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ARTICLE IV. — MODE DE PRODUCTION

Ceci posé, nous devons rechercher à quelle cause il faut rapporter le surcroît d'activité que présentent dans la fièvre les combustions organiques. Deux théories sont en présence : clans l'une, qu'ont soutenue particulièrement MM. Bergmann, Verneuil (3), Otto Weber, etc., il faut attribuer le phénomène à la pénétration dans le sang de matières dites pyrétogènes ; dans l'autre, que Bernard a faite sienne et qui a été soutenue éloquemment par Chauffard, il est dû à un trouble dans l'innervation vaso-motrice et calorifique.

L'observation montre que très souvent la fièvre est d'origine infectieuse : les fièvres éruptives, la fièvre intermittente, la fièvre typhoïde ne peuvent s'expliquer que par la pénétration dans le sang de substances pyrétogènes, très probablement, pour ne pas dire certainement, de microbes qui agissent, soit directement, soit en donnant naissance à une matière seplique.

Gaspard, le premier, a fait voir que l'injection de pus dans le

(1) Jacobson, Ueber die Température Vertheilung im Verlauf fieberhafler Krankheit. (Virchow's Archio, LXV, p. 520). — Schuck, Ueber d. Suhwankungen d. Hauttemper Berlin, 1877.

(2) Macalister, Natur of feoer [Lancet, 1887).

(3) Verneuil, Bull, de l'Académie de médecine, 1871.

sang, le péri loi ne, la plèvre ou le tissu cellulaire, provoque de 1 fièvre; 0. Weber (1) et Billroth (2) ont étudié avec grand soin le accidents auxquels donne lieu l'injection dans les veines ou sous la peau de produits de suppuration; mais commentées matières pyrétôl gènes augmentent-elles l'activité des combustions ? Est-ce indirectement en troublant l'innervation vasculaire? La question ne peut être actuellement résolue.

La môme difficulté se présente pour la fièvre Iraumatique. Elle n'est certainement pas toujours provoquée par la pénétration dans le sang de matières sepliques, car on l'observe à lâ suite de lésions sans plaies des parties profondes, telles, par exemple, que la fracture du fémur ; on pourrait supposer en pareil cas qu'il se produit au niveau du foyer un trouble de. nutrition qui aurait pour résultat la genèse de matières pyrélogènes ; la même interprétation pourrait être donnée pour toutes les fièvres que provoquent les phlegmasies ; mais on peut se demander également si en pareil cas la réaction générale n'est pas due à l'excitation des nerfs centripètes nés du point lésé et à une action à distance sur les centres d'innervation vasculaire et calorifique.

Une expérience de Cl. Bernard semble trancher la question en faveur de cette dernière interprétation (3).

Si l'on enfonce un clou dans le pied d'un cheval, après avoir préalablement sectionné tous les nerfs du membre, il ne se produit pas de réaction; celle-ci est au contraire violente si l'on n'a pas pratiqué la section préalable. Malheureusement d'autres physiologistes, MM. Breuer et Cbrobach (4), ont obtenu des résultats différents; ils ont vu l'irritation de l'articulation du pied donner lieu à de la fièvre, alors même que tous les nerfs du membre avaient été préalablement coupés ; il est vrai que l'on a pu leur objecter que leurs sections des nerfs avaient été incomplètes.

II est plusieurs circonstances dans lesquelles l'élévation de la température peut être rapportée en toute certitude à un trouble de l'innervation : nous mentionnerons particulièrement celle qui dans certains cas se produit par l'effet de la terreur, celle que l'on observe chez les épileptiques en état de mal, chez les aliénés en proie à l'agitation, et celle qui est provoquée par une lésion de la moelle cervicale : celle-ci peut atteindre, en moins de 24 heures, le chiffre de 42° et même de 44°.

. (i) 0. Weber, Experim. Stud. iiher Pysemie, Septicémie und Fieber (Deutsche Kiinik, 1864-1869).

(2) Billroth, Langenbeck's Archiv, II, VI, XIII.

(3) Cl. Bernard, Physiologie et pathologie du système nerveux, Paris, 1858.

(4) Breuer et Chrobach, Zur Lehre von Wund fieber. Wien. med. Jahrb., 1868.

Tscheschichin (1), ayant reconnu que Ja section de la protubérance au devant du bulbe produit l'bypertbermie, en conclut que la partie de l'encéphale située plus haut joue, par rapport à la moelle et aux combustions, le rôle d'un centre modérateur ; quand son action cesse de se faire sentir, les combustions deviennent plus actives et l'hyperthermie se produit.

Dans les conditions ordinaires, la section de la moelle cervicale produit, contrairement à ce qui devrait avoir lieu dans l'hypothèse de Tscheschichin, un abaissement de la température; mais il faut tenir compte de la perte de calorique que la paralysie des vaso-moteurs cutanés fait ainsi subir à l'organisme et, si l'on maintient l'animal en expérience dans un milieu chaud, l'opération donne lieu à de l'hyperthermie (Naunyn et Quincke) (2); néanmoins l'explication de Tscheschichin ne peut être admise ; Bruck et Gunter ont reconnu, en effet, que la simple piqûre de la protubérance a les mêmes effets que sa section, et, d'autre part, on a vu les lésions de la moelle dorsale provoquer la même hyperlhermie que celles de la moelle cervicale.

Vulpian (3) a émis l'opinion que cet effet des lésions spinales doit être expliqué par l'exaltation des propriétés et des fonctions propres de la substance grise de la moelle allongée et de la moelle épinière ; c'est pour lui un effet d'irritation nerveuse et non de paralysie.

Cette influence "de la moelle s'exerce en partie par les vaso-moteurs, surtout les vaso-dilatateurs, en partie par les autres nerfs centrifuges qui ont une action sur les phénomènes intimes de la nutrition et, par suite, sur la calorificalion.

Cl. Bernard avait d'abord rapporté l'hyperthermie fébrile à la paralysie du sympathique produisant la dilatation des petits vaisseaux; cette explication ne peut être admise, carSchiff a montré que, si l'on provoque la fièvre chez un animal auquel on a sectionné d'un côté le sympathique cervical, la moitié de la tête où les vaso-moteurs sont paralysés s'échauffe et se congestionne moins que l'autre. Dans ses derniers ouvrages, Cl. Bernard a expliqué les phénomènes fébriles par une excitation des nerfs dilatateurs et de ceux qu'il appelle thermiques; leur suractivité, entraînant une cessation d'action des vaso-constricteurs, donnerait lieu à une dénutrition exagérée et par suite à la production de chaleur ; si l'existence de ces nerfs thermiques n'a pas été acceptée par les autres physiologistes, celle des vaso-dilatateurs a été

(1) Tscheschichin, Zur Lehre von der Thieriscken Wxrme (Reichert's und Dubois- Reymond's Archiv, 1866).

(2) R. Naunyn et Quincke, Reibchert's und Dubois- Reymond's Archiv, 1869.

(3) Vulpian, Leçons sur l'appareil vaso-moteur, 1875, t. II, p. 248.

*7oS TROUBLES FONCTIONNELS (SYMPTOMES).

au contraire démontrée dans plusieurs parties du corps et Ton n peut guère douter, depuis les découvertes de M. Dastre, qu'ils n'animent toutes les ramifications de l'arbre artériel.

Schiff, et aussi Marey, rapportent à leur excitation les hyperémies actives qui se produisent chez les fébricitants.

Si nous cherchons à résumer les faits que nous avons exposés relativement à la nature et à la physiologie du processus fébrile, nous arrivons à formuler les propositions suivantes : la fièvre est essentiellement caractérisée par une élévation durable de la température ; elle est liée surtout à une exagération des réactions organiques portant sur les substances albuminoîdes aussi bien que sur les substances hydrocarbonées ; cet excès de réactions dépend lui-même, dans beaucoup de cas, et peut-être dans tous, d'un trouble de l'innervation; ce trouble est dû souvent à la pénétration ou à la formation dans le sang de matières pyrétogènes. L'exagération des réactions ne suffit pas à expliquer les phénomènes ; il faut faire intervenir en outre un trouble dans la régulation thermique; les pertes de calorique ne sont pas chez le fébricitant proportionnelles à la production ; il y a donc, comme l'ont vu Marey et Traube, rétention dans l'organisme d'une partie de chaleur qui s'y développe.

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