‹ Traité élémentaire de pathologie générale; comprenant la pathogénie et la physiologie pathologiqueChapitre 7 sur 198 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DES PRÉDISPOSITIONS HÉRÉDITAIRES ARTICLE I*'. — ORIGINE DES PRÉDISPOSITIONS HÉRÉDITAIRES.

§ 1*'. — Considérations générales.

L'hérédité, attribut essentiel de la vie (1), porte sur la constitDtion générale de l'être. Le produit de la conception subissant l'influence de ses deux générateurs tend à leur ressembler non seulement par ses caractères morphologiques, mais aussi par ses aptitudes fonctionnelles; c'est dire qu'il peut

U) « La vie est un mouvement héréditaire transmis à une substance douée de certaines forces moléculaires. » (Virchow, Neuer und aller Vttnlismus {Ar^ chiv, 1SS6).

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devenir arthritiques sur leurs vieux jours ; la santé d'un sujet donné est une résultante que concourent à produire d*ttDe part l'influence de l'hérédité et de l'autre celle des conditions dans lesquelles il vit.

§ 3. — Prédispositions venant des ascendajits directs.

Les états morbides qui se produisent chez les parents ne sont susceptibles de se transmettre aux enfants que s'ils présentent un caractère de chronicité, et encore ne se transmettent-ils pas intégralement; la maladie ne se retrouve pas chez le produit de la conception avec les mêmes caractères qu'elle présentait chez les procréateurs; l'enfant hérite d'un vice général ou partiel de l'évolution constituant une prédisposition qui peut se manifester avec plus ou moins de puissance suivant les circonstances, ou rester latente ; il n'hérite pas d'une maladie déterminée.

La transmission au produit fœtal des maladies infectieuses paraît au premier abord en contradiction avec la proposition que nous venons d'énoncer, mais ce n'est là qu'une apparence, car il ne s'agit pas en pareil cas d'une véritable hérédité. C'est en effet parla mère, pendant la gestation, que les maladies infectieuses sont dans l'immense majorité des cas, sinon constamment, communiquées au nouvel être : annexe de l'organisme maternel, il participe à ses souffrances, et le sang du placenta lui apporte, en même temps que l'oxygène et les matériaux nécessaires à sa nutrition, les principes infectieux que lui a transmis le sang maternel. Il n'y a rien là de comparable à la viciation du principe d'évolution qui caractérise la véritable hérédité morbide. L'exactitude de cette proposition, évidente pour tous les cas où l'enfant présente à la naissance les signes d'une maladie infectieuse contractée par la mère pendant la grossesse, ne peut guère non plus être contestée pour ceux où la mère est atteinte d'une maladie infectieuse eu évolution au moment de la conception. On a admis, il est vrai, surtout pour la syphilis, que l'élément mâle pouvait apporter avec lui le germe infectieux (Kassowitz (1) affirme que c'est la règle, sans apporter aucune preuve à Tappui de son

1} Kassowitz, Wiener medic, Jahrb.<, IS';».

DES PRÉDISPOSITIONS HÉRÉDITAIRES. i3

opiaion), et le transmettre au produit de la conception sans que la mère fût contaminée ; mais les faits que l'on a invoqués en faveur de cette manière de voir ne nous paraissent pas démonstratifs; l'infection de la mère peut être presque toujours établie en pareilles circonstances; ainsi Colles (1) a montré qu'un enfant syphilitique né d*une mère exempte de manifestations vénériennes apparentes ne Tinfecte jamais iorsqu*il la tette, alors même qu'il présente des ulcérations aux lèvres et à la langue. S'il est des cas où la femme parait rester indemne, ne peut-on supposer que, réfractaire à l'action du contage, elle a servi d'intermédiaire sans être contaminée (3) ? et lorsque l'infection est bien certainement consécutive à la conception, comme dans les faits du professeur A. Fournier et de Bserensprung, n'estil pas vraisemblable que lecontage a été transmis par le sperme lui-même plutôt que par l'embryon (3)? L'hypothèse delà présence de l'agent infectieux daus le spermatozoïde nous parait bien difficilement conciliable avec celle qui en fait un être figuré; cet élément est bien petit pour qu'un microbe puisse sy incorporer; on peut concevoir au contraire que, dans la période d'évolution des accidents secondaires, le sperme soit, comme le sang, susceptible de transmettre l'infection. Il est vrai que l'inoculation du sperme de sujets syphilitiques à des sujets sains ne leur a pas communiqué la maladie (4), et que l'on en a conclu à la non-contagiosité de ce produit de sécrétion; mais ces expériences nous paraissent trop peu nombreuses pour avoir une valeur décisive. Groit-on que le sang soit inoculable pendant toute la durée d'une syphilis? Certainement non ; il n'a vraisemblablement des propriétés infectieuses que pendant le laps de temps relativement très court qui correspond à la généralisation de la maladie ; il est très probable qu'il en est de même des autres liquides de l'organisme. D'ailleurs, dans l'hypothèse qui admet la transmission directe par le père au produit de conception, comment comprendre ({ue le sperme ne soit pas inoculable? Si d'ordinaire il ne com

1^ Abraham CoUes, Practicai observations on the vewreal Disease, etc. London, 1837.

.V, Biaise, État actuel de la science sur V hérédité syphilitique, Paris, 1883.

(3) Foamier, Syphilis et mariage, Paris, 1880.

(4) Mireur, Recherches sur la non^inoculabilité spécifique du sperme {Atm, dtdtrmat, et de syphiliogr.^ 1877).

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munique pas la maladie, n'est-ce pas parce que TépiUiélium de la muqueuse vaginale s*oppose à la pénétration du contage et aussi parce qu*il n'est infectieux que pendant peu de temps? Ajoutons enlin que si la transmission par Tovule mâle venait à être démontrée, il s'agirait encore d*un transport direct du contage et non d*nne hérédité vraie telle que nous Tavons définie. Ce que nous venons de dire des maladies infectieuses est applicable à la plupart des états morbides dont les parents peuvent être atteints accidentellement; il semble que, pour créer un vice de révolution transmissible par voie d'hérédité, il faille Tintervention prolongée de causes capables de modifier profondément l'organisme, telles que les fautes d'hygiène constamment renouvelées, et les intoxications chroniques. Oa voit cependant quelquefois des affections accidentelles créer des prédispositions transmissibles ; c'est ainsi que, chez les animaux, Tépilepsie provoquée artificiellement par la section de la moelle (Brown-Séquard) ou les traumatismes crâniens (Westphal) peut reparaître dans la descendance ; il en est de môme de Texophthalmie produite par les lésions des corps restiformes; on cite des observations dans lesquelles des cicatrices consécutives à des traumatismes se sont reproduites chez les enfants (i). Ces faits sont exceptionnels ; s'il en était autrement, dit le professeur Broca, on ne serait plus obligé de pratiquer la circoncision chez les jeunes Israélites dont tous les ascendants ont subi depuis des milliers d'années la môme opération; cet argument n'est peut-être pas aussi péremptoire qu'il le parait, car, d'après Leidesdorff, il ne serait pas rare de Toir le prépuce manquer ou être incomplètement développé chez les jeunes gens de la race juive (2), et Hseckel (3) affirme également que cette membrane subit souvent un arrêt de développement chez les peuples sémites, particulièrement chei les Maures et les Arabes ; déjà Hippocrate avait dit que les déformations artificielles du crâne se reproduisent dans la descendance, mais les observations modernes n'ont pas jusqu'ici confirmé son assertion.

(1) p. Lucas, Traité philosophique et phytiohgique de Chérédité naturelle, Paris, 1850.

(2) Leidesdorff, Wien. med. Wochens., 1877. Heckel, Ziele und Wege, 1875.

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