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CHAPITRE PREMIER

ACTION DE LA CHALEUR

Il faut distinguer les effets produits par l'élévation de la température atmosphérique et wux qui résultent de l^ptmiion directe da calorique sur nos tissus.

ACTION DE LÀ CHALEUR-

§ 1er. __ Élévation de la température atmosphérique.

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L'homme supporte moins bien l'élévation que 1 abaissement de la température ambiante : alors qu'il peut vivre dans uo milieu dont la chaleur est de 50° h 60° inférieure à celle du corps, il meurt dans un milieu qui la dépasse de 7° cà 12". La chaleur propre du corps peut s'abaisser de 12° à 15° sans graves désordres; la mort est certaine chaque fois qu'elle s'élève de 5° cà 6°.

L'élévation de la température est constante dans certaines parties du globe dont elle caractérise le climat (climats torrides et chauds) (I) ; elle se manifeste passagèrement dans les climats tempérés; elle est souvent produite artificiellement dans les milieux confinés (étuves, chambre de chauffe des navires).

Les climats chauds qui s'étendent de l'équateur au 30e degré sont généralement insalubres, surtout pour les sujets qui sont soumis depuis peu de temps cà leur influence : on sait quel tribut payent à leurs maladies nos soldats et nos marins. L'influence nuisible du climat ne frappe pas seulement l'individu, mais aussi sa descendance (2); les familles s'y éteignent rapidement; dans certaines colonies, les enfants des Européens sont pour la plupart chétifs et de petite taille; beaucoup sont infirmes et meurent prématurément; beaucoup d'unions demeurent stériles; il n'est pas resté trace en Afrique des nations européennes qui y ont successivement fait invasion; d'après Volney, les Mamelucks, Gircassiens ou Mingréliens d'origine, ont dominé l'Egypte pendant six cents ans sans y laisser de descendants. Certaines races subissent plus que d'autres cette influence nuisible c'est ainsi que les Anglais et les Allemands s'acclimatent moins facilement que les Espagnols dans ces coutrees.

L'insalubrité des pays chauds tient surtout à la puissance d'action qu'y atteignent les agents infectieux (miasmes paludéens, contages du vomito et de la dysenterie) ; la plupart des auteurs admettent en outre que la grande chaleur produit par elle-même des désordres dans les fonctions de l'appareil digestif, du foie, de la peau et du système nerveux et prédispose ainsi aux affections de ces organes (3). On explique par la sécheresse de la muqueuse digestive la dyspepsie et la constipation, par l'hypersécrétion de la bile la prédisposition aux phlegmasies hépatiques et par l'activité plus grande des fonctions

(1) Consulter sur ces questions le remarquable article climats de fil. J. Rochurd, dans le Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Tome VUl.

(2) Bertillon, article acclimatement du Dictionnaire encyclopédique deé sciences médicales.

(3) Voy. Kelsch et Kiener, Traité des maladies des pays chauds, Paris, 1889.

cutanées la grande fréquence des maladies de la peau. Sans vouloir nier l'influence que peuvent exercer ces différents troubles, nous pensons qui! faut vraisemblablement faire une part importante au parasitisme dans la genèse de ces affections. Déjà la nature parasitaire de la diarrbée de Cocbincbine, de la cachexie aqueuse, de la chylurie et du bouton de Biskra, paraît bien établie; il n'esl guère douteux que la champ de cette pathologie animée ne doive encore s'étendre. Le rôle qu'il conviendrait d'attribuer à l'action directe de la chaleur serait ainsi restreint, et l'on s'expliquerait comment des climats très chauds, tels que ceux de la Syrie et de Pondicbéry, peuvent être relativement sains.

Dans les climats tempères, on observe, pendant les saisons chaudes, une constitution médicale, caractérisée par l'apparition des formes morbides que Ton observe plus particulièrement dans les pays chauds, telles que le choléra, les diarrhées graves, la dysenterie (1), etc. U. Trélat a observé que les temps chauds, humides et nuageux favorisent le développement de la seplicémie suraiguë (2).

§ 2. — Action du coup de chaleur et de l'insolation.

On appelle ainsi un ensemble d'accidents qui se produisent chez des individus soumis à l'action d'une température excessive, soit à l'air libre pendant l'été ou dans les climats torrides, soit dans un milieu confiné. On les observe chez les ouvriers fondeurs, les verriers, les cuisiniers, les soldats en marche dans les pays chauds, ou même en Europe pendant la saison chaude; les revues d'été en sont une cause fréquente; en Algérie, il peuvent frapper des factionnaires au repos; on en a eu souvent des exemples à Biskra; ils sévissent aussi dans les chambres de chauffe des navires à vapeur, particulièrement pendant le passage de la mer Rouge, où l'on a vu la température s'élever à 69°; on est obligé actuellement d'y remplacer des ouvriers blancs par des nègres. Ces accidents peuvent amener la mort en élevant rapidement ou lentement la température du sang, et aussi, d'après M. Vallin (3), en provoquant, par une action directe sur les centres nerveux, une inflammation des méninges.

Les lapins, les chiens et les cobayes périssent quand on les place dans un milieu dont la température s'élève entre 36» et 40°. Les recherches de M. Vallin sont, à cet égard, pleinement démonstratives.

(1 ) Lacassagnc, De l'insolation et des eoups de soleil (Société méd. des hôpitaux, 1870) et Précis d' hygiène. Paris, 1879.

(2) U. Trélat, Gazette des hôpitaux, n° 50, 1879.

(3) Vallin, Recherches expérimentales sur l'insolation (Archives générales de médecine. 1870). — Discussion sur le coup de chaleur (Soc. méd. des hôpitaux et Union médicale, 1880).

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Si l'on maintient au soleil, dans un climat chaud, un chien fixé sur une planche, on le voit d'ahord s'agiter et chercher à se dégager; sa respiration devient haletante et s'accélère; il salive; sa langue pend entre ses mâchoires pour fournir une surface d'évaporation (1 ) ; bientôt il se plaint; sa respiration ne peut plus être comptée; sa température s'élève à 43°; au bout d'un certain temps, dans une seconde période, la respiration se ralentit, elle tombe de 250 à 90, ou 60 par minute; elle est alors suspirieuse, entrecoupée; l'animal est prostré. Une troisième période est marquée par l'apparition de convulsions; elles débutent quand la température du corps dépasse 44°; les membres se raidissent; la tète se renverse en opisthotonos ; puis l'animal tombe dans le coma; il est insensible aux excitations* sa respiration stertoreuse se ralentit de plus en plus; on ne compte plus que 40, 30, ou même 15 mouvements par minute, et bientôt ils cessent compliment. La température varie en ce moment entre 44° et 46°. A l'autopsie, on constate que le cœur est d'une dureté ligneuse; le diaphragme et la plupart des muscles ont perdu leur contractililé électrique. La rigidité cadavérique est précoce ; au bout d'une demi-heure elle est générale et complète; le tissu musculaire présente une forte réaction acide B'rùckè et Kiihne ont montré que la myosine se coagule à 45°. M. Marey, étudiant l'iulluence de la chaleur sur la secousse musculaire, a constaté qu'au-dessus de 44° celle-ci devient nulle. La mort parait être produite par l'a rigidité subite du ventricule gauche et du diaphragme. L'oxygène a presque entièrement disparu du sang; ce fait prouve que l'asphyxie est la cause prochaine de la mort.

MM. Mathieu et Urbain admettent que, dans ces conditions le phénomène initial est une activité plus grande des phénomènes de combustion; les oxydations qui se produisent dans les muscles ont pour résultats leur acidité et la coagulation de la myosine. Lorsque réchauffement est graduel, il se produit, d'après M. Vallin, avant la coagulalion de là myosine, des troubles de l'innervation et l'arrêt du cœur par excitation du pneumogastrique.

Il faut tenir grand compte, chez les sujets exposés à une chaleur excessive, du fonctionnement des glandes sudoripares ; le début des accidents coïncide presque constamment avec une suppression de la sueur; d'autres fois, les transpirations se font, mais le liquide sécrété est visqueux et peu abondant; M. L. Colin (2) a mis en relief

(1) M. Ch. Hichet a montré récemment qu'un chien mis par une muselière hors d'état de projeter sa langue, d'ouvrir largement sa gueule et de lutter contre l'excès de chaleur en activant sa transpiration linguale, présente bientôt de graves accidents, alors qu'un chien non muselé et placé dans les mêmes conditions reste indemne. Société de biologie, 1880.

(2) L. Colin, Bulletin de la Société médicale des hôpitaux, 1S81 et Traité des maladies épidémiquim, Paris, 1870.

54 ÈTIOLOGIE.

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l'importance de cette cause pathogénique ; il a rappelé que, d'après les observations des médecins anglais de l'Inde, dans nombre de cas d'insolation, surtout dans les pays chauds, on peuL reconnaître une période prodromique caraclérisée par une suspension plus ou moins complète des sueurs, par la sécheresse de l'enveloppe cutanée, par sa rugosité et l'augmentation des démangeaisons chez ceux qui sont atteints d'eczéma tropical, éruption vulgairement connue sous le nom do </ale bédouine et de bourbouille; la sécheresse de la peau a pour conséquences l'augmentation considérable de la sécrétion rénale, augmentation telle que souvent les malades peuvent à peine retenir leurs urines, et une diminution de la déperdition superficielle de chaleur. Entre celui qui sue dans ces climats et celui dont la transpiration est suspendue, la différence, dit M. L. Collin, est à peu près la même qu'entre les animaux placés dans une étuve sèche et ceux qu'on enferme dans une étuve humide ; chez ces derniers, la mort survient à une température de beaucoup inférieure, en raison de l'obstacle apporté par l'humidité à Tévaporation de la sueur et à la perte de chaleur qu'elle entraîne. Les malades que Zûber a vus guérir ont eu des sueurs abondantes ; ceux qui n'ont pas sué sont morts.

M. Vallin (1) admet, avecune grande vraisemblance, que l'action directe du rayon solaire sur la tête peut donner lieu à des troubles de l'innervation encéphalique liés sans doute à la congestion ou à l'inflammation des méninges. Dans des expériences où il fait circuler de l'eau chaude à 45° ou 50° dans un manchon de caoutchouc entourant seulement la tête des animaux, la température centrale ne s'est élevée que de 1 à 2 degrés au plus; néanmoins les animaux ont présenté bientôt des troubles graves de l'innervation et, chez un chien, la respiration, d'abord accélérée, s'est ralentie et est devenue spasmodique ; on a enlevé alors l'appareil, et néanmoins, l'animal est resté inerte, couché sur le flanc; après une demi-heure, il a commencé à réagir, et bientôt essayé de marcher, mais un tremblement convulsif agitait ses membres ; une paralysie incomplète du train postérieur provoquait à chaque instant une chute en arrière ou sur le côté; l'animal semblait hors de lui et allait follement au hasard, se jetant la tête contre les murs. Cet état bizarre s'est prolongé deux mois et à l'autopsie on a trouvé des lésions méningitiques. Si l'animal meurt pendant ou aussitôt après l'expérience, on trouve le cœur flasque el inexcilable ainsi que le diaphragme et les méninges en état de congestion ainsi que l'encéphale. Ces fait montrent qu'il ne faut pas confondre le coup de chaleur et l'insolation : celui-là tue en élevant

(I) Vallin, loci cit>

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outre mesure la température du corps, celui-ci en provoquant des

lésions méningées. ,,,„„..„„., L'élévation delà température peut produire aussi 1 erytheme connu sous le nom de coup de soleil et l'affection dite lichen tropicus.

§ 3. — Action de la brûlure.

Lorsque nos tissus se trouvent soumis U l'action d'une température trop élevée, ils s'altèrent et deviennent le siège de lésions qui, suivant l'intensité de cette action, sont superficielles ou plus ou moins profondes. Colmheim les a étudiées en plongeant dans de 1 eau chaude et ramenant ensuite à sa température normale l'oreille préalablement liée d'un lapin : si la chaleur de l'eau est de 42" à 44°, il se produit un érylhème lié à une dilatation probablement léllexe des vaisseaux cutanés; l'bypérémie est intense, mais passagère; à up température de 48 à 49° il s'y ajoute un œdème qui devient considérable à 30° à a2° et s'accompagne de la formation de bulles quelquefois très volumineuses; enfin, entre $P et 00% la stase devient permanente et la gangrène survient, soit que la chaleur amène la coagulation du plasma, ValLération des vaisseaux et la mort des éléments, soit (lu'elle produise directement et inslanément la carbonisation des

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parties.

La nature de la source de chaleur et la durée de son action in-» Huent sur les caractères de la lésion : les brûlures produites par les gaz sont généralement étendues et superficielles ; celles que font les liquides sont souvent profondes, surtout s'il s'agit de liquides bouillants dont le point d'ébullilion est élevé; l'action des corps solides est circonscrite et s'exerce profondément si le corps est en combustion.

Quand les brûlures sont très étendues, il peut survenir dans les fonctions respiratoires, cardiaques, digestives et vaso-motrices des troubles qui assez souvent entraînent la mort. On n'en connaît pas exactement le mode de production : tandis que les uns en cherchent la cause dans la suppression des fonctions de la peau et la rétention des produits qu'elle doit éliminer, d'autres, les comparant aux effets du choc traumatique, les expliquent par l'action suspensive des excitations centripètes sur les centres d'innervation vasculaire, cardiaque et respiratoire. La résorption des détritus que produit la désorganisation des tissus et du sang qu'ils contiennent a été également incriminée. On trouve à l'autopsie, dans les cas de mort rapide, une congestion avec ecchymoses des muqueuses intestinale et pulmonaire ainsi que des centres nerveux et une dégénération graisseuse de»

56 ÉTIOLOGlË.

muscles et des parenchymes ; si le malade a survécu quelques jours on rencontre des ulcérations du duodénum consécutives à une infdtration hémorrhagique de la muqueuse et souvent aussi des phle«masies viscérales dont la plus commune est la pneumonie

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