‹ Traité élémentaire de pathologie générale; comprenant la pathogénie et la physiologie pathologiqueChapitre 135 sur 198 · ARTICLE II. — DE LA DÉMENCE · texte numérisé non relu

ARTICLE II. — DE LA DÉMENCE

Ce mot sert à désigner la perte ou V affaiblissement des facul' es intelltetueUes ; elle est toujours acquise et se distingue ainsi le ridiotie dans laquelle le trouble de Tintelligence a toujours îxisté. L'affaiblissement intellectuel des déments coïncide le !>lus souvent avec un amoindrissement de leurs facultés mo< raies et de leur volonté.

§ 1. — Genèse et causes.

Il est une variété de démence qui est pour ainsi dire physiologique, nous voulons parler de celle qui survient chez certains sujets âgés ; il semble que les fonctions ne s'éteignent pas simultanément dans tous les organes, et que celles de la vie végétative puissent survivre à celles de la vie de relation. L'on voit ainsi des sujets continuer à marcher, à manger, à faire leurs fonctions organiques quand leurs fonctions intellectuelles et affectives ont en grande partie disparu ; chez un petit nombre de sujets, cette décadence est précoce, et on peut Tobscrver dès TAge de 60 ans. Cette démence sinile est primitive,

La démence consécutive peut survenir sous TinOuence des di-

Hallofbau. — Pathologie générale. 36

verses variétés de folie dont elle caractérise la période terminale (démence organique de Gh. Foville) ; elle se produit dan^ les cas chroniques, dans ceux où il survient de fréquentes rechutes et surtout chez les sujets qui y sont prédisposés par use influence héréditaire.

La démence est constante dans la paralysie générale, et oc Tobserve d*habitude à une époque rapprochée du début de la maladie.

Plusieurs névroses cérébrales peuvent également aboolir; la démence. Nous mentionnerons, en première ligne, Tépilep* sie : compatible pendant longtemps avec Tintégrité des fonclioas cérébrales, elle s'accompagne à la longue d'un affaiblissemest mental plus ou moins prononcé ; il peut en être exceptionnel' lement de môme de l'hystérie et de la chorée; il faut pour ceU que ces névroses revotent leur forme la plus grave et soienl de très longue durée.

Les lésions cérébrales donnent lieu, le plus ordinairement, à un certain degré de débilité intellectuelle ; elles préseotent, à cet égard, une notable différence avec les lésions du mésocéphale et du bulbe dans lesquelles rintelligence reste intacte. Ce qui importe à cet égard est donc le siège de la lésion ; celles des circonvolutions sont les plus offensÎTes. 11 faut aussi considérer Tétendue de Taltération. Quanl à sa nature, elle ne paraît avoir qu'une importance secondaire, un foyer d'hémorrhagie, un ramollissement et une tumeur auront, à ce point de vue, la môme signification s'ils ont de^ dimensions égales et occupent un môme point du cerveau.

Il faut admettre enfin une démence par intoxication alccclique ; M. À. Foville y ajoute une démence par Topium et \i morphine (1) et nos propres observations concordent, à ce* égard, avec les siennes.

§ 8. — Anatomie et phsrslologie pathologiques.

On peut admettre, a priori, dans la démence, une altératioo des éléments cellulaires qui sont en rapport avec Texercice des fonctions cérébrales ; cette altération peut se développer en

(1) Foville, article démence du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chi' rurgie pratiques de Jaccoud. Paris, 1872, t. XI.

quelque sorte spontanément, par Y abus de la fonction; c^est ainsi que les choses doivent se passer dans la démence sénile ; on a trouvé, chez des sujets qui en étaient atteints, le cerveau atrophié. D'autres fois Taltération des cellules coïncide avec celle des vaisseaux, des méninges et de la névroglie ; il se produit une méningo-encéphalite diffuse (paralysie générale). Dans les cas de lésions en foyer ou de tumeurs, il s^agit le plus souvent d'une action à distance sur les cellules psychiques ; ces lésions, en effet, sont circonscrites et par conséquent peu capables d'agir directement sur des éléments disséminés en difTérentes parties de Tencéphale. Dans Vépilepsie^ la production de troubles nutritifs sous Tinfluence des désordres vasculaires qui accompagnent chaque attaque rend compte des phénomènes. Dans les intoxications^ enfin, on peut admettre une action du poison sur les cellules.

§ 3. — Symptômes.

Ils varient beaucoup suivant que la perte des facultés psychiques est complète ou incomplète. Marcé distinguait trois périodes qui ne devaient pas nécessairement se succéder, et dont chacune présentait d'importantes variétés. Le mieux nous parait être d'indiquer les. caractères des troubles intellectuels dans les différentes catégories de démence que nous avons distinguées d'après l'étiologie.

La démence sénile^ à un léger degré, peut permettre aux malades de continuer leur vie ordinaire ; ils s'habillent, prennent leurs repas, sortent, lisent leur journal et jouent aux cartes comme auparavant, et cependant on reconnaît, si on les examine, que leurs facultés psychiques sont singulièrement affaiblies; ayant perdu en grande partie la mémoire, incapables de soutenir une conversation, ni de prendre une décision, ils vivent en quelque sorte automatiquement. On voit cependant fréquemment des phénomènes d'excitation intervenir dans cet état: ils portent souvent sur l'instinct génésique.

Chez les paralytiques généraux^ on peut constater, dès le début de la maladie, un affaiblissement de l'intelligence, que caractérisent des absences de mémoire, des paroles dénuées de sens, et des actes inconscients : les malades ne peuvent

plus exécuter les travaux donl ils s'acquittaient auparavant sans difficulté; ces accidents s'accentuent de plus en plus. Au début, les signes de démence peuvent èlre masqués par la vielence des actes délirants, mais un examen attentif permet dt les retrouver; le délire lui-même en porte la marque; il se manifeste par des propositions non motivées, contradictoires t\ souvent absurdes ; la démence s'accentue davantage à mesort que la maladie progresse, et il vient un moment où les malade^ en sont réduits aune existence purement végétative.

Dans la vésanie^ la démence conserve l'empreinte du délire qui a caractérisé la maladie : chez les maniaques, elle ne paraît guère qu'au moment où la maladie a pris la forme chronique: l'excitation intellectuelle est amoindrie, les mouvements soqI moins tumultueux, les idées deviennent niaises et sans portée: cependant on observe quelquefois encore des phases d'agitation. Dans la mélancolie, l'abattement et la tristesse persistent en même temps que la mémoire et les autres facultés s'affaiblissent ; de même dans Vhypochondrie, les douleurs imaginaires qui ont pendant longtemps constitué le phénomèDe dominant de la maladie persistent alors que la démence se développe et lui donnent une physionomie spéciale.

Vépilepsie peut, d'après M. Foville, se combiner avec presque toutes les formes de la démence.

Dans les cas de lésions en foyet\ il n'y a généralement pas d'autres accidents qu'un affaiblissement intellectuel avec tendance au larmoiement et aux idées tristes.

Dans Yalcoolisme, il peut se produire graduellement one débilité intellectuelle progressive qui aboutit, par une pente insensible, à l'abattement et n'est pas subordonnée à une périencéphalite ; d'autres fois, d'après Morel, la démence se déT^ loppe rapidement et entraîne bientôt la mort. Ordinairemeot la démence alcoolique débute par de l'amnésie, de l'apathie, de l'indifférence et un affaiblissement des sentiments moraui: les malades se montrent insouciants et apathiques ; plos tar^ ils deviennent gâteux et peuvent arriver à la démence absolue

Quelle que soit la nature de la démence, les malades quiec sont atteints présentent généralement» quand elle est arrivée^ un certain degré, des allures particulières ; ils sont indifférenb à tout ce qui les entoure ; leur regard s'est éteint; learpbysio-

nomie a une expression d*hébétude et ils oublient leurs affections les plus tendres et les sentiments les plus élémentaires de pudeur : ils deviennent obscènes, malpropres, laissentparfois aller volontairement Turine et les matières fécales, s*en barbouillent à plaisir, ramassent toutes les ordures qui leur tombent sous la main, en remplissent leurschambres, leurs meubles, lears vêtements ou se les introduisent dans les narines, dans la bouche ou dans le conduit auditif (1). Presque tous ont un tic, une manie, une habitude : les uns passent des journées entières immobiles dans le coin d*une cour; les autres se promènent sans relâche dans une même allée ou se balancent sur un siège d*une manière uniforme. De temps à autre, ces malades peuvent, sous l'influence d*un accès de colère, éprouver des impatiences irrésistibles sous Tinfluence desquelles ils frappent et brisent ce qui les entoure. Ces déments ne présentent pas, d'habitude, de troubles organiques ; ils mangent avec vivacité et engraissent. A un degré plus avancé, la démence devient absolue, les malades n'ont plus que les fonctions de la vie végétative ; ils ne parlent plus, n'ont plus conscience de leur personnalité et se laisseraient mourir de faim si on ne les alimentait artificiellement.

ARTICLE III. — DE l'iLLUSION (2).

Ce trouble psychique est caractérisé par Vinterprétation fausse éttme sensation perçue. Il se produit souvent chez des sujets sains; il nous suffira de citer comme exemples les phosphènes, le mirage, l'apparence du bâton plongé dans l'eau ; dans ces conditions, le sujet rectifie l'erreur de ses sens. Il n'en est pas de même à l'état pathologique : les aliénés considèrent comme vraie la sensation erronée qu'ils perçoivent.

Falret distingue deux groupes dMllusions sous les noms d'tïhsiùns de l'intelligence et d'illusions internes.

Dans les premières, le délire modifie la sensation ; sous son influence, elle est altérée et ne donne pas une idée exacte de

(1) MêTcé, Recherches clinique» et anatomo-pathologiques sur la démence. j^aris, 1861.

;2) Esqnirol, Des illusions chez les aliénés, 1832. •• Motet, article illcsions iSa Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques*

l'objet qui l'a fait naître : dans le second, la cause qui provoque la sensation anormale réside dans Torganisme.

Dans le délire et la manie aigus, les illusions sont très nombreuses et ont pour point de départ plusieurs sens à la fois ; les alcooliques en accès de delirium tremens appellent leurs chevaux, prennent pour leurs camarades les personnes étrangères qui les entourent ; des bruits légers sont perçus comme de^ détonations; ces illusions sont si complexes qu*on a peine à les analyser. L*étude de celles qui sont associées aux différenU délires partiels donne des résultats plus nets ; elles ont le plus souvent pour point de départ la vue ou Touîe : les malades interprètent inexactement la forme, la couleur, la situation et les dimensions des objets; ils méconnaissent la personnalité des sujets qui les approchent ; ils entendent des paroles iojorieuses ou obscènes, le moindre bruit les effraye. Le tact peut ôtre également l'origine d'illusions: certains malades se croient assez légers pour s'élever dans les airs. Il faut admettre enfin des illusions du goût et de Todorat ; certains sujets refusent de manger parce qu'ils trouvent mauvais tout ce qu*on leur sert: d'autres renoncent au tabac pour le môme motif.

Les illusions internes ont, comme les précédentes, un point <le départ réel. M. Motet rapporte l'histoire d*un aliéné lypémaniaque qui, se croyant en butte à l'action de quatre puissantes machines électriques placées aux points cardinaux, restait assis sur son lit ; les détails qu'il donnait sur la nature de ses sensations et les conditions dans lesquelles elles se produisaient montraient que ses sensations avaient pour point de départ les battements des artères. Le même auteur cite, d'après Falret, le cas d'une femme qui ressentait une grande pesanteur dans le bas-ventre et s'imaginait avoir un loup dans le corps : la sensation était produite par un prolapsus utérin et cessa ainsi que Tillusion dont elle avait été le point de départ sous l'influence d'un pessaire bien appliqué.

Les hypochondriaques ont le plus souvent des illusions internes : attentifs aux sensations obscures et vagues qui cbex eux, comme chez tous les sujets, se produisent du côté desdilTérents viscères, ils leur attribuent une signiOcation qu'elles n'ont pas.

ARTICLE IV. — DE l'hALLUCINATION (1).

Une sensatïùn survenant sans que ks organes des sens aient été *xcilés dune manière appréciable constitue ce trouble psychi- {ue.

§ 1. — Causes et pathogénie.

L^ballucination ne s*observe pas exclusivement chez les fous )u les sujets en état de délire ; à Tétat physiologique, le rôve )irre avec elle les plus grandes analogies ; elle se produit assez réquemment dans la période intermédiaire à la veille et au ommeil (période hypnagogique) ; elle peut survenir chez des ujets qui apprécient la fausseté de leur sensation; elle peut Dème être considérée comme réelle par des hommes qu'à tout lutre égard il est impossible de considérée comme des fous : I nous suffira de citer le Tassé, Luther et Pascal.

Le plus ordinairement cependant Thallucination est associée lu délire ; elle accompagne souvent celui de la fièvre; on Toberve ainsi dans la variole, dans la pneumonie, dans l'érysipèle ; m jeune sujet atteint de cette dernière affection voyait son it envahi par une quantité de souris et voulait prendre la fuite. *

Les mômes poisons que nous avons vus provoquer le délire, alcool, les solanées, Topium et le haschish donnent lieu de Dême à des hallucinations ; celles de l'alcoolisme sont le plus ouvent observées ; elles portent presque exclusivement sur la ue : les malades se croient entourés de leurs amis et transportés lu lieu habituel de leur travail ; ils interpellent des personnages imaginaires; d'autres fois ils luttent contre des animaux |ui les menacent ; ces hallucinations sont plus multipliées à oesure que le jour tombe (Motet). Dans Tempoisonnement par e haschish, il s*opère une sorte de fusion entre Tétat de rêve i Fétat de veille; on rêve tout éveillé.

L'inanition, les maladies adynamiques, les cachexies de toute

lO A. Motet, article hallucinations du Nouveau dictionnaire de Jaccoud. *w%, 1873, t. XVII. — Esqairol, Dictionnaire en 60 volumes. — Baillarger, )ft hallucinaiiùns, dee causes gui tes prodmsent et des maladies gui les caracéritent {àiém. de CAcadémie de médecine, Paris, l84(i). — Biarcé, ouvrage ité. — H. Sclinle, Bandbuch der Geisteskrankheiten, 1878. — Kraft-Ebing, ^krbuch der Psychiatrie. 1879. — A, Maury, ouTfage cUé.

nature, toutes les causes d*anémie, donnent lieu à ces mème^ troubles fonctionnels; on les a signalés dans Tétat puerpêri! rhystérie et la chorée; leur importance est considérable dî:répilepsie, en raison de leur violence et des actes qu'ils peu\er provoquer; ils peuvent précéder ou suivre Taccès; souve: ils sont liés au petit mal et sont alors plus persistant c'est sous leur influence que Tépileptique assassine ou allun: Tincendie.

Dans la folie, Thallucination joue le plus souvent le n. dominant. Elle prend un caractère de netteté et de préc:^::: qu'elle ne présente pas dans les états aigus.

§ 2. — Caractères cllDiques.

M. Baillarger distingue deux variétés d'hallucinations : 1^ psycho-sensorielles et les psychiques.

A. Hallucinations psycho-sensorielles. — Les plus fréquente sont celles de Voûte. Certains malades entendent des brQ* musicaux, ou le son des cloches, mais le plus ordinairenitr l'hallucination se produit sous la forme de voix graves oc i guës, douces ou fortes; confuses au début, elles devienne:, à mesure que la maladie progresse, plus nettes et plusd'^ lincles; elles sont rapportées d'abord à des êtres impersocrf- « puis à mesure que le délire s'accentue davantage, il se pers : nifie, c'est-à-dire que l'aliéné donne un nom aux imaginipersécuteurs dont la voix se fait si souvent entendre; dan: cas les plus simples, il n'y a qu'un seul interloculeur; c:: d'autres, le nombre augmente; trois, quatre ou plus en. " s'entretiennent avec l'aliéné, et il n'est pas pare de corn:ce phénomène étrange de la contradiction dans le diaîojr/ ces voix, les unes disant la vérité, les autres proférant desn' songes » (A. Motet).

Souvent ces voix sont impératives et sous leur influen : malade commet des actes qu'il déclare ensuite vivemen* ' gretler. Les voix peuvent n'être perçues que par une ^oreille; nous verrons bientôt l'intérêt de ces faits. Leshcinations de l'ouïe sont les plus persistantes et celles : le pronostic est le plus fâcheux.

Les ballucinations de la vue sont en rapport avec la n.' '

BES TBOUBLES DES FOiNGTIONS 0*IiN NERVATION. S6d

les idées délirantes. Elles se produisent souvent sous Tiniluence lu délire mystique et consistent alors d'habitude en visions i*anges, de démons ou de lettres écrites dans le ciel; tantôt es images sont nettes, tantôt ce sont des formes mal accusées, ^es hallucinations restent ordinairement les mêmes chez les némes sujets ; elles se produisent plus souvent dans Tobscu* i(c ; leur persistance est moindre que celle des hallucinations le Touîe.

Les hallucinations de IWora/ sont moins fréquentes; les maades sentent des odeurs le plus souvent fétides, quelquefois igréables; nous connaissons un jeune homme chez lequel elles le sont produites plusieurs fois en môme temps que des idées lypochondriaques sans qu'il y ait eu véritable folie. Elles :oïncident généralement avec une altération du goût et sont habituellement associées aux troubles de Touïe et de la vue.

Les hallucinations du tact et de la sensibilité générale peuvent être fort diverses; ce sont des sensations douloureuses, des décharges électriques, des piqûres d'aiguilles, des morsures d'animaux, etc. ; il faut en rapprocher les sensations que les bypochondriaques éprouvent souvent dans leurs viscères et qu'ils rapportent à la présence d'un animal ; les mômes malades se sentent grandir ou rapetisser; ils croient que leur cerveau se détache, que leurs nerfs se raccourcissent, etc.

Les hallucinations génitales comptent parmi les plus fréquents; on les observe surtout, mais non exclusivement, chez les hystériques; les malades s'imaginent avoir des rapports avec des ôtres fantastiques qui s'introduisent près d'elles.

B. Hallucinations psychiques, — Ce sont des phénomènes auditifs sans caractère sensoriel; des voix partent de l'intérieur du corps ; les malades qui ont eu des hallucinations de l'ouïe les en séparent nettement; ce sont «des voix intérieures, le langage d'âme à âme, à la muette, le langage de la pensée. » M. Baillarger, le premier, les a bien décrites.

Les hallucinations peuvent être continues ou intermittentes, bilatérales ou unilatérales ; elles peuvent ôtre ou non considéi^ées comme vraies par le sujet suivant qu'il est atteint ou non d'aliénation.

§ 3. — Physiologie.

J. Miiller a posé en loi que Ton ne peut provoquer par vl* excitation venue du dehors aucune impression qui ne puisse être également produite par une excitation des appareils se^ soriels. Cette excitation interne peut donc nous rendre compir des troubles sensoriels de Thallucination ; ils coïncident aT^ des troubles psychiques dont la cause est, d'après Baillarger. Texercice involontaire de la mémoire et de l'imaginatiio.

On a beaucoup discuté pour savoir sur quel point de Tappareil sensoriel portait Texcitation; on sait aujourd'hui que \t^ conducteurs centripètes ont pour la plupart un trajet fort coor pliqué par lequel ils s'avancent, à travers les centres gaoglionnaires, jusque dans Técorce cérébrale; aussi ronginedili réelle des nerfs n'en forme-t-elle pas la limite, et Ton nest plus en droit de dire que chez un sujet dont le nerf optique K atrophié Tappareil sensitif de la vision est complètement détruit; Ferrier (1) a montré que les prolongements intracérê braux de ce tronc nerveux gagnent Técorce au niveau du pË courbe après avoir traversé un ou plusieurs centres; il en est vraisemblablement de même pour les autres nerfs sensitifs.

MM. Luys et Ritti localisent les hallucinations dans le; couches optiques, qu'ils considèrent comme une réuniou de* centres sensoriels destinés à recueillir les impressions apportées par les nerfs pour les transmettre ensuite à la pénphérie; M. Tamburini les fait siéger dans Técorce; M. Bail enfin, dans une conception plus générale, admet qu'il n'est pas un seul point des organes des sens, depuis leur partie la pios extérieure jusqu'à leur partie la plus profonde et la plus reculée dans le territoire cérébral qui, sous l'influence d'une altératioQ quelconque, ne puisse devenir, chez un sujet prédisposé, U source d'hallucinations.

11 n'est pas prouvé cependant que les excitations des diverses parties d'un appareil sensoriel donnent lieu aux mêmes sensations, et le fait n'est môme pas vraisemblable; Ferrier admet que les centres sensitifs sont le substratum de la mémoire et de

(1) Ferrier, De la localisation des maladies cérébrales. Paris, ISSa

déalion sensitive correspondante; il est possible que l'excilioD secondaire de ces centres soit la cause qui transforme Ilusion en hallucination et donne à celle-ci des caractères de Ds en plus complexes ; on ne doit plus, en tout cas, considérer, imme le faisait Marcé, les différences que présentent les lUucinations dans leur caractère comme la preuve qu'elles ODt pas pour point de départ une excitation sensorielle. On !ut se les expliquer par le siège variable qu'occupe cette citation.

L'influence des excitations sensorielles sur la production des lUucinations a été mise en évidence par des faits cliniques, lui dans lesquels on voit ces troubles disparaître ou se produire I même temps que Taltération de l'un des organes des.sebs ut très frappants. Nous citerons en première Hgn^ le célèbre bdedeGraefe dans lequel l'extirpation du globe oculaire atrolié fit disparaître des hallucinations de la vue ; Guépin (1) a isené un malade chez lequel une kératite ulcéreuse a proque des hallucinations; Esquirol a fait cesser ces accidents 1 pratiquant l'occlusion des yeux et des oreilles; leur frétence chez les sourds et les aveugles doit être interprétée ns le même sens. JoUy a vu la galvanisation de l'oreille proquer des hallucinations chez un sujet atteint d'une affection cet organe ; Kœppe (2) a réussi quatre fois à faire disparaître s hallucinations de l'ouïe en guérissant une affection du conlit auditif; dans un cas d'hallucinations unilatérales, Schule trouvé à l'autopsie une lésion de l'oreille moyenne corres- »ndante; depuis lors, M. Régis (3) a observé deux faits analoles ; les malades, atteints d'otite moyenne avec écoulement irulent, présentaient du même côté des hallucinations de >uïe qui disparurent avec l'otorrhée sous l'influence d'un litement purement local. Dans le cas où les organes des sens nt intacts, on peut invoquer une lésion des appareils qui les ettent en rapport avec les centres d'idéation ; Meynert (4)

I) Guépin, Étude philosophique sur l'œil et la vision^ cité par Schulo. 7) Kœppe, Gehôrstôrungen und Psyehosen (Allg, Zeitsch, f, Psych, . X\IV}.

,3; Bcgis, Des hallucinations unilatérales {V Encéphale^ iSdl et Bulletin

la société médico-psychologique).

Xi Meynert, Viertei Jahrsc. f. Psych. 1867.

:i72 DES TROUBLES FONCTIONNELS (SYMPTOMES).

«n cite plusieurs faits: ainsi se trouve confirmée la proposiii : de M. Bail.

Les troubles purement sensoriels semblent pouvoir, dr certains cas, suffire à la production de rhallucination; tels ^: particulièrement ceux dans lesquels le malade ne croit pa<i: sensations fausses qu'il perçoit; son intelligence reste a* intacte et il n'est nullement nécessaire d'invoquer un Iroiu de son imagination.

Il n'en est plus de môme dans les hallucinations du rêve; 4 condition prochaine de ce symptôme paraît être alors la pe de la conscience ; il semble que, dans l'état de veille, Vaiku .-. consciente exerce une action d'arrêt sur les fonctions dii: gination et d'idéation sensorielle ; quand elle cesse d'eiis * ^t c'est là le propre du sommeil, ces fonctions se trouexaltées comme dans tous les cas d'automatisme cérrir les centres sensoriels entrent en activité; des idées sor-:. bizarres se produisent et s'associent sans aucune règle a: ^ ciable, et fréquemment le sujet a des hallucinations; iltcH de môme dans l'état hypnagogique intermédiaire à la ve. :au sommeil : l'exercice involontaire de l'intelligence et cz mémoire, indiqué par Baillarger comme l'une des condi nécessaires à l'hallucination, est ici manifestement suborc . À la disparition de la conscience.

Le mode de production des hallucinations toxiques et fti' paraît avoir de l'analogie avec le précédent; la conscience: plus abolie, mais elle est obscurcie en môme temps que .'. gination est excitée; chez l'alcoolique par exemple, onob le tableau de la cérébration inconsciente: le malade ne siC: oîi il est, ignorant quelles sont les personnes qui Tenl» r est en proie à des conceptions délirantes qu'accompar souvent des hallucinations ; il en est de même dans les f ' dans l'empoisonnement par le haschisch, M. Moreau deT signale une diminution de l'attention et de la volonté -:• <iant avec une surexcitation prodigieuse deTimaginaticD * mémoire et des centres sensoriels.

11 est probable enfin que les hallucinations des aliéné:^^r naissent un mécanisme analogue; M. Baillarger leurav pour causes, comme aux précédentes, l'exercice involontî' la mémoire et de l'imagination, la suspension des iroprc?^

DBS TROUBLES DES FONCTIONS D'INNBRVâTION. 57^

lernes et rexcitation interne des appareils sensoriels ; les^ ux premiers de ces facteurs nous paraissent impliquer la rcbration inconsciente, car ils en sont le résultat habituel. Il est difficile d'établir entre ces divers éléments un rapport de bordination ; les phénomènes peuvent s'expliquer par l'extenn aux centres sensoriels d'impressions centripètes, ou au Dtraire par l'excitation initiale de ces organes ; l'origine périérique paraît la plus vraisemblable, au moins dans la grande jorité des cas ; la marche des accidents en est la preuve, car ^sque toujours les malades éprouvent des illusions avant devenir en proie aux hallucinations ; on peut interpréter is le même sens les observations dans lesquelles on a vu illucination survenir sous l'influence d'une lésion sensorielledisparaître ensuite, aussi bien que les cas dans lesquels le nptûme est demeuré unilatéral; il semble bien que, dans ces Is, l'excitation sensorielle ait été le phénomène initial et n'ait mé lieu qu'ultérieurement aux désordres psychiques. Ces. isidérations ne sont pas applicables à l'hallucination psyque dans laquelle on ne trouve aucune trace d'éléments seniels (1).

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