‹ Traité élémentaire de pathologie générale; comprenant la pathogénie et la physiologie pathologiqueChapitre 66 sur 198 · ARTICLE II. — DES HYPÉRÉMIES PASSIVES · texte numérisé non relu

ARTICLE II. — DES HYPÉRÉMIES PASSIVES

Toutes les causes qui font obstacle à la circulation en retour t augmentent la tension dans le système veineux produisent, trcela même, une stase dans les capillaires, et une congésîon passive. Celle-ci peut être purement locale, comme dans ^cas où une veine est comprimée par une tumeur ou un ban- ^t rétrécie par une varice ou une inflammation, ou obstruée « an caillot.

D*aQtres fois la stase s'étend à toute la circulation d*an or* gane ou d*une région, c'est ce qui se produit pour Tabdo* men chez les sujets atteints de cirrhose du foie ou de toute autre affection gênant la circulation porte.

Enfin, tout le système veineux est intéressé lorsqu'il existe une lésion cardiaque non compensée; on voit ainsi, par exemple, dans les affections mitrales» la tension augmenter, d'abord dans l'oreillette gauche et les veines pulmonaires, puis dans le cœur droit, et enfin dans toutes les veines de la circulation générale.

La produ ction des congestions passives est favorisée par l'ato* nie des parois veineuses, et conséquemment par l'asUiénie et l'adynàmie liées à la mauvaise alimentation, à la convalescence des maladies aiguès, aux néoplasies cancéreuses et d'une manière générale à toutes les affections qui troublent profondément la nutrition.

L'action de la pesanteur peut concourir à la production ob à l'entreti^i d'une congestion passive ; c'est pour cette came que Ton a nommé hypostatiques les congestions de la base et de la partie postérieure du poumon qui sont si souvent liées aux états adynamiques.

Il faut tenir compte également des influences vaso-motrices. Ranvier (i), étudiant comparativement les effets produits par la ligature de la veine crurale chez des animaux auxquels u avait sectionné le sympathique abdominal et chez d'autres qui n'avaient pas subi cette opération, a reconnu que les premiers seuls avaient eu ultérieurement de l'œdème. Il n'en faut pascon* dure qu'une oblitération veineuse ne donne lieu à de l'œdème que dans le cas où il existe une paralysie vaso-motrice. Les faits cliniques et les expériences de MM. Phîlipeaux et yulpiaB(î] prouvent le contraire ; cette paralysie favorise seulement la production du phénomène. Ce fait s'explique si l'on cooadère qu'elle augmente Tafflux du sang et par conséquent la tension dans le système capillaire des parties, et que lesefets de cette congestion active viennent ainsi s'ajouter à ceux de la congestion passive et provoquer avec eux la transsudation de la

(1) Ranvier, Recherches expérimentales sur la production de fctàfè^ {Comptes rendus de l'Académie des sciences. 1869).

(2) Vulpian, Leçons sur l'appareil vaso-moteur. 1875.

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^érûsité. On voit que 1* augmentation de la tension artérielle Tatténue pas, et au contraire augmente Tintensité des troubles produits par la congestion passive, en exagérant comme tlle la tension dans le système capillaire. Cet excès de tension, lémontré par Poiseuille, est le fait essentiel dans Tune et Taure forme.

Les parties qui sont le siège d'une cougestion passive sont uméfiées et souvent œdématiées; les phénomènes de nutrition »td*bémalose interstitielle s'y accomplissent avec peu d'énerpe; le sang s*y charge d'une quantité surabondante d'acide arbonique et présente une coloration plus foncée qu*à l'état normal; il en résulte que les parties sont d'un rouge sombre $1 bleuâtre qui contraste avec le ton rouge clair de Thypérémie ictite : dans ceUes où les capillaires ne sont recouverts que par une couche mince et transparente de tissu, par exemple, aux lèvres, aux oreilles, au nez et aux ongles, la couleur bleuâtre devient très prononcée et prend le nom de cyanose. Leur température est généralement abaissée, et, si elles sont exposées à un traumatisme, elles résistent moins que les tissus sains.

Parmi les conséquences habituelles de l'hypérémie passive, DOQs avons cité la transsudation d'une quantité plus ou moins considérable de sérosité à travers les parois des capillaires et des veines. Suivant le siège de l'hypérémie, ce liquide s'infiltre dans le tissu cellulaire, s'accumule dans les séreuses, ou est expulsé au dehors avec tel ou tel produit de sécrétion (celui des bronches par exemple) ; il diffère du plasma du sang, notamment par la proportion beaucoup moindre d'albumine qu'il renferme. On y voit souvent des globules sanguins, rouges et blancs.

On peut observer directement (1), sur la langue des grenouilles curarisées auxquelles on a lié la veine linguale, la migration de ces éléments ; en plaçant cet organe sous le champ du microscope, on voit des saillies rouge&tres se former à la face externe des capillaires ; ces saillies augmentent graduellement et Ivrment enfin de petits nodules qui se détachent du vaisseau; ce sont des globules rouges. Leur passage se fait sans

\y; Cobobeim, Vorte$ungen ùber ailgemetne Pathologie. Berlin, 1877.

qu*il y ait rupture de la paroi, et vraisemblablement par les interstices que les préparations traitées par le nitrate d*argent permettent de distinguer entre les cellules endothéliales (Qg. 78 et 79) ; Arnold a émis Topinion que les sto« mates correspondant aux confluents de ces interstices s'élar« gissent dans la congestion ; mais on ne comprendrait pas, s*il en était ainsi, pourquoi la partie liquide de rexsudaiion serait aussi différente par sa constitution du plasma sanguin.

Lorsque Thypérémie passive dure longtemps, elle détermine des lésions plus ou moins profondes dans les parties qai en sont le siège. C'est en premier lieu de l'œdème; ce sont des hydropisies dans les grandes séreuses ; ce sont parfois des hémorrhagies favorisées par des altérations que le trouble de la circulation fait subir aux parois artérielles; ce sont des atrophies qui semblent résulter, soit de la compression que produisent les veinules et les capillaires distendus, soit du trouble que Tinsaf* fisance des échanges apporte dans la nutrition ; d'autres fois ce sont au contraire des tuméfactions liées aux dilatations vascolaires (tuméfaction de la rate chez les cirrhotiques) ; ce sont enfin parfois des altérations de nature irritative. On peut otn server une véritable sclérodermie des membres œdématiés chez les sujets qui résistent longtemps à une affection cardiaque; la peau est indurée et quelquefois assez épaisse poar que son aspect rappelle celui de Téléphantiasis ; nousarons observé les mômes phénomènes dans des cas de thrombose fémorale ; chez un malade du service de M. Germain Sée, que nous avions Thonneur de remplacer, les troubles de circulation et l'irritation provoqués par une vieille hernie inguinale avaient amené par ce mécanisme une tuméfaction énorme avec indoration des téguments du scrotum; le fourreau de la verge formait, au-devant du gland, un cylindre dur et épais d'une Iongueur d'environ 10 cenlimètres.

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