DE LA MORT
Quelque définition que l'on donne de la vie, on peut dire que la mort en est la cessation. La vie est un phénomène complexe : tous les êtres vivants, k l'exception de certains pro-
(1) lUthery, OQTrtge cité.
(}) bicliat, La vie et la mort, — DleaUfoy, article voit du Nouveau die» tionnaire do Jaceoad. — Berlin, article mobt da Dictionnaire encyclopédique. — Ferrmnd, Étude tur la mort. I8u6.
tistes, peuvent être considérés comme des agglomérais d*éléments qui ont chacun leur existence indépendante ; « chaque animal représente une somme d'unités vitales (!) • dont chacune porte en elle-même les caractères complets de la vie et a son activité propre; à côté de ces vies partielles, il faut distinguer la vie générale à laquelle elles sont subordonnées: c'est celle-ci dont la cessation constitue à proprement parler la mort ; à Tétat physiologique, en effet, il se détruit nécessairement un certain nombre d'éléments; les cellules épithéliales. en particulier, sont en voie continue de destruction et de rénovation; ces morts partielles sont une des conditions de layie.
Pour que la vie générale persiste, il est nécessaire, chei Thomme, qu'un certain nombre de fois par minute le sang soit lancé par le cœur dans les capillaires des poumons, qu'il s'y charge d'oxygène, et qu'il pénètre ensuite dans le bulbe pour} entretenir Tactivité du centre respiratoire : qu'un de ces actes vienne à faire défaut, les battements du cœur s'arrêtent bientôt; le sang et la lymphe ne viennent plus fournir aux éléments les matériaux nécessaires à leur nutrition, ils meurent dans leur ensemble peu de tçrops après la suspension de la vie générale.
La mort est dite naturelle quand elle survient, sans maladie, par le fait des progrès de l'âge. Les organes ne fonclion* nent qu'en s'usant; il vient un moment où ils deviennent impropres à l'entretien de la vie qui s'éteint doucement et sans lutte , mais c'est là un fait très exceptionnel ; presqiie constamment, même dans la vieillesse la plus avancée, la mort est le résultat d'une maladie, elle est dite alors acndentelle. La plupart des auteurs qui ont étudié le mode de production sont arrivés à conclure avec Bichat qu'elle peu! survenir par le cœur^ Vencéphale ou le poumon. Nous verrt)D> cependaut que cette manière de voir a été dans ces derniei^ lemps sérieusement contestée.
Toutes les causes qui amènent l'arrêt des contractions ca^ diaques provoquent par cela même la suspension de la vie; ii faut citer la rupture du cœur, l'atrophie des fibres musculaires qui constituent ses parois, et l'excitation des nerfs modérateon que lui fournissent les pneumogastriques; le refroidissemefltet
(1) Virchow, Pathologie cellulaire. Édition revue par I. Sln«f,p. 17.
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réchauffement de Torganisme peuvent tuer également eu amenant Tarrôt du cœur.
La mort peut être provoquée subitement par une lésion du bulbe, rapidement par une lésion du cerveau ; elle survient alors par l'intermédiaire du cœur ou du poumon, dont les fonctions sont entravées par le fait du trouble que subit Tinnervation bulbo-protubérantielle. D'après le professeur Jaccoud (1), la perturbation fonctionnelle de Fencéphale peut également amener la mort dans les maladies générales : sous l'impression d'un sang altéré, l'excilabilité de cet organe s'affaiblit, il en résulte un trouble dans les fonctions bulbo-protubérantielles, et par suite la paralysie des vaso-moteurs du poumon, la congestion de cet organe, l'hypersécrétion bronchique et l'asphyxie: it l'innervation centrale a fait défaut et l'asphyxie s'est produite avec le même mécanisme» avec les mêmes lésions que chez les animaux dont on a coupé les nerfs vagues au cou. »
La mort est souvent déterminée par un trouble dans les fonctions des poumons et l'asphyxie qui en résulte; c'est ainsi que tuent le plus ordinairement les maladies des voies respiratoires ; il en est de môme des maladies qui altèrent assez profondément les globules rouges pour les mettre hors d'état de suffire à l'hématose; M. Bertin admet que les choses se passent suivant ce dernier mécanisme dans la plupart des maladies générales.
Le plus souvent la cause de la mort est complexe; Tarrêt du cœur entraîne l'asphyxie et la paralysie bulbaire; celle-ci paralyse les mouvements respiratoires. Les poisons qui amènent l'asphyxie en rendant les globules rouges impropres à l'hématose provoquent secondairement des troubles dans les fonctions du cœur, du bulbe et du poumon. En réalité, l'on peut dire avec Dieulafoy (S) qu'il n'y a que deux manières de mourir, par syncope et par asphyxie^ la première plus rapide, la seconde plus lente ; les lésions cérébrales et les altérations du sang ne tuent que par l'un ou l'autre mécanisme.
La mort peut être subite ou précédée par une période de transition que l'on nomme Yagonte.
1) Jaccoud, article aoonib du Nouveau dicUonnaire de médecine et de chirurgie pratiques.
(2) Dieulafoy, article cité.
La mort subite ne s*observe que dans les cas de syncope ; celle-ci peut résulter d*une rupture du cœur, d'une altération de ses parois, d*une insuffisance aortique, d*une angine de poitrine ou d*une lésion soudaine du bulbe rachidien.
La dénomination d*agonie (de dyiiv, combat) a été donnée par les anciens à la période de transition qui précède la mort parce qu'ils la considéraient comme une lutte entre la vie et la mort; MM. Jaccoud (i) et Parrot s'élèvent à juste titre contre cette conception : le début de cette période marque précisément la fin de la lutte ; « l'agonie n'existe que lorsque le combat est terminé. »
Il est difficile de déterminer avec précision le moment où elle commence ; la perte de connaissance et le stertor n*en constituent pas des signes suffisants, car ils peuvent se produire chez des sujets qui bientôt après reviennent à la santé; il en est ainsi par exemple des épileptiques; les- mêmes symptômes peuvent être observés dans des cas d*apoplezie cérébrale qui ne se terminent pas d'une manière fatale..
Dans Tagonie, les désordres sont tels que la mort est certaine dans un bref délai ; une des fonctions essentielles à la vie est anéantie ou compromise à tel point que Texistence n*est plus possible ; les autres fonctions persistent un certain temps et ne s'éloignent que graduellement; d'après Parrot (2), c'est le cerveau qui meurt le premier; «l'agonie est le temps pendant lequel le moribond survit à la mort de cet organe. » Pour M. Jaccoud, l'agonie est une asphyxie lente, provoquée par une altération de l'appareil respiratoire, du cœur ou du cerveau ; les phénomènes et les lésions sont identiques à ceux de faspbyxie (3).
Le tableau symptomatique est des plus saisissants : le malade Cbt dans le décubitus dorsal, insensible aux excitations; les membres sont dans la résolution ; il peut s'y produire quelques mouvements convulsifs ; la connaissance est abolie os profondément obscurcie ; les yeux sont à demi clos ou complètement fermés; les pupilles, ordinairement dilatées, restent insensibles à l'action de la lumière ; les cornées sont troubles et sans éclat ; tantôt la face se cyanose et se couvre de sueurs froides,
(1) Jaccoud, article agonie da Nouveau dictionnaire.
(2) Parrot, article agonis du Dictionnaire encyclopédique,
(3) Jaccoud, article cité.