‹ Traité élémentaire de pathologie générale; comprenant la pathogénie et la physiologie pathologiqueChapitre 16 sur 198 · DES APTITUDES MORBIDES. S · texte numérisé non relu

DES APTITUDES MORBIDES. S

§ 6. — De la réeeptlTité et de rimmiinltè morbides.

La péoélration dans un organisme de l'agent spécifique qui constitue le germe d*une maladie infectieuse ne suffit pas i en assurer le développement ; il faut encore que cet organisme constitue un milieu favorable à son évolution; suivant qu*il réalise ou non cette condition essentielle, on dit qu*il est en état de réceptivité ou d'immunité morbide ; la réceptivité peut être forte ou faible, Timmunité complète ou incomplète, temporaire ou définitive.

L'importance de ces éléments est grande en étiologie générale. Us varient avec les espèces, les races et les individus ; ils varient d'un moment à l'autre chez le même sujet; ils va* rient enfin pour chacune des maladies spécifiques.

La plupart des maladies infectieuses appartiennent en propre à certaines espèces animales et ne se développent pas chez les autres; celles mêmes qui sont communes à plusieurs espèces présentent le plus souvent des caractères spéciaux chez chacune d*entre elles ; on voit ainsi la variole présenter des caractères différents chez Thomme, la vache et le cheval; le charbon humain n'est pas identique au sang de rate.

Les différences de réceptivité liées à la race et aux prédispositions individuelles ne sont pas moins considérables; on sait combien les nègres sont réfractaires à la fièvre jaune et avec quelle facilité les Anglo-Saxons et les Slaves contractent le typhus. Étant donné un certain nombre d'individus qui subissent l'influence d'un même agent contagieux dans des conditions en apparence semblables, la maladie est loin de se développer chez tous avec ses caractères typiques; elle offre chez quelques-uns si peu d'intensité qu'elle est à peine reconnaissable; d*autres sont atteints d'accidents graves qui appartiennent aux formes malignes et déjouent tous les efforts de la thérapeutique; plusieurs enfin restent indemnes. Il n'est pas d'épidémie, si grande que soit sa puissance d'extension, qui n'épargne une partie, ordinairement la plus grande, de la population.

Les différences de réceptivité que présente un même sujet aux différentes périodes de sa vie et suivant les conditions dans

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lesquelles il se trouve ne sont pas moins frappantes. En thèse générale, on peut dire que la réceptivité diminue graduellement avec les progrë^ de Tâge. Elle est ordinairement plus considérable chez les individus faibles, mais cette règle est loin d*ètre absolue, et Ton voit au contraire quelquefois les plus robustes être les premiers frappés ; on ne peut nier cependant que Tétat de débilité provoqué parles maladies antérieures, par les excèb et par la misère ne diminuent la résistance aux influences épidémiques et à la contagion.

L'exactitude de cette proposition a été maintes fois constatée pour le choléra et nous avons pu nous-même la vérifier dans les épidémies qu'il nous a été donné d'observer; un fait qui nous est personnel prouve qu'elle est également vraie pour la variole.

Certaines maladies, pendant le cours môme de leur évolution, semblent augmenter la réceptivité pour certains contages; c'est ainsi que le pharynx, chez les scarlatineux, constitue un terrain favorable au développement de la diphthérie, et que la scrofule prédispose au favus et à la phthisie.

Chez les animaux, la prédisposition créée par certaines maladies infectieuses semble se transmettre à la descendance. Pasteur a observé que les vers à soie nés de sujets atteints par lapébrine contractent plus aisément la flacherie (I).

Les conditions auxquelles est liée la réceptivité sont généralement inconnues. On sait, il est vrai, que l'acidité de la muqueuse buccale favorise le développement de l'oïdium albicans, et qu'elle en est la condition sine qua non; d'autre part, Pasteur a montré que la bactéridie charbonneuse ne vit que dans des conditions de température déterminées, qu'elle ne se développe pas chez les oiseaux en raison de la chaleur considérable que présente le sang de ces animaux, et qu'on peut leur faire perdre leur immunité en les refroidissant artificiellement; mais ce ne sont là que des jalons indiquant la voie dans laquelle il faut chercher; il ne faut pas se dissimuler qu'elle est pleine d'obstacles.

Les causes qui diminuent ou abolissent la réceptivité créent par cela même une immunité relative on absolue. Ce sont d'a-

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