ARTICLE VI. — MODE D ACTION DES AGENTS INFECTIEUX
On peut diviser à ce point de vue les agents infectieux en trois catégories suivant que leurs effets restent localisés en une ou plusieurs parties de l'organisme, qu'ils se généralisent d'emblée ou que, d*abord localisés, ils se généralisent secondairement.
Ceux qui produisent le chancre mou, la pourriture d'hôpital, le phagédénisme, les boutons exotiques, la coqueluche et la stomalite ulcéro-membraneuse sont et demeurent localisés. Ces maladies infectieuses peuvent, il est vrai, donner lieu, dans certains cas, à des troubles de la santé générale, mais ceux-ci n'oDt rien de spécifique; ils résultent soit de la pénétration dans le sang d'agents pyrétogènes (fièvre), soit de troubles provoqués à distance dans les fonctions des centres nerveux, mi de la déperdition de matériaux organiques qu'entratne l'affection spécifique, soit d'effets purement mécaniques de la localisation initiale (tels sont les vomissements et les hémorrhagies dans la coqueluche).
Les localisations multiples résultent soit de plusieurs inocolations concomitantes ou successives, soit d'autres inoculations secondaires, comme il anive souvent pour le chancre simple et pour les végétations vénériennes, soit enfin du transport de l'agent infectieux par les lymphatiques ou par les veines en d'autres organes où il détermine secondaire ment des lésions semblables à celles qui caractérisent Taffection initiale. Il en est ainsi par exemple pour la gangrène : des particules émanées du foyer passent à l'état d'embolies et viennent s'arrêter dans l'un des poumons; il se produit dans cet organe un foyer gangreneux secondaire qui peut devenir à son tour le point de départ d'autres embolies et d'autres localisations. C'est par un mécanisme analogue que les bubons consécutifs aux chancres simples deviennent eux-mêmes chancreux : le virus transporté par les lymphatiques dans les ganglions inguinaux y détermine une inflammation qui aboutit à la suppuration et à la formation d'un ulcère qui offre tous les caractères de l'accident initial et comme lui peut être inoculé et devenir phagédénique.
La blennorrhagie est une maladie locale susceptible d'affecter
228 ÉTIOLOGIE.
des organes très éloignés de la région primitivement affectée. Nous ne parlons pas de Torchite qui peut être attribuée à une propagation directe de Tinflammation, ni des ophthalroies que provoque directement le contact du pus transporté par les doigts, mais des artbropathies ; il est très probable qu'il s'agit là de lésions dues à la pénétration dans Torganisme de Tagent infectieux.
On peut invoquer à Tappui de cette interprétation, formulée par M. Boucbard (1), les recbercbes de Pétrone qui a trouvé dans le liquide des artbropathies blennorrhagiques des micrococcus. Les caractères cliniques de ces manifestations articulaires montrent d'ailleurs qu'elles n'appartiennent pas au rhumatisme; et le mécanisme de l'action réflexe, invoqué par un maître d'une grande autorité, n'explique pas comment elles se produisent tantôt dans Tun des genoux, tantôt dans les séreuses tendineuses do dos de la main, tantôt dans le coude, Tépaule» ou la mâchoire.
Nous rangerons encore, parmi les maladies infectieuses locales, la dysenterie et la diarrhée de Cochinchine; peut-être, comme nous l'avons indiqué déjà (page 190), faut-il y ajouter le choléra, malgré la gravité extrême des symptômes généraux qui le caractérisent; le fait essentiel dans cette maladie parait être en effet la gastro-entérite spécifique, et cette affection locale suffit, ainsi que nous le verrons plus loin, à rendre compte de tous les phénomènes que l'on y observe comme elle rend compte de ceux que Ton observe dans les empoisonnements par les drastiques.
' Parmi les maladies qui sont primitivement localisées et st généralisent ensuite, nous citerons en première ligne la diphtàérie. L'affection spécifique est d'abord limitée à une surface tégumentaire, le plus souvent à celle de l'isthme du gosier ou du pharynx ; elle se propage de proche en proche aux parties voi- ! sines, gagne par les lymphatiques les ganglions correspondants, et assez souvent se transporte, par une sorte d'inoculation secondaire, à d'autres muqueuses; puis surviennent des phénomènes généraux, une albuminurie symptomatique d'une néphrite infectieuse, l'altération du sang et des troubles de l'innervation;
(1) Ch. Bonchtrd, Leçons inédites professéei à la Faculté de médeàne dt Paris en 1880.
l'agent infectieux primitivement localisé a envahi tout l'organisme.
Les choses se passent de môme dans Térysipèle infectieux ; le contage, d*abord localisé dans le tégument externe ou interne, pénètre dans le sang et dans les viscères, comme en témoigne Talbuminurie avec expulsion de microbes étudiée par M. Bouchard.
Dans la pustule maligne, la syphilis, la morve, la tuberculose et probablement aussi la rage, la vaccine et la variole inoculées, il s agit également de maladies primitivement localisées qui se irénéralisent plus ou moins rapidement.
Dans la pustule maligne, la localisation de la lésion initiale D*est pas douteuse, car si on détruit les tissus qu'elle atteint par le fer rouge ou mieux par les caustiques parasiticides tels que le sublimé (1 ), on empêche, par cela même, Tapparition des phénomènes généraux; ceux-ci au contraire se manifestent pour ainsi dire à coup sûr si la maladie est abandonnée à son évolution naturelle. Rappelons, à ce propos, qu'à côté de cette forme, le charbon en/ présente une autre dans laquelle il parait être d'emblée généralisé, et enfin une troisième où il se localise primitivement dans l'intestin (mycose intestinale).
Dans la syphilis, la maladie est localisée au point d'inoculation pendant toute la période d'incubation. On peut s'expliquer de la manière suivante la marche des phénomènes : l'agent infectieux, déposé dans les couches superfidellesdel'épiderme, y subit une élaboration qui correspond à l'incubation ; puis il ^ent un moment où les produits de cette élaboration pénètrent dans le derme sous-jacent, s'y accumulent et y déterminent un processus irritatif qui amène la formation de l'induration chancreuse ; au début de cette formation la maladie est peut- ^Ire encore localisée, mais ce n'est que pour hien peu de tcinps, car les expériences dans lesquelles on a voulu en enrayer le développement par la destruction du chancre ont presque constamment, si ce n'est constamment, échoué, alors même qu'elles ont été pratiquées dans les heures qui ont suivi l'apparition de l'induration. Il est bien probable que dans les cas
(0 HtUopetn, Du mercure; action physiologique et thérapeutique. Paris,
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considérés par Âuspitz comme des succès il s'agissait de chancres simples. Les doctrines unicistes paraissent en effet dominer encore en Allemagne, contre tout<^ évidence.
L'infectieux syphilitique pénètre ensuite dans le système lymphatique et se transporte d'abord dans les ganglions directement en rapport avec la lésion initiale (ganglion direct du professeur Fournier), puis dans les vaisseaux lymphatiques qui en émanent et enfin, vraisemblablement, dans tout l'organisme; c'est alors que le sang est inoculable (Pellizari) ; mais cette période n'est pas de longue durée, et il vient un moment où la maladie semble se localiser de nouveau ; le sang non plus que le sperme ne peuvent plus la transmettre; une lésion traomatique guérit alors le plus souvent aussi bien chez un syphilitique que chez un sujet sain (1). Les localisations qui persistent sont le plus souvent multiples : il semble que l'infectieux forme un certain nombre de dépôts dans lesquels tantôt il reste inactif comme le font les spores dormantes du charbon, tantôt il évolue lentement et se multiplie en donnant naissance autour de lui à une série de dépôts secondaires qui deviennent à leur tour des centres de multiplication. Cette marche peut être aisément suivie quand on observe pendant un certain temps des plaques de syphilides papulo-tuberculeuses. La réapparition après vingt ou trente ans d'accidents chez des sujets qui semblaient guéris s'explique par la persistance à l'état latent de semblables dépôts dans des régions où ils ne donnent lieu à aucun désordre appréciable, bien plus que par l'existence d'une dia thèse purement hypothétique. Gela ne veut pas dire que l'organisme ne reste pas modifié dans son ensemble; le fait qu'il est devenu presque constamment réfractaire à une nouvelle infection en fournit la preuve incontestable.
La morve et la tuberculose semblent de même se localiser d'abord dans la partie qui sert de porte d'entrée au contage.
Dans les cas de morve inoculée, il se produit d'abord une lésion dans le point où le contage a été introduit, et ce n'est
(1) Noos avons vu une plaie contuse divisant la lèvre supérieure chexoc sujet atteint d*une syphilis en pleine évolution secondaire guérir par premi^ intention, alors que la lésion était assez grave pour que le chirurgien eût bésité à pratiquer la réunion immédiate. Il n'en est pas toujours ainsi, et l'on voit quelquefois des traumatismet provoquer des manifestations locales de !» buladie.
qu*au bout d*un certain temps que des lésions analogues se manifestent dans d'autres parties.
Dans la tuberculose expérimentale, on voit d'abord se produire un nodule au point inoculé, puis ultérieurement des nodules semblables se développent dans son voisinage, et ce n'est que plus tard qu'ils sont transportés par les lymphatiques dans différents viscères. Ce processus s'observe avec une grande netteté dans la tuberculose provoquée par Tintroduction du contage dans la chambre antérieure. Chez l'homme, les granulations se développent le plus souvent en premier lieu dans les poumons et elles peuvent y rester localisées. Dans les cas de tuberculose miliaire aiguS généralisée, on peut souvent reconnaître que la maladie a été précédée par le développement d'un petit foyer caséeux dans le poumon, dans le larynx ou dans un ganglion du cou» ou par une entérite de même nature.
Dans la variole inoculée, il se produit d'abord, après une période d'incubation» une pustule au point d'inoculation, et c'est seulement au bout de douze jours qu'apparaît l'éruption générale; il semble donc encore ici que la maladie reste localisée pendant un certain temps avant d'envahir tout l'organisme; la vaccine offre beaucoup d'analogie à ce point de vue avec la variole inoculée, surtout si, comme l'affirment divers auteurs, elle peut se manifester au dixième ou au douzième jour par une éruption généralisée.
La fièvre typhoïde est peut-être également localisée au début; il semble bien que l'agent infectieux pénètre par les voies digestives ; nous avons vu qu'il est le plus souvent transmis par l'eau potable ; alors même qu'il vient de l'air, il peut être introduit par déglutition après s'être déposé sur la muqueuse buccale ou pharyngée. C'est dans l'intestin seulement qu'il produit constamment des lésions spécifiques. La notion qui fait de la fièvre typhoïde une gastro-entérite de nature spécifique n'est peut-être pas entièrement à rejeter; certains faits démontrent cependant que ses symptômes ne sont pas provoqués exclusivement par la phlegmasie intestinale : tels sont l'élimination par l'urine d'éléments parasitaires et les taches rosées ; il semble donc qu'il se fasse primitivement une localisation dans la muqueuse intestinale, porte d'entrée du miasme-con-
tage, et secondairement une invasion de tou t Torganisme par cet agent.
Il est probable, mais on ne peut le démontrer^ que dans les cas même où l'organisme parait, dès le début, souffrir dans son ensemble, le contage a subi, pendant rincubation, une élaboration soit dans le sang, soit dans un organe ; rincubation ne peut guère s'expliquer autrement, mais il ne se prodoit aucun désordre appréciable pendant cette période, et la maladie débute par des accidents généraux ; il en est ainsi de la peste^ de la rougeole, de la scarlatine, de la fièvre jaune et de Timpaludisme.
Relativement au mécanisme par lequel les miasmes et les contages déterminent des troubles de la santé^ nous ne possédons que peu de données précises : pour les affections localisées, il est vraisemblable qu'ils provoquent directement, ou par l'intermédiaire d'un produit secondaire, une irritation do tissu affecté, laquelle aboutit, soit au développement de congestions locales, soit à une inflammation diffuse (érysipële) on nodulaire (syphilis, tuberculose), soit à la gangrène, soit à h formation de pseudo-membranes (diphtbérie); dans les maladies générales, les microbes pénètrent dans le sang, où on les a souvent retrouvés, et dans certains viscères, peut-être dans tous; le professeur Bouchard en a démontré la présence dans les urines qui paraissent servir à leur élimination ; ils donneot lieu pendantla vie à de l'albumine rétractile, signe d'une néphrite infectieuse. Bouchard (!) a constaté l'existence de ces néphrites infectieuses dans quinze maladies , la fièvre typhoïde, la typhlite, la dysenterie, la diphthérie, la fièvre puerpérale, Térysipèle, l'ostéomyélite, la rougeole, l'amygdalite, la fièvre herpétique, Tangioleucite érysîpélateuse, la phthisie, la bronchite purulente, le pseudo-rhumatisme et la rage; il admet qu'elles se produisent également dans la variole, l'endocardite ulcéreuse et la méningite cérébro-spinale. Ces néphrites se caractérisent par la présence dans l'urine de microbes et d'albumine rétractile.
Les microbes ne se retrouvent plus dès que l'albumine disparaît de l'urine. Il semble qu'il se fusse en pareil cas une décharge
(l) Ch. Bouchard, Communication au congrès de Londres^ 1881.
d*élémenl8 infectieux par les reins. Gohnheim (1), en injectant dans le sang diverses espèces de schizomycètes, a constaté leur élimination par Turine^Sur vingt et un typhiques atteints de néphrite infectieuse, neuf ont succombé, et toutes les fois qae Tautopsie a pu ôtre faite, elle a révélé la présence de bacilles dans le tissu rénal et démontré les lésions épithéliales parliculières aux néphrites transitoires. Les bactéries siègent dans le tissu interstitiel et dans la lumière des canalicules. Ces néphrites se montrent d'habitude aux périodes les plus graves de la maladie; elles sont généralement de courte durée, mais elles peuvent cependant passer à Tétat chronique. M. Bouchard mi dans cette affinité des maladies infectieuses pour le rein an grand fait de pathologie générale qui pourrait prétendre à la portée et à la constance des affinités du rhumatisme pour le cœur.
Les microbes peuvent aussi s'éliminer par la peau; M. Bouchard (2) les a trouvés chez les typhiques dans des pustules d'ecthyma. M. Hanot en a constaté la présence en grande tnantité dans les vésicules d'une éruption miliaire observée également chez un typhique. Les éruptions des pyrexies exanthématiques ne peuvent-elles ôtre considérées comme le résultat d'on travail d'élimination?
Les microbes des maladies générales peuvent, dans certains cas, absorber l'oxygène des globules rouges et produire l'asphyxie en môme temps qu'ils enrayent les phénomènes d'hématose interstitielle ; cette hypothèse est très vraisemblable pour le charbon (Pasteur); elle Test également pour la variole, oh Brouardel a constaté une diminution considérable dans la proportion d'oxygène que renferme le sang.
Là s'arrôtent à présent les données que nous possédons sur le mode d'action des microbes; encore sont-elles contestées. On Q*est pas en mesure d'affirmer que les microbes constituent par eux-mêmes les agents infectieux ; il est possible qu'ils ne soient nuisibles que par les produits de fermentation auxquels ils donnent naissance. Il en est presque certainement ainsi dans les cas où l'introduction dans l'organisme d'un liquide septique amène la mort en quelques heures sans que l'on puisse décou-
.l)Cohnheiiii, Varies, ûber allgem, Path, Berlin, 1877. (?) Gh. Bouchard, Iw:, cit.
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vrir le parasite dans les humeurs de Torganisme infecté. Enfin, plusieurs pathologistes d'une grande autorité croient avee Nœgeli qu'ils sont simplement les vecteurs du miasme on du contage: «Ce qui rend la bactéride infectante» dit le professeur Jaccoud (1), c'est sa provenance et non pas une efficacité à elle inhérente en tant que bactérie ; » il n'y a pas de bactérie spéciale pour chaque maladie ; les spirilles propres au typhus à rechutes ne diffèrent pas de Tespèce spirille en général ; les bactéries glo» buleuses en bâtonnet que l'on trouve chez les typhiques, les cholériques, dans la scarlatine, dans la rougeole, ne diffèrent poii^t par leurs caractères extérieurs des micrococcus globuleci ou en bâtonnets d'autre sorte; les microbes de la diphthéhe. de la fièvre typhoïde, de la vaccine n'ont également ancno caractère qui leur appartienne en propre; les propriétés infectantes des bactéries sont donc des propriétés d'emprunt^ provenant du milieu spécial où elles ont végété; la bactérie émanai:: d'un varioleux ou d'un diphthéritique a, par suite, une actioB infectante qui manque à la bactérie similaire dont l'origine est autre, mais c'est là une vertu de seconde étape, issue du miliea originel ; l'individu infecté par le poison variolique, s'il porte en lui des bactéries, fait des bactéries varioliques, cela est évident, il est variolique dans tout son être, et ces organismes, comm^ toute autre particule ou liquide de même provenance, et plus puissamment encore en raison de leur faculté de reproduction, deviennent les agents de transport, les véhicules de la maladie à distance variable dans le temps et dans l'espace ; une îoi> devenue infectante de par son milieu originel, la bactérie conserve cette propriété, plus ou moins active, de génération en génération, et même par la culture artificielle (Jaccoud).
Le professeur Peter défend la même opinion : « Pour mon compte, dit-il, si j'avais une opinion à formuler, je dirais que les microbes qui nous entourent ne sont les agents de la transmission de la maladie qu'à la condition d'avoir passé par un organisme malade. Il n'y a pas, comme l'a fait remarquer M. Robin, un microbe de la rage, de la syphilis, mais bien un niicrobe qui a passé dans l'organisme d'un enragé, d'un syphilitique » (i).
(1) Jaccoud, les Maladies infectieuses, Paris, 1883.
(2) H. Peter, Bulletin de r Académie de médecine, 1883.
M. Ch. Robin formule dans les termes suivants sa manière de )ir (1) : n Jusqu'à présent, dans l'observation des poussières, Q n*est jamais encore tombé sur des germes nocifs ou meuriers. On n*a trouvé dans ceux de l'air qui ont été soumis à la altore que des inoffensifs seulement. On n'a trouvé, cultivé et loculé en fait de cryptogames meurtriers virulents, ou autres, oe ceux recueillis sur des malades ou des cadavres dans ^squels l'action pathogénique antécédente et la mort ont été opposées dues à ces cryptogames parasitaires. On est, par uile, obligé de croire que ces levures ou ferments, entrés w/fensifs, sortiraient meurtriers^ virulents^ de Torganisme mort Q encore vivant, mais malade, varioleux, cholérique. Ce ne lourrait être qu*en raison de leurimbibition, molécule à molé- Dle, ou pénétration nutritive par la substance môme de l'animal «Tenue virulente, laquelle assimilée par les cryptogames, Boffensifs avant, consen^erail en eux sa virulence, la communijuerait même à la leur, pendant et après chaque culture occessive. Le cryptogame, entré en tant que levure ou ferment offensif, en sortirait doué des propriétés virulentes rubéiliques, varioliques, infectieuses, cholériques, syphilitiques, 'ttt-i-dire, en sortirait ferment virulent, infectieux. »
U est impossible de méconnaître importance de réserves manant de pathologistes aussi éminents; elles rendent service D forçant les partisans de la nouvelle théorie à ne pas s'aven* Qrer dans la voie de l'hypothèse, et à n'admettre comme iémonlrés que des faits appuyés sur des preuves tout à fait 'Crtaines. La nature parasitaire du charbon, de la morve, de la ttberculose, pour ne parler que des maladies observées chez liomme, peut être considérée comme telle. Les produits des uiltures en série avec lesquels on inocule ces maladies ne repréttotent qu'une fraction qui se chiffre par trillionièmes du virus Uaide duquel la première a été faite; peut-on admettre avec ^' Robin que les microbes, dans ces conditions, se soient transmis une virulence qui serait d'emprunt? ce serait bien invraisemblable; et d'ailleurs l'hypothèse de M. Robin est-elle complètement en désaccord avec la théorie parasitaire? si les microbes émaués des sujets inrectés transmettent la maladie,
1) Ch. Robin, article gmhis da Dictionnairt encyclopédique des icienees
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et s'ils se multiplient en quantité énorme chez les sujt^ atteints, ne peut-on dire qu'ils sont les propagateurs de liefection et qu'ils se comportent comme de véritables parasite:'
Il ne nous paraît pas cependant dém ontré que tous lesmicrob soient h proprement parler des parasites . Il est possible que, cc^ fermement aux vues de MM. Béchamp, Estor et Grasset i certains d'entre eux soient engendrés par Torganisme malade c transmissibles à d'autres sujets, et qu'ils n'existent pasdau^d nature en dehors du corps humain. Cette conception th récemment formulée, pour le microbe de la tuberculose, par* professeur Bouchardat (2). On voit les cellules cancéreuse transportées dans des parties éloignées de leur foyer d'origit> s'y développer avec une grande puissance ; on voit les celle* épidermiques, greffées sur une plaie d'un autre sujet, î| implanter et s'y multiplier; il n'y a, croyons-nous, aucni raison théorique qui empêche d'admettre (juc, par un roéanisme analogue, des granulations vivantes émanées d'unorp nisme malade ne soient transportées chez d'autres indiTi:3 et ne donnent lieu, en s'y multipliant, à des phénomènes &f bides. Serait-ce là, comme on l'a dit, une génération spontaor nous ne le pensons pas; il n'est pas invraisemblable que d« granulations animées puissent naître des éléments denostiss?. et acquérir, sous l'influence de causes indéterminées, despr* priélés nocives; la question ne pourra ôtre résolue, aussi 1cl:« temps que l'on n'aura pas démontré l'existence en dehors a 07*ganis7nps vivants de tous les microbes infectieux.
La durée de l'action des agents infectieux est très variai-^: ceux qui se localisent peuvent se régénérer indéûnime:^ Auzias-Turenne, dans ses tentatives de sypbilisation, a io culé plus de 2000 chancres mous à un sujet. Parmi les c('^ tages qui se généralisent, certains épuisent leur action en es nombre de jours qui ne dépasse guère quarante ou cinqu^^*et est souvent beaucoup plus restreint; nous citerons ceuiir pyrexies exanthématiques et des typhus; souvent la malii' liée à leur action présente une marche cyclique, toujour? i môme chez les divers sujets; ces agents laissent après c:*
(1) Grasset, Lrttre à M, Debove {Semaine médicale. 1883).
(2) Bouciiardat, Sur la genèse du parasite de la tuberculose [BulU :• ' l'Académie de médecine, 1883).
DES CAUSES PATtlOLOQlQUES. ' 237
le modiflcation de Torganisme qui les rend inaptes à conicter la môme maladie. Il peut suffire de l'action d*un virus lénué ou présentant de l'affinité avec d'autres plus actifs pour (tenir cette immunité ; tel est le principe de la vaccination qui t actuellement appliquée par Pasteur sur une vaste échelle ez les animaux avec le virus charbonneux. D'autres agents donnent lieu à des manifestations passagères li sont susceptibles de se renouveler un grand nombre de fois, même pendant toute la vie ; tel est celui de la malaria. Les infections septiques sont également susceptibles de se produire souvent chez le même sujet. Les contages peuvent ifin engendrer des maladies chroniques, le plus souvent caracrisées anatomiquement par le développement de nodules qui multiplient de proche en proche dans les organes oix ils se keloppent. Certaines d'entre elles ne se reproduisent qu'une is chez les mêmes sujets; telle est en général la syphilis^ bien l'ily ait des exemples authentiques de deuxième atteinte chez ^ sujets guéris de la première.
Nous avons vu que les agents infectieux peuvent se transfiUre au produit de la conception ; tantôt ils le tuent et amè- !nt Tavortement; tantôt la maladie se développe après la tissance et présente une évolution de longue durée. 11 en est Dsi particulièrement de la syphilis et de la tuberculose. Si la éorie parasitaire est vraie, il semble qu'en pareil cas la transission devrait se faire par la mère bien plutôt que par le père, itVoDne se représente pas bien le bacille transporté par le «rmatozolde. L'influence paternelle sur le développement de tuberculose ne peut cependant être révoquée en doute, mais ^t probable que la transmission porte plutôt sur une rèdisposition à contracter la maladie que sur la maladie elle* léme.
CIRQUitHE CLASSE — DES CAUSES PATHOLOGIQUES
Les troubles morbides engendrés par les diveri modificateurs ^^ nous venons d'étudier peuvent à leur tour en produire autres et ceux-ci peuvent de même exercer une action pa-
238 ETIOLOGIE.
thogénique; on peut ainsi distinguer dans les maladies une série d'affections hiérarchiquement subordonnées et susc^plib!«! d'être elles-mêmes influencées dans leur évolution par d'autres causes. C'est ainsi, par exemple, qu'une lésion valvuliirs d'origine rhumatismale, après être restée silencieuse pendîi; de longues années, peut, lorsque le cœur s'affaiblit, soit par!« fait de l'âge, soit à la suite de fatigues ou d'une maiiïe intercurrente, donner lieu à tous lessymptômes de rinsuf&san.^e cardiaque ; la môme lésion peut amener la production d'aae embolie qui à son tour sera suivie, si elle occupe les parties rc:tricesde l'axe, d'altérations secondaires de la moelle, desne:!^ et aussi des articulations et des muscles.
Ces actions secondaires se produisent surtout par rinU:médiaire des nerfs et des liquides en circulation. Lerôledi système nerveux dans la propagation ou la généralisation d^ impressions morbides est loin d'être encore complètemeii déterminé, bien que depuis quelques années des faits nouTeàS aient appris à le mieux connaître. On sait qu'une lésion loa-sée peut être le point de départ de douleurs, de sensations an::maies, de phénomènes d'excitation ou de paralysie, et edi, de troubles vaso-moteurs et trophiqnes dans d'autres orgia'> On sait que les lésions du système nerveux lui-môme peuve: être suivies d'altérations secondaires des faisceaux intéreskj:. des parties auxquelles ils se distribuent. Les lésions decircur tion ont le plus souvent pour résultat un obstacle plus ou mcn^ considérable au cours d'un liquide, et par suite l'accumulaL : de ce liquide en amont de Tobstacleet son écoulement enquaiilinsuffisante dans les parties situées au delà. Les conséqueECt; varient beaucoup suivant qu'il s'agit de tel ou tel liquide. Les p"^ importantes sont naturellement celles qu'entraîne un obslacau cours du sang. L'augmentation de la tension en amonl -U l'obstacle produit l'hypertrophie de la partie correspondante :» cœur; son abaissement au delà a pour effet l'anémie artérie !t des parties auxquelles se distribue le vaisseau lésé.
Si l'obstacle est constitué par une particule solide (embo!i. . il siège d'ordinaire, quand il s'agit d'une artère, dans un vais^ri» de petit calibre, et produit, si le cours du sang ne peut se rei: blir par voie anastomotique, un infarctus suivi de nécrob.-.N" ou de gangrène.