‹ Traité élémentaire de pathologie générale; comprenant la pathogénie et la physiologie pathologiqueChapitre 13 sur 198 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DBS APTITUDES MOHBIDES

Nous avons tu précédemment (i) que le développement des élals morbides suppose nécessairement Tintervention de deux ordres d'influences qui sont: i* des provocations sollicitant, dans des conditions )^iormales, Tactivité organique; !2^ des dispositions internes permettant à l'organisme de réagir contre res provocations.

Ces dispositions internes constituent les aptitudes morbides; elles peuvent être désignées, suivant les caractères qu'elles présentent, sous le nom de diathèses, de prédispositions organiques, dHdiosyncrasies, de vulnérabilité morbide et de réceptivité morbide.

§!<''.— Des diathèseB.

Ce mot diathèse que nous avons déjà défini en étudiant les prédispositions héréditaires est un de ceux dont la signification a soulevé depuis trente ans les plus vives controverses. On admet bien généralement qu'il désigne la tendance à la répétition chez un môme sujet d'un certain nombre d'actes morbides présentant un caractère spécial, mais, pour les uns, cette tendance constitue une simple prédisposition, pour les autres elle est l'expression d'un état maladif.

Si cette dernière opinion devait prévaloir, la diathèse ne ^e distinguerait en rien des maladies chroniques, et il serait inutile de conserver cette dénomination^ propre seulement à entretenir la confusion; mais on peut se convaincre, en considérant à ce point de vue les états anormaux auxquels on est d'accord pour appliquer, dans le langage courant, le nom de diathèse, c'est-à-dire la scrofule, Tarthritis et i'herpétisme, qu'ils diCfèrent essentiellement des maladies chroniques. Ils peuvent en effet rester latents pendant de longues années, et même pendant la plus grande partie de la vie et ne se révéler

1) Paf;>> c.

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qu'accidentellement par les caractères d'uno affection passagère ; est-ce ainsi que se comportent les maladies chroniques? et peut-on regarder comme malades des individus dont toutes les fonctions s'accomplissent régulièrement et dont les organes ne présentent aucune altération? Ce serait en contradic* tion avec la déflnition même de la maladie.

Le froid et le contact de Teau de savon provoquent chez un arthritique de Teczéma des mains, dira-t-on pour cela que cet individu a une maladie générale? mais, s'il en était ainsi, la maladie serait la règle parmi nous et la santé l'exception, car il est bien peu de familles où l'on ne retrouve, profonde ou légère, l'empreinte d'une dialhèse.

En réalité, ainsi que nous l'avons vu déjà, l'état auquel s'applique cette dénomination paraît consister seulement en une modification du type physiologique ayant pour effet de diminuer la résistance de l'organisme à certaines provocations, et en même temps d'imprimer h ses réactions et à ses actes morbides une forme spéciale.

C'est ainsi, par exemple, qu'un même traumatisme pourra donner lieu chez un arthritique à une arthropathie rhumatismale, et chez un scrofuleux à une tumeur blanche; qu'une bronchite ou série de bronchites a frigo9*e aboutiront chez le premier à l'emphysème, chez le second à la phlhisie.

Les états morbides ainsi constitués sont des maladies que l'on pourra appeler diathésiques, mais la diathèse elle-même n'est que la prédisposition qui en a favorisé le développement. C'est donc à tort que Ton a confondu avec les diathèses In plupart des maladies chroniques et particulièrement la syphilis, l'infection purulente, le diabète, la leucémie et le cancer; relativement à ce dernier l'hérédité montre bien qu'il y a une prédisposition, mais, ainsi que nous l'avons fait remarquer déj«1, cette prédisposition est toute locale, elle paraît limitée à l'évolution ou au mode de nutrition d'un groupe d'éléments cellulaires et il ne faut lui imputer ni les récidives ni les généralisations qui paniissent dues exclusivement à la prolifération des éléments émanés du foyer primitif.

C'est à tort également que l'on a confondu avec les diathèses la cause supposée qui provoque chez certains sujets l'apparition simultanée ou successive soit d'abcès ou de gangrènes, soit

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d'anévrysmes, puisqu'elle consiste dans le premier cas en une forme spéciale d'infection, dans le second en une maladie du système artériel ; il est vrai cependant que le développement de celte dernière peut être favorisé par la diatbèse arthritique.

La plupart des auteurs ont compris la syphilis parmi les dîathèses. On ne peut nier qu'elle ne présente avec elles de réelles analogies : comme elles, on la voit donner lieu à des manifestations d'un caractère spécial, rester silencieuse pendant de longues périodes, durer aussi longtemps que l'individu et se transmettre à sa descendance. Mais à côté de ces points communs que de différences essentielles !

La syphilis est une maladie virulente, c'est-à-dire qu'elle est constituée par la présence dans l'organisme d'une matière douée de propriétés spéciales qui doit nécessairement, même pendant les périodes de silence les plus prolongées, se trouver déposée dans certains tissus, toute prête à repulluler et à provoquer de nouveaux accidents, si des conditions favorables viennent se présenter; elle donne lieu spontanément, par sa propre force d*évolution, à des manifestations morbides; rien de semblable pour les dîathèses dont la nature est tout autre, comme nous 1 avons vu, et qui restent ordinairement latentes aussi longtemps qu'une inQuence accidentelle telle qu'un traumatisme, un refroidissement, un écart de régime, une fatigue ou une émotion morale ne vient pas troubler les fonctions de Torganisme. Les affections de cause banale évoluent ordinairement (1) chez le syphilitique comme chez un individu sain ; le mal ne semble réellement généralisé, dans le sens précis de ce mot, que pendant la période relativement courte qui correspond à l'apparition des accidents secondaires ; plus lard, il se localise en un certain nombre de foyers plus ou moins nombreux suivant les cas, et les parties qui ne sont pas alleintes vivent et réagissent comme chez un individu sain ; Itts diathèses au contraire impriment une forme spéciale à la

M) M. le professeur Verneull {Encyclopédie de chirurgie, Paris, 1883, t. I, ?• 1-UI) a démontré que, dans certains cas, les traumatismes déterminent des n'aDifctUtions locales de la syphilis, mais ces faits doivent être considérés t^nime exceptionnels. Nous avons tu chez des malades atteints d'une syphi- 'i^ griTe en pleine évolution secondaire des plaies contuses placées dans de ■o'itTaiscs conditions (par exemple un bec-de-lièTre traumatique) se réu- ''ir par première intention.

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plupart des réactions. La syphilis ne modifie en rien les manifestations articulaires, cutanées ou pulmonaires de Tarthrilis; la scrofule au contraire les modifie essentiellement. L'évolution de la syphilis est soumise à des lois régulières ; ses manifestations, d*abord superficielles et facilement réparables, deviennent plus tard profondes et destructives. Il n*en est pas de même pour les dialhèses, et l'observation n*a pas confirmé à cet égard les vues de Bazin. Les dialhèses sont essentiellement héréditaires, elles font pour ainsi dire partie intégrante de Torganisalion et se transmettent de génération en génération ; l'hérédité vraie de la syphilis au contraire est un fait au moins fort contestable (Yoyez page 43) : dans la grande majorité des cas le fœtus ne contracte celte maladie que par contagion, en raison des rapports qui l'unissent à la mère préalablement infectée; et quand elle provient du père, c'est encore par transmission directe de l'agent infectieux. Rappelons enfin que les diathèses ne présentent pas les caractères qui, par définition, appartiennent aux maladies générales, puisqu'elles peuvent exister sans aucun trouble appréciable dans la constitution de Torganisnie ni dans ses fonctions.

Ordinairement congénitales et transmises par voie d'hérédité, les diathèses peuvent également être acquises, mais nous ne sommes que très incomplètement renseignés sur la nature des causes qui les produisent. Nous mentionnerons seulement, pour la scrofule, l'insuffisance de l'alimentation et le séjour dans des lieux mal aérés ; pour les formes goutteuses etabarliculaires de l'arthritis, la trop grande richesse de l'alimentation et le défaut d'exercice amenant l'excès des recettes sur les dépenses de l'organisme ; pour sa forme articulaire, l'action prolongée du froid humide.

Les mômes influences favorisent ou provoquent les manifestations de ces mêmes diathèses. Ajoutons que celles de la scrofule apparaissent surtout pendant Tenfance et l'adolescence chez les individus lymphatiques, souvent à l'occasion d'un traumatisme ou d'un refroidissement ou pendant la convalescence d'une pyrexie ; que l'accès de goutte se produit de préférence vers la fin de l'hiver, après des excès de table, des fatigues exagérées ou un refroidissement; que l'action du froid parait être la cause ordinaire du rhumatisme articulaire aigu,

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mais que cette maladie est généralement considérée comme pQuvant survenir aussi sous Tintluence d'une blennorrhagie, ou d*une pyrezie (i), enfin que les affections herpétiques se manifestent souvent à la suite d'une vive émotion ou d*un excès alcoolique : c'est du conflit entre ces causes occasionnelles et les prédispositions que naissent les différentes maladies dites scrofuleuses, arthritiques ou herpétiques. Elles sont multiples et de nature très diverse.

La scrofule prédispose surtout aux inflammations chroniques des muqueuses, de la peau et des ganglions lymphatiques, elle peut donner lieu également à des ostéites et à des arthrites chroniques ; elle semble enfin favoriser le développement de la tuberculose. La nature de ses rapports avec cette dernière maladie a été en 1881, au sein de la Société des hôpitaux (2), Vobjet d'une importante discussion soulevée par un travail de M. Grancher. 11 y a été démontré que la plupart des affections osseuses et une bonne partie des alfections ganglionnaires rapportées jusqu'alors à la scrofule étaient en réalité des manifestations de la tuberculose ; on a été plus loin, et plusieurs pathologîstes ont arûrmé que toutes les affections dites scrofuleuses doivent être considérées comme tuberculeuses, ce qui revient à nier l'existence de la diathèse scrofuleuse. Nous ne pouvons accepter cette manière de voir : il existe toute une série d'affections que l'on peut rattacher, avec M. Villemin (3), à une traduction morbide du tempérament lymphatique et appeler scrofuleuses; chez les sujets qui en sont atteints, la moindre irritation des éléments conjonclirs se traduit par une inflammation persistante avec retentissement sur les ganglions voisins; on observe chez eux des coryzas avec épaississement des narines et de la lèvre supérieure, des angines avec gonflement et souvent suppuration des ganglions cervicaux, des

(1) II n*e8i pas cerUin que les arihropathies qui surTÎennent dans ces conditions soient réeUement de nature rhumatismale ; ropinion qui les rattache à la pénétration dans les articulations d*un agent infectieux peut 6tre sout?noe. non sans vraisemblance.

(?) MM. Grancher, Féréol» E. Labbô et Méricamp, GomU, Damaschino, niaoïi, Ferrand, Rendu etduCastel ont pris part h celte discussion.

i4) Villemin, Cnuse el nature de la tuùetxuioac (Bulletin de l'Académie dr '^f'/^dne, :> dur. I86ô, tome XWI, p. l'II). — Étudea sur la tuherculose . l*ari», 1808. — BnlHin de la Sncielfi d^s hAftiltiU-r, 1881.

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conjonctivites etdes kératites chroniques, des otites, des eczémas impétigineuz,et quelquefois des arthrites chroniques ; ces affections n*ont rien de commun avec la tuberculose, mais elles peuvent être une cause d'afTaiblissement qui favorise le développement de cette maladie infectieuse ; elles diminuent la résistance de Torganisme et augmentent sa réceptivité; tel est le rapport que, conformément aux vues de MM. Bouchard (1) et Dainaschino (2), nous admettons entre la scrofule et la tuberculose.

Varthritis est le fonds commun sur lequel se développent le rhumatisme et la goutte. Ces maladies peuvent coïncider, mais elles existent plus souvent isolément et se transmettent intégralement. Leur relation avec une prédisposition commune est établie, ainsi que nous l'avons indiqué déjà, parleur coïncidence fréquente chez les membres d*une même famille(3), et par leur alternance avec un certain nombre d'affections d'un caractère spécial; ce sont, parmi les dermatoses, Teczéma, le pityriasis, le lichen, le psoriasis, Tbydroa, le pemphigus, les pseudoexanthèmes et les urticaires aigus et chroniques; du côté de Tappareil digestif, des angines aiguës a frigore, des angines granuleuses, des gastrites chroniques causes de dyspepsies rebelles, des diarrhées a frigore et des hémorrhoïdes ; du côté de l'appareil respiratoire, des coryzas éphémères remarquables par leur acuité, des laryngites granuleuses, Tasthnie nerveux et certaines formes de bronchites chroniques qui en sont très voisines, car elles donnent lieu comme lui à l'expectoration de crachats perlés, à des accès de dyspnée et ultérieurement à l'emphysème; du côté de l'appareil circulatoire, Tathérôme artériel et la péri-artérite avec leurs conséquences le ramollissement et l'hémorrhagie de l'encéphale, Tanévrysme de l'aorte, l'hypertrophie du cœur et la sclérose rénale.

Nous n'avons pas, parmi ces manifestations, mentionné la phthisie, bien que les auteurs parlent d'une phthisie arthritique; il faut entendre parla une phthisie modifiée dans son évolution et non une phthisie produite par l'arthritis. Les arthritiques sont encore prédisposés aux concrétions calculeuses des voies biliaires et urinaires, à diverses névroses telles que la

(1) Doochard, Hevue de médeciney 1881.

(2) Damaschino, Bulletin de la Société des hôpitaux, et Union médicaUy 1883« (;j) N. (iu«M)cnu do Mnssy, Clinique médicale^ Paris, l87i.

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chorée (G. Sée), les névralgies périphériques et les migraines et enfin au diabète et à Tobésité ; pour ce qui est du cancer, la question est au moins douteuse.

Les affections que Yherpéiisme contribue à produire sont également nombreuses; ce sont, d'après Bazin, les gastralgies, les migraines, certaines formes d'asthme, des dartres sèches ou humides parmi lesquelles Teczéma, le pityriasis, le lichen, les urticaires aigus et chroniques, Teczéma coulant, des herpétides ezfoliatrices et aussi des leucorrhées et des diarrhées rebelles. Nous avons déjà mentionné la plupart de ces affections parmi les manifestations de Tarthritis, mais elles présentent, d'après Bazin, des caractères différents suivant qu'elles sont engendrées par Tune ou Tautre diathèse.

Les herpétides, en effet, épargnent les parties découvertes et pileuses; elles sont symétriques, ont tendance à se déplacer, s'accompagnent d'une congestion peu prononcée, donnent lieu dans leurs formes humides à une sécrétion abondante et provoquent de vives démangeaisons; les arthritides siègent le plus souvent à la tête et aux mains, elles ne sont pas disposées symétriquement, et ont peu de tendance à s'étendre et à se déplacer; elles s'accompagnent d'une vive congestion et leur sécrétion est peu abondante ; elles donnent lieu à des élancements et à des picotements plutôt qu'à de véritables démangeaisons.

Malgré ces différences, qui sont loin d'exister dans tous les cas, on ne peut nier qu'il n'y ait d'étroites relations entre les deux diathèses, et ce n'est peut-être pas sans raison que Pidoux a considéré Therpétisme comme une forme bâtarde de Tarlbritis. M. Lancereaux (1) va plus loin; il réunit les deux diathèses sous le nom d'het'pétisme; il en sépare la goutte et le rhumatisme articulaire aigu et y fait rentrer, outre les affections précédemment indiquées, le spasme de la glotte, les palpitations cardiaques et artérielles, la spermatorrhée, l'aspermatisme, l'incontinence nocturne de l'urine, le vaginisme, l'œsophagisme, le spasme anal, l'hémoptysie, Thypercrinie biliaire, la polyurie, Vhypochondrie, la dilatation de l'estomac, l'entérite membraneuse, la crampe des écrivains, l'ostéite déformante et la rétrac-

(I Lancereaux, Tmité df Ch*>r^iéltmxc. Paris, 488:).

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lion de Taponévrose palmaire ; il faut attendre de nouvellos observations pour établir le rapport de ces divers états morbides avec la diatbèse herpétique ou arthritique.

Ces diathëses sont compatibles avec la parfaite santé, souvent pendant de longues années; elles ne produisent les afiections énoncées ci-dessus qu'avec le concours d'une cause adjuvante. La goutte semble cependant faire exception à cette règle et pouvoir se manifester périodiquement sans aucune provocation; sans doute la dyscrasie urique qui en est la condition prochaine est alors permanente.

Les diathèses ne présentent. pas une évolution régulière; leurs manifestations graves peuvent se produire sans avoir été précédées d'accidents bénins ; un scrofuleux peut ôtre atteint dès son adolescence de lupus ou de coxalgie sans avoir présenté antérieurement d'affections cutanées. Nous devons dire cependant que, d'après M. Lancereaux, chacun des désordres pathologiques qui se rattache à la diathèse qu*il appelle herpétique a son moment spécial d'apparition : les troubles spasmodiques du larynx appartiennent au jeune âge; les migraines, les accès d*asthme, les spasmes vésicaux, la polyurie et la gravelle se rencontrent surtout à Tàge adulte; les lésions matérielles affectant surtout les articulations et les artères se montrent vers l'âge de quarante à cinquante ans, alors que commence la période de déchéance organique.

Ces prédispositions sont susceptibles de se modifier notablement sous l'influence des conditions dans lesquelles vit l'individu qui en est atteint. Nous pourrions citer une famille de paysans dont tous les membres ont présenté de graves manifestations de la scrofule, à l'exception d'une fille qui, grâce à sa profession de cuisinière, a pu se trouver dans de bonnes conditions hygiéniques. Tel autre sujet de souche scrofuleuse, et portant les marques incontestables de la diathèse, devient arthritique sur ses vieux jours sous l'influence d'une alimentation surabondante et d'une existence oisive ; son organisme s'est modifié insensiblement en raison des conditions dans lesquelles il a vécu.

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