‹ Traité élémentaire de pathologie généraleChapitre 17 sur 183 · CAUSES INTRINSÈQUES DYNAMIQUES · texte numérisé non relu

CAUSES INTRINSÈQUES DYNAMIQUES

§ 3. — Fatigues spinales.

A. Àbm des excitations centrifuges. — Le bulbe et la moelle interviennent par leurs parties conductrices et pur leurs éléments cellulaires dans l'exécution des mouvements; ils peuvent donc être surmenés par un exercice exagéré, et, en réalité, cet ordre de fatigue doit être souvent invoqué comme cause des affections qui se développent clans la partie motrice de l'axe. Nous avons signalé le rôle des fatigues vocales dans l'étiologie des paralysies bulbaires, et celui des fatigues musculaires dans la production des atrophies musculaires liées à la phlegmasie chronique des cellules antérieures de la moelle (1) .

B. Abus des excitations , centripètes. — De même que les noyaux moteurs semblent s'altérer sous l'influence d'excitations centrifuges trop fréquemment renouvelées, de même les noyaux sensitifs paraissent devenir malades lorsqu'ils sont soumis à des excitations centripètes trop souvent répétées; c'est ainsi que, suivant nous, l'on peut le mieux s'expliquer le développement du tabès dorsalis non syphilitique : en interrogeant avec soin les malades qui en sont atteints, on reconnaît que, le plus souvent, ils ont subi des fatigues de cette nature provoquées, soit par des excès vénériens, soit par l'impression prolongée du froid, soit par un traumatisme, soit par une cicatrice ou une gelure ancienne, soit par des excès de marche produisant l'excitation des nerfs centripètes des muscles et des articulations, soit enfin par des excitations sensorielles trop fréquemment renouvelées (2).

§ 4. — Fatigues du système nerveux périphérique.

Les altérations provoquées par le surmènement paraissent se développer plutôt dans les centres que dans les conducteurs, et les lésions que souvent ces derniers présentent simultanément semblent être d'habitude secondaires; on ne peut cependant affirmer qu'il en soit toujours ainsi, et il est possible que la fatigue joue également un rôle dans la production des atrophies nerveuses qui coïncident avec les atrophies spinales dans les amyotrophies et aussi, d'après Déjerine,

(1) Hallopeau, Des myélites chroniques diffuses (Archives générales de médecine, 1871- 1872). — Des paralysies Imlbaires, Paris. 1875. — Article mof.llk kmsièbb (pathologie médicale) du Nouv. DM. de méd. et de chir. prat., Paris, 1876, t. XXII.

(2) Nous avons émis l'hypothèse que l'affection rétinienne par laquelle le début de l'ataxie locomotrice est assez souvent marqué ne serait pas, comme on l'admet généralement, la manifestation d'une maladie latente des centres nerveux, mais bien le point de départ des accidents (Soc. de biol., 1880 et Transactions ofthe international médical Conqress, vol 1 p. 401, London, 1881).

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dans l'alaxie locomotrice. Le système nerveux périphérique comprend d'ailleurs des appareils de réception qui semblent se comporter comme des cellules spinales. On peut s'expliquer de la sorte l'atrophie, rétinienne qu'occasionnent quelquefois les fatigues de la vue et l'impuissance consécutive aux fatigues vénériennes. Nous avons môme tendance à penser qne les altérations de ces appareils de réception périphérique sont les premières en date dans l'ataxie locomotrice, et que celles de l'axe spinal leur sont consécutives. Il y aurait lieu de reprendre, à ce point de vue, l'étude des ganglions des racines chez les sujets morts de cette maladie.

Les mêmes considérations sont applicables aux nerfs de la vie orga^ nique.

L'expérimentation démontre que la fatigue diminue l'excitabilité des nerfs; il faut, pour les mettre enjeu, augmenter l'énergie de l'excitation.

§ 5. — Fatigues et inertie de l'appareil locomoteur.

Le fonctionnement exagéré d'un muscle, poussé au delà de certaines limites, produit une sensation pénible, caractéristique, et en même temps un affaiblissement des contractions qui parait être lié à l'accumulation dans l'organe des produits de sa dénutrition.

La physiologie expérimentale fournit à cet égard des données intéressantes, bien que non décisives. Si l'on prend le tracé d'un muscle fatigué par des contractions trop prolongées et trop fréquemment renouvelées, on constate que la hauteur des secousses diminue, qu'elles se fusionnent plus rapidement, qu'il se produit des contractures passagères, que Tonde d'Aeby se propage plus lentement, que la ligne de descente est très oblique, ce qui indique la lenteur plus grande du retour du muscle à sa longueur initiale, que le muscle ne soulève plus les poids donl il était chargé, que son courant électrique propre cesse de se produire, et enfin crue sa réaction, normalement neutre ou alcaline, devient acide, grâce à la présence d'un excès d'acide lacLique. Dans les cas de fatigue extrême, la durée de la secousse diminue en même temps que son amplitude; l'acidité serai!, d'après Ranke, la cause prochaine de la fatigue; il est plus probable qu'elle en est le résultat. D'après Hermann, l'inogène, sous l'influence des contractions musculaires, se dédouble en myosine, en acide lactique et en acide carbonique pour se reconstituer par l'action de l'oxygène du sang : si cet oxygène n'est plus en proportion suffisante, la myosine persiste et se coagule. On s'expliquerait ainsi la contracture produite par la fatigue; mais celte contracture est passagère et peut faire défaut.

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I Lorsqu'elle s'étend à lout le système musculaire et dépasse certaines limites, la fatigue amène des troubles de la santé générale; les forces sont prostrées, l'appétit disparait, et quelquefois il se produit une réaction fébrile plus ou moins intense. A un degré extrême, l'individu épuisé tombe, insensible à tous les excitants; la face est pâle, des sueurs froides baignent la peau, la respiration est faible et fréquente, ou lente et suspirieuse, le pouls petit, fréquent, souvent inégal : il y a de la tendance aux syncopes (1). On remarque à l'autopsie, que le sang est noir et fluide, et la consommation excessive d'oxygène qu'ont faite les muscles explique cette modification (Ch. Richet (2). Les individus surmenés présentent moins de résistance que les sujets sains à la plupart des causes morbifiques ; on a exprimé ce fait en disant que leur résistance vitale est diminuée.

Le rôle de la fatigue dans l'éliologie du scorbut a été tour à tour nié et affirmé ; il nous paraît réel, car, ainsi que nous l'avons indiqué déjà, nous avons observé pendant le siège de Paris que le scorbut atteignait de préférence les individus robustes, sans doute parce qu'ils se fatiguaient sans pouvoir réparer leurs perles, tandis que les individus faibles, avec une alimentation égale, dépensaient moins.

Les désordres provoqués par les surmènements ne sont pas limités à l'appareil locomoteur; ils peuvent s'étendre à divers organes et particulièrement au cœur. Les recherches deMahomed (3) ont montré que, sous l'influence d'une course prolongée, ce viscère, d'abord excité, s'aii'aiblit ensuite, et que la tension artérielle baisse corrélativement. On peut voir, dans des conditions semblables, survenir tous les symptômes d'une asystolie ordinairement passagère.

Le défaut d'exercice musculaire favorise le développement de l'obésité en môme temps qu'il prédispose à la goutte, à la gravelle, et sans doute aussi à la lilhiasie biliaire.

§ 6. — Fatigues génitales.

Nous avons signalé l'abus des excitations génitales comme une des1 causes du tabès dorsalis. II faut mentionner encore parmi ses conséquences une excitabilité anormale du système nerveux éminemment favorable au développement des névroses, de l'anémie, des palpitations, de la dyspepsie, un état de langueur physique et morale et quelquefois l'impuissance.

(1) Can-ieu, De la fatigue, Paris. 1878.

S SSl jet' Pky*iol°9ie des muscles et des nerfs, Paris, 188", W Mahomed, British med. Journ., 1876. '

Hallopeau, 3» édition.

■><» fl|i:,Kl;ËTIÔLOGIÈ.

§ 17 • ~~ Fatigues vocales et respiratoires.

Les fàtigues vocales sont une cause de laryngite; on sait combien cette affection est commune chez les orateurs, les chanteurs et [es crieurs publics. La répétition fréquente des actes qui nécessitent des efforts d'expiration peut provoquer ou favoriser le développement de 1 emphysème pulmonaire; c'est ainsi qu'on le voit survenir chez les asthmatiques et les tuberculeux, ainsi que dans le cours des bronchites chroniques.

§ 8. — Fatigues des organes de la digestion.

Les excès de table déterminent, du côté de l'estomac, des troubles que l'on peut comparer à la fatigue, mais dont le mode de production est plus complexe : les dyspepsies liées à l'insuffisance des sécrétions de l'estomac et à la parésie de ses muscles pariétaux peuvent être en partie rapportées à cette cause ; cependant ses conséquences fâcheuses sont dues surtout aux qualités nuisibles des substances introduites dans l'organisme, à leur surabondance et à la dilatation qui e.niresU|f,6'.. , a .■- ... .■

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