‹ Traité élémentaire de pathologie générale; comprenant la pathogénie et la physiologie pathologiqueChapitre 65 sur 198 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DE L'HYPÉRfiMIE

L'hypérémi^ est dite active et passive suivant qu*elle est produite par l'affluence d*une trop grande quantité de sang ou par an obstacle à l'écoulement du sang veineux. Ces deux formes différant essentiellement par leurs causes et leurs caractères doivent être étudiées séparément.

ABTICLC 1*'. — BE L*HYPÉRÉMIE ACTIVE.

Sa cause prochaine est le plus souvent la diminution de la résistance qu'opposent les parois artérielles à TafOux du sang et leur dilatation. Dans la grande majorité des cas, il faut rapporter cette dilatation à un trouble de Tinnervation vaso motrice. Elle peut être liée à une paralysie des vaso-constricteurs ou à une excitation des vaso-dilatateurs.

Les progrès récents de la physiologie expérimentale ont mis ces faits en pleine lumière. En 185 1 , Cl. Bernard démontrait que la section du sympathique au cou dilate les vaisseaux de l'oreille et en produit réchauffement ; plus tard, il produisait par Textirpation du sympathique abdominal réchauffement du membre inférieur et par celle du ganglion cervical supérieur réchauffement de Tencéphale. La section expérimentale des nerfs périphériques donne lieu également à une hypérémie active avec élévation de température. Yalentin et de Grâfe ont montré que la section du trijumeau dans la cavité crânienne a pour «conséquences Tinjection de la conjonctive, de Tiris et de la choroïde, et aussi celle de la langue et des gencives. On a reconnu depuis que la môme action est exercée sur les membres inférieurs par la section du sciatique et sur les membres supérieurs par celle de leurs nerfs.

I) Jaccoudy Traité de pathologie interne * Hallopiiu. — Pathologie générale. 16

La découverte des actions vaso-dilatatrices apparlienl également à Cl. nernard : notre grand physiologiste a constaté que rezcitation de la corde du tympan produit une congestioD active de la glande sous-mazillaire, et une accélération du cours du sang dans ses vaisseaux dilatés. Yulpian a depuis Ion reconnu que ce nerf fournit également des filets vaso-dilatateurs à la langue, à la muqueuse des joues et aux genmes. Les expériences récentes de MM* Dastre et Morat (!) ont montré que le sympathique contient aussi des filets vaso-dilatateurs en môme temps que des vaso-constricteurs ; ils ont prodoit, par l'excitation du sympathique cervical, en môme temps que Tanémie de Toreille, de la langue et du voile du palais, Thypérémie de la muqueuse nasale, des gencives, des lèvres et des joua; Texcitation du sympathique abdominal a donné des résultai semblables pour le membre inférieur. Les filets du plexus sacré, dont l'excitation provoque Térection, exercent également uoe action vaso-dilatatrice des plus manifestes sur les vaisseaux des corps caverneux. Il est probable^ bien que non encore démontré, que toutes les artères de tùrganisme sont soumiset concurremment à ces actions vaso^ilatatrices et vaso-constrk' iives.

• Les nerfs vasculaires ne sont pas contenus exclusivement dans le sympathique ; ceux qui se distribuent à la tète naissent de la partie inférieure de la moelle cervicale et sont contenus d'abord dans les racines des deux premières paires dorsales; ceux du grand sympathique abdominal émergent en grande partie avec les racines postérieures des nerfs lombaires.

Les sections de la moelle produisent la congestion des parties qui reçoivent leurs nerfs vasculaires du segment inférieur. La moelle est l'organe de nombreux réflexes vaso-moteors; souvent ils amènent d'abord la constriction, puis secondaire ment la dilatation des vaisseaux. Si l'on excite le bout central du nerf auriculaire, on produit d'abord l'anémie, puis an bout d'une seconde, la congestion intense de l'oreille du lapin; l'excitation du sciatique a la môme action sur les vaisseaux de "l'oreille (Snellen, Vulpian). L'excitation des nerfs cutanés exerce une influence analogue. Le centre de ces réflexes vaso-

(1) rtstre et Morat, Bulletin de la Société de biologie. 1878.

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moteurs, localisé par Schiff dans la moelle allongée, siège, d'après Goltz et Vulpian, dans toute la moelle; il y a également des cenlres périphériques dans les ganglions du sympathique.

L*interprétation des actions vaso-dilatatrices soulève de sérieoses difficultés. Il n'y a pas dans les vaisseaux de fibres musculaires dont la contraction puisse en produire la dilatalion. L*hypothèse la plus vraisemblable est celle de Cl. Bernard» d'après laquelle Texcitation des vaso-dilatateurs exerce, par un mécanisme comparable à celui de Finterférence, une action d'arrêt sur les centres médullaires ou périphériques d'innervation vaso-constrictive et en paralyse ainsi l'activité.

Les troubles de l'innervation vaso-constrictive peuvent être d'origine centrale ou pénphétique et liés à une lésion directe des éléments nerveux ou à l'altération d'un organe qui leur est ani par des connexions physiologiques.

Les lésions de Venciphale donnent lieu, lorsqu'elles intéressent le tractus moteur, à une paralysie vaso-motrice que révèlent la rougeur et la turgescence des téguments dans les parties paralysées. Elles peuvent en outre, au moment où elles se produisentj déterminer par action réflexe, en même temps que l't'ciui apoplectique, des fluxions du côté du péricràne et de l'estomac assez intenses pour aboutir à l'hémorrhagie.

La paralysie vaso-motrice s'observe de môme très souvent dans les affections de la moelle quand elles intéressent ses parties motrices.

Les affections des nerfs périphériques peuvent donner lieu au même symptôme, soit en produisant directement la paralysie des cordons nerveux, soit en agissant à distance sur leurs origines.

On sait que la ligature de l'artère splénique (A. Moreau) ou de l'artère rénale produit, non pas l'anémie, mais la congestion des viscères auxquels elles se distribuent ; c'est qu'en liant le vaisseau, on lie en même temps les vaso-moteurs qui cheminent à sa surface ; si l'on a eu soin de les en séparer, ce phénomène paradoxal ne se produit plus (i).

Les lésions traumatiques du sympathique au cou, et les

!1) Bochefontalne, Noie sur quelques expériences relatives à Cinfluence que ^ Ugature de r artère splénique exerce sur la rate {Archives de physiologie.

tumeurs qui le compriment, produisent la congestion de U moitié correspondante de la tête et du cou, avec rougeur des conjonctives et larmoiement.

Les congestions dues à Tezcitation des nerfs Taso-dilatatenrs sont le plus ordinairement de nature réflexe. Nous citerons particulièrement la congestion Votive de la face et du front (roséole pudique, rougeur de la colère), la rougeur de la pommette dans la pneumonie, les poussées provoquées du c6té des téguments, des bronches ou de Fintestin par Téraption des dents, Tinjection de la face et de la conjonctive dans les névralgies du trijumeau, les éry thèmes que Ton observe dans d'autres névralgies, les congestions que peut provoquer Taction du froid et aussi celle d^une chaleur excessive, et les troubles de môme nature liées à la dyspepsie. Weir Mitchell a décrit récemment, sous le nom A'érythromélalgie^ une affection caractérisée par des accès pendant lesquels les pieds ou les mains prennent en quelques instants une coloration d^un rouge foncé. assez souvent disposée en taches ; la température locale s'élève de plusieurs degrés, les téguments se tuméfient; les malades éprouvent une pénible sensation de douleur qu'augmentent les applications chaudes et que calment le froid et la situation horizontale. 11 s^agit évidemment là d'une névrose vasodilatatrice; elle peut occuper d'autres parties, telles que le nez ou Toreille ; elle est ordinairement symétrique.

On observe également chez les hystériques des congestions actives des téguments. 11 faut sans doute rapporter à la même cause les taches signalées récemment par Straus (1) dans les parties où se font sentir les douleurs fulgurantes de Tataxie.

Un certain nombre d'agents médicamenteux comptent parmi leurs effets une fluxion plus ou moins vive du côté de la peau et des muqueuses, tels sont particulièrement la belladone, le copahu et le mercure ; ces effets peuvent être attribués tantôt à rirritation produite par le médicament au moment de son élimination (hydrargyrie, érythème copahique), tantôt à une action directe sur Tinnervation vasculaire. On sait que, chez un chien soumis à l'influence de l'atropine, l'excitation de la corde

(1) Str&ufl, Det ecchymoses tabéiiques à la suite des douleurs fulgurantes {Arch, de Neurologie. 1881).

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du tympan n'a plus d'influence sur la sécrétion de la salive ; on peut supposer, avec M» Yulpian (i), que cet agent trouble de môme les fonctions des nerfs vaso-dilatateurs ou vaso-constricteurs. Notre savant maître rapporte également à une action sur les centres vaso-moteurs les congestions que Ton observe an début des pyrexies. Celles qui constituent les exanthèmes paraissent dues plutôt à l'excitation du tégument par l'agent morbifique ; mais il s'agit encore là de congestions actives liées à Teicitation directe ou réflexe des vaso-dilatateurs.

On peut attribuer également à une action réflexe sur les vasodilatateurs les congestions cutanées ou viscérales qui manifestent ches certaines femmes à l'époque des règles. Le développement des inflammations réflexes s'accompagne nécessairement d'une congestion de même nature ; nous y reviendrons plus loin.

Les topiques irritants, tels que la cantharide, la farine de monlarde, Tammoniaque, etc., produisent la congestion active des téguments; il en est de même des frictions pratiquées énergiquement avec la main, un gant, ou une substance irritante; il suffit de tracer légèrement un trait sur la peau avec le bord de l'ongle (2) pour provoquer des troubles vaso-moteurs: on voit se produire d'abord une traînée blanche, qui s^efface presque immédiatement ; puis peu à peu, le sujet éprouve une sensation de constriction dans les points excités, les vaisseaux s'effacent de nouveau et il apparaît une ligne blanche qui persiste pendant quelques minutes ; elle est due à un spasme vasculaire. Si l'ongle a porté avec plus de force, c'est une ligne rouge qui se produit de suite, et sur chacun de ses cAtés on voit paraître une ligne blanche (3). Ces phénomènes durent environ une minute. On admet généralement qu'ils sont liés à des troubles réflexes de l'innervation vaso-motrice; il paraît difflcile de concevoir que l'excitation transmise aux centres d'innervation se réfléchisse exclusivement sur les nerfs qui animent les parois des artérioles dans les points sur lesquels elle a porté primitivement ; on peut admettre avec plus de vraisemblance qu'il s'agit là de

'\\) Valplan, Leçons sur Vappareil viuo-moitifr, I. Il, p. 509. i3) Mtrey, Mémoire sur la coniractiiité vateulaire {Ànn, des sciences natU' nlles. 1838).

% Volpiao, U>e, cit

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troubles liés directement à Texcitation des parois vasculaires.

On sait depuis longtemps que les parties complètemoit soustraites aux actions nerveuses sont susceptibles de se congestionner activement : des fragments de peau transplantés par autoplastie peuvent s*enflammer avant de recouvrer leur sensibilité (Dieffenbacb) ; Ëarl a vu rougir, sous l'action de la chaleur, des membres dont tous les nerfs avaient été sectionnés ; on est certain en pareil cas qu'il ne s'agit pas de troubles réflexes se produisant par l'intermédiaire de la moelle ; mais on ne peut savoir s'ils ne sont pas dus à l'intervention de centres ganglionnaires périphériques. L'hypothèse d'une action directe sur les parois est plus vraisemblable, d'après Recklinghausen, dans les cas où l'on voit se produire, sans impression douloureuse, une hypérémie strictement localisée aux parties qui ont été excitées ; la chaleur, par exemple, a pour effet, quand elle est modérée, de paralyser les muscles ; on peut donc rapportera une paralysie des muscles vasculaires l'érythème produit parla chaleur solaire ; nous ferons observer cependant que cette affection s'accompagne de douleurs qui indiquent une excitation nerveuse, et que par conséquent l'hypothèse d'une action réflexe sur les vaso-dilatateurs peut être soutenue aussi bien que la précédente.

L'hypérémie qui survient dans les moments qui suivent la cessation d'une compression de longue durée peut être, plutôt que les précédentes, rapportée à une action directe sur les parois capillaires; c'est ainsi qu'après l'évacuation d'un grand épanchement pleurétique il se produit dans les poumons une congestion qui se traduit assez souvent par une expectoration albumineuse ; de même quand le cours du sang a été pendant un certain temps suspendu ou entravé dans une partie, les parois des vaisseaux s'y laissent distendre plus qu'à l'état normal au moment où il se rétablit, et il se produit une congestion secondaire.

La congestion active peut enfin résulter d'une oblitération artérielle ; la tension augmente dans les branches du même tronc qui sont restées libres, et elles se dilatent ainsi que les vaisseaux qui en émanent et les capillaires auxquels elles aboutissent.

La congestion active se traduit objectivement par la turges-

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cence et la coloration rouge des parties; on y distingue un plus grand nombre de vaisseaux ; les artérioles sont dilatées ; le sang y coule avec plus de rapidité qu'à Tétat normal, et il en résulte qu*il s'altère moins ; ses fonctions d'hématose ne ^accomplissent qu'imparfaitement, si bien qu*il peut conserver jusque dans les veines de la région sa coloration rutilante; d la congestion est intense, l'augmentation de tension proioite par la contraction cardiaque se propage dans les mêmes raisseaux, donnant lieu aussi à une variété de pouls veineux. )n peut constater dans ces conditions une augmentation de la «mpératare des parties affectées.

La turgescence des vaisseaux peut amener la compression les éléments et provoquer ainsi des troubles fonctionnels congestions cérébrale et pulmonaire). Si elle est passagère, ilie disparaît sans laisser de traces ; si elle est au contraire de joelque durée, elle peut donner lieu à du gonflement et à Texnvasation de sérosité dans les tissus. Elle coïncide avec une sagération de sécrétion qui résulte d'un trouble concomitant le rinnervation glandulaire. Elle peut favoriser la production lliémorrhagies chez les sujets dont les vaisseaux sont malades ; )n la considérait autrefois comme la cause habituelle de l'hé- Qorrhagie cérébrale ; c'était là une grande exagération, mais I ne faudrait pas tomber dans une erreur opposée en lui déliant toute influence. Elle est également la condition prochaine les hémorrhagies supplémentaires des règles.

Les congestions sont généralement remarquables par leur iM>bilité; elles se produisent, se déplacent et disparaissent onvent avec une étonnante rapidité. Quand elles se prolon- ^t, elles peuvent aboutir àFinflammalion.

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