CAUSES INTRINSÈQUES DYNAMIQUES
On a directement constaté qu'an organe en élat d'aclivité renferme plus de sang qu'en l'état de repos; il devient le siège d'une hypérémie fonctionnelle ; or il semble que cette hypérémie puisse, lorsqu'elle se renouvelle trop fréquemment, être le point de départ d'une phlegmasie chronique.
Il faut considérer en outre que le fonctionnement d'un organe suppose nécessairement une modification dans la structure intime de ses éléments; le fait a été nettement reconnu, nous le montrerons bientôt, pour les muscles, les nerfs et les glandes (1).
Cette altération, essentiellement passagère, disparaît d'ordinaire complètement sous l'influence du repos, mais l'on conçoit que, par sa répétition très fréquente, elle puisse entraîner à la longue des modifications permanentes dans la structure des parties.
Si la fatigue est nuisible, le défaut d'exercice ne l'est pas moins : la nutrition des éléments qui constituent les organes ne s'effectue régulièrement que si ces organes sont en état d'activité fonctionnelle ; sous l'influence d'un repos prolongé, les échanges s'y ralentissent, et les tissus finissent par s'altérer. De même qu'un muscle s'hypertrophie et devient plus fort quand il est exercé fréquemment, de môme il tend à s'atrophier sous l'influence d'un repos prolongé. C'est surtout dans les organes de la vie de relation, soumis à l'influence de la volonté, que l'action pathogénique de ces causes se fait sentir; dans les appareils qui fonctionnent automatiquement ou par voie réflexe, le surmènement, s'il se produit, échappe en général à l'observation, si ce n'est dans les organes musculeux dont il peut amener successivement l'hypertrophie el la dégénérescence.
Nous étudierons successivement l'action de l'exercice exagéré et de l'exercice insuffisant des fonctions dans les différents organes soumis à l'influence de la volonté.
§ 2. — Fatigues cérébrales.
Le cerveau peut être fatigué activement par excès de travail intellectuel; il peut être fatigué passivement par des excitations trop fréquemment renouvelées : différentes par leur localisation, les altérations provoquées par ces deux espèces de fatigues présentent dans leurs caractères et leur évolution les plus grandes analogies.
A. Fatigues actives. — Les excès de travail intellectuel exercent une influence sur le développement des maladies de l'encéphale, particulièrement sur celui des psychoses et aussi de l'hémorrhagie et du ra-
(l) Consulter à ce sujet Carrieu, De la fatigue et de son influence pathogénique, Paria. 1878, r * * >
ETIOLOGIG.
mollissement; il est d'observation que les professions dont l'exercice occasionne ce surmèriem'ent prédisposent à ces diverses affections ; sans doute l'hypérémie aclive qu'entraîne la fatigue cérébrale favorise dans les artères de l'encéphale le développement des phlegmasies chroniques qui en sont les causes ordinaires.
Ces mêmes fatigues paraissent rendre plus fréquentes et plus graves les complications du côté de l'encéphale dans le cours des maladies fébriles; c'est ainsi que l'on voit trop souvent la fièvre typhoïde survenir chez les jeunes gens surmenés par l'excès de travail intellectuel que nécessite la préparation d'un concours revêtir la forme cérébrale. Dans un fait qui nous est personnel, un excès prolongé de travail cérébral a amené une insomnie qui a duré une semaine.
M. Byasson, expérimentant sur lui-même, a constaté, pendant le travail cérébral, une augmentation dans l'excrétion de l'urée, des phosphates et des sulfates; Golding Birg cite l'exemple d'un prédicateur qui, après un sermon, éliminait deux fois plus de phosphates qu'en temps ordinaire. Schiff et Broca ont constaté réchauffement du crâne pendant le travail intellectuel.
B. Fatigues passives. — Les excitations de la sensibilité psychique, lorsqu'elles se renouvellent trop fréquemment et avec trop d'intensité, semblent produire dans les centres psycho-sensitifs une perturbation que l'on peut assimiler à la fatigue, et qui semble jouer un rôle important dans le développement des maladies mentales.
L'observation assigne à ces mêmes causes une place considérable dans l'étiologie du cancer. On ne conçoit pas facilement quel rapport il peut y avoir entre un état psychique et la prolifération d'un groupe d'éléments glandulaires ou conjonctifs, mais les faits sont là, et l'on voit trop souvent les signes du carcinome gastrique, par exemple, apparaître à la suite de chagrins prolongés, chez des individus frappés dans leurs affections, leur fortune ou leur ambition, pour que l'on puisse méconnaître cette relation.
Les impressions brusques et violentes (chocs psychiques), particulièrement celles de terreur, peuvent provoquer l'apparition de diverses névroses, telles que la chorée, la paralysie agitante et l'hystérie dans ses différentes formes. On les a fait également intervenir dans l'étiologie de l'épilepsie ;mais le professeur Lasègue (l) s'est élevé avec force contre cette assertion.
Le défaut d'activité psychique semble favoriser le développement de certaines névroses et particulièrement celui de l'hyporhondrie et de l'hystérie.
(1) Lasèr;ue, Union médicale, 1860.