ARTICLE IV. — SUEURS COLORÉES OU CHROMIDROSE
Cette affection, appelée par MM. Leroy de Méricourt et Féréol chro-
(I) Leroy de Méricourt, Sur la coloration partielle en noir ou en bleu de la peau de la Wfemmme {Archin. gén. de médecine, 1857), et Mém. sur la chromidrose. Paris, 1864.—
■ J. Parrot, art. Chhomiduosk, Dictionnaire encyclopédique. — Billard, Sur un cas de cyano-
luocrinie partielle et cutanée, est, d'après la définition de Parrot, une névrose sécrétoire qui a pour siège habituel la peau de la face et pour matière un pigment bleuâtre. Signalée au siècle dernier par James Yonge, plus tard par Lecal, en 1831, par Billard d'Angers et depuis lors par Teevan, Bousquet, Neligan et Erasmus Wilson, elle n'a été décrite méthodiquement qu'en 18S7 par M. Leroy de Môricourt; il en i existe maintemant plusieurs observations qui présentent les caractères de l'authenticité.
La coloration varie du noir foncé au bleu clair; dans deux cas, elle était ocreuse et, dans un fait récent, rosée. Elle apparaît d'habitude en premier lieu aux paupières inférieures, puis elle s'étend le plus> souvent sur les joues et le front, parfois sur la poitrine. La matière colorante, quelquefois onctueuse, adhère intimement à la peau et l'on a peine à l'en détacher, mais l'on y parvient; elle réparait au, bout d'un laps de temps qui varie de quelques minutes à un quart d'heure ; sa constitution chimique n'a pu être déterminée ; Ordonez y a trouvé un peu de fer; elle est mélangée de débris épithéliaux. enlevés en môme temps qu'elle; Kûhne attribue sa coloration à la t présence de vibrions; l'observation de Schwarzenbach qui lui ai trouvé des réactions analogues à celles de la pyocyanine, matière colorante des suppurations bleues, est en faveur de l'opinion de Kûhne, car on sait aujourd'hui que le- pus bleu doit sa couleur à la. présence des microbes.
La chromidrose survient le plus souvent chez des hystériques et ài l'occasion d'émotions. Parrot la considérait comme liée à un trouble, de l'innervation cutanée.
ARTICLE V. — HEM AÏIDROSE.
Ce phénomène morbide n'est pas à proprement parler un trouble de la sécrétion sudorale, et l'expression de sueurs de sang employée quelquefois pour le désigner est mal appropriée, car il consiste essentiellement en une hémorrhagie des glandes sudoripares. On doit à Parrot d'en avoir fait connaître la nature et le mode de production (1).
L'hématidrose s'observe chez les hystériques; son apparition est précédée de troubles dans la sensibilité ou l'innervation vaso-motrice dans la région où elle va se produire ; ce sont tantôt des douleurs,
pathie cutanée, etc. {Arch. gén. de méd., 1831). - Leroy de Méricourt et Bergeron, BuM de l'Acad. de méd., 1884. - Féréol, Bull, de VAcad. de méd., 1885. - Hardy, Traite des maladies de la peau. Paris, 1886.
(1) Parrot, Gazette hebdomadaire, 1859.
TROUBLES DANS LES FONCTIONS DE LA. PEAU. 621 tantôt des éruptions érythémateuses ; l'hémorrhagie se rnanisfeste le plus souvent à la suite d'une vive émotion ou d'un accès douloureux. Le liquide est plus ou moins coloré, suivant les cas ; il forme des gouttelettes ou il s'étale en nappe ; Parrot y a trouvé des globules rouges.
L'hémorrhagie est constamment limitée à une surface peu étendue; elle siège le plus souvent dans le creux de la main, à la plante des pieds, autour du mamelon et au front. Le flux sanguin se produit par accès qui coïncident souvent avec les époques menstruelles. C'est, pour Parrot, une manifestation de l'hystérie comparable aux hémorrhagies gastro-intestinales qui surviennent sous l'influence de cette névrose. C'est sans doute une hémorrhagie par diapédèse, liée à un trouble dans l'innervation des petits vaisseaux que contiennent les parois des glandes sudoripares.