Erfahrungen [Sur la gangrène d’hôpital, d’après des observations faites en Espagne pendant la guerre de la délivrance et en Belgique], Hambourg, 1818. — Ollivier, Traité expérimental du typhus traumatique, gangrène ou pourriture des hôpitaux. Paris, 1822. — Pitha, Beilrag zur Beleuchtung des Hospitalbrandes [Contribution à l’examen de la pourriture d’hôpital]. — Prager Vierteljalirschrift, 4 831, Bd. II). — MARMY, Études cliniques sur la pourriture d’hôpital ou typhus des plaies (Gaz. méd. de Strasbourg, 1857, nos 2, 3, 5, 6). — Alfred Bourot, Sur la pourriture d’hôpital observée en Orient (thèse de Strasbourg, 1858). — Bonnard, De la pourriture d’hôpital (Mémoires de médecine militaire, 2e série, t. XVI, p. 302). — BOUSSUGE, De la diphthëroïde, ou de l’inflammation ulcéro-memb rameuse, considérée à la bouche, à la vulve, A la peau, sur les plaies (thèse de Paris), 1 860, n° 1 84).
Étiologie. — L’étiologie de la pourriture d’hôpital paraît aujourd’hui assez bien connue dans quelques-unes de ses conditions, et l’on s’accorde généralement à admettre que cette affection doit son origine à de mauvaises conditions miasmatiques, et qu’elle se propage, soit par contagion, soit par infection épidémique.
Ainsi, parmi les causes extérieures qui sollicitent le développement de la pourriture dans les services de chirurgie, il faut noter surtout l'encombrement des blessés dans un endroit obscur, bas, humide; le voisinage des salles de malades atteints de certaines affections épidémiques, comme la fièvre puerpérale, la scarlatine, le choléra, etc. ; une aération insuffisante, qui place ces malheureux dans une atmosphère infectée par les miasmes qui s’exhalent des plaies, des matières fécales et urineuses, etc. Il faut, toutefois, joindre à ces conditions générales des causes individuelles , la faiblesse du malade, des maladies antérieures ou concomitantes, telles que le scorbut, le typhus, la fièvre puerpérale, la dysenterie, 1 abattement moral, le défaut de soins et de pansements réguliers: tout cela suffit pour prédisposer beaucoup les blessés au développement de la pourriture.
Pitha rapporte que, dans l’épidémie de pourriture qu’il eut l’occasion d’observer à Prague, le choléra, la fièvre puerpérale, la scarlatine, des diarrhées graves, existaient dans la ville en même temps que la pourriture. Si un blessé devenait malade du choléra, sa plaie prenait tout de suite un aspect diphthéritique. La pourriture aurait donc un principe épidémique, analogue à celui qui produit la fièvre puerpérale, la scarlatine, le choléra • ce serait, comme on l’a dit, une sorte de choléra des plaies. Sans prétendre pénétrer la nature de la gangrène nosocomiale, il est aussi curieux qu’utile de signaler sa coïncidence avec les maladies indiquées ci-dessus.
D’autres causes extérieures ont aussi été invoquées, mais sans preuves suffisantes : telle est l’influence du froid et du chaud. Dussaussoy soutient