ARTICLE XIV. — COLIQUES INTESTINALES
On appelle coliques les douleurs qui se produisent dans les réservoirs ou les conduits excréteurs lorsque leurs parois se contractent spasmodiquement. On les distingue, suivant leur siège, en coliques hépatiques, néphrétiques, utérines et intestinales.
La colique intestinale survient chaque fois que l'activité des péristalliques est accrue; elle accompagne presque constamment la diarrhée et se produit par conséquent dans toutes les affections qui donnent lieu à ce trouble fonctionnel (voy. p. 548) ; elle se manifeste aussi dans la constipation, surtout au moment des débâcles; elle est fréquente dans le méléorisme et est alors soulagée par des évacuations gazeuses; elle se produit avec violence dans toutes les variétés d'obstruction intestinale. Il ne nous paraît pas démontré que la douleur abdominale connue sous le nom de colique de plomb soit une véritable colique intestinale; l'affaissement qu'y subit le ventre semble indiquer un spasme de l'intestin, mais on peut l'expliquer également par un spasme des muscles des parois; ce point de physiologie pathologique n'est pas élucidé.
Les douleurs de coliques donnent lieu à une sensation toute particulière de conslriction ; elles sont intermittentes et se déplacent pendant le moment même où elles se produisent; la pression continue et régulière les apaise le plus souvent, le froid les augmente, ainsi que l'ingestion des aliments; les applications chaudes les calment; on voit souvent, pendant les accès, les anses intestinales se dessiner et se mouvoir; quand elles sont violentes, elles donnent lieu à des troubles généraux comparables à ceux de la nausée; les malades pâlissent, leurs traits s'altèrent et expriment la souffrance ; il survient souvent des vertiges avec état syncopal.
ARTICLE XV. — MÉTÉOBISME (1).
On appelle ainsi la distension de l'intestin par les gaz; le nom de tympanite employé souvent pour désigner le même état n'a pas une signification identique, car on l'applique également à la distension de l'abdomen par l'accumulation des gaz dans la cavité périlom
A l'état normal, on trouve des gaz dans toute l'étendue du tube digestif; dans l'estomac, ils semblent en partie provenir de l'extérieur eAtre introduits avec les aliments; ils ne présentent pas cependant
(1) N. Guéneau de Mussy, Clinique médicale. Paris, 1874.
la même composition que l'air atmosphérique, car l'oxygène est rapidement résorbé par les parois, tandis que l'azote et l'acide carbonique séjournent; la proportion de ces derniers gaz est même souvent augmentée par le fait de la fermentation.
Dans l'intestin grêle, on trouve de l'azote, de l'acide carbonique et de l'hydrogène; le gros intestin renferme en plus de l'hydrogène protocarboné et souvent des traces d'hydrogène sulfuré : ces gaz proviennent des fermentations que les aliments subissent dans les intestins.
Le météorisme peut résulter : 1° d'une production excessive de gaz; 2° d'une atonie des parois intestinales, qui ne résistent plus comme à l'état normal à l'expansion des gaz qu'elles renferment; 3° d'un obstacle au cours des matières.
La production d'une quantité excessive de gaz est fréquente dans les dyspepsies; elle peut résulter d'une alimentation trop riche en substances hydrocarbonées. Le catarrhe gastro-intestinal, la dilatation de l'estomac et, d'une manière générale, toutes les causes qui favorisent les fermentations lactiques et butyriques donnent lieu à une production anormale de gaz. Le météorisme s'observe aussi dans toutes les maladies qui diminuent la tonicité des fibres musculaires de l'intestin. Non seulement, en pareil cas, les parois n'ont plus leur résistance physiologique, mais la résorption des gaz ne peut plus se produire comme à l'état normal, car elle n'est plus favorisée par la pression des parois. Cette atonie de l'intestin survient dans les différentes affections qui en altèrent la structure, et en particulier dans les inflammations; elle est habituelle dans la fièvre typhoïde et aussi dans les typhus, dans la pneumonie, dans les pyrexies adynamiques dans la fièvre puerpérale et dans la péritonite ; on la voit se produire après l'évacuation du liquide ascitique dans les cas où l'intestin a été longtemps comprimé. C'est une manifestation assez fréquente et souvent rebelle de l'hystérie (1). On l'observe de même chez nombre d'hypochondriaques. Les obstructions de l'intestin produisent le météorisme, moins sans doute en s'opposant à l'expulsion des gaz par l'anus qu'en amenant l'atonie des parois épuisées par des contractions incessantes.
La conséquence la plus importante du météorisme est ordinairement une gêne notable de la respiration produite par le refoulement du diaphragme; s'il existe concurremment une affection du poumon et du cœur, l'asphyxie peut en résulter.
(I) On ignore par quel mécanisme elle se produit dans cette névrose ; peut-être faut-il invoquer un spasme des artérioles des parois intestinales en produisant l'atonie et gênant en même temps la résorption des gaz par l'obstacle qu'il apporterait à la circulation veineuse?
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Le météorisme donne lieu en outre à des troubles de la digestion et à des douleurs abdominales (coliques venteuses).
Nous l'avons vu, dans notre service, contribuer à maintenir une occlusion de l'intestin produite vraisemblablement par une flexion; les évacuations étaient complètement supprimées depuis trois semaines; il semblait qu'il n'y eût plus d'autre ressource qu'une intervention chirurgicale; il a suffi, cependant d'une ponction capillaire de l'intestin pour amener le rétablissement du cours des matières : il nous a paru évident que la compression exercée par la masse des intestins distendus était la cause principale de l'obstruction.
Le météorisme est partiel dans le cas d'obstruction, car il ne se produit que dans les parties de l'intestin situées au-dessus de l'obstacle; il constitue alors un signe important pour la localisation de la lésion.