‹ Traité élémentaire de pathologie générale; comprenant la pathogénie et la physiologie pathologiqueChapitre 144 sur 198 · ARTICLE XIX. — DU TREMBLEMENT · texte numérisé non relu

ARTICLE XIX. — DU TREMBLEMENT

§ 1*'. — Ganses et caractères cliniques.

On désigne sous ce nom Vagitation involontaire des parités du ^rps par des oscillafions. Nous examinerons successivement lans quelles circonstances ce trouble se produit, quelle forme I revêt et quel en est le mécanisme.

Toutes les causes qui abattent les forces peuvent, par cela Qè.nae, donner lieu à un tremblement ; on observe ce symptôme

(1) Hammond, Traité des maladies du système nerveux^ trtd. par Labadle- Agrate. Paris, 1879.

yV Charcot, ouvrage cité. — P. Oulmont, Thèse de Paris. \3; Fcmet, TbèM d'agrégation. 1879.

chez les convalescents de maladies adynamiques, et particulièrement de fièvres graves, chez les sujets atteints de cacbeiie -et chez les vieillards.

Le tremblement sénile apparaît à une période plus ou mob avancée de la vie ; il est loin d'atteindre tous les sujets â: Après avoir débuté lentement par les muscles du cou eUc:. •des membres supérieurs, il s*étend progressivement ; il mu que lorsque Tindividu est au repos, mais les contractions néccr saires à la station assise sufOsent à le produire. Il affecte i^ bonne heure la tête et lui communique des oscillations Uatôtlatérales et tantôt antéro-postérieures (tremblements né^r -et affirmaiifde Sanders); quand il atteint les membres inféfiea^ •il rend la marche incertaine et oscillante.

Le tremblement est souvent d'origine toxique; nous citero:: parmi les poisons qui peuvent lui donner naissance, l'alcool, plomb, le mercure, le tabac,ropium,les champignons, la café.:: et divers alcaloïdes, la cicutine, Taconitine et la colcbicine.' -est la manifestation la plus constante de Talcoolisme cb* nique; il occupe alors surtout les extrémités des doigts eld^ vient plus apparent lorsque Ton invite le malade à mainln les mains dans l'extension ; chacun des doigts se trouve agité u •des oscillations rapides et peu étendues; le membre supéric* tout entier devient souvent le siège de secousses à ToccaM des mouvements volontaires ; dans le cas de délire aigu, : Tiolence et la fréquence des secousses augmentent beaucoii:

Le tremblement mercuriel(l) se manifeste d'abord parue fine trémulation de la pointe de la langue et par de légères c^^ <^illationsdes doigts ; récriture devient hésitante; à un degré p' • prononcé, les mouvements volontaires sont troublés par û^ contractions énergiques; si le malade cherche à exécutt*r :^ mouvement déterminé, si par exemple il veut boire, il oep'vient qu'avec difficulté à saisir son verre et à le porter â^* bouche, le membre soulevé décrit des oscillations d'autant p-* brusques et plus amples que le but est plus près d'être atleii^' le mouvement est troubla par les contractions violentes c^ antagonistes et quelquefois par des secousses dans les groupe? musculaires les plus voisins ou même dans tout le corps «'^

( I } Uallopeau, Du mercure ^ action physiotogique et thii^peutiqw. Pvi*> '' ^

DlîS TKOUULliS DES FONCTIONS D'INNERVATION. 62»

Duscles soustraits à l'influence de la volonté peuvent également ire intéressés; chez un de nos malades, des contractions vioenles etspasmodiquesdescrémasters produisaient à chaqae insiDl l'ascension des testicules. Au début les malades ont surtout le la peine à exécuter les menus ouvrages, ceux qui exigent des Douvements précis et délicats ; plus tard, s'ils veulent écrire, es caractères qu'ils tracent sont irréguliers, car leur main est Bcertaine et inhabile; leur démarche est oscillante. Il vient un moment où le désordre est tel que Ton est obligé de donner à manger aux malades et de les habiller comme des enfants ; !& Iremblement de la langue produit avec celui des lèvres une gène de l'articulation assez considérable pour les empêcher de se faire comprendre. Ces mouvements augmentent sous l'influence des émotions morales et de la fatigue; ils peuvent diminuer pendant l'ivresse, et c'est là un fait important, car on peut en conclure que le tremblement alcoolique et le tremblement mer* curiel résultent de troubles inverses de la contraction; nous verrons en effet plus loin que l'un est très probablement paralytique et l'autre convulsif.

Le tremblement saturnin est beaucoup plus rare que les précédents ; il offre beaucoup d'analogie avec celui des alcooli-^ ques ; il coïncide d'habitude avec un certain degré de paralysie (1).

Les tremblements produits par le tabac, le haschisch, l'opium, le camphre, les champignons, la fève de Calabar, la cicutine, laconitine et la colchicine n'ont été que mentionnés par les auteurs ; on ne peut en donner actuellement la description.

Le tremblement est fréquent dans les maladies du système nerveux central ; il est loin de s'y présenter toujours sous la même forme.

Daus la paralysie agitante^ il débute d'ordinaire lentement par l'extrémité de l'un des membres ; il gagne peu h peu en intensité, en persistance et en étendue. Quand la maladie est confirmée, il est à peu près incessant ; cependant les malades peuvent, par un effort de volonté, l'arrêter momentanément, et il cesse souvent à l'occasion des mouvements volontaires. 11 est peu étendu, rapide et régulier ; aux mains, les oscillations

(1) Lafont, Étude sur le tremblement safWTtin, Paris, 1869.

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rhythmiques rappellent l'image de certains mou?ements coordonnés ; elles sont comparables à celles qu*exige ractiou de roulerune cigarette ou d*émietter du pain. La tète ne trembk pas, elle subit seulement les mouvements qui lui sont commoniques (1).

Dans la sclérose en plaques^ le tremblement est très analoguei celui du mercurialisme ; comme lui, il ne se manifeste guère qu*à l'occasion des mouvement volontaires; comme lui, il augmente d'intensité à mesure que le but est plus près d'être atteint.

Dans la paralysie générale, le tremblement est de même presque constant; si Ton invile le malade à propulser la langueje mouvement s'accomplit irrégulièrement et l'organe est agité par des ondulations de durée inégale et d'intensité variable qui qui se produisent tantôt dans un point, tantôt dans un autre i . au bout de quelques instants les oscillations augmentent d'étendue et deviennent convulsives ; des mouvements analogues se produisent dans les muscles de la face lorsque le malade veut parler; les mouvements delà main sont de même irrégulièrement exécutés ; l'écriture est le plus souvent modifiée.

L'bémiplégie ancienne s'accompagne parfois, quand elle e^t incomplète, d'un tremblement qui survient à l'occasion des mouvements volontaires et rappelle celui de la sclérose en plaques.

Dans les maladies de la moelle, le tremblement se manifeste le plus souvent sous la forme d'une trépidation convulsive que l'on peut provoquer en relevant brusquement la pointe du pied, mais qui se produit aussi spontanément quand le malade met pied à terre ou veut faire un mouvement.

Les contractions ûbrillaires que Ton observe souvent daa< l'atrophie musculaire progressive peuvent quelquefois donner lieu à de légers mouvements.

§ 2. — Physiologie pathologique.

Si l'on compare les diverses formes de tremblement que nous venons d'énumérer, on reconnaît qu'elles peuvent être partagées en deux groupes très distincts : dans l'un, les oscillations

(1) Cliarcot, Leçons sur tes maladies du systhne nerveux^

(2) Fernet, Des tremblements. Thèse d'agrégation. 1872.

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»ont légères, et elles coïncident avec un affaiblissement de la notilité ; dans Taulre, les contractions qui produisent les oscillations ont un caractère convulsif; celui-là comprend les trem- )lements de la paralysie agitante, de Talcoolisme et du salurlisme, celui-ci le tremblement mercuriel et celui de la sclérose >n plaques. On est conduit ainsi à admettre deux espèces de remblements, le paralytique et le convulsif ; Tun et Tautre emblent se rattacher à un trouble dans la contraction des Duscles.

On sait que la contraction musculaire normale résulte delà usion d*un nombre relativement considérable de secousses trente environ): c*estun tétanos physiologique ; on peut conceoirde plusieurs manières la transformation delà contraction ré* ulièreen contraction tremblée. En premier lieu ce phénomène levra se produire si le nombre des excitations parties de la noelle et des secousses qui en sont le résultat devient insufflant : le télanos physiologique ne se réalise que si les secousses e succèdent assez rapidement pour se fusionner; chacune des ecousses non fusionnées donne lieu à une oscillation : le mouement est tremblé. MM. Marey et Brouardel, dans une série 'expériences entreprises sur la demande de M. Fernet, ont onstaté ce ralentissement des secousses dans la sclérose en laques, le tremblement mercuriel et le tremblement saturnin.

11 doit également survenir du tremblement quand les secous- ?s sont d*une intensité inégale par le fait d'une paralysie in- Dmplète ou d'une excitation trop forte ; le tremblement sera aralytique dans le premier cas, convulsif dans le second.

Le tremblement qui se produit au repos peut s'expliquer *une manière analogue ; ce n'est plus la contraction, mais la )nicité musculaire qui est enjeu; les excitations qui normalement partent incessamment de la moelle pour donner aux musles leur tonus ne sont pas d'égale intensité, et il en résulte ne trémulation continue produite par la prédominance alterative des antagonistes ; c'est ainsi vraisemblablement qu'il lut interpréter le tremblement continu que l'on observe dans i paralysie agitante et chez les vieillards.

Quel qu'en soit le mode de production, le tremblement paûi se rattacher à un trouble dans les fonctions de la moelle ou u bulbe; rien n'autorise à admettre avec Spring un tremble-

ment lié à un Irouble primitif dans la contraction des muscles: les affections des nerfs périphériques ne donnent pas lieu à > symptôme, non plus que celles du cerveau; si^ en effet, ce: organe produit des mouvements par les incitalions volonUirb il n'intervient en aucune manière dans leur exécution ; or, !^ Ircmblement est un trouble d'exécution; et dans les cas descéphalopalhie où il se manifeste, on trouve simuitanémenl cr lésions spinales ; il en est ainsi dans l'alcoolisme et la paralysie générale, il en est de même dans les cas de tremblement ;<'«hémiplégique, qui peuvent être rapportés à la dégénération îr condaire des cordons latéraux et de la substance grise.

Une expérience de M. Yulpian prouve que le trembleootiit toxique, produit chez les grenouilles par la nicotine, est sû&' l'influence du bulbe: persistant après l'ablation des autres parties de l'encéphale, il cesse lorsque l'on vient à séparerlamocl de cet organe.

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