‹ Traité élémentaire de pathologie générale; comprenant la pathogénie et la physiologie pathologiqueChapitre 4 sur 198 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

Présenté sous une forme succincte, qui le met à la portée des élèves en médecine et des praticiens, ce livre peut servir d'introduction aux traités de pathologie médicale et chirurgicale; il est nécessaire, en effet, avant d*aborder Tétude de chaque maladie en particulier, de savoir ce que c'est que la maladie en général ; avant de s'occuper des inflammations et des gangrènes de tel ou tel organe, il faut connaître les caractères généraux de Tinflammation et de la gangrène, et. Ton ne peut comprendre la symptomatologie d une affection déterminée, si Ton n'a pas étudié préalablement le mode de production et la physiologie des troubles fonctionnels auxquels elle donne lieu. On voit qae l'intérêt pratique de ces études va de pair avec leur importance théorique.

Xous sommes arrivé, sur beaucoup de points, à des conclusions différentes de celles qui étaient considérées comme vraies il 7 a peu d'années : les doctrines de Yirchow, en particulier, sont bien ébranlées ; c'est que notre science est en éTolution et que ses progrès sont incessants.

Nous nous sommes efforcé d'exposer ceux qu'elle a accomplis dans ces derniers temps, sans méconnaître l'importance des observations qu'ont accumulées nos devanciers et que nous a transmises la tradition.

H. Hallopiau.

16 février 1884.

DE

PRIiNCIPES ET DÉFINITIONS

La pathologie générale est la science qui étudie dans leur ensemble les troubles de la santé et s*occupe d'en déterminer Torigine, les caractères généraux et la nature. Elle doit, à cet effet, en rechercher les causes, faire connaître les éléments que Tanaiyse permet d'y distinguer, c'est-à-dire les processus et les symfftômeSf les classer suivant leurs rapports de subordination en groupes naturels, les affections et les maladies, et en indiquer les différents modes d'évolution. On lui associe habituellement, €t nous nous conformerons à cet usage, Tétude, appartenant à Vart médical, des règles générales du diagnostic, du pronostic et du traitement; elle mérite alors le nom de médecine générale.

Avant d'entrer en matière, nous devons définir les différents icrmesdont nous venons de nous servir.

Sous la dénomination de troubles de la santé ou de phénomènes morbides nous comprenons tous les désordres qui surviennent dans In constitution, les fonctions et l'évolution de l'organisme.

Oq peut concevoir de la manière suivante l'enchaînement des phénomènes qui aboutissent à la constitution d'un état morbide : une influence nuisible s'exerce sur^l'organisme et y provoque une série de troubles fonctionnels et de changements

Hallopbao. — Pathologie générale. 1

matériels {lésions)^ dont l'ensemble représente un processtis morbide ; celui-ci entraîne à son tour des troubles secondaires que Ton appelle symptômes; ce sont là les éléments morbides. On donne, dans le langage usuel, le nom A' affection (itaOoç) au groupe de phénomènes constitué par un processus anormal et les troubles qui lui sont subordonnés, abstraction faite de leur cause; on réserve celui de maladie (voaoç) à une évolution morbide considérée dans son ensemble : la péricardite, la bronchite, rhémorrhagie cérébrale et la gastrite sont des affections; la syphilis, Tasthme, la grippe et la goutte, sont des maladies.

L'évolution de la maladie est souvent complexe, car, dans beaucoup de cas, les lésions et les symptômes produits par la cause initiale engendrent à leur tour des désordres secondaires qui peuvent eux-mômes en produire d'autres ; de nombreuses affectiom peuvent ainsi se développer sous l'influence d'une môme cause initiale et constituer les manifestations diverses et multiples d'une seule et môme maladie; telles sont les séries de néoplasmes qui se développent sous l'influence de la syphilis et peuvent produire à leur tour d'autres lésions; telles sont les affections multiples qui évoluent sous l'influence d'une lésion vasculaire qu'a provoquée elle-môme une maladie antérieure.

La distinction que nous avons établie entre Vaffection et la maladie est nécessitée parles besoins du langage, car on ne peut logiquement employer une môme dénomination pour désigner les groupes de phénomènes qu'elles représentent ; si par exemple nous disons que la syphilis est une maladie, nous ne pouvons appliquer le môme nom à chacune de ses déterminations cutanées, osseuses ou viscérales: on a besoin d'étiquettes différentes pour catégoriser d'une part l'ataxie locomotrice progressive, la rougeole et la diphthérie, de l'autre lesarthropathies, les broncho-pneumonies et les paralysies, qui comptent parmi leurs manifestations (1).

(1) P.-E. Chauffard et Maurice Raynaud, adopunt le langage de Técole de Montpellier, ont employé le mot affection dans un sens très différent de celui que nous lui attribuons : « L'affection, dit Chauffard, c'est la maladie envisagée dans sa conception vivante, dans sa cavL$e vraie, dans sa raison adéquate,, dans son principe prochain, » Cette acception ne nous parait conforme ni à la tradition ni à Tusage. Le mot latin affecitu servait à traduire deux mots grecs 5ia0éot; et TcàOo; ; SiaOéai; signifiait état pa^manent, il a passé dans

Il n*y a pas opposition entre les affections et les maladies telles que nous les comprenons : les affectioru représentent les troubles de la santé considérés dans leurs rapports avecles processus morbides (telles sont la pneumonie, l'angine, et la gangrène); les maladies sont les troubles de la santé considérés dans l'ensemble de leur évolution et par conséquent dans leurs rapports avec la cause qui domine cette évolution (telles sont la variole, la pneumonie a frigoreet la dipbtbérie) (1).

C'est en effet la cause initiale qui fait Vuniié de la maladie. L'exactitude de cette proposition est incontestable pour les infections etles intoxications ; elle ne Testpas moins pour les maladies accidentelles et diathésiques. On nous objectera qu'une même cause, un refroidissement par exemple, peut donner lieu à des maladies différentes, et c'est pour cette raison que Parrot réservait le nom de maladies aux affections et groupes d'affections de cause unique et propre. Cette définition nous parait être bonne; elle ne diffère pas essentiellement de celle que nous avons adoptée; mais nous croyons devoir l'appliquer à beaucoup d'états morbides que Parrot se refusait à considérer comme des maladies, car, suivant nous, tout ensemble pathologique primitif a sa cause unique et propre, si par cause on entend seulement la cause suffisante, complète et prochaine et non les causes occasionnelles ou apparentes. Le refroidissement qui provoque le développement d'une pneumonie n'en est pas la cause suffisante, car d'autres éléments, et particulièrement une prédisposition indéterminée, mais toute spéciale

Dotre langae a^ec un Bons un peu différent ; TcdOoc était pour les anciens le terme générique qui servait à désigner les troubles de la santé : « quidquid aliquis perpesaus fuerit iciOo; appeliandum est » (Platon) (*). Nous sommes donc d'accord avec^les anciens en appelant affections les états morbides considérés en eux-mêmes et indépendamment des conditions dans lesquelles ils se présentent; cette interprétation est d*ailleurs consacrée par le langage courant, car les médecins se servent fréquemment du mot affection pour désigner les états morbides auiquels le nom de maladie ne peut convenir, tels que, par eiemple, le foie cardiaque, les pneumonies secondaires, Tarthropathie tabétique, etc.

(1) En faisant entrer dans la définition de la maladie l'idée d*une éTolntion qui se continue, nous en séparons par cela même les mairormations et les infirmités qui représentent les vestiges d'un travail morbide ancien ou d'un trsable dans l'évolution fœtale.

(*) Citatioa de Gali«a, Ds sjfmptomatum di^trentik.

ont dû intervenir, et c*est en réalité Faction combinée de Tinfluence accidentelle et de cette prédisposition qui doit être considérée comme la cause vraie ; on peut donc lui appliquer la définition deParrot. 11 en est de même a /breton quand la prédisposition, au lieu d'être indéterminée comme dans la plupart des cas de pneumonie franche, est une diathèse.

En fait on ne peul concevoir qu'un état morbide primitif puisse se produire sans l'intervention d'une cause qui lui soit propre et par conséquent notre définition, comme celle de Parrot, ne sera en réalité, sous une forme un peu différente, que celle de Galien (1) : vdooç iXçrf\xoii xaraaxcui^ tiç ouva irapa &uffiv Zf\ç htç,yiioL pXaicTCTat itpf&Twç (constitutio qusedam prmter naturam qua primum aclio Isditur) (2).

(1) Galien, De tymptomatum differentiis,

(2) A l^époque contemporaine, Bazin, ainsi que M. Cliauffard et Maurice Raynaud ont fait également entrer l'idée de cause dans la déflaitioD de la maladie : pour Bazin, m la maladie est un état accidentel et contre nature de l'homme qui produit et développe un ensemble de désordres fonctionnels et organiques » ; cet état accidentel n'est autre que la cause prochaine, telle que la comprenaient les anciens, et, d'après eux, Boerhaave et Gaubius (*). « Causa proxima morbi appellatur tota iila que totum Jam prœsentem morbum directe constituit; h sec semper est intégra, sufficiens, prœsens^ totius morbi. sive simplex fuerit, sive composita ; hujus priesentia ponit, continuât morbum.» ( Boerhaave.)

Pour Maurice Baynaud (**), la cause morbiAque dominait tous les éléments de la maladie, et par cause morbifique, il entendait celle qui donne le branle et l'impulsion première à toute la série des actes morbides.

(•) Boerhaave, Instilutiones, 74L

(**) M. Raynaud. articlt; malàdiv du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chiruryie pratigxtes.Varis, 1875, tome XXI, p. 1^6.

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