CHAPITRE X
DES TROUBLES DES FONCTIONS D*INNERVATtON ARTICLE I. — DU DÉLIRE.
§ 1. — Définition.
On peut le définir : une perversion morbide et inconscifnte[\ des fonctions psychiques. On objectera que, dans les vésanies connues sous le nom de folie du doute, de délire émotif de nK»nomanie homicide, le malade a conscience de son étal; mais nous ne croyons pas, malgré Tautorité de maîtres en aliénation, qu'il y ait lieu de leur appliquer le nom de délire;XM\' vidu qui en traversant une place publique est pris de terreur et cherche un appui (agoraphobie], le suisse d'église qui ne pect sans frayeur saisir sa hallebarde (émotivilé) ont des troubles intellectuels, mais ils en ont conscience et dès lors n oot pas de délire.
Le délire n'est pas toujours permanent et les malades peuvent dans les intervalles se rendre compte de leur état, mais cela ne prouve pas qu'ils en aient conscience ; les choses se passent alors comme pour le rêve dont on se souvient sans que cependant l'on en ait conscience au moment où il se produit ; noa» verrons bientôt quels rapports existent entre le rêve et le délire.
§ 2. — Pathogénie et causes.
Le délire est un trouble de l'idéation ; c'est dans les circonvolutions où siègent lesfonctions psychiques qu'il faut en chercher la cause matérielle. L'état des éléments nerveux se modi fie sous l'influence des causes les plus diverses : les troubles de vascularisation, les lésions de nutrition, les altérations du sans, les variations de la température organique et enfin les affec-
(1) C'est J. P. Ftlret qui a indiqué que le délirant n*a pas coDSCteoce d? son état.
lions des organes avec lesquels ces éléments se trouvent en connexions physiologiques peuvent en troubler les fonctions; ces influences se font sentir souvent simultanément, de telle sorte qu*on ne peut les prendre pour base d'une classificatioa^
Nous passerons en revue les différents états morbides qui peu* veut donner lieu au délire.
C*est un symptôme fréquent dans les affections de Tencé* phale; lacongestion de cetorgane contribue vraisemblablement à le produire dans les fièvres, dans le coup de chaleur et dans le rhumatisme cérébral; faut-il le rapporter à cette altération dans toutes les maladies où on peut la constater? Par exemple chez les sujets qui succombent à la ihanie aiguë? nous ne le pensons pas ; il faut prendre garde ici de prendre Teffet pour la cause : la congestion ne suffit pas en effet à rendre compte des faits observés et il est probable qu'elle est en pareil. cas subordonnée à une altération, peut-être impossible à reconnaître, des cellules encéphaliques.
L*anémie favorise la production du délire; elle explique ce trouble fonctionnel quand il survient à la suite d'une hémorrhagie accidentelle; c'est à elle, en môme temps qu'aux sensations anormales produites par l'inanition, qu*il Taut attribuer le délire des affamés ; c*est à elle en même temps qu'à la congestion passive, qu'il faut rapporter celui que Ton observe assez fréquemment dans la dernière période des maladies du cœur, et sans doute aussi celui qui se produit parfois à la suite des fièvres graves, bien qu'en pareil cas l'on doive également tenir compte des troubles que les éléments cellulaires ont pu subir dans leur nutrition.
L'anémie locale, produite par Tathérome des artères cérébra* les, semble donner lieu plutôt à Taffaiblissement des fonctions psychiques qu'à leur perversion ; le délire n'estpasla règle dans le ramollissement nécrobiotique de l'encéphale; il peut s'y produire cependant, et il est à supposer en pareil cas que la lésion agit à distance sur les circonvolutions non atteintes ou qu'elle provoque un travail phlegmasique.
Les inflammations des méninges sont une cause fréquente de délire ; ce symptôme variera dans ses caractères suivant l'acuité et le siège du processus. Les tumeurs intra-crâniennes peuvent également le produire; mais ce n'est d'habitude qu'à une
période avancée de leur évolution et lorsqu'elles secompliquent d'encéphalite ou de méningite.
Les fièvres comptent parmi les causes les plus fréquentes de délire; cet accident peut en marquer le début, se maDifeslerà la période d'état, ou survenir pendant la convalescence.
La pathogénie du délire initial est difficile à établir ; on peoi invoquer Taction directe de l'agent infectieux sur les éléments nerveux; on peut l'attribuer à la congestion cérébrale ou à une altération dans la constitution du sang. Brouardel a montré qu'au début des varioles graves, il y a une véritable anoxémie.
Même incertitude relativement à l'explication du délire qoi survient dans la période d'étal ou dans la convalescence; le^ troubles de la circulation cérébrale, les altérations delanulrition, ainsi que les modifications du sang peuvent en êlreli cause.
Ces mêmes remarques s'appliquent aux maladies infectieuses aiguës, telles que l'érysipèle, la septicémie, la diphtbérie. etc. ; ici encore on peut invoquer dans certains cas la fièvre. d'autres fois une complication rénale, plus souvent peut-être use action directe de l'agent infectieux sur les fonctions psychiques.
Dans les phlegmasies, la réaction fébrile peut être assezinlense pour expliquer le délire ;d'autres fois on peut l'attribuer à Taclion sur les centres céphaliques de l'excitation produite par la lésion ; le trouble des fonctions de l'organe enflammé peot aussi retentir sur l'encéphale soit en y gênant la circulation (pneumonie, bronchite capillaire), soit en mettant obstacle à la désassimilation (néphrite).
Un certain nombre de poisons donnent lieu à des accidents délirants dont la forme difl'ère pour chacun d'eux. Nous naeQtionnerons l'alcool, la belladone, la jusquiame, le dalura l'opium, le haschich, le chloroforme, etc.
Le délire peut enfin ne s'accompagner d'aucune lésion appréciable ; il en est ainsi le plus souvent dans la folie non paralytique et dans les grandes névroses ; cela ne veut pas dire que les cellules cérébrales gardent alors leur intégrité ; elles peuveot s'altérer sans que leurs lésions soient appréciables par no> moyens d'investigation : une barre aimantée, disent HM. Bdll et Ritti, ne difière pas en apparence d'un morceau de fer doux et cependant elle présente des propriétés dilTérentes ; le verre
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trempé a de même des propriétés qui le distinguent du verre ordinaire et cependant leur texture est la même; nous tenons, pour notre part, comme certain que, chez les aliénés, les cellales nerveuses sont modiûées, car c*est une loi en physiologie que la fonction est subordonnée à la texture ; si la lésion de l'organe nous échappe en pareil cas, c*esi parce que nos moyens d*investigation sont insuffisants et ne nous permettent pas de la découvrir.
Les diverses causes de délire que nous venons de passer en revue ne le produisent pas chez tous les sujets avec la môme constance, la même acuité et les mêmes caractères. Les délires toxiques même, qui sont les plus fixes dans leur forme, diffèrent chez les divers individus qui en sont atteints ; deux malades en proie au délire alcoolique présentent à côté de traits communs des dissemblances notables dans les symptômes; il faut donc là, comme toujours, considérer comme un élément d'une importance capitale le mode de réaction du sujet atteint.
§ 3. — Physiologie et caraotères du délire.
De toutes les fonctions de Torganisme, celles de Tintelligence élant les plus complexes et les moins bien connues, il est fort difficile d'établir méthodiquement en quoi consistent les différents troublesqu'ellespeuventsubiretparticulièrementledélire.
Nous devons dire cependant que MM. Bail et Ritti ont fait à cet égard une tentative qui montre tout au moins.dans quelle direction il faut chercher (1).
La vie psychique présente quatre séries de fonctions : la senuition, la pensée, le sentiment et Yaction. Ces fonctions n'agissent pas isolément ; elles réagissent les unes sur les autres et ^'associent entre elles ; cette loi d'association est, d'après les psychologues anglais, la plus générale de celles qui régissent lesphénomènespsychologiques;M.Th. Ribot la compare, pour sa compréhension, à la loi d'attraction dans le monde physique.
Les fonctions psychiques sont constamment actives ; tantôt
{\] BaU et Hitti, article Délire, da Dictionnaire des sciences médicales. Ce triTail est le pins considérable qui existe sur ce sujet; nous y avons trouvé dlmportantes indications pour la rédaction de cet article.
l'individu a conscience de leur activité, tantôt il Tignore, et elle est pour ainsi dire automatique.
Or, il peut y avoir un état intermédiaire. Le travail n'est tout à fait conscient que s'il est dirigé par Fattention ; il est tout à fait inconscient dans le rêve ; dans les états intermédiaires, les idées s*associent sans direction fixe et comme au hasard jusqu'au moment où l'attention intervient. Il en est donc de l'encéphale comme de la moelle dont les centres fonctionneot régulièrement et automatiquement sous la direction de l'encéphale qui n'intervient que de loin et d'une manière presque inconsciente; l'individu qui marche dans la rue le fait automatiquement, l'intelligence n'intervenant que pour surveiller les mouvements et de temps en temps pour en modifier la direction; de même les mouvements des doigts du pianiste et do violoniste se produisent automatiquement sous l'influence de centres spinaux ou mésocéphaliques. Us ont acquis cette aptitude par le fait d'une éducation spéciale. Il y a de Yauiomatismt s/>ina/ dans tous nos actes, même les plus simples en apparence; il y a de même un automatisme cérébral chez l'homme le plus raisonnable. Les idées et les déterminations sont incohérentes, si ce n'est lorsque l'attention se trouve fixée (Esquirol) : que 5t le sujet ne jouit plus de la faculté de diriget* son attention^ il rki s'il est endormi, il a le délire s'il est éveillé*
Dans le rêve, il y a exercice involontaire des facultés ; «< les idées s'enchevêtrent pour former mille combinaisons, souvent les unes plus bizarres que les autres et auxquelles le rèvear assiste sans pouvoir ni les diriger ni les modifier (Bail et Ritti .^ Ces idées incohérentes et contradictoires ne sont que le rappel de sensations et d'images perçues durant la veille.
L'automatisme cérébral est également le principal caraclèredu délire ;i< plus j'observe les aliénés, dit Baillarger, plusj'acquiersla conviction que c'est dans l'exercice involontaire des facultés qu'il faut chercher le point de départ de tous les délires ». Il faudrait faire exception cependant, d'après les travaux les plus récents, pour ce que Ton a décrit sous le nom de délire avec conscience (agoraphobie, folie du doute avec délire du toucher], mais nous avons dit déjà que le nom de délire a été, suivant nous, appliqué à tort à ces vésanies, et l'on peut aTfirmer, d'une manière générale, que le grand caractère de ce symptôme est de s'ignorer
i-mème (Bail et Rilti). Sous Tinfluence de Taction spontanée 1 automatique des fonctions cérébrales, les idées s*associent régulièrement et les malades considèrent comme vraies ces mceptions morbides.
Le délire peut être aigu ou chronique.
A. Du délire aigu, — II peut eiister en l'absence de toute lésion ipréciable ; plus souvent il est symptomatique d'une altération rébrale, d'une phlegmasie, d'une fièvre ou d'une intoxication. \ peut en distinguer trois variétés d'après l'intensité des >ubleâ fonctionnels.
A son degré le plus faible, il consiste en rêvasseries qui se ssipent lorsque l'on excite l'attention du malade. Elles se oduisent surtout le soir et la nuit et se traduisent par des rôles décousues et sans suite.
A un degré plus avancé, le malade divague constamment, il a s hallucinations, il prononce des paroles dépourvues de sens; ) conceptions délirantes ont le plus souvent pour thème ses cupations ordinaires ; assez souvent il cherche à se lever, ur se diriger vers des objets qu'il croit voir ou se rendre à ppel de voix qu'il entend (Bail et Ritti). Dans les formes intenses, Tagitation est violente ; les traits nt altérés; lé malade en proie à des hallucinations, le plus iivent terrifiantes, interpelle des individus imaginaires ; il ne sonnait plus les personnes qui l'entourent; laissé libre, il se e et parcourt au hasard la chambre où il se trouve; s'il est aehé, il s'agite incessamment, crie, crache autour de lui et urie ceux qui l'entourent; sa sensibilité paraît complètement olie ; il se produit des évacuations involontaires. Ce malade es yeux brillants et égarés, les pommettes colorées, la face iiverte de sueurs et le pouls fréquent. Ces accidents peuvent ^e passagers ou durer quelques jours.
La forme suraigufi s'observe surtout dans le cas de délire idio- Ihique (délire aigu des aliénistes), dans la méningite aiguë, début des fièvres, et dans le rhumatisme cérébral. Bile varie comme les autres formes suivant les circonstances ns lesquelles elle se produit.
Dans la variole, le délire peut se produire aux diCérentes pé*
des delà maladie. Celui qui accompagne l'invasion n'a pas
gravité, si ce n'est lorsqu'il persiste au moment où se fait
l'éruption; c'est tantôt un délire doux et tranquille, tantôt ui délire violent. Pendant la période de suppuration, le délire peit être également tranquille, et il n'a pas alors de signification ficheuse ; il n'en est pas de même quand il est violent et skcompagne d'agitation ; les malades cherchent à se lever, et:! n'est pas rare qu'ils se précipitent par la fenêtre.
Le délire est fréquent dans la fièvre typhoïde, mais c'est aller trop loin que l'y considérer, avec MM. Bail etRitti,com» presque constant. Dans les formes moyennes, il neseprodià guère qu'au moment de la période d*état; il est le plussouvot tranquille et doux, ordinairement nocturne ; commençant \t soir par des paroles incohérentes et de l'agitation, il fait place le lendemain matin à la stupeur et la somnolence; d'autres foâ il est diurne ou persistant, et présente alors plus de çranti (Bail et Ritti).
Dans les formes cérébrales, on voit souvent se produire dès les premiers jours un délire furieux: le malade est en proiei des hallucinations terrifiantes ; il cherche à se lever; ses yeo sont hagards; sa face est rouge et animée; c'est le tableaodc la manie aiguë; ces formes sont toujours graves, bien qa'elles puissent guérir.
Le délire de la convalescence peut être le prolongement de celui de la période d'état ou un délire nouveau dû à rinaniti'i ou aux modifications provoquées dans l'encéphale par la ^!^ ladie; il est assez souvent partiel, et est caractérisé par éti idées fixes; il peut être mélancolique, religieux ou ambi tieux (i) ; sa durée varie de quelques jours à plusieurs semaines. on l'a même vu persister sous forme de mélancolie (Griesioger-
La fièvre intermittente peut s'accompagner de délire daQ^^^ forme régulière, lorsqu'elle est intense; ce symptôme cirKtérise une de ses formes pernicieuses, et aussi une de ses f:^ mes larvées.
Dans le rhumatisme, le délire marque ordinairement rionsion de l'encéphalopathie aiguë ; l'agitation et la loquacité dfs malades en sont souvent les phénomènes initiaux; puis parviennent de l'exaltation, des hallucinations de la vue et ù* l'ouïe, des actes désordonnés; mais ces phénomènes sont à
(I) Bacquoy et Hanot, Quelques remarques cliniquet sitr le délire dim ' fièvre typhoïde {Archives gén. de méd. 1881).
•orte durée, car ordinairement, au bout de peu d'heures, les alades lombeni dans le coma (1).
A côté de cette forme aiguô, il faut en distinguer une chroque qui revêt les caractères de Tagitation maniaque ou de la ^pression mélancolique ; elle se manifeste d*habitude vers la I de la maladie. Le délire aigu du rhumatisme se retrouve après Scudamore chez les goutteux.
Dans la phthisie pulmonaire, le délire éclate souvent à la TDière période de la maladie, quand la lièvre s*allume chez s sujets épuisés. « G*est, dit M. Bail, Texpression cérébrale ) l'asphyxie, c*est la dernière manifestation d*un cerveau isé par Tacide carbonique qui circule dans ses veines. Le càctère vague, flottant, mal défini de ce délire, les ballucinams de la vue qui raccompagnent volontiers le rapprochent !s délires toxiques (â). »
Les maladies du cœur donnent lieu souvent à du délire ; est le mode de réaction des circonvolutions contre les troues que subit leur circulation artérielle et veineuse. Les mades atteints d'affection mitrale deviennent parfois violents, se livrent à des actes agressifs contre les personnes qui les itourent; dans Fasystolie, il se produit souvent des halluciitions ; ce sont surtout des visions nocturnes, qui sont parfois, ais non constamment, terrifiantes (3) ; on a observé aussi 1 délire des actes; ordinairement ces accidents se reproduini sous forme d'accès de courte durée; les impulsions au licide sont exceptionnelles.
Le délire d'inanition, qui peut se produire à l'état pathologi- 3e dans les affections du tube digestif et dans les fièvres de ngue durée, se présente, d'après Becquet (4), sous deux formes ifi'érentes. Dans l'une, la forme bénigne, le délire est calme ; 1 proie à des hallucinations, le malade prononce des paroles ms suite ; ces accidents cessent assez souvent quand les mades commencent à se nourrir pour reprendre ensuite avec lus d'intensité. Dans la forme grave, l'agitation est conti-
1 E. Besnier, article Bbcmatisme, du Dictionnaire encyclopédique. •2 Bail, Phthuie et folie {{Encéphale, 35 Juin 1881). •\ Petor, Leçons de clinique médicale, 1. 1, 1873.
\ Becqnet, Du délire dCinanilion dans tes maladies {Archives gin, de aiecine. ]86(i).
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nuelle ; on trouve dans les récits de naufrage la descnpli::< des accès de fureur auxquels se livrent parfois les afTamés: 16 malades peuvent tomber dans le coma au bout de quaranir huit heures et succomber rapidement.
Au moment de Taccouchement, il se produit parfois qd ar> passager de délire qui est Ordinairement furieux et bruyr et peut conduire au suicide ou à Tinfanticide.
Parmi les délires toxiques, le plus fréquent est celui ' Talcoolisme. L'accès de délirium tremens est un épisode ^i.*^ de l'alcoolisme chronique; il éclate souvent sous l'influe:: d'une afTeclion intercurrente ou d'une violente émcli : d'autres fois il se produit sans provocation : a c'est enqi*^ que sorte le vase trop plein qui déborde spontanément - ! Pendant la crise, la scène est désordonnée : «< la face sMnje l'œil devient brillant, hagard; la physionomie bouleversée re^ l'expression de l'élonnement, de l'inquiétude et de la terre * les lèvres, la langue, les muscles de la face, les membres ^ pris de tremblement; le malade s'agite, se démène, il p sans cesse, d'une voix brève, saccadée, impérieuse; il voit > êtres imaginaires qui l'entourent et le menacent, il les ir" pelle et se défend contre eux... » (2); l'insomnie est corap' '
La conscience n'est pas entièrement anéantie, ou p: elle peut être réveillée ; en interpellant brusquement le "> lade, on peut fixer son attention et interrompre le dii Les phénomènes dominants, dans ce délire, sont les halb :-• tions portant surtout sur la vue; elles sont nombreuses. "^ pétées et mobiles et provoquent une impression d'inquie:* et de terreur.
On dit généralement que la belladone et les autres soir * vireiises peuvent donner lieu à des accidents analogues à :f du délirium tremens : dans deux faits que nous avons ob>er' la forme du délire était tout autre, les malades chantaic:' avaient des hallucinations gaies.
L'action du haschioh s'exerce, d'après Moreau de Tour<, toutes les facultés à la fois; elles sont exaltées en mémeît: que la volonté se trouve d'abord affaiblie, puis anéantie, tt
1 A. Fournier, article Alcoolisme du Nouveau dictionnaire de mfS* (/p chirurt/ie pratiques^
l'J rouruicr, eorf. lo>^.
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alades arrivent ainsi à Tétat d'automatisme intellectuel. B. Du délire chronique. — On Tobserve surtout, mais non exjsivement, chez les aliénés; les hystériques peuvent avoir un lire persistant sans être aliénées; il en est de même des car^ aques et des femmes en état puerpéral. Ce délire peut être néral ou partiel.
a. Le délire général se présente sous deux formes principas, le délire maniaque elle délire mélancolique; quand ces deux rmes se succèdent alternativement chez le même sujet, on a folie circulaire.
a'. Dans le délire maniaque^ toutes les facultés sont exaltées; uvent il se produit des hallucinations des sens qui, bien que plus souvent passagères, contribuent à exciter les idées déantes. Au début, il semble n*y avoir qu'un certain degré excitation psychique; mais bientôt les conceptions survien- !Dt en foule et cessent d'être coordonnées; ce sont allemativeent des idées de grandeur, des idées religieuses, des idées otiques qui se succèdent avec rapidité; la loquacité est sou» tôt intarissable; les sentiments affectifs, quelquefois exaltés, m plus souvent pervertis ou annihilés ; les conceptions délinies poussent les malades à des actes déraisonnables ; ils ne tuvent rester en place, parlent, chantent, s'agitent et peuvent tpper, tuer ou voler.
b'. Le délire général mélancolique a pour caraclère dominant dépression persistante des fondions psychiques; les malades Dt dans un état permanent de stupeur; leur face est morne sans expression ^ ils gardent un silence absolu ou ne répontnt qu'à voix basse et par monosyllabes; immobiles, les yeux lissés et fixes, ils restent indifférents à ce qui les entoure, en oie à une tristesse que rien ne peut dissiper; des conceptions ilirantes les tourmentent; ils se croient ruinés ou persécutés; urs sentiments affectifs sont amoindris ou pervertis ; l'exisnce leur est pénible et il n'est pas rare de les voir refuser ule espèce d'aliments ou recourir au suicide.
b. Délire partiel. — L'altération intellectuelle peut être lii^ée à certains ordres de conceptions : on peut toujours dis- ^guer un trouble du sentiment et un trouble de l'intelligence, oubles constamment unis et coordonnés.
Faut-il admettre en outré, avec MM. Bail et Ritti, un délire
sensoriel et un délire des actes? nous ne le pensons pas, a' ce serait contraire à la loi d'association dont nous ayons parprécédemment et d*après laquelle les fonctions élémenUi^ de la vie psychique n'agissent pas isolément. Nous ne codsî.* rons les hallucinations et les illusions comme délirantes qci!: elles coïncident avec un trouble de Tintelligence, et, pour * qui est des actes, ils ne sont que la conséquence des idées c. ranles.
La genèse des conceptions délirantes partielles a été bi^: étudiée par J. P. Falret (1). Elles peuvent se produire enaxr rence spontanément et acquérir de suite leur maximum c: tensité ; mais elles disparaissent alors comme elles sontTeûi^ elles sont passagères.
Plus ordinairement elles présentent une évolution danî quelle on dislingue trois périodes.
Pendant la période d*incubation, les malades se troav. pendant un certain temps dans un état de trouble général, b terminé; des conceptions délirantes de nature diverse se <!loppent dans leur esprit qui finit après une hésitation piu> moins longue par se fixer sur certaines d*entre elles.
Dans la deuxième période, dite par Falret de systémati<y ' le délire est dominé par une idée maîtresse autour de laqvc viennent converger toutes les opérations intellectuelles; il ic ' mule les preuves en sa faveur.
Dans la troisième période, le délire est stéréotypé, là ' '<'' ceplion morbide immuable, Taliéné Texprime incessami dans les mêmes termes et avec les mêmes mots. '
Si Ton cherche à classer les conceptions délirantes, on ^ qu'on peut les partager en un petit nombre de groupes ré ' dant à un mode d'altération de nos sentiments : aCesd.'* rentes variétés (2) restent presque toujours identiques da"* fond; s'il existe des différences, elles ne sont que (ll^ ' forme ; la pensée est la même, c'est le moule dans lequel i est jetée qui diffère. » L'éducation de l'aliéné, le milieu :>' lequel il a vécu, la nature de ses occupations doivent être a ' égard pris en considération, mais cette distinction n'e>i 'toujours permanente, et les hommes les plus instruits, lor>q
,1) Falret, Des maladies mentales. Paris,. 1863.
^2) Bail et RittI, loc, cit. — A. Maury, le Sommeit et Us rêves. Pifi» •
irrivent à rétat de démence, délireni sous la môme forme que es individus les plus grossiers.
MM. Bail et Ritli admettent huit catégories de conceptions lélirantes :
1" Idées de satisfaction^ de grandeur, de richesse;
2^ Idées d'humilité^ de désespoir, de ruine;
Z"* Idées de persécution;
i" Idées hypochondriaques;
b"" Idées religieuses ;
ù" Idées erotiques;
V Idées de transformation corporelle appliquées à Faliéné luiuérne ou aux personnes de son entourage;
8"" Idées délirantes avec conscience.
Nous adopterons cette classification en exceptant la dernière atégorie, car, ainsi que nous l'avons indiqué déjà, nous ne mouvons admettre en pathologie générale un délire avec consience ; il y a contradiction entre les deux termes.
Les idées de satisfaction, de grandeur et de richesse, peuvent tre rapportées avec MM. Bail et Ritti à Texagération malalive de tout ce qui se rapporte à la personnalité. Les sujets (ai en sont atteints s*exagèrent leur beauté, leur force, leur !ourage, leur talent, leur situation sociale et leur fortune ; ils e croient pape, empereur ou président de la république ; ils lossèdent des trésors.
L'individu en proie aux idées d'humilité, de désespoir, de uine, est dans un état opposé à celui des précédents; profonlément découragé, il s'imagine qu*il est incapable de rien aire, qu'il est ruiné ou déshonoré.
Les persécutés entendent des voix qui les insultent, les melacent ou les poursuivent; ils sont en butte aux machinations le la police ou de tel ou tel personnage important, de telle ou elle société politique; d'autres sont persécutés par des esprits Dvisibles.
Les hypochondriaques s'occupent exclusivement de leur santé, *observent incessamment; ils considèrent comme morbides les sensations physiologiques ; certains font fréquemment ana* yser leurs urines, particulièrement au point de vue de la sper- Qatorrhée ; ils s'imaginent avoir une maladie déterminée pour aquelle ils consultent de nombreux médecins ; la plupart accu-
sent des sensations sur le trajet de l'œsophage, àrépl:aitrc ou dans Thypochondre droit; à un degré plus avancé, lesu:^ sont poursuivis par des odeurs fétides, d'autres s^imagin^ qu'un animal leur ronge les entrailles, d'autres croient en . que leurs voies digestives sonl bouchées et ils refusent de mr. ger. Les hypochondriaques sonl toujours de profonds égoi>lr occupés exclusivement de leur santé, ils négligent leurs atfji et font le malheur de leurs proches qu'ils arrivent souvei; convaincre de la réalité de leurs souffrances et transforiL'.: ainsi en aliénés passifs.
Le délire religieux est caractérisé soit par des hallacinji. qui font voir ou entendre la Vierge, le bon Dieu ou le^ au soit par des idées mystiques : tel malade veut mourir pour ^ . tenir sa foi, tel autre s'imagine qu'il est Dieu ou démon.
Vérotomanie est caractérisée par un amour maladif p un être connu ou imaginaire ; l'aliéné qui en est atteinte^'.sorbe par ce sentiment; il entend la voix de l'objet aimé et adresse des paroles d'amour; il se pare et cherche às'emLr pour lui plaire. Cet état, purement psychique, peut ne:, compagner d'aucune excitation génitale, et il n'a rien dec : mun avec le satyriasis qu'il n'est pas rare d'observer chez aliénés.
MM. Bail et Ritti entendent par idées de transf'-m:corporelle cfette conception délirante d'après laquelle cer: malades s'imaginent qu'ils ont changé de sexe, qu'ils ?transformés en animaux et que les personnes qui leseï'. rent ont subi celte même transformation.
Les conceptions délirantes que nous venons d'énumérer ' duisent les malades à des actes que l'on peut appeler dt'lirji ils sont toujours secondaires et ne peuvent, conséquemc suffire à caractériser le délire; quand un aliéné tue ou m feu, il agit sous l'influence d'un trouble psychique doul.i n'est que le résultat; nous ne croyons donc pas que Ion • admettre, avec MM. Bail et Kilti, un délire des actes; i'^* subordonnés, en vertu de la loi d'association formulet haut, aux conceptions délirantes. On objectera que, dantains cas, ils paraissent automatiques, et que leur souda/ leur violence et l'incapacité où se trouve le malade df pourquoi il a agi sont en faveur de celte hypothèse, ma:?
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àutpas se laisser tromper par les apparences. L^intention de uer suppose un travail intellectuel : une conception délirante
dû nécessairement en ôtre le point de départ, et si le malade t'en a pas gardé le souvenir, c*est sans doute parce qu'elle a lé elle-même de courte durée ou parce que la mémoire est ibscurcie.
Les actes qui se manifestent sous Tempire du délire ont de nature variée. MM. Bail et Ritti mentionnent Tagiation et les cris des malades atteints de délire maniaque, 'inertie arrivant à Timmobilité complète des mélancoliques, a tendance à briser et à déchirer, la manie de collectionner, le fûl, le suicide, Thomicide, Tincendie, les actes erotiques et appétence irrésistible pour les boissons alcooliques, ï'éther, 'opium, le haschish. Tous ces actes ont pour caractère comnun d*être involontaires, car ils résultent d'impulsions irrésisibles.