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CHAPITRE IX

La peau est à la fois un organe de protection, de sensibilité, de sécrétion et d'excrétion; en môme temps qu'elle concourt puiss.i Miment, par l'intermédiaire de ses vaso-moteurs, à la régulation de la chaleur organique et très accessoirement aux échanges gazeux, elle est intéressée directement ou indirectement dans la plupart des maladies générales, et ses altérations retentissent secondairement sur tout l'organisme.

On peut donc pressentir à priori que l'étude des modifications que subissent ses fonctions présente un intérêt considérable pour le pathologiste et l'on doit regretter d'autant plus qu'elles ne soient pas mieux connues.

Les notions que l'on possède actuellement sur la physiologie pathologique du tégument externe sont si incomplètes que l'on ne peut interpréter d'une manière satisfaisante les effets très remarquables que produit la suppression de ses fonctions^ par le vernissage. Becquerel et Breschet ont montré que, si l'on recouvre d'un enduit imperméable la surface cutanée d'un animal, il languit et meurt bientôt dans une sorte de collapsus général accompagné d'albuminurie; or la mort ne peut s'expliquer en pareil cas, ni par la suppression de la sécrétion sudorale, qui semble n'éliminer qu'une proportion relativement faible de matériaux de désassimilation, ni par la suppression de la respiration cutanée, qui chez les animaux pilifères est très peu importante, ni parla suppression des excitations que les nerfs cutanés transmettent au centre respiratoire, ni même par une action réflexe sur les vaso-moteurs des viscères, analogue à celle que produisent les brûlures étendues : François Franck l'attribue à une action exercée à distance par l'excitation des nerfs de la peau sur l'innervation spinale (1).

Nous ne nous occuperons que des troubles des sécrétions sudorale et sébacée, nous réservant d'étudier ceux de la sensibilité et de la régulation thermique dans d'autres chapitres (2).

La sécrétion sudorale peut être diminuée, accrue ou pervertie ; nous étudierons successivement ces trois ordres de modifications.

(1) Fr. Franck, Art. Subub (physiologie) du Dictionnaire encyclopédique, 1884.

(2) Voyez Troubles de l'innervation et Fièvre.

ARTICLE Ier. — ANIDROSE (1).

La sécrétion de la sueur est diminuée ou tarie dans diverses affections squameuses parmi lesquelles nous citerons, en premier lieu, l'ichthyose, puis la dermalite exfoliatrice et quelques cas de psoriasis ainsi que dans certaines inflammations cutanées telles que l'érysipèle, le phlegmon et l'eczéma sec à sa dernière période; il en est de même souvent après les pertes abondantes de liquides, dans le frisson fébrile et chez les cachectiques ; congénitale et toujours persistante dans l'ichthyose, l'anidrose disparaît quand elle est liée à une inflammation cutanée avec l'affection qui l'a produite. On ignore dans quelle mesure et suivant quel mode la rétention des produits qui doivent être normalement éliminés avec la sueur nuit à l'organisme (2). Peut-être joue-t-elle un rôle dans la production de certaines albuminuries (3)?

ARTICLE II. — HYPERIDUOSE (4).

La sécrétion de la sueur est soumise à l'influence du système nerveux : si l'on coupe le sciatique d'un chat et si l'on excite son bout périphérique, on voit apparaître, au niveau des pulpes sous-digitales, des gouttes de sueur de plus en plus abondantes; cette expérience, faite pour la première fois par Luchsinger (S) et Ostroumow en 1876 a été répétée depuis par plusieurs physiologistes et constamment avec les mêmes résultats. On ne peut attribuer en pareil cas l'hyperidrose à une dilatation des vaisseaux, car Vulpian l'a vue coïncider avec leur resserrement. L'atropine arrête la sécrétion sudorale comme la sécrétion salivaire, et l'on sait qu'elle est sans action notable sur les vaisseaux des glandes. Les expériences que Vulpian a faites sur le cheval avec M. Raymond lui ont montré que le sympathique n'influence la sécrétion sudorale qu'indirectement, par l'intermédiaire de la circulation (6). Les nerfs excilo-sudoraux naissent, d'après lui, avec les racines antérieures; ils proviennent de centres multiples échelonnés dans la moelle; l'excitation du bulbe produit une hypercrinie sudorale sur toute la surface cutanée (Nawrocki, Vulpian).

(1) A. Hardy, Traité pratique et descriptif des maladies de la peau, 18S6.

(2) I. Straus, Art. SuBun du Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques.

(3) Du Cazal, Art. Sukur (pathologie) du Dictionnaire encyclopédique.

(4) Bouveret, Des sueurs morbides. Thèse de concours (1880), excellent travail dans lequel nous avons puisé une partie des matériaux qui nous ont servi à la rédaction de cet article. — A. Hardy, loc. cit.

(5) Luchsinger, pjliiger's Archiv, XIII, p. 212, 1876.

(6) Vulpian et Raymond, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 187'.).

C'est par l'intermédiaire des nerfs excito-sudoraux dont l'activité est mise enjeu directement ou par voie réflexe que se produisent sans doute constamment les sueurs morbides; nous allons voir que certains faits pathologiques peuvent faire présumer que ces nerfs n'ont pas tous une action identique et que les glandes sudoripares, comme les glandes salivaires, peuvent être excitées suivant deux modes différents.

Les sueurs morbides peuvent survenir dans des conditions très diverses, et nous sommes loin de pouvoir déterminer constamment quelle est la cause de l'excitation nerveuse qui leur donne naissance. Nous les étudierons successivement : 1° dans les affections du système nerveux; 2° dans les maladies chroniques; 3° dans les maladies fébriles; 4° dans le collapsus algide; 5° dans les intoxications. Nous nous occuperons ensuite des sueurs fétides et des sueurs colorées.

§ 1. — Sueurs dans les maladies du système nerveux.

On les a notées exceptionnellement dans les névralgies; elles sont alors l'effet d'un réflexe analogue à celui qui produit les convulsions, la rougeur de la pommette et l'hypercrinie conjonctivale dans le tic douloureux; Notta (1) les a constatées dans un cas de névralgie susorbitaire; Debrousses-Latour et Gallietles ont vues également se produire, celui-là dans un cas de névralgie faciale, celui-ci dans un cas de sciatique ; les sudations coïncidaient alors avec les accès douloureux. Bouveretcite deux faits de Hamilton dans lesquels des névrites traumaliques ont donné lieu à des sueurs locales en même temps qu'cà des accès douloureux ; Weir Mitchell et Debrousses-Latour ont fait des observations analogues; il est possible que, dans ces cas, les sueurs aient été produites directement par l'excitation de leurs nerfs sécréteurs.

L'éphidrose est fréquente aux mains chez les femmes nerveuses. Kostremsky a publié l'observation d'un homme qui suait abondamment de la joue droite quand il mangeait un mets de haut goût. Franck a cité des cas d'éphidrose unilatérale, et Straus en a observé un des plus remarquables : sous l'influence d'une émotion, de la marche, du moindre mouvement, il se produisait une sudation très prononcée dans toute la moitié droite du corps.

Le même auteur a montré que, dans la paralysie faciale d'origine périphérique, la sudation locale provoquée par l'injection d'une quantité minime de pilocarpine est retardée et quelquefois plus persista NolU, Mémoire sur les troubles qui accompagnent les névralgies (Archives de médecine, 18S4).

Lante. Il n'en est pas ainsi dans les paralysies d'origine centrale (1).

La paralysie du sympathique s'accompagne assez souvent de sueurs dans le côté correspondant de la face et du cou. On a observé plusieurs fois, à la suite de traumalismes de la région parotidienne, des sueurs limilées à cette partie et survenant au moment des repas; M. Bouveret en cile une observation qui lui est personnelle. A OUivier (2) a publié l'histoire d'un malade chez lequel l'éphidrose était circonscrite à la partie de la face qu'innerve le nerf maxillaire supérieur.

Des sueurs ont élé notées dans diverses formes de myélite, sans que l'on puisse déterminer quelle est la partie de la moelle dont l'excitation ou la paralysie leur donne naissance.

Celles qui se produisent chez les ataxiques ont particulièrement attiré l'attention dans ces derniers temps ; elles sont remarquables par leur localisation à une même partie chez le même sujet et leur retour sous forme d'accès liés souvent, mais non constamment, à des crises douloureuses. On les a vues siéger dans une moitié du corps (3), dans une moitié de la tête (4), à la paume des mains et à la plante des pieds (5) ; chez un de nos malades dont l'observation a élé publiée à un autre point de vue par M. G. -H. Roger (6), la sudation était limitée à une moitié du périnée; ce dernier fait est intéressant en ce sens que les crises sudorales coïncidaient avec des crises diarrhéiques et sialorrhéiques ; il peut être invoqué à l'appui de la théorie qui rattache ces accidents à un trouble dans les fonctions du grand sympathique.

Des sueurs profuses se produisent souvent dans les affections de l'encéphale, et particulièrement dans les grands traumalismes, les méningites et l'apoplexie. Il est peu probable qu'elles résultent directement de l'excitation de l'encéphale, car M. Vulpian a montré que l'on ne peut les provoquer expérimentalement en agissant sur cet organe; il est vraisemblable qu'il exerce sur les centres d'innervation sudorale une action modératrice comparable à celle qu'il possède sur les centres moteurs de la moelle; la production habituelle de sueurs pendant le sommeil chez beaucoup de sujets est en faveur de cette hypothèse; on s'expliquerait ainsi l'apparition des sueurs dans les états

(1) I. Straus, Des modifications dans la sudation de la face à l'aide de la pilocarpine comme nouveau signe différentiel des diverses formes de paralysie faciale (Gar. médicale, 1880).

(2) OUivicr, Société de biologie, 1873.

(3) Euleoburg et Guttmann, Pathol. des symp., 1879.

(4) Rcmack, Revue des sciences médic, 1881. — Pierret, Thèse de Paris. — Putnam, Raymond et Artaud, Sur un cas de sueurs localisées, etc. (lîev. de méd., 1881).

(5) A. Ollivier, Union médic. 1883.

(6) G. -H. Roger, Conlrib. à l'étude des troublas gastro-intestinaux dans Vataxic locom. progrès, (llev. de médec, 1883).

pathologiques qui suspendent l'activité des fonctions cérébrales;

L'hémiplégie s'accompagne souvent de sueurs; Senator a rapporté un cas de monoplégie brachiale accompagnée de spasmes et de sueurs localisées; on trouva à l'autopsie une lésion des centres psychomoteurs du côté opposé. Notons encore le delirium trcmens et la paralysie générale parmi les affections qui donnent lieu à ce symptôme.

Nous avons observé un cas de délire émotif dans lequel les accès s'accompagnaient de sueurs profuses (1). Ce trouble fonctionnel n'est pas rare dans l'hystérie ; il s'y produit parfois d'un seul côté du corps (hémidrose hystérique). L'hyperidrose est au nombre des phénomènes morbides qui peuvent annoncer le début d'une attaque épileplique; on l'a vue constituer le caractère le plus saillant d'un accès de petit mal (J. Renaut).

§ 2. — Sueurs réflexes d'origine viscérale.

Elles sont, d'après François Franck (2), dont nous suivons ici la description, attribuables le plus souvent aux irritations du sympathique dans le thorax et l'abdomen.

A. Sueurs réflexes d'origine cardiaque. — Elles s'observent surtout dans l'angine de poitrine (3); elles sont froides, partielles, limitées au visage; elles précédent assez souvent le début des accidents ; on peut dire alors avec Renaut (4) qu'il s'agit d'une aura sudorale.

B. Sueurs réflexes d'origine broncho-pulmonaire. — Il est difficile de les séparer de celles que provoquent l'aspbyxie, la fièvre et la diminution de l'exhalation aqueuse par la muqueuse respiratoire. M. Robillard (5) parait avoir réussi à les amener en excitant directement les nerfs sensitifs du poumon.

C. Sueurs réflexes d'origiiie pleurale. — M. Lépine les a vues se pro- I duire sur les membres du côté malade après une injection de teinture d'iode dans la plèvre.

(1) M. L..., musicien de talent, était atteint d'une singulière névrose ; sous l'influence de certaines impressions, il était pris soudainement d'une vive agitation, ses téguments se couvraient, surtout à la face, d'une vive rougeur, on voyait la sueur perler sur son front, et la diaphorèse était assez abondante pour l'obliger à changer de linge ; les causes les plus futiles amenaient ces accès : c'était le plus souvent le bruit d'un fouet, le sifflement d'un gamin passant dans la rue, une parole désagréable ou même le réveil inopiné d'un souvenir pénible ; le malaise qu'éprouvait M. L. était tel que le plus ordinairement il le contraignait à abandonner momentanément toute occupation, fût-ce l'exécution en public d'un morceau de musique.

(2) Fr. Franck, loc. cit.

(3) Peter, Leçons de clinique médicale, vol. I.

(4) Renault (Lyon médical, 1880), Contribution à l'histoire de quelques cardiopathies d'origine anoxhémique.

(5) Robillard, Thèse de Lille, 1880.

D. Sueurs réflexes d'origine gastrique. — Chez beaucoup de sujets, Ingestion de certaines substances telles que les infusions aromatiques; chez certains, tout travail digestif déterminent la production de sueurs réflexes; on les observe également dans les accès de gastralgie ainsi que dans les crises gastriques.

François Franck signale encore des sueurs réflexes d'origine utérine, rénale, uretérine, etc.

§ 3. — Sueurs dans les maladies chroniques.

Les maladies qui compromettent gravement la nutrition s'accompagnent souvent de sueurs profuses ; on les observe dans les formes fébriles de la chlorose, dans les anémies pernicieuses, dans la leucémie, chez les polysarciques et quelquefois chez les diabétiques : la débilité produite parle surmènement ou les excès y prédispose. Elles comptent parmi les symptômes les plus habituels de la phthisie; on les observe aussi bien dans les formes chroniques et torpides de la maladie que dans ses formes fébriles; on les désigne alors généralement sous le nom de sueurs nocturnes; M. Peter (1) fait remarquer avec raison que cette qualification n'est pas exacte, car il suffit que le malade se laisse aller à la somnolence pour qu'elles se produisent ; c'est au réveil qu'elles ont lieu, et l'on peut se demander si l'interruption du sommeil n'est pas provoquée par la sensation pénible qu'elles produisent. Elles se manifestent le plus souvent à la tête et sur la partie supérieure du tronc. On ne connaît pas le mode de production de ces sueurs ; il est peu probable qu'elles soient le résultat d'un réflexe produit par l'irritation du poumon, car on ne les observe qu'exceptionnellement dans les affections de cet organe étrangères à la tuberculose ; elles ne sont pas non plus liées à la fièvre ; elles surviennent sous l'influence complexe du sommeil, d'un état de débilité constitutionnelle et des lésions tuberculeuses par un mécanisme qui est encore indéterminé.

Les sueurs qui se produisent dans le diabète et dans le mal de Bright méritent particulièrement d'attirer l'attention.

Dans le diabète, elles constituent un danger, en ce sens qu'elles entraînent une diminution de la sécrétion urinaire et qu'elles ne peuvent la compenser que très incomplètement au point de vue de l'élimination du principe nuisible, le sucre ; un litre d'urine peut en contenir jusqu'à 140 grammes ; un litre de sueur en tient au maximum 10 grammes en dissolution ; les sueurs peuvent donc contribuer à la

(1) Peter, Leçons de clinique médicale, t. II.

010 THOUBLP FONCTIONNELS (SYMPTOMES).

réLonlion du sucre ; l'eau qui sort par les glandes de la peau est à peu près perdue pour la dépuration du sang (Bouchard) (1).

Les mômes considérations sont applicables à la maladie de Bright; tandis que 20 grammes d'urée sont éliminés avec un litre d'urine, un litre de sueurs n'en contient que 0&r,t0 centigr. (Bouchard); si l'on considère que la diapliorèse entraîne la diminution de la sécrétion urinaire, on doit la considérer comme dangereuse pour les brighliques, car le litre d'eau qui s'en va par la sueur laisse dans le sang une grande quantité d'urée qui n'y fût pas resiée si ce même litre d'eau eût pris la voie du rein et non celle de la peau (2). Ce n'est pas à dire qu'il ne puisse ôlre utile de stimuler avec prudence les fonctions cutanées de ces malades. Il est une circonstance où la diapliorèse est incontestablement utile, c'est quand elle survient chez un malade qui n'urine plus ; elle n'est plus alors la cause, mais bien le résultat de l'anurie ; nous avons vu plusieurs fois, chez des malades atteints d'urémie, survenir des sueurs profuses qui étaient évidemment supplémentaires.

§ 4. — Sueurs dans les maladies fébriles.

L'exagération de la transpiration n'est pas nécessairement liée à l'état fébrile ; la peau peut rester sèche pendant toute la durée d'une affection pyrétique; pourtant la fièvre qui revient par accès, quelle qu'en soit la cause, se termine généralement par une abondante diaphorèse ; on sait que la période terminale de l'accès de fièvre intermittente régulière porte le nom de stade des sueurs; les accès de fièvres symptomaliques ne diffèrent pas à cet égard de l'accès paludéen. Il est de môme fréquent, dans toutes les maladies fébriles, quelle qu'en soit la nature, de voir survenir des sueurs profuses au moment de la défervescence, en même temps qu'une exagération de la sécrétion urinaire ; ce sont les sueurs que l'on appelait autrefois critiques. Elles se produisent également au moment où l'on abaisse artificiellement la température par une action médicamenteuse dans le cours d'un état fébrile ; nous les avons observées constamment au moment des défervescences provoquées chez les pneumoniques auxquels nous avons administré le chlorhydrate de kairine mélhylique ; elles cessaient bientôt si l'on maintenait la température abaissée en donnant de nouvelles doses du médicament (3) ; ce fait prouve

(i) Bouveret, loc. cil.

(i) Bouveret, loc. cil.

(3) VV. Filelmc, Berlin, klin. Wochens., 18S2-18S3. — Halle-peau, Sur un nouvel antipyrétique, le chlorhydrate de kairine {Bulletin de la Société des hôpitaux, 1883).

I qu'elles ne sont pas la cause delà défervescence. On ignore quelle est lia condition prochaine de ces sueurs. On sait, depuis les recherches I thermométriques de Wunderlich, de Traube et de Hirtz (1), que la I défervescence commence avant que la sueur n'apparaisse. I Dans un certain nombre de dyscrasies et de maladies infectieuses, lia production des sueurs est tellement abondante et constante qu'elle ■ suppose nécessairement une action du principe morbide sur les nerfs I qui président à la sécrétion des glandes sudoripares. 11 en est ainsi dans la suette miliaire, dans la variole discrète, dans la fièvre pernicieuse diaphorélique et dans le rhumatisme articulaire aigu.

§ 5. — Sueurs dans le collapsus algide.

Dans les étals pathologiques que nous venons de passer en revue, de même que dans les cas où la diaphorèse est provoquée par un exei'cice violent ou l'exposition à une température élevée, la sécrétion morbide coïncide avec une augmentation de la cbaleur cutanée et le liquide est le plus souvent abondant et fluide; la sudation peut coïncider avec un état inverse de la circulation et de la calori fixation cutanée; elle fait alors partie du syndrome que nous désignons sous le nom de collapsus algide et que caractérisent le refroidissement de la peau, la diminution de son élasticité, sa coloration pâle ou cyanique, l' affaiblissement des contractions cardiaques, la petitesse du pouls, un état syncopal et souvent des vomissements ; ce syndrome s'observe dans le choléra, dans l'étranglement intestinal et d'une manière générale dans les affections douloureuses de l'abdomen (2), ainsi que dans les empoisonnements par l'arsenic et le tartre slibié, souvent enfin pendant l'agonie ; la sueur est alors visqueuse et froide. Si l'on considère ce qui se passe pour la glande sous-maxillaire, dont la sécrétion est visqueuse ou fluide suivant qu'on la provoque par l'excitation de la corde du tympan ou des filets sympathiques, on est conduit à penser que les glandes sudoripares sont également soumises à 1'inlluence de deux ordres de nerfs dont les uns amènent la sécrétion de la sueur lluide, les autres celles de la sueur visqueuse.

(1) Hirtz, art. Fièvre du Dict. de méd. et de chir. pratiques.

(2) Chaque fois que le sympathique est touché, dit le professeur Peter, il en résulte un ensemble de symptômes constants de la plus haute gravité, la petitesse du pouls, la pâleur du visage dont les traits s'altèrent, le refroidissement des extrémités, la sueur froide, la prostration des forces, l'extinction de la voix, la sensation d'une fin prochaine {Clinique médicale. II, p. 146).

§ 6. — Sueurs d'origine toxique ou médicamenteuse.

Les deux variétés de sécrétion sudorale dont nous venons de parler I peuvent être produites par l'introduction dans l'organisme de cer-» taines subslances : l'émétique, l'arsenic et les sels de cuivre provo- I quent le collapsus algide et avec lui la sécrétion de sueurs vis- 1 queuses ; la pilocarpine, le gaïac, les boissons chaudes et l'opium donnent lieu à des sueurs fluides et abondantes; ces agents agissent | par l'intermédiaire des nerfs sudoraux. Rappelons qu'injectée à petites doses la pilocarpine donne lieu à des sueurs locales.

§7. — Caractères et rôle pathologique des sueurs morbides.

Nous avons vu que les sueurs morbides peuvent être générales ou locales, fluides ou visqueuses; leur réaction est presque constamment acide ; M. Arm. Gautier (1) dit qu'on les trouve parfois alca- j lines dans le typhus et l'urémie et chez les sujets soumis à un traite-] ment par les alcalins à hautes doses ; leur acidité serait exagérée chez : les rhumatisants, chez les goutteux et dans le rachitisme.

Leur constitution chimique n'a été qu'incomplètement étudiée ; on y a trouvé un excès d'urée dans le choléra, dans l'urémie, et dans l'intoxication par le phosphore, du sucre dans le diabète et de la graisse dans la fièvre hectique (2).

Leur abondance est extrêmement variable; tantôt elles donnent' lieu à une simple moiteur de la peau ; tantôt elles sont tellement pro-| fuses que les vêtements et les draps des malades semblent avoir été : trempés dans l'eau ; on observe tous les degrés intermédiaires.

L'odeur de la sueur avait beaucoup préoccupé les anciens auteurs: I elle est fétide dans certaines infections putrides ; on l'a dite urineuse ou fécaloïde dans des cas de rétention de l'urine ou des fèces, mus-f quée dans l'infection purulente. Sa fétidité paraît due le plus souvent à la décomposition de la leucine et de la tyrosine (Robin) (3).

Les sueurs, quand elles coïncident avec d'autres phénomènes critiques, ont parfois une signification favorable ; les partisans dos anciennes théories humorales ont admis qu'elles pouvaient contribuer ■ à éliminer les principes morbifiques, et nous avons vu qu'en effet elles concourent, avec peu de puissance il est vrai, à l'excrétion de l'urée

(1) Gautier, Chimie biologique, t. II, 433. — Voyez aussi Etigel, Nouveaux éléments de | chimie médicale et biologique. 3" édition. Paris, 1888.

(2) Bouveret, thèse, Des sueurs morbides. Paris. 1 880.

(3) Ch. Robin, Traité des humeurs. 2° édition. Paris, 1874.

Jet de l'acide urique ; leur signification pronostique est fâcheuse quand ■elles coïncident avec les symptômes du collapsus algide. Dans les cas

■ où elles sont très abondantes, elles peuvent contribuer, par les dé- Mperditions qu'elles font subir à l'organisme, à produire l'anémie et la

■ cachexie.

■ Elles peuvent également provoquer des accidents locaux en irritant ■les téguments : ce sont habituellement des érythèmes qu'accompa- ■gnenl souvent des éruptions vésiculeuses, les sudamina. D'autres fois Bon observe une éruption de vésicules et de bulles qui occupe surtout ■les mains et qui a été décrite par Hutchinson sous le nom de cheiro- Mpompholix et par Tilbury Fox sous celui de dysidrosis ; confondue le ■plus souvent avec l'eczéma, quelquefois avec le pemphigus, elle constitue un type spécial dont la subordination aux troubles de la sécrétion sudorale, admise par ces auteurs, ne nous paraît pas démontrée.

ARTICLE III. — SUEURS FETIDES ET BROMIDROSE.

Nous avons signalé déjà l'odeur désagréable que présentent parfois Iles sueurs dans certaines maladies ; il est une affection dont cette I odeur constitue le caractère dominant, c'est la sueur fétide des pieds; i on ignore à quelle cause elle est due ; elle semble purement locale ; 1 sous une influence indéterminée, la sécrétion des téguments qui I recouvrent les parties inférieures et latérales des orteils s'exagère: ll'épiderme, comme macéré, prend une couleur blanchâtre et assez

■ souvent s'ulcère; les parties exhalent une odeur d'une répugnante I fétidité ; on n'a pu déterminer s'il s'agit d'une altération de la sueur I elle-même ou du produit des glandes sébacées.

Donné a trouvé celte sécrétion alcaline ; d'après Ch. Robin, elle con- I tiendrait de la leucine qui donnerait naissance, en se décomposant, là du valérate d'ammoniaque; Chevreul admet que les principes gras

■ de l'enduit sébacé peuvent donner lieu, en présence d'un liquide

■ aqueux, au dégagement d'acides volatils d'une grande fétidité.

La suppression de ces sécrétions paraît avoir été, dans quelques cas,

■ suivie d'accidents; Trousseau et Pidoux et Doyon en ont rapporté

■ des exemples.

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